L'Éthique protestante et l'Esprit du capitalisme, de Max Weber, est une des œuvres fondatrices de la sociologie moderne. Elle a paru en deux parties en 1904 et en 1905 dans la revue que codirigeaient Max Weber, Werner Sombart et Edgar Jaffé, les Archiv für Sozialwissenschaft und Sozialpolitik.
Initialement, Weber avait prévu d’écrire un deuxième volume, idée qu’il abandonna, entre autres à la suite des travaux publiés par Ernst Troeltsch en 1912 (Les Doctrines sociales de l'Église et des groupes chrétiens) et son propre travail sur les sectesKlaus Lichtblau, Johannes Weiß : Einleitung der Herausgeber IN : Max Weber: ‘’Die protestantische Ethik und der “Geist” des Kapitalismus’’. Bodenheim: Athenäum, 1993 p.XIV. Max Weber en donnera une seconde édition révisée, marquée par un nombre important d'ajouts en 1920, en la publiant en tête de ses Gesammelte Aufsätze zur Religionssoziologie. L’œuvre ne fut traduite en français qu’en 1964.
Plan Dans cet ouvrage, Weber explique le développement du capitalisme à partir du milieu du , par le développement de lethos protestant, et plus particulièrement puritain. D’après Weber, la Réforme protestante est à l’origine de l’éthique du travail du capitalisme.
Pour Max Weber, le capitalisme est la recherche systématique d'un profit maximal, non pas par un placement de capital comme il est souvent compris de nos jours, mais par l'exercice d'une profession.
Weber a une démarche empirique partant d’un constat statistique : Les protestants travaillent mieux et gagnent plus que les catholiques dans les régions avec une population mixte ; Certaines familles, villes et régions étaient déjà riches avant la réforme protestante. Elles se tournèrent plus tôt vers les Églises réformées.
Structure L’essai est divisé en deux parties.
I. - Le problème
Confession et stratification sociale. L' « esprit » du capitalisme. La notion de Beruf, à la fois métier et vocation, chez Luther. Objectifs de la recherche.
II - L'idée de Beruf dans le protestantisme ascétique ()
Les fondements religieux de l'ascétisme séculier. () Ascétisme et esprit capitaliste. ()
L’avant-propos ne se trouve que dans la deuxième édition de 1920.
Résumé La problématique () À partir du constat de l’inégalité sociale entre protestants et catholiques en Allemagne, Weber émet des hypothèses qui expliqueraient ces différences.
La première hypothèse : les catholiques seraient plus détachés du monde () que les protestants. Il constate cependant que cela est faux : . Ce sont précisément ceux qui, de par leur religion sont le plus détachés du monde qui mettent le plus d’ardeur à poursuivre le but de l’enrichissement terrestre comme c’est le cas des quakers et les mennonites. Ensuite, Weber démontre pourquoi la foi est la source de leurs actes et non pas un détail aléatoire.
Néanmoins, Weber ne nie pas que le capitalisme a pu exister avant ou indépendamment du protestantisme : .
Weber souligne que cette éthique est .
Weber cite un long texte de Benjamin Franklin, entrepreneur américain protestant et explique que . De plus, , poursuit Weber.
Au , l’esprit des industriels change. Ainsi le choix des tisserands ne se fait plus de façon aléatoire mais suivant des critères rigoureux. Un contact direct et régulier avec les acheteurs est créé et la production est adaptée à leurs demandes. Une nouvelle rigueur est exigée dans le monde du travail. D’après Max Weber, les acteurs de ces changements subissent de grandes pressions de la majorité tenant à l’ancien modèle. Ils ne peuvent résister à cette hostilité ambiantepdf et exiger les rigueurs uniquement grâce à un fondement éthiquepdf .
, souligne Weber, en observant qu'à chacun des trois siècles (, ), , alors qu'il y , c'est-à-dire avant l'avènement de l'esprit du capitalisme, .
Max Weber définit ainsi le capitalisme :
Cette définition, toute formelle, est extrêmement proche de celle de Marx, qui fait de la recherche du profit le fondement de l'accumulation capitaliste. Une grande différence existe, toutefois : pour Weber, la recherche du profit à travers le calcul de la rentabilité d'un investissement, par laquelle il définit l'action capitaliste, se trouve dans un très grand nombre de sociétés : non seulement dans les sociétés que l'on qualifie habituellement de capitalistes (et dont on date l'émergence à la fin du Moyen Âge en Europe occidentale), mais aussi dans l'Antiquité et dans d'autres civilisations. Pour Weber, l'action économique de type capitaliste n'est pas le propre du monde moderne : le capitalisme se retrouve à d'autres époques et dans plusieurs cultures.
Ce qui fait la spécificité des sociétés modernes selon Weber est l'émergence d'un type particulier d'activité capitaliste : le capitalisme moderne (industriel). Le propre du capitalisme moderne tient au fait qu'il accumule les profits en exploitant le travail de salariés libres (ils ont signé un contrat) au sein d'entreprises où ce travail est organisé rationnellement. Le capitalisme moderne s'éloigne d'autres formes de capitalisme dit traditionnels, comme la quête de butin par exemple. Le capitalisme moderne est donc fondé sur le travail de salariés dirigés, de façon rationnelle, par des entrepreneurs, au sein d'entreprises qui sont organisées bureaucratiquement. C'est par l'utilisation de ce travail que les entrepreneurs cherchent à dégager un profit, et ainsi à accumuler du capital. Cette forme d'organisation économique est, pour Weber, la forme spécifique de la production économique de l'époque qu'il étudiait.
Il explique comment se comporte le capitaliste moderne pour qui le gain de richesses est devenu une fin en soi, ce qui est un mode de vie tout à fait irrationnel (). Sa vie comporte souvent des traits d’ascèsepdf p. 39.
L’origine de l’esprit capitaliste ne se trouve pas dans des idées de réforme de la culture et de la société mais exclusivement dans un souci de salut des âmes. pdf p. 58.
Dans ses études des organisations capitalistes de production, Max Weber estime que l'organisation bureaucratique (par la mise en place de la domination légitime, de la promotion du personnel par l'ancienneté ou les concours et la rationalité), comparée aux autres formes de production (et notamment à l'entreprise familiale), constitue l'idéalMax Weber, La domination légale..
Il existe pour Weber plusieurs conditions à l'émergence de ce capitalisme moderne, conditions qui en Occident sont arrivées à un niveau jamais atteint ailleurs : la séparation de l'entreprise et du ménage, l'organisation rationnelle de l'entreprise (la bureaucratie), la comptabilité rationnelle et le travail libre.
En employant une approche sociologique, Weber tente de démontrer qu'une conduite de vie religieuse spécifique (le protestantisme) a rendu possible l'émergence du capitalisme moderne. Il utilisera entre autres exemple, des maximes utilisées par Benjamin Franklin.
Alors que Marx considère que le capitalisme moderne résulte avant tout de l'évolution des infrastructures (ou "modes de production"), Weber estime qu'il découle d'une profonde mutation dans la mentalité bourgeoise :
L'éthique de la besogne dans le protestantisme () Dans la deuxième partie de l’œuvre, Weber tente de démontrer la validité de son hypothèse que « l’esprit » du capitalisme est issu de motifs religieux. À partir des œuvres d’auteurs puritains du tels que Richard Baxter, Weber montre que c’est moins la possession de richesses qui était condamnable à leurs yeux que le fait de se reposer dessus et d’en jouirpdf . Si le rationalisme de l'Occident moderne est porté par la bourgeoisie, il a trouvé, selon Weber, son impulsion originelle dans la religion et, plus spécifiquement, dans le protestantisme. Max Weber (qui écrit au tout début du ) remarque que, en Allemagne, les protestants sont significativement plus riches que les catholiques, et qu'ils ont davantage tendance, dans leurs études, à s'orienter vers des filières professionnelles plutôt que vers les Humanités où vont préférentiellement les catholiques.
Weber remarque aussi que le protestantisme, celui de Luther et dans une moindre mesure celui de Calvin ou des autres fondateurs de la Réforme, est austère et s'oppose à toute recherche pour elles-mêmes des richesses. Pour Weber, c'est pourtant dans cet esprit austère, ascétique qu'il faut chercher la source du capitalisme. (voir Histoire du capitalisme)
Les puritains se référent aux évangiles, pour affirmer que l’homme doit travailler pour assurer son salut : (Jean IX,4). L'oisiveté est le plus grand des péchés. Dans cette logique, le travail est, selon la volonté de Dieu, une fin en soi de la vie humaine. Une heure de travail perdue serait une heure de perdue dans les louanges de Dieu, en outre du travail rationalisé vaut plus qu’un travail de main-d’œuvrepdf . Le travail est le signe d’être dans la grâce de Dieu. Le travail cependant est autre chose encore ; il constitue surtout le but même de la vie, tel que Dieu l’a fixé. Le verset de saint Paul : pdf .
Chez Luther Luther va, selon Max Weber, apporter une importante transformation dans la représentation de l'activité professionnelle. Pour le catholicisme, la réussite professionnelle dans le monde n'a pas de valeur en soi pour la recherche du salut. Le retrait hors du monde, le refus de la recherche des biens de ce monde, sont, au contraire, fortement valorisés en tant que voies de salut. À l'inverse, pour Luther, l'activité professionnelle est une tâche que Dieu a donnée à accomplir aux hommes : la profession devient une vocation (divine).
L'unique moyen de vivre d'une manière agréable à Dieu n'est pas de dépasser la morale de la vie séculière par l'ascèse monastique, mais exclusivement d'accomplir dans le monde les devoirs correspondant à la place que l'existence assigne à l'individu dans la société, devoirs qui deviennent ainsi sa « vocation ».
La signification nouvelle que Luther donne au terme de Beruf dans sa traduction de la Bible en Allemand témoigne de cette valorisation du travail professionnel. Dans sa traduction, le mot Beruf, signifiant originellement « vocation », prend également le sens de métier. Le terme de Beruf, qui n'a d'équivalent que dans les langues des pays qui ont connu la réforme (comme les pays anglophones avec le mot calling), marque ainsi la transformation du métier en une tâche voulue par Dieu.
Luther, par sa doctrine du salut par la foi seule (et non par les bonnes œuvres), et du Beruf, réhabilite ainsi la vie laïque et fait du travail une valeur.
Chez Calvin Si Luther a contribué à l'essor du rationalisme moderne, pour Weber, c'est dans le calvinisme que le capitalisme trouve sa véritable source. En effet, si Luther transforme la représentation du travail, il reste attaché à une vision conservatrice du monde. Le calvinisme exercera, lui, une influence proprement révolutionnaire. Weber en trouve l'origine dans les effets psychologiques exercés chez les fidèles par le dogme calviniste de la prédestination. Selon Jean Calvin, Dieu a de toute éternité destiné certains hommes au salut et condamné les autres à l'enfer (dogme du double décret ou de la prédestination). Le fidèle calviniste va alors chercher dans son activité professionnelle les signes de sa confirmation : la réussite dans la recherche des richesses lui semblera être le témoignage de son statut d'élu. Seuls, en effet, les élus peuvent avoir du succès dans l'activité que Dieu a donné à accomplir aux hommes pour sa plus grande gloire, c'est-à-dire dans le Beruf (la profession) comme vocation. Pour s'assurer de leur statut d'élu, les calvinistes vont ainsi transformer leur vie en une recherche méthodique des richesses dans le cadre de leur profession ; bien entendu, il est hors de question de transformer les richesses ainsi produites en luxe ou démonstrations ostensibles. C'est dans cette ascèse, centrée sur l'acquisition rationnelle de richesses, que le capitalisme trouvera selon Weber l'impulsion fondamentale à son essor.