Le travail numérique (en anglais : ou ), concept apparu à la fin des années 2000., désigne l'ensemble des pratiques liées au numérique qui produisent de la valeur, qui sont soumises à un encadrement contractuel et à des métriques de performance..

Le travail numérique regroupe toutes sortes de travail rémunéré, mal rémunéré ou non rémunéré, mais aussi d'activités non reconnues, de l'ombre, parfois atypiques ou anodines, ainsi que des activités assimilées à du loisir, du partage ou de la coopération.

Histoire Externalisation des processus d'affaires

L'histoire du travail numérique est étroitement lié à l'histoire d'Internet et de l'externalisation () des processus d'affaires ou business process outsourcing (BPO)..

Au milieu du , les premières formes d'externalisation à l'étranger commencent à apparaître. Les maquiladoras, zones de traitement pour l'exportation qui ont apparu au Mexique après la fin du programme Bracero en 1964, produisaient des marchandises exonérées de droits de douane à finalité d'exportation.

Dans les années 1980, des entreprises telles que General Electric et American Express ont commencé à internationaliser leurs processus d'affaires en Inde.

L'externalisation de processus d'affaires via Internet s'est développé dans les années 1990 grâce à des changements technologiques et économiques, notamment la libéralisation des marchés et la croissante à Internet. Cela a permis le support technique suffisant pour permettre des échanges transnationaux des flux de travail.

Plateformes de travail numérique La connectivité croissante à Internet dans les années 2000 et la popularisation des modèles d'externalisation par production participative ont encouragé le développement de plateformes de travail numérique (). Sur certaines de ces plateformes, les clients peuvent, par exemple, publier des appels d'offres destinés à des travailleurs externalisés.

À la différence du travail à partir de l'externalisation des processus d'affaires, les plateformes de travail numérique permettent aux entreprises un accès direct à des travailleurs sans devoir faire appel à des organisations intermédiaires.. Ce faisant, le travail devient aussi un produit de base et les travailleurs équivalents à des « services de calcul »..

Diversité Le travail numérique est marqué par une grande diversité d'activités.

Travail immatériel Les processus par lesquels les publics contribuent à la création de valeur, notamment dans les industries culturelles et de partage de connaissance.

Travail de recherche d'audience Travaux se concentrant essentiellement, partage de vidéos sur plateforme de type YouTube, la télévision.

Travail invisible Les « travailleurs du clic », qui seraient entre 150 et à l'échelle mondiale, selon l'OIT, sont astreints au travail à la tâche et à la précarité. On peut citer à titre d'exemple, les modérateurs de contenus ou générateurs de données pour entraîner des intelligences artificielle..

Actuellement, les services tels Facebook, Amazon, Google… ont créé une « économie du clic », associé à un travail invisible..

Travail des clients Pour le travail du consommateur, on peut citer l'exemple du déploiement dans les grandes surfaces de caisses en libre-service où le client passe lui-même les articles en caisse. Ce travail fait partie de ce que Ivan Illich a appelé le travail fantôme.

Services Le travail numérique se situe principalement dans le domaine des services s'appuyant ou non sur des produits physiques.

Les services de partage Les services de partage font partie de L'économie collaborative qui vise à produire de la valeur en commun et qui repose sur de nouvelles formes d'organisation du travail et d'échanges. Elle repose sur une société du partage, qui passe par la mutualisation des biens, des espaces et des outils, des savoirs (l'usage plutôt que la possession). L'économie collaborative est plus large dans ses buts et ambitions que l'économie des plateformes..

Les services sur plateformes Les services sur plateformes sont les bases de l’intermédiation de l'économie des plateformes de marché (Uber, Airbnb, BlaBlaCar). Ce secteur est caractérisé par des plateformes de coordination dont le fonctionnement repose sur des algorithmes qui font de la mise en relation entre différents acteurs sociaux. Les plateformes définissent leurs règles, la collaboration de ses utilisateurs, clients, fournisseurs de services se réduisent à accepter ses règles. Son modèle économique repose sur les commissions touchées par les plateformes pour prix de la mise en relation. Cette commission peut atteindre 25 % du prix du service rendu.. Dans ce cas, le travail numérique a pour particularité d'être à la fois en ligne et hors ligne. De plus, sur ces plateformes, les usagers se notent entre eux et ces notes sont très importantes. Ainsi, un chauffeur Uber dont la notation est inférieure à 4.5/5 court le risque de voir son compte désactivé par Uber.. De même, les passagers sont aussi notés par les chauffeurs et une note moyenne trop faible leur fait courir le risque de voir des chauffeurs refuser leurs courses..

Les services de micro-travail Les services de micro-travail fournissent à leurs utilisateurs des travaux non réalisables par des intelligences artificielles, payés à la tâche.. Ils sont proposés par exemple par Amazon Mechanical Turk, FouleFactory et Upwork.

Les services de réseaux sociaux Les services de réseaux sociaux s'appuient sur les médias sociaux interactifs déployés par les entreprises(Facebook, YouTube, Twitter). Sur ces sites web, les internautes réalisent des activités de micro-production qui engendrent de la valeur sans la reconnaître et sans les rémunérer. Ainsi, tous les contenus (photos, vidéos...) postés sur les réseaux sociaux font la valeur de ceux-ci. De plus, les données des utilisateurs sont collectées par les plateformes, afin, par exemple, d'améliorer leurs algorithmes.

Les services de collecte de données Tout à chacun « travaille » à son insu par l'intermédiaire des objets connectés IoT. Bien que ce secteur soit en devenir, tout ce qui auparavant était exclu de l’activité productrice de valeur commence à être quantifié et transformé en données. D'autres activités, parmi lesquelles celles des fermes à clics ou encore des reCAPTCHA participant à alimenter les algorithmes sont également considérées comme du travail numérique. Dans cette optique, une recherche sur le moteur de recherche de Google serait une forme de travail numérique.

Au voisinage

On peut également assimiler au des activités qui ne sont pas accomplies en ligne. Pour Christian Fuchs et Marisol Sandoval., la notion désigne ainsi tout « un réseau d'activités agricoles, industrielles et informationnelles qui permettent l'existence et l'utilisation des médias numériques ». Trebor Scholz. inclut lui dans le digital labor l'extraction des métaux rares nécessaires à la fabrication des smartphones ou encore l'assemblage des ordinateurs dans les usines chinoises.

Caractéristiques

Travail implicite Le travail numérique se situe au croisement de l'émergence de nouveaux usages en ligne et du changement du monde du travail. Il s'agit d'un travail que l'on peut qualifier d'invisible ou d'implicite dans le sens ou c'est une production de valeur qui ne dit pas son nom : le travail gratuit des utilisateurs est la source de la valeur économique dans l'économie digitaleVoir en particulier les travaux de Tiziana Terranova sur le travail gratuit.. En effet, les usagers, à travers leurs activités en ligne génèrent des contenus et des métadonnées. Cette agrégation de tâches et de pratiques parcellisées, non spécialisées, parfois micro-rémunérées à laquelle s'ajoute un ensemble de métadonnées est alors captée, puis extraite afin de produire de la valeur. Cette valeur est par ailleurs et de fait produite collectivement. Cette forme de captation de la valeur est davantage focalisée sur des activités accessoires que les internautes réalisent. À la fois qualitatives (comme en laissant un avis à propos d'un produit par exemple) mais aussi quantitatives (à travers la mise en chiffres de nos activités en ligne : likes, vues, commentaires, etc).

On observe ainsi trois changements : On passe de la création de valeur à la captation de valeur. Au sein même des plateformes qui captent et s'approprient la valeur produite par les utilisateurs ; On passe d'un Internet de publication via lequel l'utilisateur produit du contenu à un Internet d'émission au sein duquel les moindres traces et les données émises sont extraites ; On passe d'un emploi formel à un travail implicite. L’externalisation de la force de travail n'est plus reversée à des experts ou à des sous-traitants mais à des utilisateurs, et sans rémunération.

Certaines de ces nouvelles pratiques participent à une économie du partage. Néanmoins, une vision plus critique souligne que la participation des internautes tend à être encadrée et dirigée. Tout ceci n'est pas sans rappeler une forme d'exploitation non rémunérée participant à l'économie de marché.. L'activité en ligne crée du contenu qui est exploité par les plateformes du web pour générer du profit. Ainsi, le produit du travail est détourné des mains du travailleur. On arriverait ainsi à une nouvelle forme d'exploitation au sens marxiste du terme.. Selon Bruno Teboul, chercheur dans les enjeux du numérique, .

Intermédiation La récupération de la plus-value est un impératif central pour les acteurs d'une chaîne de valeur.. Une partie significative de la plus-value est récupérée non par les producteurs de la valeur mais par des acteurs tiers. Ils profitent de leur avantage géographique et technologique pour servir d'intermédiaires entre les vendeurs et les acheteurs, contribuant ainsi à renforcer les inégalités économiques existantes..

Les plateformes de travail numérique permettent théoriquement aux travailleurs de ne plus avoir recours à des intermédiaires car ils sont directement mis en contact avec les acteurs qui proposent des tâches. Cependant, l'évidence empirique suggère que ces plateformes proposent des opportunités de « ré-intermédiation ». Il s'agit d'un comportement de recherche de rente où les travailleurs contractuels, qui ont déjà une réputation déjà établie auprès des clients, utilisent leur avantage afin de se positionner entre eux et les travailleurs à la tâche qui ont une réputation moins importante. Ces nouveaux intermédiaires ajoutent de la valeur à la chaîne en soumettant les travailleurs à la tâche à des métriques de performance.

Développement de compétences La désintermédiation permet aux producteurs dans une chaîne de valeur de réaliser des services d'une valeur ajoutée supérieure, ce qui pourrait s'appliquer théoriquement au contexte des plateformes de travail numérique.

Cependant, l’externalisation aidée par les technologies de l'information et de la communication écarte les travailleurs du cœur des processus d'affaires, empêchant le flux de connaissances et perpétuant les disparités de compétences. Les travailleurs des plateformes numériques qui se trouvent dans cette situation ne peuvent pas connaître le but des tâches qu'ils réalisent ou à quoi elles vont être destinées.

Ces asymétries d'information ne produisent pas un espace propice pour que les travailleurs des plateformes numériques puissent développer leurs compétences ou changer de place dans les chaînes de valeurs auxquelles ils sont associés. De même, parfois ces travailleurs doivent accomplir des tâches qui ne correspondent pas à leur expérience professionnelle ou à leurs compétences initiales.

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