La grippe espagnole, également appelée « pandémie grippale de l'année 1918 », est une pandémie de grippe A (H1N1), due à une souche particulièrement virulente et contagieuse qui s'est répandue en et a fini par s'éteindre dans la seconde moitié de l'année 1919. Quelques derniers cas sporadiques ont eu lieu en Nouvelle-Calédonie en .
Bien que les premiers cas dûment répertoriés soient apparus en France et aux États-Unis, on lui a attribué le nom de « grippe espagnole » car l'Espagne (non impliquée dans la Première Guerre mondiale) fut le seul pays à publier librement les informations relatives à cette épidémie.
Cette pandémie a fait de de morts selon l'Institut Pasteur, et peut-être jusqu'à selon certaines réévaluations de 2020, soit de l'humanité et environ des malades (on estime le taux de létalité aux alentours de ).
Selon l'historien Niall Johnson qui se fonde sur la fourchette basse, les plus grandes pertes ont touché l'Inde ( de morts, soit 6 % de la population), la Chine ( de morts selon les estimations, soit de la population), l'Europe ( de morts en Europe occidentale, soit 0,5 % de la population) et les États-Unis (entre et , soit de la population américaine).
Histoire Antécédents Avant cette grippe de 1918, des pandémies de grippe se produisaient dans le monde en moyenne trois fois par siècle.. Les flambées de grippe s'accélèrent au fur et à mesure des siècles : ..
Hypothèses sur l'origine géographique Comme la plupart des grippes, cette épidémie a d'abord été supposée d'origine asiatique. Au début du , et de recherches s'appuyant sur la génétique du virus, cette hypothèse a perdu de sa crédibilité au profit d'autres, et c'est maintenant l'hypothèse d'une origine aux États-Unis, plus précisément au Kansas, qui est privilégiée : les cas précoces et mortels d’infections respiratoires signalés dès 1916-1917 dans le camp britannique d'Étaples dans le Pas-de-Calais (France) et à Aldershot au Royaume-Uni, pourraient être à l'origine de l'épidémie. Le camp d'Étaples en particulier concentrait . L'historien Pierre Darmon enfin a signalé plusieurs épidémies de pneumonies ayant touché les travailleurs annamites en France en 1917 et 1918Pierre Darmon, « La grippe espagnole submerge la France », L'Histoire, , novembre 2003, 79-85. ; un rapport de recherches en 2014 de Michael Worobey, Guan-Zhu Han et Andrew Rambaut, validées par Neil M. Ferguson de l'Imperial College de Londres, situe les premières souches entre 1889 et 1900, sur des jeunes Américains ayant développé des anticorps, invalidant de fait la thèse d'une épidémie qui aurait été importée de Canton en 1918Genesis and pathogenesis of the 1918 pandemic H1N1 influenza A virus, pnas.org du 28 avril 2014, consulté le 19 mars 2020.. Selon le Professeur Berche, « De mauvaises conditions sanitaires, des populations affaiblies et de grands rassemblements. ». « On pense que la grippe espagnole est apparue d'abord au Kansas où elle a contaminé de jeunes soldats américains, qui étaient réunis trois mois dans des camps de formation militaire, à raison de à , avant de traverser le pays et de prendre la mer pour l'Europe ».. Trois thèses récentes appuient cette origine géographique du virus : le rapport de l'Oxford Academy, publié dans le magazine , volume 2019, étudie les trois thèses qui avaient, jusque-là, été évoquées (États-Unis, France et Chine) et réfute la Chine arguant que les écrits de l'époque s'appuyaient uniquement sur des données symptomatiques, et non sur la science, la microbiologie en 1918 étant peu développée. Le rapport valide donc, données à l'appui, une origine vraisemblable au Kansas Michael Worobey, Jim Cox, Douglas Gill, « The origins of the great pandemic », oup.com, 21 janvier 2019, consulté le 19 mars 2020.. Loring Miner, un médecin du Kansas rural, rencontra des cas dans les premières semaines de 1918. Miner, alerté par le taux de mortalité envoya un rapport aux autorités sanitaires. Quelques semaines plus tard, l'un des premiers foyers épidémiques aurait éclaté, vers la base militaire de Fort Riley au nord-est de l'État. L'épidémie se serait propagée ensuite à la fois en Amérique du Nord et vers l'Europe, lors du débarquement de la force expéditionnaire américaine à Bordeaux en .
Les premiers cas vignette|L'hôpital du Camp Funston au Kansas. Les débuts de cette pandémie sont discrets, car le virus n'est pas initialement mortel : l'origine du virus-père de la grippe de 1918, dite « grippe espagnole », reste toujours incertaine, notamment car, à l'époque, les pays asiatiques ne tenaient aucune statistique ou répertoire recensant les patients qui auraient pu souffrir des mêmes symptômes.
Pour l'Europe, dès les années 1916-1917, la « pneumonie des Annamites » fait des ravages parmi les ouvriers ou soldats d’origine indochinoise présents en France, qui meurent de façon fulgurante de syndromes respiratoires aigus. Il est suspecté que cela soit la première vague de cette grippe.. Les travailleurs chinois du Chinese Labour Corps, organisés en service d'assistance pour les troupes britanniques dans le Nord de la France, ont peut-être apporté la grippe en Europe. En , elle est dûment répertoriée dans un cantonnement britannique à Rouen.. L'épidémie se répand rapidement, par le biais des mouvements de troupes alliées, d'abord à Glasgow en Grande-Bretagne, au mois de mai, puis aux États-Unis, et enfin en Italie et en Allemagne, atteignant son apogée durant le mois de juin 1918, moment où les premiers cas sont signalés en Nouvelle-Écosse (Canada)« Leçons tirées de l'influenza pandémique », Le Pays, 20 septembre 2019, p. 4..
Le premier cas enregistré officiellement aux États-Unis le se trouve dans le dépendant de Fort Riley au Kansas. Le patient zéro à cet endroit aurait été un certain Albert Gitchell, un fermier appelé sous les drapeaux, contaminé par l'un de ses oiseaux, lui-même contaminé par un oiseau sauvage« Comment la grippe espagnole a pu faire jusqu'à 100 millions de morts », documentaire de 2018 produit par la BBC et diffusé sur RMC Story.. La maladie s'y étend rapidement.
Tous ces pays sont en guerre et censurent les informations sur la maladie pour ne pas affecter le moral des populations. Aussi, quand en la grippe atteint l'Espagne, la presse espagnole est la première à en décrire les effets.. C'est pour cette raison que l'épidémie a souvent été qualifiée en Europe de « grippe espagnole ».., sauf en Espagne où elle porte le sobriquet de « Soldat napolitain ».
En juillet, l'Europe considère l'épidémie comme pratiquement terminée, bien qu'ayant atteint un nombre élevé d'individus, surtout dans les armées, mais s'étant manifestée sans gravité, étant de courte durée, et avec des symptômes classiques peu alarmants.
Simultanément à ces épidémies internationales, d'autres foyers épidémiques plus restreints sont observés en Inde et en Nouvelle-Zélande, en juillet, et en Afrique du Sud, en août. On ignore aujourd'hui encore s'il s'agit d'une seule ou de différentes souches, toutes n'engendrant cependant que des symptômes bénins.
Septembre 1918 : l'épidémie et le continent américain Aux États-Unis, c'est dans la région de Boston, aux environs du , que les premiers cas mortels d'une grippe, bientôt tristement connue sous le nom de « grippe espagnole », sont signalés.
À compter de cette date, cette vague virale, bien qu'étant dans la lignée directe de la précédente, se caractérise par une mortalité plus élevée que les épidémies grippales habituelles, soit un taux de mortalité moyen situé entre . Les symptômes, auparavant décrits comme bénins par un journal de l'époque, sont
Du fait de sa grande contagiosité, l'épidémie se répand partout où les voyageurs contaminés, civils ou militaires, vont au gré des transports ferroviaires et maritimes de cette époque, inconscients du danger et de la puissance meurtrière de ce qu'ils portent. Dès le , dans l'ensemble du Nord-Est des États-Unis, des côtes américaines du golfe du Mexique, ainsi qu'en Californie et dans la majorité des grandes villes de l'Est américain, sont signalés des décès dus à la grippe : c'est le début d'une augmentation significative et anormale du nombre de cas mortels. Dans le même temps, les premiers cas sont répertoriés en Europe, la souche américaine ayant encore probablement renforcé l'épidémie par le biais de renforts américains venus aider les armées alliées. Une semaine plus tard, début , c'est l'ensemble du territoire des États-Unis et de l'Amérique du Nord qui est atteint. Il aura suffi de à ce virus pour être présent sur l'ensemble du sous-continent Nord-Américain.
right|vignette|Taux de mortalité à New York, Londres, Paris et Berlin. C'est alors seulement que l'épidémie prend réellement une ampleur considérable. En effet, si elle était déjà présente dans l'ensemble de ces territoires, le nombre de contaminés n'était pas encore très élevé. Et c'est seulement après sa dissémination que le nombre de contaminés explose.
Aussi, comme le montre le graphique ci-contre, c'est le mois d' qui voit le plus de cas mortels aux États-Unis : un taux de mortalité de près de 5 % chez les malades, soit, rapporté à la population entière ( de la population est atteinte), un taux de mortalité global de 2 %. L'État américain, ainsi que la population, prennent soudainement conscience de l'importance de cette épidémie.
C‘est sur le même schéma que l'Europe, puis le reste du monde, sont à leur tour atteints.
Octobre 1918 : l'épidémie devient pandémie vignette|En , à Seattle, les forces de l'ordre sont équipées de masques. droite|vignette|upright=1.1|À Seattle, le poinçonneur a ordre de ne pas laisser monter les passagers non munis de masques. Durant près d'un an, les transports et l'économie de tous les pays seront affectés par les mesures d'hygiène. vignette|Dans tous les pays, les hôpitaux sont débordés et il faut construire des hôpitaux de campagne, ici dans le Massachusetts (). Les États-Unis sont brutalement submergés par cette épidémie nouvelle. Bon nombre de villes américaines sont paralysées du fait du grand nombre de malades, ainsi que du grand nombre de personnes refusant d'aller travailler. Alors que les médecins américains, désemparés, sans aucune information ou aide possible, font face à cette épidémie du mieux qu'ils le peuvent, une infirmière sur quatre meurt. Alors que cette épidémie, à son apogée de puissance aux États-Unis, y sème le chaos, le désarroi et surtout la mort, l'Europe compte ses premiers morts dans les rangs des militaires alliés. Avec son arrivée en EuropeLes troupes confinées à bord des navires, dont le SS Leviathan, se contaminent rapidement. In La grande grippe 1918. La pire épidémie du siècle, Freddy Vinet - Présentation en ligne., ce virus devint international, ce qui annonce déjà son originalité.
Suivant la même évolution qu'aux États-Unis, la maladie, partant du Nord-Est de la France, conquiert bien vite l'ensemble des tranchées alliées ainsi que le territoire français et, du fait des mouvements de troupes britanniques, gagne la Grande-Bretagne.
Vers le , l'épidémie atteint, en France, puis en Angleterre, une importance considérable. Avec une à deux semaines de décalage, l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne et l'ensemble des pays limitrophes comptent leurs premiers morts. De là, l'Europe étant à l'époque le centre colonisateur du monde, des bateaux, avec à leur bord des marins grippés, partent vers l'Afrique, l'Amérique du Sud, les Indes et la Chine, ainsi que vers l'Océanie, ces marins colportant vers ces terres alors encore épargnées une épidémie qui, de fait, devient alors pandémie.