Louis Mullem, né Léon Mullem à Amsterdam le et mort à Paris le Acte de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , n° 3403, vue 1/31., est un journaliste, écrivain et compositeur français, auteur de chroniques, de feuilletons, de romans, de contes, de pièces de théâtre et de compositions musicales.
Éléments biographiques Contexte familial Louis Mullem est issu d'une famille juive, établie à La Haye au début du . Les registres d'état civil de cette ville conservent la trace de la naissance, en 1816, de Jacob Elias Mullem (parfois aussi écrit MülheimCe nom est celui de , dont l'une doit représenter le berceau de la famille.), fils d'Elias Jacob Mullem et de Sara Ezechiëls Posnanki, émigrants juifs polonais. Jacob Elias épousera en Hollande une femme juive allemande, Judith Lion Cohen Kulker, dont il aura au moins trois enfants : Félix, Julia et LouisJean-Paul Damaggio, De Léon Cladel à Dominique Rolin, blog des Éditions La Brochure, 24 février 2009.. Jacob Elias, musicien de profession, devient par la suite professeur à l'Académie de Lille. Ses enfants s'installeront pour la plupart à Paris.
Louis a donc pour frère cadet Félix et pour sœur Julia. Félix, employé en 1870 comme commis-rédacteur à l'Assistance Publique de l'Hôtel de Ville de Paris, y rencontre Léon Cladel, qui bénéficie du même emploi. Peu après la Commune de Paris, Julia, alors jeune musicienne, épouse Léon Cladel qui encouragera la carrière littéraire de LouisBeïda Chikhi et Marc Quaghebeur, Les écrivains francophones interprètes de l'histoire: entre filiation et dissidence, coll. « Documents pour l'histoire des francophonies » , Peter Lang, 2007, , n. 8.. Ils auront cinq enfants dont Judith-Jeanne (1873-1958), dite « Pochi », « Pouchi » ou « Petit Plouche », à qui sera offert Le Livre de Pochi, une œuvre collectiveJean-Paul Damaggio, « Judith Cladel, éléments d’un parcours », blog des Éditions La Brochure, 11 octobre 2010. Cet étrange surnom lui fut donné en souvenir d’une reproduction du Polichinelle de Manet qui décorait le salon familial et dont elle épelait ainsi le nom. à laquelle participera Louis en 1886, et Pierrine-Esther, qui épousera Jean Rolin et sera la mère de l'écrivaine belge Dominique Rolin.
Quant à Louis, il épousera à Paris (18e) le 26 septembre 1899Leur acte de mariage (n° 1792) dans le registres des mariages de Paris (18e) pour l'année 1899. Louise Lussat (1859-1921)Inscription sur la tombe de Louis Mullem au cimetière du Montparnasse..
Le journaliste Journaliste républicain, proche de l'extrême gauche de l'époque, il est décrit par Léon Daudet comme un « gros, pessimiste, polyglotte » qui « s'attendrit en pensant à Clemenceau »Jean-Baptiste Duroselle, Clemenceau, Fayard, 2012. dont il était un familier. Ce pessimisme foncier est également noté par Edmond de Goncourt dans son JournalNoëlle Benhamou, « Feu Harriett de Louis Mullem : un conte bien étrange », dans Anales de Filologíca Francesca , 2007, p. 68.. Mais peut-être ce trait a-t-il été grossi par ces deux auteurs, antirépublicains et antisémites notoires.
Louis Mullem est l'un des principaux rédacteurs de la Correspondance libérale (dite « correspondance Asseline »), fondée en 1869 par Louis Asseline dans le but d'alimenter les journaux républicains de province tels que La France républicaine de LyonÉmile Mermet, Annuaire de la presse française, Paris, 1880, .. Lors de la mort brutale de ce dernier, le , c'est Mullem, accompagné d'un autre témoin, qui en fera la déclaration officielle le lendemainArchives numérisées de Paris, registre des décès du , acte n 344 du 7 avril 1878. Déclarants : Théodore Gillet-Vital, ingénieur civil, et Louis Mullem, homme de lettres..
Il collaborera ensuite à La JusticeGustave Geffroy, Clemenceau. suivi d'une Étude de Louis Lumet, avec citations de G. Clemenceau, sur les États-Unis d'Amérique, , G. Crès et Cie, Paris, 1918, .Michel Winock, Clemenceau, éditions Perrin, 2007, 118., journal fondé par Georges Clemenceau, et où il a pour confrères, entre autres, Gustave Geffroy, Stephen Pichon, Léon Millot, Armand Silvestre, Charles Monselet ou encore Aurélien Scholl. Il y assurera en particulier la chronique musicale à partir de 1880Pierre Glaudes et Marie-Catherine Huet-Brichard, Léon Cladel, Presses universitaires du Mirail, coll. « Cribles », Toulouse, 2003, p. 288.Pierre Michel, « Petit dictionnaire des écrivains cités », dans Octave Mirbeau, Combats littéraires, L’Âge d’Homme, Lausanne, 2007, ..
Louis Mullem participe également à la rédaction de L'AuroreErnest Vaughan, « Souvenirs sans regrets : la constitution de l'Aurore », L'Aurore, 16 avril 1901, ., du GlobeÉtant donné la chronologie, il ne peut s'agir du Globe, journal créé par Pierre Leroux et Paul Dubois, paru en France entre 1824 et 1832. et de La DémocratiePolybiblion. Revue bibliographique universelle, t. CXIII, juillet 1908, p. 179..
L'écrivain
Ami de Joris-Karl Huysmans, de Maurice Rollinat — chez qui il se rend parfois à Fresselines — et d'Alphonse DaudetNotice d'autorité de la BnF., Louis Mullem se rattache, de manière générale, aux écoles réaliste et naturalisteNoëlle Benhamou, « Feu Harriett de Louis Mullem : un conte bien étrange », dans Anales de Filologíca Francesca , 2007, p. 59.. Il produit son œuvre la plus marquante relativement tard, des années 1880 à sa mort. Ses contes et nouvelles paraissent dans divers journaux et revues littéraires ou scientifiques, tels que L'Aurore, La Vie populaire, La Société Nouvelle (« Revue internationale. Sociologie, arts, sciences, lettres »), La Chronique moderne, le Gil Blas illustré hebdomadaire, etc.
Ainsi, La Vie populaire publie le le conte fantastique « Feu Harriett ». On y trouve à la fois une satire du spiritualisme, du progrès, de l'amour conjugal et de l'idéalisme aussi bien qu'un hommage aux œuvres fantastiques de Gérard de Nerval, Théophile Gautier, Edgar Poe et Villiers de L'Isle-Adam. Ce texte, l'un des plus caractéristiques de l'auteur, est repris dans le recueil Contes d'Amérique, publié en par Alphonse Lemerre, et très apprécié d'Henri Céard, l'auteur naturaliste de Terrains à vendre au bord de la mer. Louis Mullem ignorera qu'en secret, Daudet a payé Lemerre afin d'assurer la publication du recueil de son amiAnthony Glinoer et Vincent Laisney, L'âge des cénacles, Arthème Fayard, 2013. !
De même, La Société Nouvelle fait paraître en « Le marchand de mots. Conte paradoxal » et en mars de la même année « Le progrès suprême. Conte psychopathique », dont les sous-titres ironiques dévoilent les intentions satiriques de l'auteur.
Les nouvelles de Louis Mullem, où se mêlent le fantastique, la fantaisie, l'anticipation et la rêverie scientifique, s'inspirent de la littérature symboliste, et particulièrement des contes de Villiers de L'Isle-Adam. Plusieurs d'entre elles, considérées comme des exemples de proto-science-fiction, furent traduites et rééditées en anglais en 2009 et 2011 par Brian Stableford dans deux anthologies consacrées aux auteurs français représentatifs de ce genre littéraire, et dont l'un des titres est emprunté à celui du « Progrès suprême » cité plus hautBrian Stableford, The Germans on Venus, Black Coat Press, coll. « Black Coat French Science Fiction » , 2009 ; The Supreme Progress, Black Coat Press, coll. « Black Coat French Science Fiction » , 2011 ; ce dernier titre d'après la nouvelle « Le progrès suprême », parue dans La Société Nouvelle, mars 1894, ..
L'amitié de Louis Mullem et de son confrère de La Justice Gustave Geffroy avait en outre amené les deux journalistes et écrivains à envisager la rédaction à deux mains d'un ouvrage philosophico-humoristique intitulé Traité de l'inutile, qui ne devait jamais voir le jour.
Quelque temps après le décès de Louis Mullem, survenu en 1908, le chroniqueur Philippe-Emmanuel Glaser en fait ainsi l'éloge dans Le FigaroLe Figaro, samedi 25 septembre 1909, p. 3-4. :
Le musicien Fils et frère de musiciens, Louis Mullem baigne très tôt dans un univers sonore qui imprègnera sa personnalité : en témoigne par exemple son activité de critique musical pour le journal La Justice. Lui-même excellent pianiste, il est le compositeur avéré de plusieurs morceaux dont une Marche chinoise et une Retraite péruvienneLa Chronique des arts et de la curiosité. Gazette des beaux-arts, 1908, p. 282a., non datées, et vraisemblablement écrites pour le piano.
Gustave Geffroy, au fil de la plume, aime à rappeler les qualités musicales de son ami qui en faisait régulièrement profiter les hôtes qui le recevaient. Ainsi, dans son évocation du peintre et sculpteur Jean-François Raffaëlli, note-t-il en passant :
Le même auteur rapporte par ailleurs comment, de passage à Fresselines, Louis accompagnait sans complexe à l'harmonium la voix de son ami Maurice Rollinat chantant à l'occasion d'une messe de minuit locale :
La fin Décédé à Paris le , Louis Mullem est inhumé au cimetière du MontparnasseJean-Pierre Ariey-Jouglard et France Raimbault, Le cimetière Montparnasse : dictionnaire biographique de personnalités enterrées au cimetière, Christian, Paris, 2012., où son épouse le rejoint le .
Œuvres Romans Chez Madame Antonin, Tresse & Stock, 1887.
Recueils Contes d'Amérique, Alphonse Lemerre, coll. « Bibliothèque contemporaine », 1890; réédition : Marpon-Flammarion, coll. « Auteurs célèbres » , 1892 (lire en ligne sur Gallica). Contes ondoyants et divers, Éditions d'art et de littérature, 1909; préface de Gustave Geffroy.
Contes et nouvelles « L'Union libre » (1881). — Initialement publié dans La Vie populaire en 1881 ; recueilli dans Contes d'Amérique, Alphonse Lemerre, coll. « Bibliothèque contemporaine », ; ouvrage réédité chez C. Marpon et E. Flammarion, coll. « Auteurs célèbres », , 1892. « Feu Harriett » (1882). — Initialement publié dans La Vie populaire, ; recueilli dans Contes d'Amérique, 1890, 1892 (lire sur Onuphrius). « L’ “Express-Times” (fantaisie américaine) » (1889). — Publié dans Paris illustré, ; recueilli dans Contes d'Amérique, 1890, 1892. « À la Schopenhauer » (1890). — Recueilli dans Contes d'Amérique, 1890, 1892. « Ci-gît Edwinn » (1890). — Recueilli dans Contes d'Amérique, 1890, 1892. « Deux débuts » (1890). — Recueilli dans Contes d'Amérique, 1890, 1892. « Fin d'année » (1890). — Recueilli dans Contes d'Amérique, 1890, 1892. Traduction en anglais : « The New Year », dans The Supreme Progress, anthologie de Brian Stableford, Black Coat Press, coll. « Black Coat French Science Fiction » , 2011 ; rééd. 2012. « L'Explosion » (1890). — Recueilli dans Contes d'Amérique, 1890, 1892. « L'Inexorable Monotonie » (1890). — Recueilli dans Contes d'Amérique, 1890, 1892. « La Nuit de Noël » (1890). — Recueilli dans Contes d'Amérique, 1890, 1892. « La Philantropophagie » (1890). — Recueilli dans Contes d'Amérique, 1890, 1892 (lire en ligne). « La Tragédie du magnétisme » (1890). — Recueilli dans Contes d'Amérique, 1890, 1892. « Le Docteur Burns » (1890). — Recueilli dans Contes d'Amérique, 1890, 1892 ; repris dans le Gil Blas illustré hebdomadaire, , , (avec une planche de dessins hors texte par Albert Guillaume). « Le Théâtre de la misère » (1890). — Recueilli dans Contes d'Amérique, 1890, 1892. « Une nouvelle école » (1890). — Recueilli dans Contes d'Amérique, 1890, 1892. « Une nouvelle méthode judiciaire » (1890). — Recueilli dans Contes d'Amérique, 1890, 1892. « Une soirée improvisée » (1890). — Recueilli dans Contes d'Amérique, 1890, 1892. « Vengeances de femmes » (1890). — Recueilli dans Contes d'Amérique, 1890, 1892. « Le Marchand de mots » (1894). — Publié dans La Société Nouvelle de , p. 55-59. « Le Progrès suprême » (1894). — Publié dans La Société Nouvelle de , p. 308-324. Traduction en anglais : « The Supreme Progress », dans The Supreme Progress, anthologie de Brian Stableford, Black Coat Press, coll. « Black Coat French Science Fiction » , 2011 ; rééd. 2012. « Autour de l'argent » (1897). — Publié dans L'Aurore du , p. 1-2 (lire sur Gallica).