Pontus de Tyard, né en et mort en , seigneur de Bissy, est un écrivain et poète, philosophe et homme d'église français, membre du cercle littéraire de la Pléiade.
thumb|Pontus de Tyard Biographie Pontus de Tyard est né le , au château de Bissy-sur-Fley, une commune française située dans la province de Bourgogne. alt=|vignette|Château Pontus de Tyard. alt=|vignette|Château Pontus de Tyard vu du sud. Son père, Jehan de Tyard, noble de Bourgogne est lieutenant général au bailliage de Mâcon. Sa mère est Jehanne de Ganay.
Dès 1537, il étudie à Paris la théologie, le latin, le grec, l'hébreu et l'italien; c'est un humaniste qui s'intéresse à la philosophie, à la science, à l'astronomie, à l'astrologie, à la musique.
Vers 1543, il se lie d'amitié avec Maurice Scève et se rapproche de l'Ecole de Lyon. Il publie la série des Erreurs amoureuses en 1549, puis en 1551 et 1555, à Lyon .
Considéré comme une véritable encyclopédie, il représente une figure emblématique de la vie culturelle et politique française au . L’un des fondateurs de la Pléiade – le premier mouvement de l'histoire littéraire française – il exerce ses dispositions pour la diplomatie en tant que conseiller d’État auprès du roi Henri III.
Pontus de Tyard s'impose comme l'un des maîtres de la pensée moderniste, en participant avec enthousiasme à ce grand élan de connaissances qui enflamme le . Subsiste de lui l'image d'un homme épris de culture, savant astronome, mathématicien de talent, poète et philosophe, vers qui les plus illustres se sont tournés, en quête de conseils et de secours spirituel.
Tyard est, comme Ronsard et Joachim du Bellay, l'un des membres de la Pléiade. Toutefois, il s'implique moins dans les recherches poétiques du groupe pendant les années 1550, car il prépare ses Discours philosophiques, série de dialogues parus anonymement en 5 tomes entre 1552 et 1557. Ces discours lui permettent d'explorer les connaissances dans les domaines de la poésie, de la musique, du temps, de la divination et de la science de l'univers entier. Le point de vue spirituel (la psychologie et la théodicée) et le point de vue matériel (l'astronomie, la physique et la météorologie) sont abordés. Il fait ainsi mention des nouvelles théories de Copernic à plusieurs reprises. Pontus de Tyard fait précéder le Second Curieux d'un avant-propos, qui constitue un vibrant plaidoyer pour la langue française. Vers 1550-1560, il anime une société littéraire chalonnaise avec Philibert Guide et Guillaume des Autels.
Après 1570, Pontus connaît un certain succès dans les salons parisiens, le courant néo-pétrarquiste voyant dans ses Erreurs amoureuses une œuvre fondatrice. En 1573, ses Œuvres poétiques, sont dédiées à la maréchale de Retz, grande dame de savoir et de science, dont les poèmes sont aujourd'hui disparus.
Pontus de Tyard s'illustre comme un authentique humaniste pendant l'une des périodes les plus sombres de la Bourgogne : celle des guerres de religion.
Pontus de Tyard est nommé évêque de Chalon-sur-Saône en 1578. Député aux États de Blois en 1588, il défend l'autorité royale de Henri III et Henri IV contre les Ligueurs.
En 1594, paraît son Extrait de la généalogie de Hugues Capet, fondateur de la dynastie capétienne. Cette même année, il abandonne sa charge d'évêque pour se retirer dans ses terres, où il reste jusqu'à sa mort. Il est enterré dans l’église de Bragny-sur-Saône. Son neveu, Cyrus de Tyard le remplace comme évêque de Chalon-sur-Saône de 1594 à 1624.
Titres et Fonctions Pontus de Tyard a eu tout au long de sa vie, de nombreux titres et fonctions. : Membre fondateur de la Pléiade (1550) Chanoine de l'église de Saint-Vincent de Mâcon (1552) Protonotaire du Saint-Siège, nommé par le pape Paul III (1552) Membre du parlement de Paris (1570) Membre fondateur de l'Académie de Musique et de Poésie (1570) Député de la province de Lyon à l'assemblée du clergé de France tenue à Melun (1579) Élu du clergé aux États-généraux de Bourgogne (1587) Député de Bourgogne aux États-généraux du royaume convoqués à Blois (1588) Aumônier des rois Henri II, Charles IX, Henri III, Henri IV Conseiller d'État du roi Henri III Grand archidiacre du chapitre de Saint-Vincent de Chalon Évêque de Chalon-sur-Saône, nommé par le pape Grégoire XIII en 1578, démission acceptée en 1594.
Vision sur Pontus de Tyard Il écrit Les Erreurs amoureuses à Lyon en 1549, un recueil qu'il prolonge jusqu'en 1555 et où il fait plusieurs ajouts. Son style se rapproche de celui de Pétrarque -mais il a aussi pu être inspiré par la Délie de son ami Maurice Scève- qu'il rejoint à l'école lyonnaise. Le sujet en a peut-être été inspiré par Louise Labé. En 1551, son Chant en faveur de quelques excellents poètes de ce temps célèbre du Bellay, Marot et Ronsard.
Avec Tyard, nous découvrons un siècle où la « poésie était reine » mais également un personnage très favorisé et contrasté. Favorisé par la santé physique, les dons intellectuels et les vertus, de même le statut social qui permet de philosopher sur l’art de vivre en taquinant les muses. C’est le contexte qui explique les contradictions du portrait : celui d’un homme « aimant passionnément la Bourgogne » tout en attribuant ses défauts à « la crasse mâconnaise » de ses origines, celui d’un vulgarisateur qui « méprise le peuple sot et médisant », celui d’un évêque qui « fait commerce de galanteries » dans ses vers, celui d’un penseur à la fois moderne (par son humanisme et sa réflexion sur l’égalité des sexes) et traditionnel (par son ethnocentrisme linguistique), celui encore d’un caractère porté à la retenue et à la modestie mais également « expert dans l’art de la flagornerie », celui enfin d’un poète qui se fait une haute idée de la poésie mais n’attache pas d’importance à ses productions, lui préférant la philosophie. Ces oppositions, loin de discréditer le personnage, le rendent au contraire plus vivant, plus complexe.
Paul Valéry, dans la seule étude de Variété qu'il consacra à un poète du , écrit de lui :
Œuvres Erreurs Amoureuses, Lyon, 1549 Continuation des Erreurs Amoureuses Lyon, 1551 Leon Hebrieu de l’amour (traduction des Dialoghi d’amore) Lyon, 1551 Erreurs Amoureuses augmentées d’une tierce partie Solitaire Premier ou Prose des Muses Lyon, 1552 Un Livre de vers liriques Lyon, 1555 Solitaire Second ou Prose de la Musique Lyon, 1555 Discours du temps, de l’an et de ses parties Lyon, 1556 L’univers ou discours des parties et de la nature du monde Lyon, 1557 Mantice ou Discours de la Divination par Astrologie Lyon, 1558 Ephemeride Octavae Sphaerae Lyon, 1562 Homilies ou discours sur l’oraison dominicale Paris, 1585 Douze fables de fleuves ou fontaines Paris, 1585 III Livres d’ Homélies Paris, 1586 Homélies sur la première table du décalogue Paris, 1588 Polémiques extrait de la Généalogie de Hugues surnommé Capet Paris, 1594 De recta nominum impositione Lyon, 1603 Fragmentum epistolae pii cuisdam episcopi (Lettre au Jésuite Charles) Hanau, 1604
Vision sur le livre de vers lyriques Le livre des vers liriques est paru en 1555, en même temps que le troisième livre des Erreurs Amoureuses. Le recueil les Erreurs amoureuses contient des sonnets et des chansons vouées à Pasithée, une des Charites de la mythologie grecque (assimilées par les Romains aux Trois Grâces). Dans le livre de vers liriques, est visible une influence de la Pléiade. Selon Eva Kushner : « Le Livre de vers liriques se distingue au sein de son œuvre, et vis-à-vis des œuvres contemporaines de la sienne, par sa variété tant métrique que thématique, sa vivacité, sa teneur en mythologie, sa réflexion sur le genre lyrique, et surtout la manière très personnelle dont Tyard orchestre tous ces éléments.»Pontus de Tyard s’aide de ses connaissances et de sa vision du monde, pour offrir à ses lecteurs des nouvelles perspectives pour réfléchir, et les aider à ne pas s’enfermer dans une lecture univoque.
Étude du poème
Dans les vers liriques, le dernier poème est une énigme, la seule que Pontus de Tyard ait créé dans tous ses écrits.
Une énigme, d'après le Dictionnaire de l'Académie française , est le « discours qui renferme un sens caché qu’on propose à deviner». Une énigme est un mystère, qu’il faut résoudre.
Au siècle, l’énigme a deux fonctions : Elle est à la fois dialogue et jeux. Elle peut autant servir à divertir et amuser, qu’à instruire et critiquer. Les énigmes peuvent être utilisées pour critiquer la société de manière indirecte, comme le font les fables de La Fontaine, pour éviter la censure.
Dans les énigmes, il faut quand même faire la différence entre « le discours énigmatique et une devinette » , comme le dit Pérouse dans son œuvre . Une simple devinette a une solution, elle résout « la difficulté qu’elle énonce » alors que le discours énigmatique est plus complexe. Pour le résoudre, il faut être ouvert d’esprit, il peut avoir plusieurs réponses, il est libre à chacun de faire sa propre interprétation. L’écrivain laisse libre à son lecteur de comprendre comme il le souhaite la réponse. Il ne lui impose rien.
Ainsi, il faut voir si l’énigme de Pontus de Tyard, dans le Livre des vers liriques, essaie de divertir le lecteur, ou bien de faire passer un message. centré|vignette|
Graphie et orthographe Cette énigme du siècle, de Pontus de Tyard, du livres des vers liriques, dans Les Œuvres poétiques de 1555 est difficile à déchiffrer, puisqu’elle est écrite dans un français qui n’est plus utilisé de nos jours. La première étape à faire est de faire une transcription pour qu’elle soit accessible à tous.
Tout d’abord, il faut : Remplacer les s longs par des s normal Remplacer lorsque c’est nécessaire les v en u Remplacer lorsque c’est nécessaire les u en v Remplacer lorsque c’est nécessaire les y en i Remplacer lorsque c’est nécessaire les i en j Remplacer l’esperluette par et Voici donc la transcription de l’énigme : Subtile suis, et de telle beauté, Qu’autre beauté ne peut être connue, Que je n’y sois en une qualité. En liberté je veux être tenue Évidemment : car qui me veut contraindre, Il perd et moi et l’objet de sa vue S’il pense encore à ma substance atteindre, Et me toucher, j’en prend telle vengeance, Que je lui donne assez de quoi se plaindre. Et l’œil du ciel en vain son influence Coule çà bas, s’il ne se fait sensible Des qualités prinses de mon essence. Il est à l’homme à grand peine possible Vivre sans moi : et si le fais dissoudre, S’il est de moi entièrement passible. Mon corps couvert d’une légère poudre Ne me saurait avec soi arrêter : Car je le fuis plus vite que la foudre. Qui, tant soit peu, me veut solliciter, Il me peut voir en colère incroyable Les plus hauts lieux en bas précipiter. Mobile suis, sans arrêt, variable, Sans couleur, forme, ou certaine figure, Et si je suis vue en ma force admirable. Je vis de faire à mon contraire injure, Qui par sa mort m’apporte tel encombre, Qu’en fin la mort la moi-même j’en endure. Or devinez si je suis corps ou ombre.
Malgré cette transcription, le vocabulaire de certains n’est pas compréhensible pour tous, il faut donc leur donner une définition.
Pour cela, des outils tels que le Dictionnaire de l'ancienne langue française par Frédéric Godefroy, existent.
Dans cette énigme, le substantif « prinses » vient de ‘’prins’’, qui signifie pris, et donc il peut être remplacé par “prises’’
Repérage de l’énigme dans l’œuvre Il est possible de se servir des signatures qui entourent une énigme, pour permettre de la retrouver. Par exemple, pour cette énigme, plusieurs indices sont visibles. En premier, la page est indiquée avec le nombre « 164 ». Il est indiqué que la section est « Vers liriques » et que le poème est à la fin de la section.