vignette|alt=Photographie d'un rayonnage de livres dans un magasin, avec deux lectrices qui lisent devant.|Rayonnage de mangas de la collection , dans une librairie japonaise en 2004. Le est une catégorie éditoriale du manga, aussi parfois qualifié de , qui cible un public féminin, adolescent ou jeune adulte. Elle est, avec le manga et le manga, l'une des trois principales catégories éditoriales du manga. Le manga est traditionnellement publié dans des magazines de prépublication de manga dédiés, qui peuvent se spécialiser sur une tranche d'âge du lectorat ou sur un genre narratif.
En dehors de son lectorat cible, il n'y a pas de définition stricte de ce que peut être le manga, mais il existe des codes esthétiques, visuels et narratifs qui lui sont associés et qui évoluent dans le temps, bien qu'aucun ne soit strictement exclusif ni systématique au . De même la plupart des genres narratifs (science-fiction, policier) sont couverts par la catégorie, mais certains sont plus significatifs que d'autres, tels que la romance ou l'horreur.
Le manga plonge ses racines dans la culture , pour filles, de la première moitié du , que ce soit avec la littérature du , du théâtre de la revue Takarazuka ou des illustrations de la peinture lyrique. Alors balbutiant lors de cette première moitié de siècle, il se développe grandement à partir des années 1960 et devient l'une des pierres angulaires de la culture . Le développement et la diversification de cette catégorie éditoriale fait émerger d'autres catégories dérivées du manga, avec notamment le pour les femmes adultes, le manga centré sur les relations gay ainsi que le manga centré sur le contenu érotique pour filles et femmes.
Définition La vignette|alt=Photographie en noir et blanc d'une adolescente asiatique, en uniforme scolaire de type marin, adossée contre un mur.|Hideko Takamine en 1939, interprétant une vêtue de son typique, dans le film , adaptation d'une nouvelle de Nobuko Yoshiya. Le mot japonais . peut être approximativement traduit en français par le mot , pour autant en japonais une fille est généralement désignée par l'expression ., et rarement par le terme . La réfère plutôt à une classe sociale qui est apparue lors de l'ère Meiji (1868-1912) pour qualifier les filles et femmes situées entre l'enfance et le mariage, ce qui concerne principalement les adolescentes scolarisées dans les établissements d'enseignement secondaire d'une part, auxquelles est associé une image , et d'autre part les jeunes femmes , qui ne sont pas mariées et préfèrent travailler, auxquelles est associé une image plus sulfureuse.
Après la Seconde Guerre mondiale le concept de reste associé à une image d'innocence et de femmes non-mariées, mais se teinte d'une forte connotation consumériste avec le développement d'une très importante catégorie marketing dédiée aux dans les années 1980 et 1990, cependant que les modes que sont la et la , réputées tapageuses et enclines à la promiscuité sexuelle, remplacent les dans leur caractère sulfureux.
Le manga Définir précisément le manga n'est pas aisé. Les styles graphiques varient selon les auteurs et les genres sont multiples. La définition la plus souvent adoptée est liée au lectorat. En effet, le marché du manga au Japon est segmenté en fonction du lectorat cible, caractérisé par un genre (féminin/masculin) et un âge ; le manga est ainsi l'un des principaux segments du manga et s'adresse donc aux personnes qui se reconnaissent dans cette image de , typiquement des filles adolescentes et femmes jeunes adultes, et de façon plus marginale certains hommes ainsi que des femmes bien plus âgées.
Les mangas sont traditionnellement publiés dans les magazines dédiés au lectorat , qui sont apparus au début du et se sont développés et diversifiés avec le temps. Ces magazines publient divers types d'histoires en fonction des époques, du moment qu'elles , un invariant au fil des décennies reste cependant l'intérêt pour les relations humaines et les émotions qui les accompagnent. Toutefois, d'autres personnes comme Kayoko Kuramochi, conservateur au Musée international du manga de Kyoto ou l'universitaire Masuko Honda mettent plus en avant des éléments graphiques qui leur semblent représentatifs du : une figuration d'un imaginaire propre aux lectrices fait de fleurs, de rubans et de robes qui voltigent, de jeunes filles aux grands yeux étincelants et de mots qui s'enchaînent sur la page ; ce que Honda décrit par l'onomatopée , une onomatopée pour décrire les choses qui volettent, comme des pétales de fleur qui tombent, ou le mouvement des jupes au vent.. Cette définition permettrait ainsi de rendre compte des œuvres disponibles sur internet qui sortent des limites de l'offre éditoriale mais restent perçues comme des .
Histoire 1900-1945 : les prémices du manga Début de la culture Lors de l'ère Meiji (1868-1912) le marché de l'édition de magazines est en plein essor ; les magazines pour adolescents, dits ., se développent et proposent en théorie du contenu aussi bien pour les garçons que les filles, mais en pratique ces magazines contiennent en grande partie du contenu en lien avec les centres d'intérêt des garçons, et peu avec ceux des filles. Face à la demande croissante du lectorat, des premiers magazines , spécialement pour les filles, voient le jour, faisant des titres des magazines pour garçons.
Ainsi, les premiers magazines dédiés exclusivement aux apparaissent en 1902 avec la création du ., puis en 1906, en 1908, en 1912 et enfin Club en 1923. Cependant, les mangas restent sous-représentés dans ces magazines avec tout au plus quelques pages leur étant dédiées, laissant la place majoritairement au , constitué de romans et poèmes abondamment illustrés.
Ces histoires illustrées ont malgré tout une place importante dans la mise en place de la culture , et par extension du manga. En effet, elles posent les bases des thèmes récurrents aux mangas à venir, en proposant aux jeunes Japonaises des histoires . En tête des autrices emblématiques de cette époque, on retrouve notamment Nobuko Yoshiya et son récit ; cette romancière est réputée pour ses histoires , centrées sur les amitiés romantiques entre filles et femmes. Par ailleurs, les racines graphiques du manga puisent leurs origines dans les illustrations de ces magazines, avec notamment le travail des peintres lyriques Yumeji Takehisa, Kashō Takabatake et Jun'ichi Nakahara, façonnant des personnages féminins avec des corps fins et des vêtements à la mode ainsi que de grands yeux, particulièrement chez Nakahara.
Les premiers mangas vignette|alt=Manga en quatre cases.| par Fujiko Nishiki, un manga en quatre cases publié dans le numéro de novembre 1910 du . vignette|alt=Deux pages d'un manga en six cases racontant l'histoire de deux femmes et d'un chat.|Troisième épisode du manga par Jihei Ogawa, publié en dans le . Les mangas en sont quant à eux à leurs balbutiements. Ils se déclinent principalement sous forme de courtes histoires humoristiques de quelques planches, prenant place dans les lieux du quotidien . Bien que sensiblement plus rares par rapport au ou aux mangas de l'époque, les mangas se développent particulièrement dans les années 1930, sous le crayon d'artistes comme Suihō Tagawa et Shōsuke Kuragane ou de quelques rares autrices telles que Machiko Hasegawa et Toshiko Ueda, mettant le plus souvent en scène des filles de type garçon manqué comme protagonistes.
Katsuji Matsumoto est un peintre lyrique qui exprime de la sympathie pour les et la culture des États-Unis ; il devient lassé de représenter des sages et jolies dans ses illustrations, et s'oriente à la fin des années 1920 vers le manga afin de pouvoir représenter plus librement des et des garçons manqués, physiquement voire sexuellement actives. Son style, probablement inspiré d'artistes de comics comme George McManus ou Ethel Hays et du cinéma hollywoodien de l'époque, introduit des innovations formelles et avant-gardistes dans le manga avec des œuvres comme . entre 1930 et 1934 et son style art déco ou encore . en 1934, particulièrement cinématographique ; son œuvre la plus célèbre et qui influencera le plus le medium est cependant , publiée à partir de 1938.
Avec le commencement de la seconde guerre sino-japonaise en 1937, la censure et le rationnement du papier étouffent les magazines, qui sont forcés à fusionner pour survivre. Il ne reste alors plus que quelques magazines (41 en 1945), réduits à quelques pages en noir et blanc, où les illustrations se font rares. Les restrictions sont telles qu'à la fin de la guerre, il ne reste que deux magazines , le Club et le . Il faut attendre la fin de la guerre, en 1945, pour retrouver une situation éditoriale normale. Pourtant, les magazines pour filles doivent faire face à une mutation importante : l'essor du manga.
1945-1970 : après-guerre et essor du manga 1950 : structuration du manga Avec la fin de la guerre, le peuple japonais peut enfin mettre derrière lui les années de privations et de malheur. Il se rue sur les divertissements, offrant son âge d'or au cinéma, à la radio et aux variétés. Le livre populaire connaît quant à lui une renaissance, grâce à de petits éditeurs implantés dans la région du Kansai. En deux ans, on passe de 41 magazines à près de 400 et entre 1945 et 1952, date de la fin de l'occupation américaine, le nombre d'éditeur explose de 300 à environ 2000. Tous ne sont pas des éditeurs de revues pour enfants mais celles-ci constituent un pourcentage important de l'ensemble. Parallèlement, les librairies de location connaissent un essor important, proposant des livres spécialement dédiés à la location, les , pour la somme modique de 5 ou 10 yens pour une journée, l'équivalent de la moitié d'un ticket de métro à l'époque. Par ailleurs, cet essor permet l'arrivée de nouveaux talents dans le monde des mangas.
Dans les magazines, les mangakas déjà actifs avant la guerre recommencent à dessiner des séries avec des succès notables, comme (1949-1955) de Shōsuke Kuragane, (1957-1962) de Toshiko Ueda ou encore (1949-1954) de Katsuji Matsumoto, dont la publication s'était interrompue en 1940 avec la guerre ; Matsumoto en profite pour faire évoluer encore une fois son style, qui annonce le style qui se développera plusieurs dizaines d'années plus tard. De nouveaux mangakas, dont Osamu Tezuka et les autres artistes du groupe , marchent dans leurs pas en reprenant la figure de l'héroïne garçon manqué, mais ils le font dans un nouveau format déjà populaire dans le manga, le , qui propose de longs récits dramatiques plutôt qu'une successions de vignettes plus ou moins indépendantes. L'œuvre emblématique du genre est Princesse Saphir (1953-1956) de Tezuka, qui impose ce type de récit et le style dynamique de l'auteur dans les magazines . Ces succès font que la proportion de mangas dans les magazines augmente. Par exemple, s'ils ne représentaient que 20 % du magazine Club au milieu des années 1950, ils en occupent déjà plus de la moitié à la fin de celles-ci. Avec une telle augmentation de la part des mangas, ces magazines deviennent rapidement des magazines de mangas. Ainsi, en , le mensuel Nakayoshi de l'éditeur Kōdansha est créé, suivi en 1955 par le magazine de Shūeisha, Ribon.