La maison forte des Farguettes est une maison forte, située sur la commune de Crespinet, dans le département du Tarn, en région Occitanie (France), et inscrite aux monuments historiques par arrêté du (consulté le 26 octobre 2015).
Situation La maison forte est bâtie dans un site ressemblant à celui d'Ambialet, dans un méandre du Tarn qui contourne une barre rocheuse. Les hauteurs de ce site, en bordure du plateau, n'ont curieusement pas été retenues pour l'implantation de cette demeure que l'on a préféré construire à même les pentes de la vallée. La raison de ce choix, apparemment peu stratégique, vient de la présence de très anciennes galeries dans les sous-sol du bâtiment, probablement antérieures à la construction de celui-ci, galeries qui pouvaient servir de solution de repli en cas de siège.
Historique La commune de Crespinet faisait autrefois partie de l'« Ambialadès », terre qui s'étendait au nord de la rivière Tarn, entre Ambialet et Monestiès. Les traces d'un lieu nommé les Farguettes n'apparaissent dans les archives qu'en 1396, associées au nom de Raymond Gasc, noble possessionné localement. C'est de cette époque que date, semble-t-il, le premier édifice aux Farguettes. Dans les documents d'archives, le bâtiment est toujours désigné par le terme de « château ». On utilisera donc indifféremment ce terme et la dénomination de « maison forte », sous laquelle le bâtiment fut classé.
Nombreuses furent les familles propriétaires du château et de la seigneurie des Farguettes. Voici les principales d'entre elles :
La famille Gasc (ou famille de Vascon), dont la présence dans cette portion de la vallée du Tarn est très ancienne et probablement fort antérieure à la construction de la maison forte des Farguettes. On trouve dans le fonds DoatBibliothèque nationale: Fonds Doat / document cité par Henri Graule, in Histoire de Lescure, p.83-84 un acte de 1283 par lequel Guilhem Gasc restituait à l'évêque d'Albi des décimes et droits ecclésiastiques sur le hameau de La Roque, restitution à la suite de laquelle fut levée l'excommunication que l'évêque avait prononcée contre lui. En 1328, Guilhem Gasc négocie les conditions de création de la bastide royale d'Arthès avec le roi Philippe VI de Valois par l'intermédiaire du comte Robert III d'Artois. Il abandonne certains de ses droits afin de permettre au roi de donner aux habitants d'Arthès un statut juridique avantageuxArchives du Tarn: charte d'Arthès ( 1 J 29/1). Pour autant, les possessions des Gasc ne furent pas amoindries par cet abandon partiel de leurs droits. Ils n'en restèrent pas moins seigneurs d'Arthès, titre auquel ils ajoutaient ceux de seigneurs des Farguettes, de Bézelle, de Taïx, de Labastide-Vassal, etc., etc. Témoigne de l'étendue de leurs domaines un registre complet de lausimes de fiefs datées de 1434 à 1436 et enregistrées dans les hostals dedins lo fort de Fargas. Ce sont les actes les plus anciens signés dans le château même des Farguettes qui soient parvenus jusqu'à nous. On y voit notamment le seigneur Gasc attribuer à ses vassaux les tours de garde que ceux-ci devaient effectuer dans la maison forte Archives du Tarn: registre de lauzimes au territoire de Crespinet par Guilhem Gasc d'Arthès "senhor de Beselle, de la Bastida dels Vassals et del castel de las Fargas" (E 1437). Par ailleurs, on retrouve les Gasc associés à tous les conflits armés qui agitèrent la région. Ils luttèrent contre les Anglais et à cette occasion eurent à déplorer la destruction partielle d'un autre château qu'ils possédaient dans cette même vallée du Tarn, le château de Labastide-Vassal, à Saint-Grégoire. Ils prirent également parti pour Robert Dauphin, candidat du roi de France à l'évêché d'Albi dans la lutte qui l'opposait à Bernard de Cazilhac, candidat du chapitre de la cathédrale. La preuve de ce double engagement se trouve dans une lettre du dauphin Louis (futur roi Louis XI) adressée en 1439 à un autre Guilhem Gasc, descendant des précédents et que le Dauphin appelle son amé et feal escuyer ; dans ce document, le futur souverain reconnaît clairement les services rendus par le dit Guilhem : ''considérant les agréables services dudit Gasc dans la guerre contre les Anglais, mesme à notre très cher et amé cousin, messire Robert Dauphin, évêque d'Albi »Archives du Tarn: autorisation donnée par le dauphin Louis à Guillaume Gasc de fortifier la place de Labastide Vassals dans la commune de Saint-Grégoire (1 J 16 / 1). Il semble que la lignée des Gasc s'éteignit à la fin du faute de descendant mâle. La famille de Castelnau (ou famille de châteauneuf), pour laquelle, au tout début du on trouve Jean de Castelnau ou de Fargas en possession du château et de la seigneurie des Farguettes. Lui succèda son fils, Vital de Castelnau, seigneur des Farguettes, de Serviès et de Cuq, conseiller du roi, son bailli et châtelain de Lombers et du Lombersois. Enfin le frère de ce dernier, Antoine de Châteauneuf, présenta à son tour en 1540 un dénombrement pour la terre et seigneurie des FarguettesBibliothèque municipale de Toulouse: sommaire des hommages et dénombrements des années 1531 jusqu' à 1540 des terres et seigneuries de la sénéchaussée de Toulouse (MS 635). La famille de Valéry, à travers Guilhaume de Valéry, qui, en 1543, achèta la seigneurie des Farguettes à Guilhaume de ChâteauneufArchives du Tarn: dénombrement de la seigneurie des Farguettes par Antoine de Rotolp avec rappel des actes antérieurs (21 J 1). Lui succèda son neveu, Pierre de Valéry, premier consul d'Albi, lequel présenta en 1558 un dénombrement pour la seigneurie en questionBibliothèque municipale de Toulouse: sommaire des dénombrements et hommages des terres et seigneuries dans les enclaves des judicatures de Villelongue et Albigeois (MS 635). L'année précédente était survenu un événement important pour l'histoire de la maison forte des Farguettes. À l'époque du carnaval, différents habitants de Villefranche-d'Albigeois et des Farguettes organisèrent une parodie de cérémonie religieuse dans la chapelle du château avec la complicité du prêtre du lieu. Ils firent ensuite monter une ânesse par l'escalier à vis du château jusqu'à une chambre haute. Là, ils lui lièrent les pieds, la couchèrent dans un lit, se mirent autour et firent mine de la confesser, en criant "Et paubra bestie, mourras tu sans confession? ". Ces faits parurent suffisamment graves pour que le procureur fiscal de Villefranche ouvre une enquête et auditionne les témoins de mai à . Cet épisode qui s'inscrit dans une tradition de subversion carnavalesque, semble avoir eu une portée plus sérieuse dans un contexte de développement du protestantisme albigeois. Certains historiens le considèrent comme le premier signe avant-coureur de la Réforme dans cette partie du TarnRevue du Tarn n°19 / année 1902. La famille de Rotolp pour qui la maison forte passa par héritage de Pierre de Valéry à Jean de Rotolp, seigneur de Lescout, lieutenant principal en la judicature de Castres. Ce fut avec lui que la famille de Rotolp embrassa les idées de la Réforme protestante. Lui succèda son fils Abel de Rotolp, seigneur des Farguettes, de Lescout et de la Devèze, avocat en la chambre de l'édit et premier consul de la ville de CastresArchives de la famille de Falguerolles (château de La Devèze): tapuscrit intitulé "Récit généalogique concernant la famille de Rotolp (1547-1748) dressé par Guillaume de Falguerolles (1881-1953)". Toutes les informations sur la famille Rotolp sont tirées de cet ouvrage.. Abel résidait plus volontiers dans son château de La Devèze (à proximité de Castres), mais celui-ci ayant été ruiné par les troupes catholiques, il revint s'installer avec sa famille aux Farguettes pour lesquelles il présenta, en 1610, un dénombrement au roi Henri IV et à la reine Marguerite. Par ailleurs, protestant très actif, il fut député du Haut Languedoc aux assemblées politiques de Sainte-Foy et de Châtellerault. Dans ses Mémoires, Sully le présente comme « un homme vertueux, ennemi de toute partialité » La tradition locale prétend que le roi Henri IV l'aurait honoré de sa visite aux Farguettes afin de le remercier de ses services, et que le monarque aurait planté à cette occasion deux « ormes de la tolérance », un devant l'église catholique du village, et un autre devant la maison forte protestante. Ces deux ormes étaient encore visibles au milieu du XXe siècle. Un registre de Reconnaissances du sieur Abel de Rotolp, docteur en droit, seigneur des Farguettes et de la Devèze pour les années 1598 à 1604Archives du Tarn: reconnaissances du sieur Abel de Rotolp, docteur en droit, seigneur des Farguettes et de la Devèze, 1598 / 1604 / 132 folio (23 J 9) s'ouvre par la transcription d'une lettre du roi Henri IV à Abel de Rotolp, témoignage de l'estime dans laquelle le souverain tenait le seigneur des Farguettes. Abel termina d'ailleurs sa carrière comme maître des requêtes de la Maison de Navarre. Son fils Antoine lui succèda. Avocat lui aussi, il présenta son dénombrement en 1672. Le document très détailléArchives du Tarn: aveu et dénombrement présenté le 6 juillet 1672 par Antoine de Rotolp, seigneur de la Devèze et des Farguettes (21 J 1) permet de se faire une idée exacte de l'étendue des droits attachés à la seigneurie des Farguettes (droit de moyenne et basse justice, la haute étant exercée par les officiers du roi siégeant à Valence d'Albigeois ; droit de nommer un juge, de créer deux consuls et de recevoir leur serment; droits de lods, d'acapte et d'arrière-acapte ; de chasse et de pêche, etc). Ce document nous fournit également la plus ancienne description qui nous soit parvenue du château : "dans lequel tènement est bâti mon dit château et maison seigneuriale, enfermé de tours et de fossés, ayant bassecour, salles, chambres, cuisine, cave, tinal, écurie, galeries, prison, consistant en une sétérée et le surplus de ladite contenance est en un bâtiment qui sert de grand tinal et de grenier à blé et de grange à foin, et une esplanade qui est au-devant l'entrée dudit château".