La bataille d'Uclès se déroula le à Uclès, en Espagne, dans le cadre de la guerre d'indépendance espagnole. Elle opposa le corps d'armée français commandé par le maréchal Claude-Victor Perrin aux forces du général espagnol Francisco Javier Venegas. Les Français triomphèrent facilement de leurs adversaires moins nombreux et capturèrent près de la moitié de l'infanterie espagnole.

À la fin de l'année 1808, Napoléon pénétra en Espagne à la tête d'une puissante armée, dispersa les forces espagnoles et fit son entrée à Madrid. Néanmoins, l'apparition d'un corps expéditionnaire britannique commandé par le général John Moore força l'Empereur à lancer une grande partie de ses troupes à la poursuite des Britanniques dans le nord-ouest de l'Espagne. Profitant de la dispersion des Français, les armées espagnoles s'agitèrent de nouveau. À la fin du mois de , l'armée du Centre, sous les ordres du duc del Infantado, s'avança lentement en direction de Madrid, semant la panique au sein des maigres forces françaises chargées de la défense de la capitale. Le duc del Infantado, prudent, détacha l'un de ses lieutenants, le général Venegas, avec un corps d'avant-garde afin de causer des ennuis aux Français.

Après que Venegas eut remporté un petit succès à Tarancón, Victor regroupa son propre corps d'armée et marcha à sa rencontre à la mi-. Sans instruction ni soutien du duc del Infantado, Venegas choisit imprudemment de se retrancher sur une position forte à Uclès. Victor submergea rapidement les défenseurs espagnols avec une division et poussa un grand nombre d'entre eux dans les bras de sa deuxième division qui avait contourné la position par le flanc. Regroupant les survivants de l'armée de Venegas, le duc del Infantado conduisit les restes de son armée à travers les montagnes, non sans avoir perdu en chemin une grande partie de son artillerie. Rendu responsable de la défaite, il fut relevé de son commandement peu après.

Contexte de la bataille

À la suite du soulèvement du Dos de Mayo et du désastre de la capitulation de Bailén, les armées françaises stationnées en Espagne furent contraintes de se retirer derrière l'Èbre au nord-est. Ulcéré par la tournure des événements, Napoléon ordonna à soldats aguerris de faire route vers l'Espagne. L'Empereur prévoyait d'unir les troupes de renfort avec celles déjà présentes sur place et de conquérir la péninsule Ibérique une bonne fois pour toutes. Pendant ce temps, la population espagnole avait été rendue confiante à l'annonce des premières victoires et pensait que la guerre était bientôt terminée ; hommes politiques et généraux espagnols commencèrent alors à se disputer entre eux.. Au , Napoléon disposait de soldats regroupés en huit corps d'armée, une réserve de cavalerie, la Garde impériale ainsi que d'autres formations secondaires, le tout prêt à se lancer à la conquête de l'Espagne.. Au mois de novembre, les armées françaises attaquèrent avec une supériorité numérique écrasante et balayèrent les défenses espagnoles aux batailles de Burgos, Espinosa, Tudela et Somosierra.. Le , Napoléon fit son entrée à Madrid, où il replaça son frère Joseph Bonaparte sur le trône d'Espagne et procéda à des réformes administratives. À ce moment, son intention était d'envoyer des armées pour prendre Séville dans le sud du pays et de reconquérir le Portugal à la première occasion. Toutefois, l'apparition d'un nouvel ennemi sur le théâtre des opérations bouleversa complètement les plans de l'Empereur..

En date du , une armée britannique forte de fantassins, cavaliers et 66 pièces d'artillerie, sous les ordres du général John Moore, était cantonnée au nord-est de Salamanque. Moore avait écrit à l'un de ses collègues généraux : « si la bulle éclate et que Madrid tombe, nous devrons nous porter immédiatement à son secours ». Peu de temps après, Moore apprit que Napoléon s'était emparé de Madrid et que soldats français étaient déployés en Espagne. Le général en chef britannique décida malgré tout d'attaquer le corps du maréchal Jean-de-Dieu Soult, isolé du reste des forces françaises au nord de l'Espagne. De fait, lorsque la cavalerie anglaise mit en déroute les cavaliers de Soult au combat de Sahagún le , ce dernier fut complètement surpris. Napoléon prit néanmoins rapidement conscience de la situation et dirigea soldats au nord afin d'anéantir les Britanniques..

Informé du péril qui le menaçait, Moore battit en retraite avec son armée en direction de La Corogne, au nord-ouest du territoire espagnol. L'armée britannique parvint en définitive à se rembarquer, mais Moore fut tué à la bataille de La Corogne le et de ses soldats avaient péri au cours de la retraite de l'hiver. D'un autre côté, les Français avaient échoué à détruire l'armée de Moore et les plans de Napoléon pour la conquête de l'Espagne et du Portugal furent temporairement ajournés.. Napoléon quitta l'Espagne le et ne retourna jamais dans la péninsule. Il arriva le 23 à Paris, alors qu'une nouvelle guerre avec l'Autriche était imminente. Même si soldats français avaient déjà péri dans la lutte, l'Empereur espérait que son frère Joseph et ses maréchaux seraient bientôt en mesure d'achever la conquête de la péninsule Ibérique, ce en quoi il se trompait..

Prélude vignette|Le maréchal Victor, commandant le corps de l'armée d'Espagne.

Au cours du mois de , le général de division Laurent de Gouvion-Saint-Cyr avait infligé une défaite aux troupes espagnoles du capitaine-général à la bataille de Molins de Rei, tandis que le maréchal Jean Lannes avait entrepris le second siège de Saragosse. Alors que le gros de l'armée sous les ordres de Napoléon était lancé à la poursuite de Moore, les troupes impériales restées à Madrid étaient trop faibles pour passer à l'offensive. Ces forces se composaient du corps du maréchal Claude-Victor Perrin, du corps du maréchal François Joseph Lefebvre et des divisions de cavalerie des généraux Antoine Charles Louis de Lasalle, Victor de Fay de Latour-Maubourg et Jean-Baptiste Milhaud, pour un total de fantassins et cavaliers. À cet effectif s'ajoutaient la Garde royale du roi Joseph, formée de quatre bataillons et d'un régiment de cavalerie français ainsi que de deux faibles régiments de déserteurs espagnols..

La cavalerie formait la ligne de défense extérieure. Les villes de Tarancón, Ocaña et Madridejos étaient chacune occupées par une brigade de cavalerie du corps de Latour-Maubourg. À l'ouest, les cavaliers de Milhaud patrouillaient dans le secteur de Talavera de la Reina. Encore plus à l'ouest se trouvaient les hommes de Lasalle en observation devant Almaraz, qui abritait un pont important permettant de franchir le Tage. Le maréchal Victor occupait Aranjuez avec la division du général Eugène Casimir Villatte pendant que Lefebvre était à Talavera avec les divisions des généraux Horace Sébastiani et Jean-Baptiste Cyrus de Valence. Le régiment d'infanterie de ligne de la division de réserve du général Jean-Joseph Dessolles, absente du théâtre des opérations, était en poste à Guadalajara. En plus de la Garde royale, Madrid était défendue par la division du général François Amable Ruffin, appartenant au corps, et par une division du corps aux ordres du général Jean François Leval..

À la même époque, l'armée espagnole du Centre avait achevé son repli sur Cuenca le . Son nouveau commandant, le général Pedro Alcántara de Toledo y Salm-Salm, duc del Infantado, autorisa ses hommes à se reposer mais fut contraint d'exécuter trois soldats. L'un d'entre eux, un lieutenant, avait refusé de poursuivre la marche et positionné sa batterie pour faire feu sur les troupes qui obéissaient aux ordres. Les débris de la division furent expédiés dans la province de Valence pour y regonfler leurs effectifs, tandis que les , et divisions furent réorganisées en quatre divisions, dont une d'avant-garde et une de réserve. Beaucoup de régiments de ligne aux effectifs réduits virent leur nombre de bataillons passer de trois à un ou deux. Des traînards et des détachements de renforts complétèrent les rangs. Le moral des soldats augmenta après l'arrivée au camp d'une brigade commandée par le général Conde de Alacha Lilli, qui avait échappé aux griffes de l'armée de Napoléon. Ayant appris que l'Empereur était parti au nord du pays, le duc del Infantado décida de lancer une offensive sur Madrid avant même d'avoir achevé la réorganisation de son armée..

Offensive espagnole Le , le duc del Infantado donna l'ordre à la division d'avant-garde du général Venegas ainsi qu'à la majeure partie de sa cavalerie de tomber sur Tarancón, ceci en coordination avec le brigadier Senra qui devait en même temps attaquer Aranjuez avec hommes. Senra se trouva rapidement en présence de la division Villatte à Aranjuez mais refusa d'attaquer, ce qui lui valut d'être sévèrement critiqué par le duc del Infantado. Pendant ce temps, Venegas parvint à encercler la brigade de dragons du général André Thomas Perreimond à Tarancón. Au dernier moment, les Français prirent conscience du danger et se mirent précipitamment en selle. Déterminé à rompre l'encerclement, Perreimond chargea les troupes espagnoles déployées en arrière de la ville et contraignit ces dernières à former les carrés. Les dragons de Perreimond réussirent à s'extraire du piège en se faufilant entre les carrés, mais 50 à 60 cavaliers furent perdus. En raison de l'intervention tardive de la cavalerie espagnole, les deux régiments de dragons français purent toutefois se replier sans subir davantage de pertes..

Plus à l'ouest encore, le , le maréchal Lefebvre se mit en route pour s'emparer du pont d'Almaraz, conformément à ses instructions. Ses soldats capturèrent sans difficulté l'ouvrage et quatre canons qui en défendaient l'accès, dispersant les défenseurs espagnols. Le maréchal commit alors une grave erreur stratégique. Ne laissant sur le Tage que la cavalerie de Lasalle et deux bataillons, il se rendit au nord-est à Ávila, en dépit des instructions répétées du roi Joseph qui lui demandait de rebrousser chemin. Lorsqu'il arriva à Ávila le , le corps de Lefebvre était très éloigné des lignes de défenses autour de Madrid. Exaspéré par la désobéissance de son subordonné, Napoléon releva Lefebvre de son commandement et le remplaça à la tête du corps par le général Sébastiani..

Avec le corps temporairement exclu du théâtre des opérations, des révoltes qui commençaient à éclater un peu partout et la menace représentée par l'armée espagnole du Centre, Joseph et son conseiller militaire, le maréchal Jean-Baptiste Jourdan, étaient dans une situation délicate. Désormais, seuls les généraux Villatte et Latour-Maubourg, avec soldats, s'interposaient entre la capitale et l'armée du duc del Infantado. Néanmoins, au lieu d'exploiter son avantage, ce dernier resta complètement inactif entre le et le , consacrant apparemment son temps à élaborer des schémas stratégiques grandioses tout en laissant son lieutenant Venegas sans instructions précises. Dans le même temps, une division espagnole de hommes sous les ordres du marquis del Palacio fit mouvement au nord depuis la Sierra Morena jusqu'à Villaharta afin de soutenir l'armée du Centre..