Jean-Gabriel Périot, né le à Bellac (Haute-Vienne), est un monteur et réalisateur français. Il a notamment réalisé Une jeunesse allemande et Retour à Reims (Fragments) (adapté de l’essai autobiographique de Didier Eribon), tous deux nommés aux César du meilleur film documentaire.

Biographie

Jeunesse Né à Bellac, dans le département de la Haute-Vienne, Jean-Gabriel Périot passe son enfance à Antibes, puis en Guadeloupe, avant de s'installer à Paris.

Il a suivi une formation générale autour de l’audiovisuel, ayant appris durant cette formation l’utilisation de l’U-matic, montage de bande à bande fonctionnant avec de grosses cassettes, format servant beaucoup dans l’éducation.

Fin des années 1990 : le centre Georges-Pompidou Son engouement pour l'histoire et les images d'archives intervient lors d'un travail accompli au centre Georges-Pompidou à la fin de ses études. Il y découvre les possibilités qu'offrent les images d'archives, un matériau riche qui permet d'élaborer de nouveaux récits visuels.

Jean-Gabriel Périot travaillait à l'époque pour le service multimédia qui était responsable de la fabrication de contenus audiovisuels pour le centre Georges-Pompidou, réalisant par exemple des vidéos de présentation pour les expositions. En 1996, Jean-Gabriel Périot y retourne une seconde année pour une exposition s’intitulant « L’Art de l’Ingénieur, Constructeur, entrepreneur, inventeur » du au , pour laquelle il remontera cent films d’archives.« Cent films étaient présentés dans l’exposition, mais évidemment pas les films complets et en fait les commissaires choisissaient les films pour un thème en particulier, très précis, c’était donc là, l’ingénierie architecturale, abordant des questions très précises de construction. Ils choisissaient des éléments dans les films, il n’y avait pas de son, pas de commentaire, et comme c’était à Beaubourg, il y avait un public international, j’avais le droit à trois ou quatre sous-titres maximums, il ne fallait pas que ce soit trop explicatif pour que tout le monde puisse comprendre. En faisait cela, cent films pendant un an, sur des thèmes un peu compliqués parce que parfois les films ne s’y prêtaient pas, c’est là que j’ai réellement appris à monter parce que je ne faisais que ça et puis c’était un exercice très compliqué qui force à interroger, creuser la matière. Évidemment j’ai beaucoup appris sur les questions de l’archive à ce moment-là. ».

21.04.02, installation vidéo Toujours dans cette lancée artistique, il réalise en 2002, une installation vidéo intitulée 21.04.02. Deux écrans et un petit moniteur sont disposés. Les deux grands moniteurs diffusant des phrases relevées dans la presse au moment des élections, et de l’autre, des images d’archives, des séquences thématiques. Ces phrases et ces séquences étaient entrecoupées par de grands moments de noir. Par la suite, Jean-Gabriel Périot les agencera donnant la version finale du film.

Découverte des images d'archives C'est durant ces périodes que Jean-Gabriel Périot découvre un intérêt singulier pour le « remploi »Nicole Brenez, « Montage intertextuel et formes contemporaines du remploi dans le cinéma expérimental », in Revue d’études cinématographiques, Cinémas, 2002. d'images d'archives, ainsi que toutes les possibilités esthétiques et symboliques qu'offrent ce type d'images. Ce « remploi » d'images d'archives vaut l'appellation de « found-footage » pour caractériser le genre cinématographique de certains films de Périot.

Une « instrumentalisation » du montage par la convergence de l’expérimentation et du réel que déploie Jean-Gabriel Périot depuis les années 2000 à travers des courts-métrages et longs-métrages de films d’archives. Ses films sont traversés par engagement artistique et politique malgré le côté impersonnel des images d’archives. Le montage de Jean-Gabriel Périot relève réellement d’une pratique qui peut être isolée, ici à travers son montage d’archives qui est sensiblement différent de son montage de prises d’images personnelles. Le montage d’archives de Jean-Gabriel Périot est à la fois un outil d’expression et de création, apportant une réflexion en lien avec son époque.

La fiction interrogeant le documentaire

La posture de Jean-Gabriel Périot

Le constat d'un cinéma politique vide « C’est une hypothèse fort aventureuse, mais il est probable que si, lorsque j’avais vingt ans, un « cinéma politique » contemporain avait alors pleinement existé comme il a pu exister dans les années 1920-1930 ou dans les années 1960-1970, je n’aurais jamais réalisé de film. Je travaillais alors comme monteur et cela me satisfaisait. J’avais bien envie de faire des films depuis que j’étais adolescent, mais je n’étais pas pressé. Par contre, je ressentais un vrai manque comme spectateur. Il y avait peu de films qui m’aidaient à comprendre le monde dans lequel je vivais ou de films qui « prenaient position. »Jean-Gabriel Périot, lors de ses conversations rassemblées dans un ouvrage Ce que peut le cinéma, Conversations (2018) avec Alain Brossat, raconte les motivations de sa pratique cinématographique. Il déplore l’absence de cinéma politique depuis le cinéma soviétique des années 1920-1930, et le cinéma français de 1968, avec les « ciné-tract »« C’est 2’44 (soit une bobine de . à 24 images/seconde) de film muet à thème politique, social ou autre, destiné à susciter la discussion et l’action. » in SLON, Cinetractez !, 1968.. Deux références dont les expérimentations cinématographiques et les possibilités de revendications du montage l’intéressaient. Ce contexte cinématographique va induire à une volonté de créer ses propres films « politiques ». Ce cinéma politique est décrit dans les entretiens et écrits de Jean-Gabriel Périot, comme relevant d’une volonté, celle d’un désir de « propagande », dans le but de confronter le spectateur de manière assez brutale, avec des idéologies radicales, visant à une réaction de sa part. Cette tendance va avec la volonté de Jean-Gabriel Périot de laisser parler ses images d’archives, mais également d’en faire émerger des questionnements par le montage.

Son film Eût-elle été criminelle..., sur les femmes tondues de la fin de la Seconde Guerre mondiale, a souvent été mobilisé dans les collèges pour débattre de la violence.

 La question du spectateur La question du spectateur est intéressante dans le travail de Jean-Gabriel Périot, dans la lignée des pensées de Jacques Rancière dans son ouvrage intitulé Le spectateur émancipé publié en 2008, discutant de la possibilité d’un cinéma « politique » à travers l’émancipation du spectateur. Une émancipation que Jean-Gabriel Périot juge nécessaire faisant le constat d’un manque politique dans le cinéma contemporain actuel, encore plus dans celui qui se dit politique, relevant plus d’une « superficialité » dérangeante pour Jean-Gabriel Périot, ne voyant l’engagement politique possible que par l’engagement artistique, et donc par les expérimentations des formes du cinéma.

L’importance du montage Le montage d’archives de Jean-Gabriel Périot est à la fois un outil d’expression et de création, apportant une réflexion en lien avec son époque, son environnement. Une forme de fabriquant d’images, monteur de formation et individu ayant assisté avec l’arrivée d’internet au début des années 2000, à la constitution d'une masse d’images orphelines, en accès libre et perpétuel sur le web. Un regard sur son environnement, à l’ère de l’hégémonie de l’image, dont la construction et les enjeux de représentation dans les sociétés, particulièrement la société occidentale, interroge, et qu’il met en pratique à travers son montage, réel « savoir-faire » de démontage et de remontage dans la lignée de Theodor W. Adorno, à la fois discontinuité ontologique du cinéma et en même temps réelle démarche propre à Jean-Gabriel Périot, qui par la récurrence de gestes, « réemployer, remonter, rembobiner, accélérer, décadrer, recadrer » pose ses « questions ».

La facture de Jean-Gabriel Périot

Les thèmes récurrents

Jean-Gabriel Périot a réalisé depuis 2002 une quinzaine de courts métrages en développant son propre style à partir d'archives filmiques et photographiques. Son travail s'intéresse aux rapports entre la violence et l'histoire. Il définit son métier de cinéaste comme un travail de recherche en cours en interrogeant notre monde et les rapports humains :

L’œuvre filmique de Jean Gabriel-Périot est traversée par des thématiques récurrentes, notamment la mémoire et l’histoire, questionnées principalement à travers la Seconde Guerre Mondiale. Le menant à aborder les femmes tondues, les bombardements aérien, l’humanité. Son travail interroge la façon dont l'histoire a construit la mémoire, comment la mémoire est venue orienter les actions humaines contemporaines, et comment se construit l'histoire actuellement.

Jean-Gabriel Périot s'intéresse également au militantisme et à la politique avec la question du travail et des travailleurs, ou encore aux violences policières. Ces notions sont également liées au sens du combat, la raison des colères et des luttes, la radicalité de certaines luttes, les médias et leur pouvoir sur les individus et les sociétés, leur rapport à l’histoire, la mémoire ainsi que la politique, et enfin l’apocalypse nucléaire. Jean-Gabriel Périot va donc traiter singulièrement ces différentes thématiques à travers son montage.

Des images documentaires Les prises de vues documentaires dans les films de Jean-Gabriel Périot sont des images d'archives photographiques et vidéographiques. On retrouve notamment des photographies et vidéos de civilisations, de paysages, de villes, d’animaux, ou attraits à un évènement historique . Contrairement à la plupart des documentaires, ceux de Jean-Gabriel Périot sont dépourvus de voix-off, seules les images d'archives expriment le point de vue des protagonistes comme dans Une jeunesse allemande, ou dans The Devil. Cependant cette dimension documentaire est marquée par une subjectivité propre au réalisateur, que relève justement Jean-Gabriel Périot lors d’une entrevue accordée à la revue numérique Mashup, nuançant le genre documentaire :« Il y a toujours une certaine naïveté à penser les images documentaires. Spontanément, elles apparaissent, contrairement aux images de fiction, du côté du vrai, du neutre, de l’objectif (mais aussi du sale, du bougé, du monté, bref du sans-forme). Elles apparaissent aux spectateurs presque « pures ». Pourtant, il n’existe aucune image sans mise en scène, sans construction, sans prise de décision. Il n’y a pas d’images sans cadre et donc sans hors-champ, il n’y a pas non plus d’images hors d’un temps précis (celui et uniquement celui qu’elle documente). »Julien Lahmi (2015, 11 octobre), « Entrevue avec Jean-Gabriel Périot » in Mashup Cinémas.Le « point de vue documenté »Jean Vigo, « Ce documentaire social se distingue du documentaire tout court et des actualités par le point de vue qu’y défend nettement son auteur. Ce documentaire exige que l’on prenne position, car il met les points sur les i. S’il n’engage pas un artiste, il engage au moins un homme. », 14 juin 1931, présentation d’A propos de Nice. dans le travail de Périot questionne plus le positionnement du spectateur, qu'il informe sur un sujet.

Une jeunesse allemande, 2015, premier long-métrage