Sebastián Durón (Brihuega, Espagne, - Cambo-les-Bains, France, )Pierre-René Serna, « Sebastián Durón au Teatro de la Zarzuela de Madrid – Le beau méconnu », Concertclassic.com, 7 décembre 2015 est un compositeur et organiste espagnol de la période baroque.

Biographie Ses parents lui ayant donné le prénom du père, Sebastián Durón Picazo était le fils de Sebastián Durón et de Margarita Picazo. Sebastián Durón père mourut alors que son fils avait encore huit ans. De son vivant le père de l'enfant Durón avait été sacristain à l'église Saint-Jean (iglesia San Juan), à Brihuega, église qui venait d'être rebâtie à la même époque, au . À l'intérieur de cette nouvelle église, sous le clocher, il y avait une chapelle dédiée à une « vierge de la ronce » (Capilla de la Virgen de la Zarza), chapelle dont Sebastián Durón fils, une fois adulte, devint propriétaire. Mais cette église n'a pas été conservée : de plus en plus détériorée l'église s'écroula sur elle-même dans le milieu des années 1960, en faisant quelques victimes mortelles et en ne laissant debout que quelques murs de construction plus récente, même si la chapelle, située à la verticale sous le clocher, survécut en grande partie à l'accident. L'endroit et les restes de l'édifice furent alors utilisés comme décharge jusqu'aux années 1980, moment où des fouilles archéologiques furent entreprisesEsther Escudero Sanz, « San Juan, la parroquia olvidada » (« Saint-Jean, la paroisse oubliée »), article monographique sur l'ancienne église Saint-Jean de Brihuega, accompagné de photographies datant du .

Il a été supposé que le premier contact que Durón, étant encore enfant, eut avec l'art musical, se produisit dans cette église, mais il n'y a pas de preuves à ce sujet. Il semblerait aussi qu'il y reçut une formation musicale conjointement avec son frère Diego, de deux ans plus âgé que luiPierre-René Serna, Guide de la Zarzuela : La zarzuela de Z à A, éd. Bleu Nuit, Paris, 2012, 336 pages , . En l'état actuel des connaissances il peut être au moins affirmé que les actes des organistes de la cathédrale de Saragosse font mention du compositeur dès 1679 (comme élève de l'organiste Andrés de Sola), ainsi qu'il est aussi question de sa personne dans des documents liés à la ville de Séville et datés jusqu'à 1685. C'est par ailleurs au sein de la cathédrale de cette ville qu'en 1680 Durón avait remporté le concours de second organiste de la cathédrale. Ainsi il habita pendant cinq ans à Séville, où il eut plusieurs élèves et fut de surcroit apprécié en tant que musicien, organiste et compositeur. Sa condition d'homme d'église est attestée par les actes du chapitre de la cathédrale.

On suppose qu'à Séville, Durón travailla avec le maître de chapelle de la cathédrale, un musicien réputé du nom d'Alonso Xuárez. En tout cas il est sûr qu'en 1685 ce dernier partit s'installer à Cuenca, d'où il écrivit une très élogieuse lettre de recommandation à la ville d'El Burgo de Osma, qui décida d'embaucher Durón comme maître de chapelle de sa cathédrale. Pourtant, en , Durón décide de partir pour la cathédrale de Palencia, pour y exercer la même fonction.

Le , sa bonne réputation l'ayant aidé, Sebastián Durón est admis comme organiste et maître de chapelle à la prestigieuse Real Capilla (« chapelle royale »), à Madrid, à la cour du roi Charles II d'Espagne. Il restera en poste pendant dix ans.

En 1706, avec l'installation définitive du roi Philippe V d'Espagne à Madrid, il est envoyé en exil du fait de ses propres déclarations publiques, dans lesquelles il avait exprimé son soutien à Charles III de Habsbourg. Il s'exila ainsi à Bayonne avec le cortège de la reine veuve Marie-Anne de Neubourg, qui le nomma grand aumônierVoir, à titre indicatif, l'article portant sur la fonction équivalente en France : grand aumônier de France. et chapelain d'honneur.

En 1714 il rentre en Espagne et travaille pour différents mécènes, comme le comte d'Oñate ou le comte de Salvatierra. C'est à ce dernier qu'il dédia son œuvre La guerra de los gigantes, un éloge panégyrique de la monarchie absolue. Selon les connaissances actuelles, il s'agirait de la première œuvre espagnole qui porte l'intitulé espagnol « ópera » ; en tenant bien compte qu'à cette époque le mot « ópera » (ou en français « opéra ») non seulement n'a pas nécessairement le même sens qui lui sera prêté au cours des siècles suivants, et jusqu'à nos jours mêmes, mais qu'il ne sert pas non plus encore, à l'époque dont il est ici question, à se distinguer du terme « zarzuela »Pierre-René Serna, Guide de la Zarzuela : La zarzuela de Z à A, éd. Bleu Nuit, Paris, 2012, 336 pages , .

En 1715 il retourne à Bayonne et l'année suivante il meurt de tuberculose à Cambo-les-Bains, où presque 200 ans plus tard devait aussi mourir un autre musicien espagnol de grande réputation : Isaac Albéniz (1860 - 1909).

Dans son œuvre Teatro crítico universal (publiée en 1726, dix ans après la mort de Durón), l'abbé Benito Jerónimo Feijoo accusa Durón d'avoir été le responsable de la décadence de la musique espagnole, de ce fait d'y avoir introduit le style italien ainsi que la música de violines (« musique de violons »).

Felipe Pedrell fut un grand admirateur de Durón et publia quelques-unes de ses œuvres.

Œuvres de Sebastián Durón

Musique lyrique et théâtrale Durón mit en musique les onze œuvres suivantes conservées, parmi les treize œuvres lyriques probablement composées : 1696 - Salir el amor del mundo (livret de José de Cañizares) / Zarzuela en deux actes 1697 - Muerte en amor es la ausencia (livret de Antonio de Zamora) / Comédie en trois actes c. 1698Date spéculative obtenue par recoupement, la date réelle n'est pas connue - Selva encantada de amor / Zarzuela en deux actesCette zarzuela fut dédiée par Durón « a los años del Exmo. Sr. Conde de Oñate » (« aux années du très grand Comte d'Oñate ») 1699 - Júpiter y Ioo (aussi Júpiter y Yoo, l'orthographe de l'époque n'étant pas encore fixée) c. 1699 - Apolo y Dafne (livret de José Benavides) / Zarzuela en trois actes (la musique du deuxième acte ayant été composée par Juan de Navas) ? - CoronisŒuvre longtemps attribuée à Antonio de Literes. En référence à Coronis, œuvre entièrement chantée, voir Coronis. Zarzuela íntegramente cantada de Sebastián Durón, dans Sinfonía Virtual. Revista de Música y Reflexión Musical, nº 12 (2009) ? - El estrago en la fineza 1700 - La guerra de los gigantes / Opéra en un acte 1711 - Veneno es de amor la envidia (livret d'Antonio de Zamora, peut-être avec la participation de José de Cañizares) / Zarzuela en deux actesLa création de Veneno es de amor la envidia est datée à Madrid le 22 janvier 1711 1711 - Las nuevas armas de amor (livret de José de Cañizares) / Zarzuela en deux actesLa création de Las nuevas armas de amor est datée à Madrid le 25 décembre 1711

Musique sacrée L'abondante musique sacrée de Durón (qui comprend messes, litanies, offices funèbres, villancicos etc.) est conservée éparse dans les archives de différentes cathédrales d'Espagne (Cuenca, El Burgo de Osma, Palencia, Las Palmas, Jaca, Grenade, Segorbe, Pampelune) et d'Amérique hispanique, comme la Cathédrale métropolitaine de Sucre (anciennement « Cathédrale de la ville de La Plata », en Bolivie), mais aussi dans des archives civiles, comme la Bibliothèque Municipale de Porto, les archives du Palais royal de Madrid ou celles de la Bibliothèque centrale de Barcelone.

Œuvres autrefois attribuées La zarzuela El imposible mayor en amor le vence amor (livret de Francisco Bances Candamo et José de Cañizares, une comédie en deux actes composée vers 1700) a longtemps été attribuée à Durón. En 2015, des recherches musicologiques l'ont attribuée à José de TorresPierre-René Serna, La Zarzuela baroque, éd. Bleu Nuit, collection « Horizons », Paris, 2019, 176 pages ; (p. 56)..

Bibliographie Antonio Martín Moreno, El músico Sebastián Durón: Su testamento y muerte. Hacia una posible biografía, Anuario Musical, 1972, 168 pages Paulino Capdepón Verdú, Sebastián Durón y la música de su época, éditeur : Juan José Pastor, Vigo, Éditions « Editorial Académica del Hispanismo », 2013. Lola de la Torre Champsaur, La capilla de música de la catedral de Las Palmas y el compositor don Sebastián Durón, 1963, pp.38-49. Susana Sarfson, Cantadas, tonos y villancicos en el barroco boliviano, Piles, Valence, 2010. Barton Hudson (1961), A Portuguese Source of Seventeenth-Century Iberian Organ Music, Doutoramento, Indiana, Universidade do Indiana (Polycopié). Lothar Siemens Hernández, Six Tientos: Andrés de Sola y Sebastián Durón, Paris, Éditions musicales de la Schola Cantorum, 1967, col. « Orgue et Liturgie » : nº 74. Pierre-René Serna, Guide de la Zarzuela : La zarzuela de Z à A, éd. Bleu Nuit, Paris, 2012, 336 pages - Prix du Syndicat de la critique 2013, catégorie « Meilleur livre de musique » Pierre-René Serna, La Zarzuela baroque, éd. Bleu Nuit, Paris, 2019, 176 pages

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Zarzuela

Liens externes

Projet Sebastián Durón (Biographie, bibliographie, discographie, catalogue des œuvres, actualités) Page consacrée à Sebastián Durón Coronis, avec musique de Sebastián Durón : une zarzuela intégralement chantée , in Sinfonía Virtual. Revista de Música y Reflexión Musical, nº 12 (2009). Fleurs de Musique dans les Jardins du Palais. (Gaytilla et Tiento de Sebastián Durón / Orgue, , très proche du lieu de naissance de Durón).

Catégorie:Compositeur espagnol de la période baroque Catégorie:Compositeur espagnol de musique classique Catégorie:Compositeur espagnol de zarzuela Catégorie:Compositeur espagnol d'opéra Catégorie:Organiste classique espagnol Catégorie:Maître de chapelle Catégorie:Naissance en avril 1660 Catégorie:Décès en août 1716 Catégorie:Naissance dans la province de Guadalajara Catégorie:Décès à Cambo-les-Bains Catégorie:Décès à 56 ans Catégorie:Mort de la tuberculose