Le est le troisième croiseur de la , construit pour la Marine impériale japonaise au début des années 1930. Avec un déplacement standard officiel (mais sous-évalué) de , il associait une artillerie puissante, une protection satisfaisante et une grande vitesse. Comme ses trois sister-ships, il prit une part active aux opérations de la guerre du Pacifique, en particulier comme navire amiral de la Flotte, pendant la campagne de Guadalcanal. Il a été le dernier navire opérationnel de sa classe et a été coulé, le pendant la bataille au large de Samar.
Contexte, conception et caractéristiques Conçue dans le cadre du Programme de Renforcement de 1927, la quatrième classe de croiseurs lourds japonais a incorporé, sur des coques ayant des dimensions très proches de celles de la classe Myōkō, un certain nombre d'améliorations voulues par le haut-commandement naval japonais, qui ne devaient pas officiellement conduire à outrepasser les stipulations du traité de Washington de 1922, notamment le déplacement maximal autorisé de .
Mis sur cale le aux chantiers navals Mitsubishi de Nagasaki, lancé le , le Chōkai reçut ainsi dès l'origine, dix canons de 2GÔ (Mark II)Navweaps Japon 8"/50 lançant un obus plus lourd que celui des canons de , dont étaient alors équipées les trois précédentes classes de croiseurs japonais. La disposition des tourelles était la même que sur la classe Myōkō, mais dans de nouvelles tourelles dites de type E. Inspirées des tourelles des croiseurs anglais de la , avec une élévation maximale de 70°, elles étaient supposées avoir un usage anti-aérien, de sorte que l'artillerie secondaire a été réduite à quatre pièces simples de Navweaps Japan 4.7"/45 10ns, comme sur la . Le blindage de ceinture, incliné et intérieur au bordé comme sur la classe Myōkō, a été porté à à hauteur des magasins de munitions, mais pour économiser du poids, on a utilisé partiellement le soudage au lieu du rivetage. Ils ont aussi reçu dès l'origine, sur le pont supérieur, quatre plates-formes lance-torpilles orientables de , mais uniquement doubles. Le bloc passerelle, massif, pour accueillir les équipements de direction de tir et de communications, était de forme pyramidale, pour réduire l'accroissement de poids dans les hauts, mais l'espace pour les passerelles s'en est trouvé réduit par rapport à la classe Myōkō. Si la similitude des dimensions de coque et le léger accroissement de la puissance des machines permettaient une vitesse maximale équivalente à celle de la classe Myōkō (35,6 nœuds avec ), le déplacement réel excédait la limite des traités.
Aussi, lorsque l'empire du Japon n'a plus été soumis aux stipulations du traité de Washington, le Takao et son sister-ship lAtago ont été modernisés, en 1939-40, notamment avec l'installation de tourelles doubles de à double usageNavweaps Japan 5"/40 t89 à la place des tourelles simples de d'origine, mais le Chokai n'a reçu, avant la guerre, que des modifications secondaires, avec par exemple un renforcement de la solidité longitudinale de la coque, en 1936, une modernisation du grand-mât, et le remplacement des canons Vickers de par des mitrailleuses quadruples de , en 1936-37.
Service Le capitaine de vaisseau Boshirō Hosogaya est chargé en 1931 de superviser l'achèvement du Chōkai et devient son premier commandant l'année suivante. Le Chōkai fait partie de la Division de Croiseurs qui rassemble les bâtiments de sa classe à partir du . Il est ensuite commandé, entre autres, par les capitaines de vaisseau Gunichi Mikawa, en 1934-1935, et Aritomo Gotō, en 1937-1938. Il effectue des patrouilles en mer de Chine pendant la seconde guerre sino-japonaise à partir de 1937. En , il est affecté comme navire amiral de la Flotte Expéditionnaire du Sud que commande le vice-amiral Ozawa.
Pendant l'offensive japonaise (décembre 1941 - avril 1942) Couvrant les opérations de débarquement en Malaisie, le Chōkai participa aussi à la recherche des HMS Prince of Wales et Repulse puis, à partir de la base navale de Cam Ranh, il protégea, de à , les débarquements au nord de Borneo, au sud de Sumatra (Palembang) et à Java. À la mi-février, il heurta un récif près du Cap Saint Jacques et partit à Singapour pour des réparations. En mars, avec la Division de Croiseurs, (la ), il couvrit les débarquements au nord de Sumatra (Sabang) jusqu'aux îles Andaman au large de la Birmanie. Début , il participa à un raid dans le golfe du Bengale afin d'éliminer le trafic commercial avec l'Inde, le Mikuma, le et le destroyer Amagiri formaient le « Groupe Sud », le Kumano et le composaient le « Groupe Nord ». Le Chōkai, la flottille de destroyers, le croiseur léger Yura, le porte-avions et les destroyers Ayanami, Yugiri, Asagiri et le pouvaient renforcer l'un ou l'autre groupe. Pendant cette opération, le Chōkai coula les cargos britanniques Indora () et Silkworth (), le porte-avions coula le cargo américain Selma City et bombarda le cargo britannique Ganges et le cargo américain Bienville, le Chōkai achevant le premier au canon, et le second à la torpille. Le à Singapour, le vice-amiral Ozawa transféra sa marque sur le croiseur-école Kashii et le Chōkai rentra à Yokosuka où il passe en cale sèche. Il reçut alors quatre affûts doubles anti-aériens de Type 96, dont deux à la place de mitrailleuses de HIJMS Chokai - site Flotte Combinée.
À la bataille de Savo (9 août 1942)
Le Chōkai participa à la bataille de Midway de conserve avec l' qui portait la marque du vice-amiral Kondō. Une réorganisation des forces navales japonaises eut lieu le , le vice-amiral Mikawa fut nommé à la tête de la Flotte, pour les Mers du Sud extérieures. Le à Truk, eut lieu la passation des consignes avec le vice-amiral Inoue, précédemment chargé de l'opération Mo annulée à la suite de la bataille de la Mer de Corail. Le vice-amiral Mikawa gagna ensuite son Q.G. de Rabaul avec sa marque sur le Chōkai il mouilla ensuite près de Kavieng, rejoint fin juillet par les croiseurs des classes Furutaka et Aoba composant la Division de Croiseurs, aux ordres du contre-amiral Gotō.
vignette|gauche| L'approche de l'escadre du vice-amiral Mikawa, de Kavieng vers Savo, 7-9 août 1942 La prise de commandement du vice-amiral Mikawa fut vite suivie du coup d'éclat de la bataille de Savo.
Depuis mai, les Japonais avaient débarqué dans l'archipel des îles Salomon dans le but de couper les communications entre Hawaï et l'Australie. Le , les U.S. Marines débarquèrent à Tulagi et Gavutu sous la protection de l' et à Guadalcanal sous la protection des et , les croiseurs lourds japonais de la Division quittèrent aussitôt Kavieng, accompagnés de deux croiseurs légers, de destroyers et du Chōkai venant de Rabaul sous les ordres du vice-amiral Mikawa et mirent le cap sur Guadalcanal. Ils furent repérés à plusieurs reprises. Dès leur sortie de Rabaul, des bombardiers australiens et un sous-marin () américain les signalèrent mais leurs messages, parvenus tardivement, ne furent pas pris en considération. Deux destroyers (, ), en position de piquets radar eurent des contacts, visuel pour le premier, radar pour le second, mais leurs messages ne furent pas réceptionnés; de plus, les croiseurs japonais, dont l'image radar était brouillée par l'île de Savo, parvinrent à se dissimuler. Enfin, l' les repéra mais sa radio était en panne. L'alerte fut finalement donnée par le destroyer alors que l'attaque japonaise avait commencé. vignette|Éclairé par les croiseurs japonais, l'USS Quincy (CA-39) est en train de couler Les croiseurs et qui étaient au sud de l'île furent d'abord très gravement endommagés, le premier dût être achevé le lendemain et le second eut l'avant emporté. Puis les croiseurs japonais abattirent au nord et envoyèrent par le fond les trois croiseurs lourds américains , et tandis que le croiseur léger Yūbari avariait l'. Seul le Chokai fut atteint sur sa batterie avant. Ignorant que les porte-avions américains avaient été retirés du secteur, le vice-amiral Mikawa, craignant les attaques aériennes sur son chemin de retour, fit demi-tour et mit le cap sans délai vers sa base sans attaquer les navires de transports américains mouillés devant Lunga Point, à une vingtaine de nautiques dans le sud-est, ce qui lui sera reproché ultérieurement. Mais pour les grands bâtiments de surface japonais, le danger ne venait pas que du ciel: le lendemain, c'est le sous-marin qui torpilla le croiseur lourd Kako à proximité de Kavieng.
Pendant la campagne de Guadalcanal (août 1942 - janvier 1943)
vignette|droite|300px|Carte de l' « Ironbottom Sound » Deux batailles d'attrition se déroulèrent pendant six mois (d' à ) dans les eaux de Guadalcanal et sur terre entre les forces japonaises qui essayèrent en vain de reprendre cette île aux Américains. L'épicentre des combats terrestres fut le terrain d'aviation Henderson à proximité de la pointe Lunga, et celui des combats navals, le détroit entre Guadalcanal et l'île de Florida, tant de navires y furent coulés qu'il a été surnommé le « détroit au fond d'acier » (« Ironbottom Sound »). La supériorité aérienne était acquise de jour aux Américains grâce aux escadrilles basées à Henderson Field, alors que l'aviation navale japonaise basée à terre (la Flotte Aérienne du vice amiral Tsukahara) était surtout présente le soir, venant principalement d'aérodromes situés près de Rabaul distants d'environ . La tactique américaine était de renforcer l'île avec des convois partant d'Espiritu Santo dans les Nouvelles-Hébrides ou de Nouméa en Nouvelle-Calédonie, sous la protection rapprochée de croiseurs et la protection éloignée de porte-avions (les ,, et ) et de cuirassés (les , et ). Les Japonais, bénéficiant de la protection éloignée de huit ou neuf croiseurs lourds, des quatre cuirassés rapides de la , faisant partie de la Flotte du vice-amiral Kondō, des porte-avions, Shōkaku, Zuikaku, Ryūjō, Hiyō, Jun'yō, appartenant à la Flotte, commandée par le vice-amiral Nagumo, basés à Truk, mirent en œuvre un ravitaillement de nuit, surnommé par les Américains l« Express de Tokyo », assuré fréquemment depuis les îlots Shortland, sous la protection de la Escadre de destroyers du contre-amiral Tanaka, voire de la Escadre du contre-amiral Hashimoto, avec la couverture rapprochée des croiseurs de la Flotte du vice-amiral Mikawa.