ArcelorMittal Dunkerque est une usine sidérurgique du groupe ArcelorMittal, installée dans le Nord de la France, sur la commune de Grande-Synthe près de Dunkerque. Sa capacité de production est une des plus importantes d'Europe occidentale.

Histoire Le grand centre sidérurgique d'ArcelorMittal Dunkerque est à ses débuts un projet commun de trois entreprises implantées dans le Nord, Usinor et sa grande usine de Denain, les Forges de la Marine, déjà présentes à Dunkerque via l'Usine de Dunes de Leffrinckoucke, et la Compagnie des forges de Châtillon-Commentry et Neuves-Maisons, qui détiennent depuis 1929 l'usine d'aciers à four électrique d'Isbergues (centre du Pas-de-Calais) et un laminoir à Biache-Saint-Waast, dans le département du Nord, entre Arras et Douai"Les Centres sidérurgiques des rivages de la mer du Nord et leur influence sur l'organisation de l'espace: Brême, IJmuiden, Gand, Dunkerque : recherches sur l'expression et sur la signification géographiques de l'activité industrielle", par Jacques Malézieux Publications de la Sorbonne, 1981 .

L'Usine de Dunes de Leffrinckoucke sera dopée par les accords avec Denain-Nord-Est, mis aussi les accords passés avec Vallourec pour la livraison de ronds & tubes, ou encore ceux avec Usinor dans le cadre d'un groupement d'intérêt économique, le GIE-Valdunes, permettant de mutualiser les moyens de production de matériel ferroviaire d'Usinor-Valenciennes et de Creusot-Loire-Les Dunes.

L'usine d'Isbergues a tiré également parti de l'établissement d'Usinor, pour son alimentation plus économique en minerais et en agglomérés de minerai, ou les avantages offerts par le passage de l'oxyduc Denain-Dunkerque, ou encore le slabbing et le train à chaud qui transforment en bobines de tôle ses lingot à aciers spéciaux et inoxydables. L'usine littorale devient aussi un débouché important à sa fonderie de lingotières. L'usine de Biache utilisera, elle, les bobines à chaud de Dunkerque, pour approvisionner son train tandem à froid a quatre cages, pièce essentielle de sa production.

Un projet industriel porté par quatre élans L'élan humain de la reconstruction du littoral Une ville et un port en chantier De 1940 à 1946, les accès du port sont détruits, des mines magnétiques et navires coulés, l'absence de balises entrave toute navigation.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'agglomération dunkerquoise est détruite à 70 %, le port à 100%. En , c'est la dernière ville de France libéréeHistoire de la ville de Dunkerque des origines à 1960. Le bombardement aérien allié anéantit l'ex-centrale de l'huilerie Lesieur, affectée à l'éclairage. La raffinerie de pétrole BP n'est reconstruite qu'à partir de 1950 et son inauguration n'intervient qu'en "Quand l’ex-raffinerie BP était «la reine» de Dunkerque" par Olivier Dufourg |dans La Voix du Nord du 05/06/2016. Il a fallu attendre 1951 pour que le trafic du port de Dunkerque repasse 5,4 millions de tonnes et 1955 pour que sa reconstruction soit terminée, l'année où l'écluse Trystram de 1896 refonctionne.

La population a été divisée par trois pendant la guerre, avec en 1946 contre en 1921. On y vit dans des « chalets » préfabriqués. Le Préfet du Nord préside un « Comité de coordination de la reconstruction de Dunkerque », animé par la communauté dunkerquoise réfugiée à Lille, et les responsables de la rédaction du Nouveau Nord, journal porte-parole des milieux économiques et de la Chambre de CommerceCENT ANS DE SOCIALISME SEPTENTRIONAL, par Jean Vavasseurs-Desperriers, Jean-François Sirinelli, et Bernard Ménager, Actes du colloque, Lille, 3-4 décembre 1993 , fondé par Louis Bumod (1881-1955), l'ex-rédacteur en chef du quotidien Nord Maritime de 1923 à 1940.

Pour le ministère des Travaux publics, la remise en état de l’équipement portuaire est le moment de s’interroger sur sa modernisation. Mais le Plan (1954-1957) consacre la moitié des crédits portuaires au rétablissement des installations détruites (ce sera le cas d'encore un quart du Plan) et l’autre à la modernisation des équipements de manutention, liaisons routières et ferroviaires.

Les boîtes mobiles, dites «conteneurs», une technique militaire, sont transposés au maritime civil par les armateurs américains vers la fin des années 1950. La fin des «pactes coloniaux» protectionnistes contribue aussi au désir de moderniser le port. La presse locale et les catholiques mobilisés Dockers et chambre de commerce en politique Lors du scrutin municipal de , le ballottage à Dunkerque place en tête la liste communiste menée par le député André Pierrard, une coalition MRP, radicaux et indépendants conduite par Paul Verley arrive en seconde et la liste SFIO en troisième place.

Après entente entre ces deux dernières listes, Gustave Robelet, devient maire sous la bannière de l'union socialiste et républicaine. Mais en , la campagne électorale est centrée autour de l'incertaine et problématique reconstruction du port : la SFIO refuse toute union avec le PCF et installe une liste d'adjoints SFIO homogène.

La ville ne compte toujours que en 1953, l'année où Paul Asseman, SFIO et adjoint au maire depuis 1947, s'assure de l'appui des élus de droite du groupe indépendant, liés à la Chambre de Commerce, pour devenir maire en battant Albert Sautière, pourtant désigné à une très forte majorité par la section socialiste pour être candidat. Les milieux économiques évitent ainsi une alliance SFIO-PCF"Les conseillers municipaux des villes de France au ", par Jean-Paul Brunet, page 204 et souhaitent fixer les règles du jeu pour l'avenir. C'est l'époque de la fondation de la Société Centrale Immobilière de la Caisse des Dépôts et Consignations (SCIC) en 1954 et des SEM d’aménagement en 1956.

En 1955, la planification économique et l’aménagement du territoire commencent à converger, lorsque sont rendus obligatoires les programmes d’actions régionales dans le cadre du Plan. Dès 1955 aussi, un autre SFIO, Albert Denvers, député-maire de Gravelines, se lie lui aussi à Paul Asseman et son adjoint Claude Prouvoyeur«Claude Prouvoyeur, l’homme du Grand Dunkerque» compte-rendu de biographie , intendant du Lycée "Jean Bart", qui avec Marc Burnod, fils du responsable de l’édition Dunkerquoise de La Voix du Nord réfléchit à une association pour le "Grand Dunkerque", effectivement créée en 1961"Les dynamiques invisibles de la démocratie locale : L’expérience du projet social d’une maison de quartier à Dunkerque", par Élodie Valentin . Albert Denvers préside dès 1956 à 1985 l'Union nationale des HLM et cumule la présidence des trois principaux offices publics du Nord, dont l’Office départemental HLM"L’autonomisation de l’expertise dans l’urbanisme français d’après-guerre. Dunkerque et la Flandre maritime à l’épreuve du fordisme ?", par Olivier Ratouis, dans la revue Histoires urbaines , car le projet Usinor va aussi obliger à accueillir des salariés d'autres régions, le littoral flamand étant en pénurie de main d'œuvre.

Une nouvelle classe politique dunkerquoise, émerge, issue d'un "groupe de cadres, dirigeants d’entreprises locales, fonctionnaires, professions libérales", tandis que les démarches des milieux économiques et des élus comme Paul ReynaudLa Côte d'Opale en guerre d'Algérie 1954-1962, par Marc Coppin, aux Presses Univ. Septentrion, 2012 et Albert Denvers, permettent de retenir Dunkerque pour Usinor« L'étude de Dunkerque comme modèle de ville » par Emmanuel Pouille, 1986. Ils obtiennent dès 1959 la création de la première des zones à urbaniser en priorité (ZUP) aux « Nouvelles Synthes »"La production et la gestion de l’espace portuaire à vocation industrielle et logistique", thèse de doctorat en géographie de Marion Magnan, Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, 2016, les ZUP étant créées par le décret du JO du 4 janvier 1959, page 269. Dès , trois syndicats intercommunaux sont créés, pour le système d’assainissement, l’abattoir intercommunal et le réseau d’eau potable.

Deux courants se forment autour de l’enjeu Usinor, qui sont d'abord très proches: la mouvance du député SFIO Albert Denvers et celle de l’Association pour le Grand Dunkerque, soutenue par les associations catholiques"Gouverner les politiques urbaines : le maire en action. Le cas de Michel Delebarre à Dunkerque", par Pauline Prat, centre d'études européennes de l'IEP Paris, 2007 et la mairie, formalisée en 1961, puis appuyée officiellement par la chambre de commerce, où la bourgeoisie portuaire dominera jusqu'en 1971.

L'élan technologique : oxygène pur, minéraliers et train continu

Le succès des deux laminoirs en train continu Le complexe sidérurgique dunkerquois vise à construire le laminoir en train continu français, bien plus grand que les deux autres, profitant encore plus de la mécanisation. Dès 1937, François de Wendel envisage de commander aux États-Unis, où cette technologie émerge, un « train de laminoir à bande », pour des aciers plats, comme les tôles minces de l'automobile. Il lui faudra regrouper 9 sociétés sidérurgiques le la Sollac, pour construire celui de Serémange, importé des États-Unis, d'une capacité d'un million de tonnes par an.

Les lorrains sont pris de vitesse par les nordistes: le projet de laminoir en train continu à 0,7 million de tonnes"Usinor and the French Steel Industry, 1948-2001, par Eric Godelier//Usinor and the French Steel Industry, 1948-2001 d'Usinor était prêt le , avant la création officielle de la commission de Monnet pour la modernisation le . Roger Martin, directeur adjoint de la sidérurgie de 1942 à 1946 au ministère de l'Industrie, a évalué le projet, accepté dans la foulée. La fusion créant Usinor est réalisée en 1948 et le Plan Marshall finance une partie.

Le laminoir en train continu est aussi étudié par Alexis Aron, patron des Forges et Aciéries du Nord et de l’Est, réfugié dans les Alpes, qui a rédigé en 1943 des projets pour la future sidérurgie européenne et prépare dès 1944 un plan de rationalisation, spécialisation, et standardisation des produits de la sidérurgie, assorti d'une réorganisation géographique. Avec Maurice Borgeaud et René Damien, il fait partie de la commission Jean Monnet, qui en 1946 souligne la faible productivité française: à l'heure contre 90 en Allemagne. La Chambre syndicale de la sidérurgie française (CSSF), critique l'approche de Jean Monnet et obtient d'amender ses projets, dans le sens de mettre en place la modernisation des usines avant les fusions. René Damien finit par soutenir ce processus, moins tourné vers la cartelisation, envisagée par François de Wendel et des industriels de Lorraine.

La Commission de modernisation et d'équipement du plan Monnet avait en effet préconisé l'installation de deux trains à bandes, l'un dans le nord, l'autre dans l'estLa création d'Usinor, avec l'aide du Plan Marshall. Chez Usinor-Denain, cette technologie requiert une fusion, pour partager son coût, entre la fusion des Forges et Aciéries du Nord et de l'Est et la société de Denain-Anzin, les deux grandes entreprises sidérurgiques du Nord de la France

Les travaux débutent le et le train est mis en route le . La construction des laminoirs de Denain et de Montataire a couté 26,6 milliards de francs. L'équipement électrique inclut moteurs Westinghouse, d'une puissance variant de 1/4 à chevaux, et a nécessité de câble sous tube d'acier pour ch, grâce à EDF et la centrale à gaz de hauts-fourneaux de l'usine. Dès 1954, Usinor est très endetté (53 % de son chiffre d'affaires). Cette installation de capacité moyenne verra ses potentialités se révéler bien supérieures aux prévisionsCompte-rendu de la thèse Goddelier. Aux États-Unis comme en Europe de l'Ouest, la taille idéale du complexe sidérurgique va suivre celle des laminoirs à chaud de produits plats : un peu moins d'un million de tonnes dans les années 1930, près de deux millions de tonnes en 1950 puis trois millions de tonnes en 1960.

Les grands minéraliers, moins chers mais exigeants