, ou Hérode Antipater (en hébreu הורדוס אנטיפס, en grec ancien ), né en et mort en 39 ap. J.-C., est le fils d'Hérode le Grand et de la Samaritaine Malthacé, sa quatrième femme. Entre et , Hérode Antipas est tétrarque de Galilée et de Pérée, région située au nord-est de la mer Morte, à l'est du Jourdain.
Il construit la ville de Tibériade, sur la rive ouest du lac de Galilée, en l'honneur de l'empereur Tibère.
Antipas épouse d'abord la Nabatéenne Phasaélis, fille d' de Pétra, qu'il répudie pour épouser Hérodiade, sa propre nièce, fille de son demi-frère , et donc petite-fille d'Hérode le Grand. Hérodiade est alors la femme du demi-frère d'Antipas Hérode Boëthos, qu'elle quitte de son vivant, ce qui fait scandale. Elle est la mère de Salomé que, très tôt, la tradition chrétienneMarc Bochet, Salomé : Du voilé au dévoilé : Métamorphoses littéraires et artistiques d'une figure biblique, Paris, éd. Cerf, 2007, cité par la Revue théologique de Louvain, Louvain, éd. UCL, 2007, vol. 38, 576. assimile à une fille anonyme d'Hérodiade présente dans un épisode néotestamentaire et .. Selon les évangiles de Marc et Matthieu, c'est à l'instigation d'Hérodiade qu'Antipas aurait fait décapiter Jean le Baptiste. Il est responsable du Temple au moment où Jésus de Nazareth est condamné et meurt à Jérusalem, ville de Judée alors directement sous administration romaine.
Vaincu par son premier beau-père, , lors d'une bataille où il perd son armée, Antipas est par la suite destitué par l'empereur Caligula (39). Les Romains, irrités par le pouvoir excessif d'Antipas, décident de l'exiler dans le sud de la Gaule à Lugdunum Convenarum (auj. Saint-Bertrand-de-Comminges)Flavius Josèphe dit, dans l'histoire de la Guerre des Juifs et les Antiquités judaïques, que le tétrarque fut envoyé à Lugdunum « proche de l'Espagne », autrement dit Lugdunum Convenarum.. Hérodiade choisit de le suivre.
Éléments de biographie L'héritage d'Hérode le Grand À la mort de son père en 4 av. J.-C., Hérode Antipas reçoit le titre de tétrarque de Galilée et de Pérée, sans les villes de la Décapole. Antipas Compte tenu du et du symbolisme du renard, dans la culture juive, ce qualificatif ne semble pas lui être appliqué (par Jésus de Nazareth) pour des raisons politiques mais morales et spirituelles..
Il reconstruit la ville de Sepphoris, détruite par des insurgés à la mort de son père, lors de l'intervention de Varus. En 6 apr. J.-C., lorsque l'empereur Auguste révoque son frère Archélaos, Antipas, qui espère récupérer les territoires de son frère, est bien déçu. L'exil d'Archélaos à Vienne ne change rien pour lui ni pour son demi-frère Philippe car Auguste transforme les territoires d'Archélaos en une province romaine de Judée. Il obtient une maigre consolation : après la destitution de son frère, c'est lui qui devient l'intendant du Temple de Jérusalem. Il a un droit de regard sur tout ce qui s'y passe, notamment sur les jugements prononcés par le sanhédrin. De plus, le préfet romain consulte Antipas au sujet de toutes les affaires qui concernent le culte, la religion et les traditions juives.
Tirant probablement les conclusions de la destitution de son frère, Antipas ne manque aucune occasion de manifester sa soumission à Rome.
Une succession convoitée À la mort d'Hérode le Grand, le territoire de son royaume est partagé par Auguste entre trois des fils d'Hérode ainsi qu'une de ses parentes. Philippe obtient pour sa part « la Batanée, avec la Trachonitide et l’Auranitide, une partie de ce qu’on appela le domaine de ZénodoreFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, , , 4. ».
Une partie de ces territoires est frontalière de la Nabatée. Le territoire de Zénodore a été source de conflit. En effet, les Nabatéens avaient acheté l'Auranitide pour cinquante talents avant que les Romains donnent l'ensemble du royaume de Zénodore à Hérode le Grand. Les Nabatéens étaient donc frustrés à la fois du territoire acheté et de leur argent perdu.
En 34, Philippe meurt, « la trente-septième année de son règne sur la Trachonitide, la Gaulanitide et le peuple de BatanéeFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, , , 6. ». « Comme il était mort sans enfants, Tibère hérita de ses possessions et les annexa à la province de Syrie, mais en ordonnant que les impôts levés dans sa tétrarchie y fussent affectés ».
Bien entendu, ce territoire qui n'est « donné » à personne attire les convoitises, parmi lesquelles celles d'Antipas, et probablement aussi celles du roi de Nabatée (« roi de Pétra »), avec sans doute d'autres prétendants.
La stratégie d'Antipas thumb|300px|Le partage du royaume d'Hérode le Grand :
La Nabatée, souvent simplement appelée « Arabie » dans les sources antiques, enserrait le royaume d'Hérode au sud et à l'est, remontait jusqu'à la province romaine de Syrie et comprenait le nord de la péninsule arabe.
Antipas, pour sa part, estime probablement que ce territoire, administré jusque-là par son frèreEn fait, un demi-frère : ils sont nés de mères différentes., lui revient de droit. Depuis trente-sept ans, il administre correctement les territoires qui lui ont été donnés à la mort de son père, le roi Hérode le Grand, et Auguste avait même promis la royauté à un autre de ses frères, Archélaos si ce dernier s'en montrait digne. Celui-ci a été démis et exilé en Gaule à cause de ses erreurs, tandis qu'Antipas estime ne pas avoir démérité. Il espère que le titre royal promis à son frère lui sera remis un jour par l'empereur. Dans les mois qui suivent la mort de Philippe, Antipas croit que son heure est enfin venue. »
Il commence par organiser « des obsèques somptueuses » pour son frère, qu'il préside probablement, puis se prépare à aller à Rome pour rencontrer Tibère.. Pour être nommé à la tête de la tétrarchie de Philippe par l'empereur, Antipas a imaginé de conforter sa position en se mariant avec Hérodiade, pourtant mariée à son demi-frère Hérode. « Partant pour Rome », là où tout se décide, il fait étape au début du voyage chez son demi-frère Hérode – appelé aussi par les historiens modernes ou Hérode, fils de , la fille du grand-prêtre Simon Boëthos – qui l'héberge dans sa demeure. « Obéissant à des motivations purement dynastiques », il en profite pour proposer à Hérodiade, la femme de ce dernier, de se marier avec luiAndré Paul, « Hérodiade ou Hérodias » dans Encyclopædia Universalis.. Ils conviennent « qu'elle cohabiterait avec lui dès son retour de Rome et qu'il répudierait (Phasaélis) la fille d'ArétasFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, Livre XVIII, V, 1.Nikkos Kokkinos, dans Jack Finegan, Chronos, Kairos, Christos : Nativity and Chronological Studies, Jerry Vardaman & Edwin M. Yamauchi, 1989, 133. ». Hérodiade s'empresse d'accepter ce projet de mariage, qui doit rester secret, au moins jusqu'à ce qu'Antipas revienne de Rome. Ce mariage fera scandale, car il a lieu alors qu'Hérode Boëthos est encore vivant.
Neutralisation d'Agrippa En tout cas, la manœuvre est habile car Hérodiade est non seulement une descendante des Hasmonéens, la dynastie légitime, et la sœur du futur , adversaire potentiel, qui d'ailleurs gagnera finalement ce combat d'influence. « Il est donc possible qu'Antipas n'ait pas été séduit par son charme, mais plutôt par son rang. » Antipas passe quelques mois à Rome, où il ne parvient pas à séduire suffisamment l'empereur Tibère qui, « contrairement à Auguste, est défavorable au maintien des États clients. » Il rentre dans ses territoires ; rien n'est encore perdu.
Agrippa, du reste, s'est ruiné dans la vie luxueuse de Rome. Rentré en Palestine, « il se retira dans un fort à Malatha d'Idumée et pense même « à se tuerFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, , , 2. » Sa femme Cypros s'entend avec Hérodiade, sœur d'Agrippa, pour qu'Antipas lui donne une fonction assez bien rémunéréeHeinrich Graetz, Histoire des Juifs, : « Les Hérodiens : ; (37-49) », sur le site histoiredesjuifs.com., probablement après le retour de Rome d'Antipas, vers 34-35.
Désormais, Agrippa n'est plus un danger : il est devenu un obligé d'Antipas et il est quasiment assigné en Galilée. Cette stratégie est quand même mise en défaut.
L'honneur de Phasaélis
Phasaélis, la fille d'Arétas, Pendant qu'Antipas Antipas reste probablement quelques mois à Rome, pour y faire sa cour auprès de TibèreLe voyage par mer prenait au minimum lorsque tout allait bien et plus souvent, de trois semaines à un mois (autant pour le retour). Quand un roi client se rendait à Rome, c'était pour régler un ensemble d'affaires. De plus, Tibère est réputé (cf. Tacite) pour faire attendre ses obligés avant de les recevoir. En hiver, la navigation était fermée et le voyage était plus long ..
Lorsque vers 34, Antipas rentre de Rome, tout est prêt :
Face à ce projet qui est pour lui un camouflet, et qui annonce peut-être aussi l'enfreinte de certaines dispositions de l'accord passé autrefois sous le contrôle d'Auguste, se met en quête d'alliés. Selon Moïse de Khorène, ainsi que plusieurs sources en syriaque et en arménien, il se rend à Édesse où le roi passe un accord avec lui pour lui fournir des troupes auxiliaires Ilaria Ramelli, Possible Historical Traces in the Doctrina Addai, § .. Il construit aussi patiemment des alliances avec les grandes familles de l'ancienne tétrarchie de Philippe, où la Nabatée a toujours eu une grande influence.
Jean le Baptiste
Un autre personnage rendu célèbre grâce aux évangiles, « Jean surnommé Baptiste », intervient dans cette histoire. Le Baptiste rassemble un grand nombre de gens autour de lui « qui sont très exaltés en l'entendant parler ».
L'Évangile selon Marc (6, 18) retient l'un de ses arguments qui rendaient les gens « très exaltés en l'entendant parler ». Il disait à Hérode Antipas : , marquant ainsi son opposition au mariage avec Hérodiade. En effet, cette union choquait (Lév. 18, 16 ; 20, 21), que Jean-Baptiste rappelait sans ménagementÉtienne Trocmé, L'Évangile selon saint Marc, éd. Labor et Fides, Genève, 2000, extrait en ligne.Lév. 18, 16 ; 20, 21.. Selon les évangiles synoptiques, c'est à la suite de ces admonestations de Jean Baptiste qu'Antipas le fait jeter en prison.
Guerre, défaite et perte de Gamala thumb|Ruines de la cité fortifiée de Gamala, enjeu de la guerre entre et Hérode Antipas. On entrevoit, au fond, le lac de Tibériade.
À la demande de Tibère, Hérode Antipas participe à la grande conférence sur l'Euphrate, pour sceller la paix et la victoire romaine sur , le roi des rois de l'Empire parthe, qui semble avoir eu lieu à l'automne 36Il y a une quasi-unanimité pour suivre les indications chronologiques fournies pas Flavius Josèphe et situer cette bataille en 36 ; ; ; ; . Pour résoudre la contradiction entre Flavius Josèphe qui fournit des indications plaçant la mort de Jean le Baptiste vers 35 et la tradition chrétienne qui la situe en 29, Christiane Saulnier reprend la proposition d'Étienne Nodet qui suppose que Josèphe s'est trompé et place donc cette bataille avant 29. Cette proposition ne rencontre pas une grande réception..
Il est possible qu'Arétas ait profité de cette absence d'Antipas pour déclencher son offensiveLe moment de l'expédition de Vitellius (printemps 37) indique que la victoire d'Arétas ne peut pas être intervenue avant la deuxième partie de l'année 36, puisque la plainte d'Antipas à Tibère est arrivée de façon évidente trop tard pour que la campagne ordonnée par Tibère ait lieu dans la même saison. ..