La bataille de Sullivan's Island (ou bataille de Fort Sullivan) se déroule le à Sullivan's Island près de Charleston en Caroline du Sud durant la guerre d'indépendance des États-Unis. Elle prend place lors de la première tentative britannique de capturer Charleston alors aux mains des patriotes américains. Elle est aussi parfois appelée premier siège de Charleston, en raison du siège britannique de 1780.

Les Britanniques organisent une expédition au début de 1776 afin de mener des opérations militaires dans les colonies sudistes rebelles. Retardée par des préoccupations logistiques et le mauvais temps, l'expédition atteint finalement la côte de la Caroline du Nord en . En trouvant les conditions impropres à leurs opérations, le général Henry Clinton et l'amiral Sir Peter Parker décident plutôt d'agir contre Charleston en Caroline du Sud. Arrivant sur zone au début du mois de juin, les troupes débarquent à Long Island, près de Sullivan's Island, où le colonel William Moultrie commande un fort partiellement construit, en vue d'un bombardement naval et d'un assaut terrestre. Le général Charles Lee, commandant du qui est responsable du théâtre sud des opérations, assure la supervision des opérations dans la zone.

L'assaut terrestre est contrecarré par la trop grande profondeur des eaux dans le canal entre les deux îles, et les défenses américaines empêchent un débarquement amphibie. Le bombardement naval a finalement peu d'effet en raison du sol sablonneux et de la nature des matériaux, notamment le palmetto, utilisés pour la construction du fort. Le feu précis des Américains entraine des dégâts considérables à la flotte britannique, qui se retire après un bombardement d'une seule journée. Les Britanniques redéploient ce contingent expéditionnaire vers New York, et ne reviennent en Caroline du Sud qu'en 1780.

Contexte

Lorsque la guerre d'indépendance des États-Unis éclate en 1775, la ville de Charleston dans la colonie de Caroline du Sud est un important centre de commerce dans le sud de l'Amérique du Nord. Les citoyens de la ville se sont joints à d'autres colons pour s'opposer aux tentatives du parlement britannique de les taxer, et le recrutement de la milice augmente après la batailles de Lexington et Concord en . Tout au long de 1775 et en 1776, les recrues pour la milice arrivent dans la ville depuis l'arrière-pays de la colonie et les fabricants et les commerçants de ville commencent à produire du matériel de guerre tandis que les fortifications commencent à prendre forme autour de la ville.

Opérations britanniques thumb|left|upright|Le général britannique Henry Clinton.

En 1775, les forces britanniques en Amérique du Nord sont principalement occupées par le siège de Boston. En cherchant des bases d'opérations où ils auraient plus de contrôle, les Britanniques planifient une expédition dans les colonies du sud. Le major-général Henry Clinton, alors à Boston, doit se rendre au cap Fear, en Caroline du Nord afin de rejoindre des loyalistes écossais levés dans l'arrière-pays de la colonie ainsi qu'une force de sous le commandement du major-général Charles Cornwallis..

Dès son origine, le plan comporte de nombreuses difficultés. L'expédition irlandaise, initialement supposée partir au début du mois de , est retardée par des difficultés logistiques, et ses ne commencent finalement leur marche que le , escortés par 11 navires de guerre sous le commandement de l'amiral Sir Peter Parker.. Clinton quitte Boston le avec deux compagnies d'infanterie légère et s'arrête d'abord à New York pour s'entretenir avec William Tryon, gouverneur royal de New York.. Le major-général Charles Lee, envoyé par le major-général George Washington pour organiser la défense de New York, arrive de manière coïncidente le même jour que Clinton.. Le climat à New York est à cette époque extrêmement tendu ; les forces patriotiques commencent à désarmer et à expulser les Loyalistes, tandis que la flotte britannique qui mouille devant la cité a des difficultés à se procurer des provisions. Malgré cela, Clinton ne fait aucun secret que sa cible finale se trouve dans le sud. Lee remarque qu'il s'agit là .. Et ce n'est même pas le premier avertissement aux colons ; une lettre interceptée en décembre avait déjà révélé que les Britanniques envisageaient d'aller vers le Sud..

Clinton arrive à Cape Fear le , s'attendant à trouver les troupes loyalistes déjà sur zone. Il rencontre les gouverneurs royaux de la Caroline du Nord et de la Caroline du Sud, respectivement, et Lord William Campbell, et apprend que les loyalistes écossais ont déjà été vaincus à la bataille de Moore's Creek Bridge deux semaines plus tôt.. Clinton reçoit également des plaidoyers d'assistance du gouverneur royal de Géorgie, James Wright, qui arrêté, avait réussi à s'enfuir à bord du ..

La flotte de Parker effectue une traversée extrêmement difficile. Battus par les tempêtes et la haute mer, les premiers navires de la flotte ne rejoignent Cape Fear que le et Cornwallis n'arrive que le . Après plusieurs semaines où les troupes britanniques pillent les propriétés des patriotes, Clinton, Cornwallis et Parker concluent que Cape Fear n'est pas une base convenable pour d'autres opérations.. Parker qui avait envoyé des navires en reconnaissance le long de la côte, reçoit des rapports sur l'état des défenses inachevées de Charleston qui sont suffisamment prometteurs pour que la décision soit prise d'aller là-bas..

Défenses américaines left|thumb|upright|Le colonel américain William Moultrie. right|thumb|upright|Le port de Charleston en 1776. John Rutledge, récemment élu président de l'Assemblée générale, l'épine dorsale du gouvernement révolutionnaire de la Caroline du Sud, organise une force de défense sous le commandement du colonel William Moultrie, un ancien milicien ayant notamment combattu contre les Amérindiens... Ces forces comprennent trois régiments d'infanterie, deux régiments de fusiliers et un petit régiment d'artillerie ; auxquelles s'ajoutent trois compagnies indépendantes d'artillerie, portant le total des forces à environ .. Ces forces augmentent encore avec l'arrivée des régiments continentaux de la Caroline du Nord et de la Virginie (), ainsi que de la milice composée de issus de Charleston et de son arrière-pays.

Moultrie décide de faire construire un fort pour protéger l'entrée de Charleston contre les navires ennemis à Sullivan's Island, une petite étendue de terre sablonneuse à l'entrée du port et s'étendant sur long et quelques centaines de mètres de large.. Un grand navire entrant dans Charleston doit d'abord traverser , une série de bancs de sable immergés se trouvant à environ au sud-est de la ville, puis passer par l'extrémité sud de Sullivan's Island pour entrer dans le canal qui conduit vers le port intérieur. Par la suite, il doit également passer l'extrémité nord de , où Fort Johnson commande l'approche du sud-est de la ville. Moultrie et son régiment de Caroline du Sud arrivent sur Sullivan's Island en et commencent la construction d'une forteresse à partir de grumes de palmetto pour défendre l'île et le canal devant le port de Charleston.. La construction avance lentement ; le capitaine , du détachement naval des patriotes, décrit le site comme . Les plates-formes qui soutiennent les canons sont faites de planches de d'épaisseur et fixées avec des pointes en bois.

Le Congrès nomme le général Lee pour commander les troupes de l'armée continentale dans les colonies du sud, et ses mouvements à terre suivent ceux de la flotte de Clinton qui navigue vers le sud. Lee écrit depuis Wilmington le que la flotte continue à naviguer, mais qu'il ne sait pas si elle se dirige vers la Virginie ou la Caroline du Sud. Il se dirige finalement vers Charleston, en avouant ne pas être sûr d'y trouver l'ennemi. Il arrive à Charleston peu de temps après que la flotte se soit ancrée devant le port et prend le commandement des défenses de la ville. Il se heurte aussitôt à un problème : les troupes de la Caroline du Sud, la milice et les régiments coloniaux ne sont pas formellement sous son autorité. Certaines troupes de Caroline du Sud refusent ses instructions, et Rutledge doit intervenir en proclamant Lee au commandement de toutes les forces de la Caroline du Sud..

Le Fort Sullivan ne dispose alors que d'un mur achevé côté mer, fait de grumes de palmetto de de haut et de large. Les murs sont remplis de sable et s’élèvent à au-dessus des plates-formes en bois sur lesquelles l'artillerie est montée. Une palissade dressée à la hâte de planches épaisses permet de protéger le magasin de poudre et les murs du nord inachevés. Trente et un canons, allant de 9 et et quelques canons britanniques de et français de sont disposés le long des murs avant et arrière.. Le général Lee, en constatant l'inachèvement du fort recommande de l'abandonner en le surnommant . Le président Rutledge refuse et ordonne au colonel Moultrie .. Les tactiques dilatoires de Moultrie énervent tellement Lee que ce dernier décide le de le replacer, mais la bataille commence le lendemain avant qu'il puisse le faire.. Lee organise des plans pour une retraite ordonnée à Haddrell's Point..

Bataille Arrivée des Britanniques right|thumb|upright|L'amiral britannique Peter Parker.

La flotte britannique lève l'ancre à Cape Fear le et arrive au large du port de Charleston le lendemain.. Moultrie remarque un navire de reconnaissance britannique apparemment à la recherche d'éventuels points d'atterrissage à proximité de Long Island (actuellement connu sous le nom de Isle of Palms), à seulement quelques centaines de mètres de Sullivan's Island. Des troupes sont alors envoyées pour occuper l'extrémité nord de l'île.. Le , la plus grande partie de la flotte britannique a franchi la et s'est ancrée à Five Fathom Hole, un mouillage entre les bancs de sable et l'entrée du port.. Avec le fort de Sullivan's Island inachevé, l'amiral Parker exprime sa confiance en ses navires de guerre pour facilement briser ses murs. D'une manière optimiste, croyant qu'il n'a même pas besoin des forces terrestres de Clinton, il écrit à ce dernier qu'après avoir fait taire les canons du fort, il compte débarquer ses propres hommes sous la couverture de ses canons et conserver la position jusqu'à l'arrivée des troupes terrestres.

La flotte britannique est composée de neuf Man'o'war : le navire amiral de 50 canons , un second , le et les frégates , , , , , et la bombarde ; soit un total de embarqués. Les forces terrestres de l'expédition se composent des , , , , et régiments à pied, et une partie du ... Le , Clinton publie une proclamation demandant aux colons rebelles de déposer leurs armes. Cependant, les défenseurs américains, inexpérimentés, tirent sur le bateau chargé de délivrer le message et qui pourtant bat pavillon blanc ; en conséquence le message doit attendre le lendemain pour parvenir aux Américains. Le même jour, Clinton commence à débarquer à Long Island avec l'intention de les faire traverser le canal entre Long Island et Sullivan's Island, que les Britanniques croient assez peu profond, tandis que la flotte bombarde Fort Sullivan..

Le général Lee répond au débarquement britannique avec plusieurs actions. Il commence à renforcer les positions sur le continent au cas où les Britanniques aient l'intention de lancer une attaque directement sur Charleston.. Il tente également de construire un pont de bateaux pour fournir une voie de retraite à la garnison du fort, mais cela échoue parce qu'il n'y a pas assez de bateaux pour franchir le canal large d'environ entre l'île et Charleston ; la réticence de Moultrie et de Rutledge à soutenir cette action peut également avoir joué un rôle.. Les Américains construisent également un retranchement à l'extrémité nord de l'île de Sullivan, qui est occupée par plus de et trois petits canons.., et commencent à fortifier un poste de garde à Haddrell's Point situé sur le continent à l'opposé de Fort Sullivan..