L′équithérapie dans l'autisme est une intervention pour les personnes en situation d'autisme, faisant appel à un cheval ou à un poney médiateur. Une séance peut se dérouler à pied ou à dos de cheval. Figurant parmi les rares zoothérapies qui font l'objet d'études régulières sur leur efficacité, l'équithérapie constitue aussi la plus populaire des zoothérapies en autisme.
L'effet du contact avec des chevaux sur les personnes autistes est longtemps connu de façon parcellaire, à travers des témoignages isolés, tels celui de Temple Grandin, docteure en zootechnie, dans son autobiographie Ma vie d'autiste en 1986. L'équithérapie est popularisée par le livre et le film L'enfant cheval, en 2009, dont l'auteur décrit les progrès de son fils autiste pendant un voyage en Mongolie. Depuis 2005, différentes études ont porté sur l'efficacité de cette intervention, passée du statut de thérapie « controversée » à celui de thérapie « prometteuse » en 2007. L'application de l'équithérapie aux personnes autistes étant récente, ces études restent peu nombreuses.
L'équithérapie permet des réductions cliniquement significatives du handicap dans les domaines de la communication, de la perception, de l'attention et de la régulation des émotions. Elle accroît la volonté, réduit l'hyperactivité et améliore l'intégration sensorielle des personnes autistes. La communauté scientifique s'accorde en 2016 pour conclure qu'elle est la plus efficace des zoothérapies accessibles aux personnes autistes. Faisant appel à un animal capable de répondre aux besoins particuliers, elle n'est toutefois pas adaptée à l’ensemble des personnes autistes. De plus, les séances restent relativement onéreuses, et mobilisent de nombreuses ressources humaines.
Définition vignette|gauche|Régulation des désordres émotionnels.|alt=Un jeune garçon caresse la crinière d'un cheval Le cheval est l'animal pionnier des zoothérapies, constituant de loin l'animal le plus utilisé dans ce type d'interventions. Parallèlement, l'équithérapie constitue la zoothérapie la plus populaire parmi les interventions en autisme.
Cette intervention est décrite et conçue comme un soin, et non pas un loisir ou un apprentissage de l'équitation adapté aux personnes autistes. Son objectif est d'offrir une aide thérapeutique. Le cheval devient un médiateur entre la personne autiste et son intervenant.. Dans l'idéal, une séance d'équithérapie doit être menée par un ou plusieurs thérapeutes formés, disposant à la fois de solides compétences équestres et d'une expérience dans l'accompagnement des personnes en situation de handicap.
Domaines thérapeutiques concernés L'équithérapie agit sur les plans neuromusculaires, relationnels, perceptifs, attentionnels et émotionnels. Le cheval stimule divers domaines : la communication (rire, parole.…), la relation aux autres, le comportement moteur, l’attention, la planification des actions, la conscience du corps, la confiance en soi, la détente, la régulation émotionnelle et le partage des émotions. La relation avec le cheval est très « sensuelle », chargée d'odeurs, de contacts et de sensations diverses, faisant de la séance d'équithérapie une expérience multisensorielle. La stimulation kinesthésique offerte par le cheval est unique au sein des zoothérapies accessibles aux personnes autistes, puisque le cheval (ou le poney) est le seul animal médiateur pouvant l'offrir.
Proximité entre le cheval et la personne autiste vignette|Contact entre un enfant et un cheval. |alt=Deux adultes et un enfant assis devant un poney L'« équicienne » française Isabelle Claude estime que le comportement des personnes autistes est proche sur certains points de celui du cheval, notamment en ce qui concerne la perception sensorielle, la sensibilité tactile, le besoin olfactif et l'attention accordée à des détails et à des micro-signaux. Elle ajoute que la personne autiste a, comme le cheval, l'habitude d’extérioriser ses états émotionnels, tout particulièrement ses colères.. L'ASBL Anthe-Anthesis (Association nationale belge de thérapie avec le cheval) rapproche également la perception des personnes autistes de celle du cheval, dans la mesure où tous deux se situeraient dans ..
Temple Grandin, une professeure universitaire américaine et autiste, rapproche le comportement de l'enfant autiste de celui d'un cheval sauvage en cours d'apprivoisement : la réaction au toucher et la manière de les approcher sont d'après elle très semblables.. Par ailleurs, dans son ouvrage L'interprète des animaux (traduit en français en 2006), elle rapproche le mode de conscience et de pensée des animaux de celui d'une personne autiste dite « savante », affirmant que le langage parlé n'est pas nécessaire à la pensée, et que les chevaux, entre autres animaux, utilisent une pensée en images similaire à celle de certaines personnes autistes..
Dans sa thèse de psychologie (université Rennes-II, 2010), Marine Grandgeorge note que les enfants autistes sont généralement spontanément plus intéressés par les images d'animaux, dont celles de chevaux, que par les images d'objets.
Histoire Depuis la fin du , des témoignages concordants mais isolés évoquent les bienfaits que des personnes autistes tirent du contact avec le cheval. Temple Grandin témoigne avoir passé beaucoup de temps à observer les chevaux et les vaches depuis son enfance.. Elle pratique l'équitation dans les ., constatant que ces grands animaux sont souvent maltraités par ignorance. La monte et le contact avec le cheval calment ses angoisses et son hyperactivité, elle témoigne notamment que le galop lui procure un apaisement, cité et commenté par .. En France, plusieurs thérapeutes s'occupent d'enfants autistes avec des chevaux ou des poneys médiateurs, dont Isabelle Claude depuis les en Lorraine, Claudine Pelletier-Milet dans son centre équestre de La Chapelle-Montligeon depuis 1999, et Isabelle Chaveneau à Sevrey.. En 1989, D. Athy relate le cas d'un cheval réformé des courses et récupéré par un centre d'accueil pour enfants autistes. En donnant des soins à l'animal et en le montant, ces derniers auraient vu leurs symptômes diminuer. En parallèle, le cheval est redevenu performant et a couru de nouveau en course hippique, ses gains servant à financer le centre, notamment l'achat d'autres chevaux de thérapie pour les enfants autistes..
L'Américaine Hana May Brown publie un témoignage à propos d'une enfant autiste non verbale accueillie dans son centre d'équitation thérapeutique à Houston, qui a commencé à parler et réalisé des progrès tels que sa scolarisation est devenue possible. Des témoignages concordants la poussent à présenter officiellement l'équitation comme une option thérapeutique valable pour les enfants autistes, en 1994. En 1995-1996, Charlotte Daubrée observe cinq enfants avec autisme dans le cadre de sa thèse de doctorat vétérinaire, à Clermont-Ferrand. Ce travail permet l'observation de réels progrès, mais reste parcellaire, l’effectif étant, de plus, beaucoup trop faible pour en tirer une conclusion.
Buzz de L'Enfant-Cheval En 2009, le livre autobiographique L'Enfant cheval paraît aux États-Unis. Ce best-seller inspire un film. Un père de famille américain, Rupert Isaacson, y témoigne que seul le contact avec sa vieille jument calme Rowan, son fils autiste. Il part en Mongolie avec lui et raconte l'établissement d'une communication avec son enfant grâce au cheval, au voyage, et au chamanisme. Depuis, d'après lui, Rowan ne . Ce livre est traduit vers de nombreuses langues, dont le français. Il constitue un .., et motive des parents à essayer cette intervention.. Isaacson n'utilise pas le mot remède (, en anglais), mais parle de « récupération » et de « guérison » ( et ).. Les articles de presse parus à l'occasion de la sortie du livre et du film posent la question de savoir si la compagnie d'un cheval peut aider tous les enfants autistes.. Depuis, Isaacson a développé une méthode d'aide aux enfants autistes par le contact avec le cheval, au Texas.. Il présente cette méthode dans plusieurs pays, dont la France, expliquant qu'un contact étroit avec le cheval calme les troubles sensoriels..
Commentant le autour de L'Enfant cheval, le médecin pédiatre Paul A. Offit met en garde en raison du manque d'études sur l'efficacité d'un contact avec le cheval, et de la tentation de dépenser de grosses sommes dans des thérapies inefficaces et mal encadrées.
Premières évaluations scientifiques En 2005, il n'existait aucune littérature scientifique à propos de cette intervention, ce qui ne permettait pas à la communauté scientifique de se prononcer sur son efficacité.. En 2008, la pédiatre Lisa A. Kurtz liste l'hippothérapie parmi les thérapies « controversées », précisant toutefois que quelques publications vont dans le sens d'une efficacité en tant que thérapie complémentaire.. De même, la française Laurence Duval-Desnoes estime dans sa thèse, publiée en 2008, que .
Les premières évaluations scientifiques auprès du public autiste paraissent en 2008 et 2009. D'après un article publié dans The Guardian en , un nombre croissant de professionnels de santé reconnaît l'efficacité de l'équithérapie pour aider les personnes autistes.. D'après la pédopsychiatre française Laurence Hameury, du CHRU de Tours (2017), .
Accessibilité et pratiques En France, 79,7 % des de zoothérapie recensées dans ce pays proposent des interventions auprès des enfants autistes en faisant appel au cheval ou au poney, en 2014. En 2016, cette intervention est décrite comme étant en pleine expansion dans ce pays.. En 2018, une femme indienne est venue se former en France pour développer l'équithérapie auprès du public autiste en Inde.
D'après les recommandations françaises de la Haute Autorité de santé et de l'Agence nationale de l'évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (en 2012) ..
Déroulement vignette|Interaction avec le cheval pendant une séance d'équithérapie montée.|alt=Un enfant tenu par un adulte sur le dos d'un cheval. Une séance d'équithérapie peut concerner divers troubles ou handicaps. Il existe aussi des sessions entièrement adaptées aux besoins particuliers des personnes autistes. Claudine Pelletier-Milet constate que les séances pour enfants avec des poneys s'effectuent dans une ambiance joyeuse et relaxée. Ces séances peuvent se dérouler à pied ou à dos de cheval. La notion d'équithérapie recouvre ces deux types d'interventions. Bon nombre de personnes autistes parviennent à développer des compétences de cavaliers assez avancées au cours de leurs séances, si bien que les dernières s'apparentent souvent davantage à des cours d'équitation classiques qu'à des prises en charge thérapeutiques. Une séance est aussi l'occasion de partager des connaissances autour du cheval.
D'après Isabelle Claude, les séances concernent le plus souvent des enfants autistes « déficitaires » (non-verbaux ou ayant de nombreux troubles du comportement) en raison de la forte demande des familles et des professionnels de la santé, et beaucoup plus rarement les personnes autistes dites « Asperger ».. L'Américaine Linda Kohanov utilise une « grille d'interprétation des messages émotionnels » lorsqu'elle travaille avec des adultes Asperger.. Claudine Pelletier-Milet encourage ses patients à s'ancrer dans l'instant présent, et à transcrire les émotions qu'ils ressentent par des mots.
Séances à pied Les séances d'équithérapie commencent très généralement à pied, et loin de l'animal. La personne autiste crée ensuite un pont émotionnel avec l'animal en le toilettant et en le touchant.. Les séances à pied permettent de travailler sur la cognition, l'attention et les compétences sociales. Sandrine Willems raconte avoir été témoin d'un cas où un enfant autiste incapable de se laver seul a appris à le faire, vraisemblablement en toilettant son cheval lors des séances d'équithérapie à pied..
Séances montées