L’église du Sacré-Cœur est un édifice religieux catholique paroissial situé à Lourdes, quartier Ophite-Chantecler, en France. Elle est consacrée au Sacré-Cœur. Elle est située dans la ville haute, à la différence du sanctuaire Notre-Dame de Lourdes situés près du Gave de Pau dans la ville basse. Elle a été construite à l'initiative de l'abbé Dominique Peyramale, curé de Lourdes au moment des Apparitions. Le chantier, entamé en 1875, a été achevé en 1936 avec la construction du clocher. Le style architectural dominant est néo-roman.
Historique L'ancienne église Saint-Pierre
Les origines : la volonté du curé de Lourdes, Dominique Peyramale
La ville de Lourdes peut s’enorgueillir d’abriter une imposante église paroissiale au volume important par rapport à sa population. Cela vient du fait que le curé de Lourdes Marie Dominique Peyramale, à l’époque des Apparitions jugeait trop petite son église millénaireLaure Latanne-Bey : L'ancienne église paroissiale de Lourdes, in Mémoire du Pays de Lourdes : Lourdes, Bernadette, une ville, une vie, , Éditions Atlantica, 2009, , pas à la hauteur de sa mission mariale. Les processions des pèlerins de plus en plus nombreux, devaient, pensait-il, partir de son église pour rejoindre la grotte des Apparitions. L’ancienne église paroissiale aux mille ans d’histoire où Bernadette Soubirous avait été baptisée le et qu'elle fréquenta durant son enfance, fut démolie en 1904, une partie du mobilier fut récupérée par la chapelle du château fort de Lourdes et l’autre par le nouveau bâtiment. Mais les pères de Garaison, appelés par l’évêque du diocèse pour la gestion des sanctuaires en cours d'aménagement, en firent l’unique centre des dévotions mariales, délaissant totalement le projet du curé Peyramale.
L'église fut construite à partir de 1875, après les Apparitions, à la demande du curé de Lourdes, par l’architecte Édouard Delebarre-Debay qui a également réalisé, dans le même style, l’église d’Adé voisine. Sur les conseils de l'architecte Delebarre de Bay, Peyramale confia la construction à un entrepreneur de travaux publics de Chartres, Henri Bourgeois, aucun entrepreneur local n'ayant accepté le projet et le marchéEmmanuel Quidarré : L'église paroissiale du Sacré-Cœur de Lourdes, , 2003. Consultable à la bibliothèque d’Étude et du Patrimoine de Toulouse (Périgord), cote Lm C 21751. L’église en cours de travaux fut bénite en , par l’évêque de Tarbes, César-Victor Jourdan (1875-1882). Les travaux furent interrompus pour des raisons financières, fin 1877, à la mort du curé PeyramaleJean Omnès, site Internet : Patrimoines du Pays des Vallées des Gaves : Les églises, Lourdes. L'entrepreneur Henri Bourgeois fut conduit à poursuivre la commune de Lourdes devant les tribunaux pour défaut de paiement. À l'appui de son recours, il produisit, en 1888, un mémoire de 45 pages très documenté et argumenté, intitulé dans lequel il développe que la ville de Lourdes est le véritable initiateur et commanditaire de l'ouvrage et qu'elle s'est servie du curé Peyramale parce qu'il était le plus à même de susciter les dons des fidèles. L'ouvrage apparaît conçu pour responsabiliser la ville de Lourdes dans le contentieux qui l'oppose à l'entrepreneur. Ce document a été mis en ligne par GallicaGallica : Henri Bourgeois - La Nouvelle Église paroissiale de Lourdes (Hautes-Pyrénées) : sa légende et son histoire, imprimerie Garnier à Chartres, 1888 et réédité en 2003 par Hachette-BNFHenri Bourgeois : La nouvelle église paroissiale de Lourdes (Hautes-Pyrénées), sa légende et son histoire. Réédition de l'ouvrage de l'auteur publié en 1888, broché, , éd. : Hachette Livre BNF, , .
Reprise des travaux Les travaux reprirent plus tard, en 1896, grâce à l’arrivée de nouveaux protagonistes à savoir le nouvel évêque Prosper-Marie Billère, le nouveau maire de Lourdes M. Cazaux–Moutou et le nouvel architecte, Jean-Marie Lacrampe, qui était également celui de la ville, avec lesquels le nouveau curé, Aristide Barrère, put entamer des négociations positives.
Le bâtiment fut ouvert au culte, bien que pas totalement achevé, le . Le clocher fut terminé et inauguré par l’évêque du diocèse, Pierre Paul-Marie Gerlier, en . Son architecte était celui de la ville, Ernest Seyres.
En 1966, afin de respecter la nouvelle liturgie issue de , le grand dôme qui dominait le maître autel fut enlevé, ce dernier fut déplacé face aux fidèles, les nouvelles orgues furent édifiées derrière l’autel et les vitraux modernes furent posés. L’inauguration de la « nouvelle église » eut lieu le , jour de la fête de sainte Bernadette.
En 2018, l’abbé Jean François Duhar, curé doyen de Lourdes a entrepris en étroite collaboration avec la ville de Lourdes, une réfection et restauration complète de l’Édifice qui était en danger. Les travaux sont découpés en trois tranches successives : la nef, le transept et le chœur.
Restauration complète de la charpente et toitures ainsi que les zingueries, consolidation et ceinturage de l’édifice ainsi que le remplacement de certains pierres fragilisées avec le temps. La réfection intérieure est menée en simultané peinture électricité et chauffage qui ce sont dégradés par les multiples infiltrations d’eau et l’âge du temps
En 2021, le chantier n’est toujours pas terminé, la fin de est en train d’être réalisée.
Le bâtiment Situation
L'église se situe dans la ville haute, donc à l'écart des sanctuaires dont elle est séparée par le piton du Château fort. Orientée selon un axe est-ouest, elle fait face, via la rue de l'église, à la place Peyramale où se trouvent le monument aux morts et l'office du tourisme. Dans les vues à distance que l'on peut avoir de la ville de Lourdes, elle est, avec le château fort et la flèche de la basilique des sanctuaires, un des éléments les plus marquants et emblématiques du paysage lourdais.
Architecture Il s’agit d’un édifice de style néo-roman, en forme de croix latine à trois nefs, de 56 mètres de long (sans le clocher porche), de 26 mètres de large et de 25 mètres de haut. Le clocher s’élève à 65 mètres.
Les matériaux L'église devait être entièrement construite en pierre de Lourdes, le calcaire noir local désigné par l'architecte. Or, Henri Bourgeois, ne pouvant s'entendre avec les maîtres carriers du pays sur le prix, utilisa des qualités de pierre étrangères à la région, essentiellement de la pierre d'Angoulême, ce qui déclencha la fureur des tailleurs de pierre de la ville et de la population. Par contre, le clocher-porche érigé 30 ans plus tard est en pierre de Lourdes.
Extérieur
Intérieur À l’intérieur, la voûte est soutenue par 14 imposantes colonnes de marbre rubané de Campan de la carrière de l’Espiadet sur le plateau de Payolle. Les nefs latérales et le transept sont occupés par un certain nombre de chapelles. Ont été édifiées les chapelles consacrées à Notre-Dame de Lourdes, Sainte Bernadette, Saint Jacques le Majeur, Sainte Anne, Saint Antoine de Padoue, La Piéta, Notre-Dame de Grâces, Saint Joseph, la Sainte Famille, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et Saint François d’Assise. Les transepts de droite et de gauche sont éclairés par de belles rosaces en mosaïques de verres. Des deux côtés de la nef centrale, les galeries à mi-hauteur ou triforium soutenues par des colonnes de marbre rouge et gris servaient autrefois de tribunes aux notables.
La statuaire extérieure On entre par le clocher-porche. Sous celui-ci, on honore les humbles : les statues créées par François Vilon, sculpteur lourdaisSite web Art Loucrup 65 : François Vilon, sculpteur lourdais représentent des bergers et bergères devenus saints et saintes. Il y a entre autres, Michel Garicoïts (fondateur des missionnaires du Sacré-Cœur de Bétharram), voisin basque et confident de Bernadette Soubirous et Bernadette elle-même. Ils sont entourés de Jean-Marie Vianney, le curé d’Ars et de trois bergères, sainte Geneviève de Paris, sainte Jeanne d’Arc et sainte Germaine de Pibrac. Ses statues ont été commandées après-guerre, par Méricq, curé de Lourdes. Le sculpteur lourdais François Vilon n’a pu terminer son œuvre, plusieurs niches restent vides.
Le tympan également œuvre de François Vilon, représente le Christ dans une mandorle tenant un globe dans la main gauche et bénissant de la main droite. À ses côtés, deux anges agenouillés, présentent, l'un, un sceptre, l'autre, une couronne. Au-dessous, sur le linteau, la Vierge au centre est accompagnée des douze apôtres avec leur attribut respectif.
Les décorations intérieures Les peintures des chapelles latérales L’extase de Bernadette Dans la chapelle Sainte-Bernadette, du transept de gauche, la peinture murale de a été exécutée en 1945 par Stanislas Bender, né à Lodz en 1882 (Pologne). Peintre lithographe, paysagiste, illustrateur de la vie juive, concepteur d’affiches publicitaires, l'artiste exerce son art à Lodz, à Munich, puis à Paris. Quelques musées européens exposent ses œuvres. L’histoire de ce mur peint est liée aux heures sombres, mais aussi libératrices, de la Deuxième Guerre Mondiale. Fuyant la persécution antisémite nazie, Stanislas Bender et sa fille Marylka s’installent à Paris dans les années 1930. Après l’exode de , ils trouvent refuge à Lourdes. Bien que cachés par des familles lourdaises, ensemble ou séparément, la politique anti juive de l’État français ne tarde pas à les mettre en danger. Arrêtée lors de la rafle du , au cours de laquelle 17 personnes sur 58 pourchassées seront déportées. Marylka Bender est soustraite au convoi par la préfecture, grâce à une intervention des autorités ecclésiastiques. Le père et la fille resteront à Lourdes, hébergés clandestinement jusqu’à la fin de la guerre, bénéficiant de la solidarité de lourdais et du soutien de l’Église. En 1945, Stanislas Bender réalise cette œuvre comme remerciement, avec le soutien gracieux de l’entreprise du père de René Fontan (1924-2012), peintre amateur qui recevra, à cette occasion, sa formation artistique.Stanislas Bender décède à Munich en 1975. Dès 2009, la paroisse du Sacré-Cœur et la mairie de Lourdes envisagent sa restauration avec l'association diocésaine et les initiateurs du projet: Mirose Ringeval et Pierre Dadé-Brenjot . Les travaux sont réalisés par Françoise Authié-Pawlak et sa fille Genovefa Pawlak grâce à une souscription de qui réunit 200 donateurs. L'inauguration a lieu le en présence de l'abbé Jean-François Duhar, curé de Lourdes, du maire Jean Pierre Artiganave et d'un diplomate polonais, Marylka Bender Kellerer avec qui le contact a pu être rétabli, grâce à Barbara Hugues, enseignante à Munich, décède en , à 104 ans, après avoir soutenu et participé financièrement à la restauration de l'œuvre de son père.
L’apparition de la Vierge est suggérée par un rayon de lumière projeté sur Bernadette agenouillée. Autour de cette figure centrale, les sept personnages expressifs de la foule, témoin de la scène, composent un premier plan, soucieux de souligner la ferveur populaire et le pittoresque des costumes pyrénéens. Sous la peinture, se trouve une statue de Bernadette réalisée par le sculpteur tarbais Firmin Michelet.
Après la bataille
Dans la chapelle du transept de droite, on peut admirer une toile de Lucien Gros, peintre originaire de Lestelle-Bétharram : "Après la bataille". Elle a été restaurée en , par Genowefa Fawlak. Le travail a été financé par l'Organisation du Pèlerinage Rencontre Nationale des A.C. en Algérie, Maroc Tunisie. Cette toile avait été commandée par le curé Fourcade en 1918, en hommage aux 282 paroissiens morts lors de la Première guerre mondiale. Le peintre est aussi l'auteur du décor de la villa Oustau à Aureilhan et de la chapelle de l'hospice de Pau. Il a représenté ici la figure allégorique de l'ange qui veille sur les soldats sacrifiés. Un panneau explicatif se trouve à gauche de l'autel.
Les Vitraux