Thérèse de Lisieux, (en religion, sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face), plus connue sous les noms de sainte Thérèse de Lisieux et sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, née le à Alençon (Orne) et morte le à Lisieux (Calvados), est une religieuse carmélite française.
Déclarée sainte et docteur de l'Église par l'Église catholique, elle est une des plus grandes mystiques du . Inconnue de son vivant, sa renommée et sa dévotion se sont répandues dans le monde entier après la publication posthume de ses écrits autobiographiques, sous le titre Histoire d'une âme.
Biographie Famille
Le père de Thérèse, Louis Martin, exerce le métier d'horloger, dans lequel il excelle. Sa mère, Zélie, est déjà connue, dans les années 1850, comme dentellière au point d'Alençon. Elle gère bientôt une petite entreprise, au 36 rue Saint-Blaise, dont Louis devient l'administrateur en 1870. Il a pour cela vendu son horlogerie à laquelle il était si attaché afin d'assister son épouse dans son entreprise devenue prospère. Elle emploie alors jusqu'à une vingtaine d'ouvrières...
Les deux époux, de très grande piété, font partie de la petite bourgeoisie aisée d'Alençon, d'autant que le mari a fait d'excellents placements.. Louis aurait voulu devenir chanoine dans la congrégation des chanoines réguliers du Grand Saint-Bernard mais sa méconnaissance du latin l'en empêcha.. Zélie-Marie voulait entrer au couvent, comme sa sœur aînée Marie-Louise mais la supérieure la persuade de n'en rien faire..
Louis et Zélie-Marie se rencontrent en 1858 sur le pont Saint-Léonard d'Alençon et se marient le en l'église Notre-Dame (élevée au rang de basilique mineure en 2009). Ils envisagent de vivre comme frère et sœur dans une continence perpétuelle. Leur confesseur les en ayant dissuadés, ils ont neuf enfants, dont quatre qui meurent en bas âge tandis que les cinq autres, toutes des filles, deviennent religieuses : Marie-Louise, née le , carmélite à Lisieux en 1886 morte le ; Marie-Pauline née le , carmélite à Lisieux en 1882 morte le ; Léonie, née le , clarisse en 1886 puis visitandine à Caen en 1894 morte le ; Marie-Hélène, née le , morte le . ; Marie-Joseph-Louis, né le , mort le ; Marie-Joseph-Jean-Baptiste, né le , mort le )La vie intérieur du couple dans les archives du Carmel de Lisieux. ; Céline, née le , carmélite à Lisieux en 1894 morte le ; Marie-Mélanie-Thérèse, née le , morte à sept semainesSte Thérèse en quelques dates sur le site orne.catholique.fr. ; Thérèse, née le , carmélite à Lisieux en 1888 morte le à .
Enfance Dernière née de Louis et Zélie Martin, commerçants à Alençon, Thérèse Martin perd sa mère à l'âge de quatre ans. Sa famille s'installe alors à Lisieux, aux Buissonnets. Elle grandit dans un milieu très fervent, entourée de ses quatre sœurs aînées qui entreront toutes au couvent. Marie-Pauline est la première à entrer au carmel de Lisieux, suivie de Marie-Louise. Ayant elle aussi ressenti un appel à la vie religieuse, elle entre à son tour au carmel à l'âge de quinze ans, après être allée en pèlerinage à Rome pour demander au pape une dispense en raison de son jeune âge. Après neuf années de vie religieuse, elle meurt de tuberculose le à l'âge de vingt-quatre ans.
Dans les deux dernières années de sa vie, Thérèse de l'Enfant-Jésus écrit à la demande de ses supérieures le récit de son parcours spirituel depuis son enfance. La publication posthume de ces manuscrits, sous le titre Histoire d'une âme, rencontre un immense succès en France et à l'étranger. Sa dévotion et sa réputation de sainteté se diffusent rapidement au début du , y compris parmi les poilus pendant la Première Guerre mondiale.
Elle est béatifiée en 1923 et canonisée en 1925 par le pape , qui la déclare sainte patronne des missions en 1927, consacrant son désir de vie missionnaire. Elle est proclamée sainte patronne secondaire de la France en 1944 par le pape , au même titre que Jeanne d'Arc, qu'elle admirait. Lors du centenaire de sa mort en 1997, elle est proclamée docteur de l'Église par le pape , devenant la troisième sainte élevée à ce rang après Thérèse d'Avila et Catherine de Sienne et avant Hildegarde de Bingen (proclamée en 2012 par ). Elle est fêtée dans l'Église catholique le .
Sa spiritualité de la « petite voie » ou de « l'enfance spirituelle » a inspiré de nombreux croyants dans le monde. Elle consiste à rechercher la sainteté dans les actes de la vie quotidienne, en reconnaissant avec humilité ses imperfections et en s'appuyant, comme un enfant, sur la confiance dans la miséricorde divine. Dans ses écrits, elle met l'amour au centre de la vie chrétienne. Plusieurs thèmes de sa pensée spirituelle seront mis en avant par le concile Vatican II.
La basilique Sainte-Thérèse de Lisieux, construite de 1929 à 1954, reçoit près d'un million de visiteurs par an, faisant de Lisieux le deuxième lieu de pèlerinage français après Lourdes. Les reliques de la sainte, conservées au carmel de Lisieux, ont voyagé dans une soixantaine de pays.
En 2023, sont fêtés le de la naissance de Thérèse et le de sa béatification. Le , le pape François publie une exhortation apostolique consacrée à Thérèse..
Alençon vignette|upright=0.8|La chambre natale de Thérèse, (photo juillet 1986). vignette|upright=0.8|Thérèse à l'âge de trois ans, en juillet 1876. vignette|upright=0.8|Gravure représentant la petite Thérèse et sa mère, d'après un dessin de sa sœur Céline. Marie-Françoise-Thérèse Martin naît au 36, rue Saint-Blaise à Alençon le . Elle est baptisée le à l'église Notre-Dame d'Alençon. Son parrain est Paul Boul, fils d'un ami de la famille et sa marraine, sa sœur aînée Marie ; tous les deux sont âgés de treize ans.. vignette|upright=0.8|La ferme de Semallé où Thérèse a vécu quelques mois. En mars, âgée de deux mois, elle frôle la mort et doit être confiée à une nourrice, Rose Taillé, qui a déjà nourri deux enfants du couple Martin. Elle se rétablit et grandit dans la campagne normande, dans cette ferme de Semallé, distante de .. À son retour à Alençon, le , sa famille l'entoure d'affection. Pour sa mère, Manuscrit A, 7r°, .. Espiègle et malicieuse, elle réjouit sa famille par sa joie de vivre, même si elle pleure souvent..
Elle grandit alors dans cette famille de fervents catholiques qui assistent chaque matin à la messe de , respectent rigoureusement le jeûne et prient au rythme de l'année liturgique. Les Martin pratiquent également la charité et accueillent à l'occasion un vagabond à leur table, visitent les malades et les vieillards.. Même si elle n'est pas la petite fille modèle décrite plus tard par ses sœurs, Thérèse est sensible à cette éducation. Ainsi, elle joue à la religieuse, cherche souvent à et s'inquiète de savoir s'il est content d'elle-23.. Un jour, elle va jusqu'à souhaiter à sa mère de mourir ; grondée, elle explique que c'est parce qu'elle lui souhaite le bonheur du paradisManuscrit A, 4v°, ..
En 1865, Zélie Martin ressent une douleur au seinZélie Martin, « Lettre , du », dans Correspondance familiale, 1863-1877, Ed. Carmel de Lisieux, 1958... En , un médecin lui révèle la gravité de cette : il est trop tard pour tenter une opération.Zélie Martin, « Lettre , du », dans Correspondance familiale, 1863-1877, Ed. Carmel de Lisieux, 1958.. Le , Zélie perd sa sœur Marie-Louise, morte de la tuberculose au couvent de la Visitation du Mans, où elle vivait sous le nom de sœur Marie-Dosithée. Après cette mort, le mal empire et la malade souffre de plus en plus, même si elle le cache à sa famille.
En , Zélie part à Lourdes en pèlerinage dans l'espoir d'y être guérie mais le miracle n'a pas lieu.. Elle meurt le , après plusieurs jours d'agonie.
À quatre ans et demi, Thérèse est orpheline de mère. Elle en est profondément marquée. Plus tard, elle considère que .. Elle choisit alors sa sœur Pauline, âgée de presque , comme mère de substitutionManuscrit A, 12v°-13r°, ..
Arrivée à Lisieux vignette|upright=0.8|Les Buissonnets. En , Louis et ses cinq filles s’installent à Lisieux, bourgade de , pour se rapprocher d'Isidore Guérin, pharmacien et frère de Zélie, qu'un conseil de famille a désigné subrogé tuteur des enfants.. Isidore Guérin et son épouse sont persuadés que c'est la solution la plus sage. Ils sont parvenus à convaincre Louis, d'abord réticent, de faire ce voyage. Pour accueillir la famille Martin, ils ont trouvé une maison bourgeoise entourée d'un parc : les Buissonnets, 32.. L'oncle Isidore, pharmacien à Lisieux, est actif politiquement : monarchiste convaincu., il défend le pape et le développement du catholicisme social..
Louis, qui a vendu le commerce familial d'Alençon et vit désormais de ses rentes, se consacre à ses filles et en particulier à Thérèse, qu'il appelle sa . Il l'emmène souvent en promenade aux alentours. Marie, âgée de dix-sept ans, prend en main le fonctionnement de la maison avec l'aide d'une bonne (domestique). Pauline, seize ans, s'occupe quant à elle de l'éducation des deux petites, spécialement de Thérèse-35..
Thérèse ressent profondément le changement d'atmosphère : à l'animation de la boutique d'Alençon, toujours pleine de clientes et d'ouvrières, succèdent le silence et la solitude de cette demeure retirée où l'on reçoit peu. Sa mère lui manque d'autant plus ; elle écrit : . Malgré l'amour que lui prodiguent son père et Pauline, sa , la vie est austère aux Buissonnets. C'est pour elle .
Les dimanches et les fêtes mettent un peu de fantaisie dans la vie bien réglée de la fillette : on assiste à la messe à la cathédrale Saint-Pierre, où l'on retrouve les Guérin, puis c'est un joyeux repas chez eux. Thérèse passe parfois l'après-midi avec l'une de ses sœurs, chez ses cousines Jeanne et Marie..
À sept ans, en 1880, Thérèse se confesse pour la première fois. Elle ignore alors crainte et scrupules : . Le , c'est la première communion de Céline, dont elle partage la joie : . Elle a hâte de recevoir à son tour la communion et décide de profiter des trois années qui l'en séparent pour se préparer à l'événement, 40..
Un incident inquiétant survient au cours d'un après-midi d'été (en 1879 ou 1880).. Elle voit, d'une fenêtre donnant sur le jardin, Manuscrit A, -101.. Apeurée, elle appelle son père, absent ce jour-là. Ses sœurs tentent de la rassurer ; on interroge la bonne, on fouille le jardin mais en vain. Les sœurs Martin ne trouveront de sens à cette vision que quinze ans plus tard, avec la maladie de leur père, atteint de paralysie cérébraleNotes, ..
Scolarité chez les bénédictines vignette|upright=0.8|Thérèse en 1881 à l'âge de huit ans. À huit ans et demi, le , Thérèse entre à son tour au pensionnat des bénédictines de Lisieux. Elle revient le soir chez elle, le pensionnat étant proche du domicile familial. Les leçons de Pauline et de Marie lui ont donné de bonnes bases et elle se retrouve en tête de classe.
Cependant, elle découvre la vie collective à laquelle elle n'est pas préparée. Persécutée par des camarades plus âgées qui la jalousent, elle pleure et n'ose se plaindre. Elle n'aime pas l'agitation bruyante des récréations. Son institutrice la décrit comme une élève obéissante, calme et paisible, parfois songeuse ou même triste. Selon l'intéressée, ces cinq années sont les plus tristes de sa vie ; elle ne trouve alors de réconfort que dans la présence de sa .
Thérèse vit comme un soulagement le retour aux Buissonnets le soir après l'école : elle retrouve alors sa famille, son univers familier, sa joie de vivre. Les jeudis et les dimanches deviennent des jours importants. Avec sa cousine Marie Guérin, elle invente un nouveau jeu : vivre en solitaire au fond du jardin. Ce sont alors des temps de silence, d'oraison, des rituels inventés auprès de petits autels installés à la buanderie.
Elle aime également la lecture, qui répond à son besoin de calmeManuscrit A, .. Passionnée par les récits chevaleresques, elle éprouve une grande admiration pour Jeanne d'Arc. Elle pense être, elle aussi, née pour la gloire mais une gloire cachée-42. :