Alfred Pose, né à Laà-Mondrans le et mort à Saint-Jean-de-Luz le , est un universitaire et un banquier français du .
Il a également eu une activité politique. Il est le secrétaire général aux finances de l'amiral Darlan en 1942 en Afrique du Nord et participe aux complots visant à démettre l'amiral de son pouvoir. Il est maire de Saint-Jean-de-Luz de 1953 à 1961 et préside à Paris le Centre d'études politiques et civiques (CEPEC) de sa fondation en 1954 à 1958.
Biographie Professeur d'économie politique
Petit-fils de berger, fils de Pierre Pose, instituteur d'un petit village béarnais, et de Claire Lacroix, son épouseCf. son dossier de la Légion d'honneur dans la base Léonore.Collectif, Dictionnaire historique des patrons français, Flammarion, 2010, , Alfred Pose suit des études secondaires à Pau, puis gagne Paris. Diplômé d'HEC en 1919, il s'intéresse aux sciences économiques et au droit, obtenant un doctorat de droit dans ces deux disciplines (1922-24) tout en travaillant ; il est notamment le secrétaire du député Auguste Champetier de Ribes, député dès 1924 des Basses-Pyrénées . Agrégé de droit en 1926, il est chargé de cours en 1925 puis professeur à la Faculté de droit de Caen de 1926 à 1929.
Il épouse en Thérèse Lasserre, fille de l'universitaire Pierre Lasserre« Mariages », Le Figaro, 24 novembre 1926, « Les obsèques de M. Pierre Lasserre », Comœdia, 11 novembre 1930.
Banquier
Il bifurque en 1929 vers le privé. Sur les conseils de Charles Rist, il entre à la Société générale alsacienne de banque (SOGENAL) comme chef du service des études, se fait remarquer par son directeur général René Debrix et devient directeur de la succursale de Cologne, en Allemagne, puis adjoint au président« Alfred Pose à la tête de la BNCI » sur le site histoire.bnpparibas. En , il accepte de devenir le directeur général d'une nouvelle banque née sur les ruines de la Banque nationale de crédit, la Banque nationale pour le commerce et l'industrie (BNCI) Il en fait une banque moderne et la fait prospérer en rachetant des banques régionales fragilisées par la crise des , telle la banque Renauld de Nancy en 1936Collectif, Dictionnaire historique des patrons français, Flammarion, 2010, . et en mettant en place un réseau d'agences et de filiales dans les colonies françaises, telle la BNCI-Afrique à Alger, fondée en 1940. Il entre au conseil d'administration de la BNCI en 1936Marianne, 15 avril 1936.
En tant que DG de la BNCI, il permet le renflouement des Presses universitaires de France (PUF) en 1934 et fait appel pour diriger cette maison d'édition à l'un de ses anciens condisciples d'HEC, Paul AngoulventValérie Tesnière, Le Quadrige : un siècle d'édition universitaire, 1860-1968, Paris, PUF, 2001, . Pose fait partie du comité littéraire et scientifique des PUFValérie Tesnière, Ibid., .
Sous l'Occupation, il cherche à maintenir la position de sa banque et construit un réseau bancaire international, à partir de la BNCI-Afrique (1940) et du Crédit foncier de Madagascar et de la Réunion (1943). Il est de 1940 à un acteur important de la collaboration économique avec les autorités allemandes : il participe aux déjeuners de la table ronde, qui réunissent régulièrement, au Ritz, personnalités françaises et allemandes à partir de , entretient des relations amicales avec le responsable allemand de l’Office de surveillance des banques et sa banque finance des commandes allemandes, dans l'aéronautique notamment. En 1941, l’ambassade allemande présente sa banque, la BNCI, comme l’une des plus Catherine Hodeir, Stratégies d’empire : le grand patronat colonial face à la décolonisation, Belin, 2003, , Philippe Burrin, La France à l’heure allemande 1940-1944, Seuil, 1995, , 263, 277-278 : Un examen des comptes conclut que la BNCI, de toutes les banques, est « vraisemblablement celle qui a apporté l'aide la plus considérable aux rapports franco-allemands » ().. Pose a été . C'est que la collaboration économique favorise les affaires et qu'elle répond à la Ibidem, à laquelle il adhère. En outre, il a souhaité être ministre de l'économie. Il n'a pu obtenir ce poste qu'en Afrique du Nord, brièvement , et au prix de son ralliement au général Giraud et aux Alliés.
Il est à nouveau directeur général de la BNCI à la Libération, alors que la banque est nationalisée (loi du 2 décembre 1945) et présidée par Ludovic Tron. Il contribue à la mise en place de filiales en Europe (Angleterre, Suisse), en Afrique (Égypte, Nigéria) et en Amérique latine (Mexique, Colombie, Panama, Uruguay). Il quitte ses fonctions en 1950, à 51 ans, mais est nommé administrateur de cette banqueL’Économiste européen, 12 février 1950, Composition du conseil d'administration en exécution de l'article 9 de la loi du 2 décembre 1945 : Bulletin officiel du Haut-commissariat de France en Indochine, 15 mai 1952 jusqu'en 1962 et président de deux de ses filiales, la BNCI-AfriqueBNCI. Filiales et banques affiliées. Bilans annuels 1953 et la BNCI-Océan indien (1954, nouveau nom du Crédit foncier de Madagascar et de la Réunion).
Il est également administrateur d'autres entreprises dans les années 1940 et 1950 : de compagnies coloniales africaines, au Maroc notamment : Crédit marocain (1946 : le directeur général a été son beau-frère, Marc Lasserre Crédit marocain sur le site entreprises-coloniales.fr, La Vigie marocaine, 20 juillet 1946, Annuaire Desfossés-SEF, 1953), Union minière pan-africaine, fondée à Casablanca en Journal officiel de l'AEF, 15 août 1949, Société marocaine des tubes et robinetterie Saturo (1948, avec aussi Marc Lasserre)La Vigie marocaine, 27 février 1948. Mais aussi au Sénégal (Compagnie coloniale industrielle et commerciale, à partir de 1948Paris-Dakar, 11 mai 1948). Il administre aussi des sociétés établies en France métropolitaine : De Dietrich, à partir de 1950Michel Hau, La Maison De Dietrich de 1684 à nos jours, Oberlin, 1998, , Banque industrielle de l'Afrique du Nord, jusqu'en 1953entreprises-coloniales.fr, Historique de la Banque, Nouvelle compagnie havraise péninsulaire de navigation, de 1953 à 1955L’Économiste européen, 15 juin 1953, Ibid., 15 juin 1955, Saint-Raphaël, à partir de 1954 (en tant qu'administrateur de la QuilmèsLa Vigie marocaine, 15 octobre 1954), Grands travaux de l’Est (la BNCI en est un actionnaire important), Cartonneries de La Rochelle, Société centrale des usines à papier et papeteries J-B Weibel réunies (CENPA)Société centrale des usines à papier (CENPA) sur le site /www.entreprises-coloniales.fr, L'Information financière, économique et politique, 2 juin 1956, Anciens Ets A. Combes et filsWho's who, 1954, 1969, Henry Coston, « Le secret des dieux », Lectures françaises, décembre 1965, , Hotchkiss-BrandtL'Information financière, économique et politique, 25 juin 1959Annuaire Desfossés-SEF, 1958. Certaines ont des intérêts en Afrique du Nord (Saint-Raphaël, QuilmèsL'Observateur, 31 août 1950, Banque industrielle de l'Afrique du Nord). Administrateur à partir de 1950 de la brasserie argentine Quilmès, il est allé plusieurs fois en Argentine défendre les intérêts des actionnaires français, menacés par l'État argentin dirigé par Juan Perón qui s'est attaqué aux possessions de la famille du fondateur de la brasserie, Otto BembergLe Figaro, 14 janvier 1950, L'Observateur, 21 septembre 1950, L'Information financière, économique et politique, 12 janvier 1950, Ibid., 14 septembre 1950, Ibid., 17 septembre 1953 (en ligne sur Retronews), « Création d'une société argentine pour la défense des intérêts français de la Quilmès », Le Monde, 14 septembre 1950, « Règlement de l'affaire Quilmès Espoirs pour le Port du Rosario », Le Monde, 15 janvier 1951.
En 1951, avec notamment Guillaume de Tarde, ancien président de la BNCI et l'ancien ministre Paul Marchandeau, inéligible depuis la Libération, il devient l'associé d'une Société d'études et d'exploitation de la presse quotidienne périodique, contrôlée par les hommes d'affaires qui possédaient le quotidien Le Temps, interdit de reparution à la Libération et remplacé par Le Monde, et qui songeraient à faire paraitre à nouveau Le TempsL'Observateur, 10 avril 1952, Maroc-presse, 27 novembre 1953.
Il devient en 1953 actionnaire de la maison d'édition Plon, dirigée par son ami Maurice BourdelPatricia Sorel, Plon: Le sens de l'histoire (1833-1962), Presses universitaires de Rennes, 2018, .
Il est au début des l’un des du comité français de la Chambre de commerce internationale.
Action et réflexions politiques
Dans la seconde moitié des années 1920, alors qu'il est universitaire, Alfred Pose publie dans le quotidien L'Avenir d'Émile Buré plusieurs articles de réflexion, sur les dettes interalliées, sur la mise en valeur de l'empire colonial français, sur la main d'œuvre étrangère, sur l'arbitraire fiscal, sur les risques du malthusianisme, etc.L'Avenir, 15 mai 1926, Ibid., 14 mai 1927, Ibid., 7 février 1927, Ibid., 22 août 1927, Ibid., 20 janvier 1927. Il collabore dans l'entre-deux-guerres à diverses revues comme la Revue d'économie politique ou la Revue politique et parlementaire.
Devenu banquier, il poursuit ses réflexions sur la monnaie, publiant aux PUF en 1942 une somme, La monnaie et ses institutions. Et il appuie au sein des PUF la revue maréchaliste La Communauté française de l'économiste François Perroux, lancée en Valérie Tesnière, op. cit..
Installé à Alger depuis le printemps 1942, il est averti en octobre de l’imminence d'un débarquement anglo-américain en Afrique du Nord par son ami Jacques Lemaigre DubreuilCatherine Hodeir, Stratégies d’empire : le grand patronat colonial face à la décolonisation, Belin, 2003, ou/et par son ami et collaborateur Marc Jacquet qui dirige les services de la BNCI-Afrique. Après le débarquement qui a lieu le (opération Torch), par l'intermédiaire de Marc Jacquet qui a participé à cette opération, il se rapproche des figures de la Résistance qui ont favorisé ce débarquement : Lemaigre Dubreuil, Jean Rigault, associé de ce dernier, Henri d'Astier de La Vigerie, fervent royaliste, Jacques Tarbé de Saint Hardouin, diplomate qui entretient de bonnes relations avec les Américains. Au début du mois de décembre, grâce à ses relations, il devient le secrétaire général aux finances de l'amiral François Darlan, l'ancien chef de gouvernement de Vichy, que les Américains ont placé à la tête de l'Afrique du Nord. Il coordonne l'action de trois secrétaires, aux finances (Ludovic Tron, futur président de la BNCI), à la production (Bondelle) et au commerce (Bataille)Maroc-presse, 26 juillet 1953.