L'église Saint-Vénérand est située à Laval en Mayenne. Elle date de la fin du . Elle comprend un vaste chœur à cinq nefs avec abside centrale.
Histoire Origine François de Laval (futur Guy XV de Laval), comte de Gavre, sentit la nécessité de construire une nouvelle église paroissiale. Il venait le plus ordinairement passer au château de Laval le temps que lui laissaient libre les fonctions qu'il remplissait à la cour ; Guy XIV son père habitait la Bretagne, et, depuis son second mariage, résidait à Châteaubriant, principal domaine de sa femme.
C'est en 1485 que le comte de Gavre, frappé des inconvénients qui résultaient pour les habitants du Pont-de-Mayenne de l'éloignement de leur église de Saint-Melaine, les engagea à aviser aux moyens d'élever une église plus rapprochée des bords de la Mayenne, partant plus facilement accessible à ses nombreux paroissiens. L'église de l'antique prieuré de Saint-Melaine servait d'église romane. Elle devenait trop éloignée du nouveau centre de populationCouanier de Launay indique qu' 'Il fallait traverser la chênaie de la Coconnière, où les fâcheuses rencontres n'étaient pas rares. Une fois, pendant l'office, des malfaiteurs avaient pénétré dans le faubourg, en avaient pillé les maisons et s'étaient retirés, emmenant plusieurs prisonniers. Avec une église plus centrale pareil malheur ne pourrait plus arriver. , marquée par le développement du commerce de la toile ; elle était remplacée par un nouvel édifice religieux.
Reliques vignette|Bustes reliquaires de saint Vénérand et saint Mauxe à Acquigny.
L'abbaye de Conches conservait les reliques de saint Mauxe, évêque, et de saint Vénérand. Le comte de Laval était possesseur du château et de la terre d'Acquigny. Jean, abbé de Conches, lui avait fait don d'une notable portion de la partie antérieure du chef de saint Vénérand, qu'il conservait dans son château d'Acquigny. La remise en avait été faite le La remise en avait été faite le 15 mai 1480, entre les mains d'hommes honorables auxquels il avait confié la mission d'aller recevoir ces reliques. C'étaient Pierre Chalot, prêtre, docteur en médecine, chanoine de Saint-Tugal ; Pierre Le Bauld, secrétaire du comte ; Jehan Philippe, prêtre; Noël Guérin, prêtre ; François du Pontavice, écuyer ; Jacob de Lambertye, écuyer ; Antoine Coulonneau, écuyer; Guillaume de Vendel, écuyer; Jean Callenge, écuyer, bailly d'Acquiny ; Jacob Callenge, verdier (vlridarius) d'Acquigny ; Guillaume Callenge, bailli d'Acquigny ; Cosme Roussel, procureur et écuyer. Guy avait fait la demande de ces reliques pour enrichir le chapitre de Saint-Tugal ou toute autre église.
L'abbé Angot dit de la fondation de cette église à Laval (après celle de la Trinité et celle de Saint Melaine) que Guy XIV de Laval offre en 1490 aux notables de la paroisse à part de sa protection et indemnités féodales une relique remarquable, à savoir le chef de saint Vénérand, de son église d'Acquigny.
Emplacements Les habitants acceptèrent, et cherchèrent un emplacement favorable pour cette construction. Ils songèrent d'abord au carrefour de la SirèneLes habitants songèrent d'abord à la maison de Laurent Pochon, où pendoit l'enseigne de la Seraine mais elle leur parut trop voisine de la rivière. Celle de Bougler, située au carrefour du Puits Rocher, fut rejetée parce qu'elle était trop chargée de rentes, les ressources des habitants n'étaient pas suffisantes pour les rembourser ; elle fut abandonnée., mais on y pouvait craindre les inondations de la Mayenne. Après quelques tâtonnements, ils s'arrêtèrent vers le lieu dit la Forêt-Macé, dans un enclos, contenant environ un journal d'étendue à la TrinquerieC'est l'emplacement qu'occupe aujourd'hui l'Hôtel de préfecture de la Mayenne.. Le comte de Gavre, prévenu de ce choix, se transporta sur le lieu, l'approuva et indemnisa sur-le-champ Jean Martin auquel il appartenait. Les paroissiens firent aussitôt marquer les fondements et commencer la maçonnerie.
Mais les Dominicains, conduits par François Mallet, religieux dominicain de Rennes, cherchaient eux aussi un lieu convenable à l'érection d'un monastère à Laval, à la suite sans doute de la clause testamentaire de Isabelle de Bretagne, première épouse de Guy XIV de Laval. Ils obtinrent du comte ce même lieu de la Trinquerie, où quelques années plus tard ils élevèrent l'église de Notre-Dame de Bonne-Rencontre de Laval qui passait pour être la plus belle de la ville. Le comte avait d'ailleurs indemnisé les paroissiens de Saint-Melaine, et ceux-ci, mis en possession d'un autre terrainL'hôtellerie de feu Jean Dutay qui portait pour enseigne Monsieur Saint-Julien le martir fut achetée de sa veuve, à laquelle on donna une autre maison et une certaine somme d'argent. L'hôtel de Jean Dutay dépendait du fief de Chanteloup, qui appartenait au seigneur d'Hauterive. Celui-ci fut indemnisé au moyen des droits seigneuriaux que le comte lui céda sur le lieu de la Chesnaie, près Thévalles, et par la permission qui lui fut donnée d'ajouter un troisième pilier à sa justice d'Argentré. Les maisons de l'hôtellerie furent abattues..
Le , à huit heures du matin, Guy XIV de Laval, comte de Laval, précédé du clergé, suivi du comte de Gavre, son fils, de Jean Bureau, Macé ChevalierMacé Chevalier habitait une maison située rue du Pont-de-Mayenne, joignant Saint-Vénérand. On nommait le terrain qui l'entourait Cour Chevalier. et Guillaume ChantepieLa famille de Chantepie est connue à Laval au . Ses membres étaient seigneurs de Préaux, de Thubœuf, du But; Jacques était receveur des tailles en 1599; Pierre, capitaine du faubourg du Pont-de-Mayenue, en 1606 ; Renée, mariée à Louis de Brun, fut inhumée le 15 février 1735 aux Cordeliers. Ses armes étaient : d'azur à la croix d'argent, chargée d'une pie de sable, cantonné de 4 besants d'or., procureurs de la fabrique, et entouré d'une foule nombreuse, purent poser la première pierre de leur nouvelle église. Une foule immense assista à cette cérémonie ; le seigneur y fit de grandes largesses et distributions de vin.
Travaux
Guillaume Le Doyen ne nous a pas conservé le nom du maître des œuvres; il nous apprend seulement qu'il fut lui-même chargé d'aller prendre la laize et longueur de l'église d'Avenières.
Jean Janvier, bon serrurier, chargé de la conduite des constructions de Saint-Vénérand, savait amasser maint denier. Un incident arrêta un moment le zèle des habitantsL'hôtellerie Duthay avait été achetée le 20 mars 1467 de Jehan Vaudelet, conseiller en cour laye, demeurant au Mans, pour une rente de 12 livres tournois, dont elle était restée hypothéquée. Monseigneur donna bien pour l'amortissement d'une partie de cette rente 8 livres 10 sols sur sa prévôté de Laval; mais lorsque Macé Chevalier et Michel Haireau, procureurs marguilliers, voulurent se mettre en devoir de commencer les constructions, Jean Vaudelet mit opposition aux travaux pour le reste de la rente.. Un procès fut sur le point de commencer et les travaux furent suspendus jusqu'en 1486Il y eut une transaction par laquelle les habitants prirent l'engagement de continuer la rente qui grevait la maison ; à ce moyen Jehan Vaudelet leva l'opposition le 6 décembre 1486 et consentit à ce que Mgr l'évêque du Mans donnât l'autorisation de célébrer la messe dans La chapelle que l'on devait provisoirement construite.. Une autre difficulté restait encoreLa maison Duthay se trouvait dans les limites du fief de Chantelou, relevant de La terre et seigneurie d'Hauterives. Le comte de Laval donna en échange, au seigneur de cette terre, fief et seigneurie sur le lieu de la Chesnaye, appartenant à Jean Boullain, dans la paroisse d'Avesnières, près le village de Thévalles, et en outre il lui octroya l'autorisation d'ajouter à sa justice d'Hauterives un pilier aux deux qu'il avait auparavant..
Les fonds de la fabrique et les dons des paroissiens suffirent à ces premiers travaux. On éleva au milieu du chancel une petite chapelle provisoire, dans laquelle Mgr l'évêque du Mans permit qu'on célébrât la messe, en attendant l'achèvement de l'église. Une petite cloche fut fondue à laquelle on donna le nom de Vénérande. On dépose dans la chapelle provisoire en 1490 les reliques de Saint-VénérandLe 20 mai 1490, le comte de Laval fit don aux paroissiens du chef de Saint-Vénérand. Leur nouvelle église fut placée sous l'invocation du bienheureux martyr. Les reliques furent présentées aux habitants processionnellement et portées par les divers chapitres, réunis aux clergés de toutes les paroisses voisines, depuis le château jusqu'à l'église de Saint-Melaine, où elles furent mises en dépôt jusqu'au jour où l'édifice serait propre à les recevoir. On ne tarda pas à les rapporter avec les mêmes cérémonies dans la chapelle qui fut élevée au milieu du chancel en attendant l'entier achèvement de l'église. Guillaume le Doyen dit que, pendant cette translation, Dieu opéra par l'intercession du bienheureux martyr Saint Vénérand, plusieurs miracles qui engagèrent les assistants à de nombreuses offrandes en faveur de l'église..
En 1499, l'église de Saint-Vénérand s'achevait peu à peu. Les marchands du Pont-de-Maine qu'enrichissait le commerce avec l'Espagne et qui se trouvaient maintenant trop heureux D'éviter la paine D'aller jusques à Sainct-Melaine et rivalisaient de zèle pour orner leur nouvelle église paroissiale d'autels, de chapelles, de vitraux.
Grâce aux dons et aux fondations qui ne cessèrent d'avoir lieu, l'ouvrage continua sans interruption. Les chroniques mentionnent parfois les dons généreux qui hâtaient l'exécution des travaux :
Le , en considération de M. le prieur curé et de la fabrique de Saint-Melaine, Guy XVI de Laval affranchit de tous droits la place où l'église de Saint-Vénérand était en construction, ainsi que l'emplacement du cimetière au devantEn se réservant toutefois « participation aux prières de l'église avec un Subvenite ou autre suffrage des morts, chaque année aux jours et fêtes dé Saint Venérand, de la Toussaint, Noël el Pâques et le jour du Sacré au retour de la procession, avant l'Introït de la grande messe. ». En souvenir de ces libéralités, les habitants du faubourg du Pont-de-Mayenne, par divers actes des 3 et , renouvelés le , reconnaissent que Guy XVI de Laval est patron et fondateur de l'église et cimetière de Saint-VénérandCes actes sont signés : Jehan Maillard et Louis Duchemin, marguilliers, René Eumond, Jehan Fournier, Michel de la Court, Guillaume le Balleur, Jehan Lasnier, Jehan Garnier, Jehan Boullain, Pierre Chedasme, François de Launay, Pierre le Clerc, Jehan Boutonnays. Avant la Révolution française, les actes étaient déposés dans le trésor du château de Laval..
La nef et les transepts étaient achevés en 1520. Les libéralités des paroissiens avaient suffi pour accomplir leur entreprise. Une nouvelle cloche fut fondue, on lui donna le nom d'Anne.
En 1499, il manquait la dépendance, l'annexe nécessaire de toute église au Moyen Âge : le cimetière. On enterrait encore les habitants du Pont-de-Mayenne dans celui de Saint-MelainePour se rendre aux sépultures, il fallait l'hiver cheminer « à travers mares et bouillons » s'embourber dans des bas chemins impraticables ; en tout temps traverser la Chesnaie de la Coconnière, ce bois toujours plein d'embûches, de mauvaises rencontres et de sinistres souvenirs. Ajoutez que trop souvent les domestiques profitant de l'absence des maîtres et de la longueur des offices dévalisaient la maison et s'enfuyaient emportant les écus lentement amassés et les effets les plus précieux.. Il devenait donc indispensable d'ajouter un cimetière à la nouvelle église.
De la fin de 1793 au , l'église est enlevée au culte et servit de magasins à fourrages et d'approvisionnements, quelquefois d'étable.