Louvrage du Monte-Grosso est une fortification faisant partie de la ligne Maginot, située à cheval sur la limite entre les communes de Sospel et de Breil-sur-Roya, dans le département des Alpes-Maritimes.

Composé de sept blocs (un huitième fut ajourné), c'est le plus puissant des ouvrages des Alpes. Pendant les combats de contre l'armée italienne, le rôle de l'ouvrage se limita à quelques tirs d'artillerie. Abandonné par l'Armée, il est depuis 2015 restauré par une association.

Description L'ouvrage a été construit à l'extrémité nord-est de la commune de Sospel, au sommet du mont Gros (le ). Cette hauteur culmine à d'altitude, dominant du côté sud la vallée de la Bévéra où se trouve la petite ville de Sospel, et du côté est la vallée de la Roya où se trouve la route descendant du col de Tende (les communes de Tende et de La Brigue sont alors italiennes, jusqu'au traité de paix de 1947).

Position sur la ligne L'ouvrage a pour but de défendre le territoire français contre l'armée italienne, débouchant du col de Tende ou des sentiers muletiers franchissant la frontière franco-italienne. La partie la plus méridionale de la ligne Maginot, le secteur fortifié des Alpes-Maritimes, était subdivisée en cinq sous-secteurs : Monte-Grosso se trouve dans le « sous-secteur de Sospel ».

La défense y était organisée sous la forme d'une la « ligne principale de résistance », composée d'une succession d'ouvrages bétonnés, s'appuyant mutuellement avec des mitrailleuses et de l'artillerie sous casemates : dans le sous-secteur de Sospel, il s'agit des ouvrages du Col-de-Brouis, du Monte-Grosso, de l'Agaisen, de Saint-Roch et du Barbonnet. Le relief très montagneux ne nécessite pas une ligne continue avec tirs croisés de mitrailleuses, mais l'artillerie de l'Agaisen couvre les environs du Monte-Grosso.

En avant de cette ligne principale, quelques « avant-postes » et points d'appui ont été construits pour donner l'alerte et retarder au maximum une attaque brusquée. Ils sont beaucoup plus petits (et beaucoup moins chers) que les ouvrages de la ligne principale. Le sous-secteur de Sospel compte deux de ces avant-postes, celui de la Croix-de-Cougoule, installé sur l'éperon à l'est de la cime du Bosc (surplombant la vallée de la Roya et la petite ville de Breil), et celui de Castès-Ruines au sud-est de Sospel.

Souterrains

gauche|vignette|Les souterrains de l'ouvrage. Comme tous les autres ouvrages de la ligne Maginot, celui du Monte-Grosso est conçu pour résister à un bombardement d'obus de très gros calibre. Les organes de soutien sont donc aménagés en souterrain, creusés au minimum sous douze mètres de roche (au Monte-Grosso, la profondeur atteint les ), tandis que les organes de combat, dispersés en surface sous forme de blocs, sont protégés par d'épais cuirassements en acier et des couches de béton armé.

La caserne de temps de guerre, la salle des filtres à air, les PC, le central téléphonique, les magasins à munitions, le centre de secours, les réservoirs d'eau, de gazole et de nourriture sont tous en souterrain, reliés entre eux par une galerie équipée d'une voie ferrée étroite de où roulent des wagonnets poussés à bras (les caisses d'obus font de 80 à ). L'entrée est de plain-pied, tandis que l'accès aux blocs de combat se fait par des puits (avec escaliers et monte-charge). Les différents magasins à munitions (un par bloc) abritent une dotation réglementaire totale de de , de , de et quelques centaines de milliers de cartouches de .. vignette|Les moteurs de l'usine électrique de l'ouvrage en 1983. Pour fournir du courant électrique (du alternatif) nécessaire à l'éclairage, à la ventilation, aux monte-charges et aux tourelles, l'usine disposait de quatre groupes électrogènes (la plupart des autres ouvrages alpins n'en disposent que de trois, ayant des besoins moindres en électricité), composés chacun d'un moteur Diesel 6 SR 19 (six cylindres, fournissant à 600 tr/min)La SMIM, Société des moteurs pour l'industrie et la marine, est basée à Paris, construisant des moteurs sous licence Körting. Les SMIM 6 SR 19 ont six cylindres à quatre temps, chacun avec de cylindrée (alésage de , pour de course). couplé à un alternateur, complétés par un petit groupe auxiliaire (un moteur 1 PJ 65, de à )Le nom du petit moteur Diesel CLM 1 PJ 65 correspond au fabricant (la Compagnie lilloise de moteurs, installée à Fives-Lille), au nombre de cylindres (un seul fonctionnant en deux temps, mais avec deux pistons en opposition), au modèle (PJ pour « type Peugeot fabriqué sous licence Junkers ») et à son alésage ( de diamètre, soit de cylindrée). servant à l'éclairage d'urgence de l'usine et au démarrage pneumatique des gros diesels. Le refroidissement des moteurs se fait par circulation d'eau. Pour les alimenter, l'usine de l'ouvrage avait quatre citernes de gazole (soit une réserve totale de , de quoi tenir de deux à trois mois sans ravitaillement), deux bacs d'huile (total de ) et trois citernes d'eau de refroidissement (soit ). S'y rajoutent les cinq citernes d'eau potable (de chacune).

Blocs

En surface, les sept blocs sont dispersés autour du sommet. Chaque bloc de combat dispose d'une certaine autonomie, avec ses propres magasins à munitions (le M 3 à côté de la chambre de tir et le M 2 en bas du bloc), sa salle de repos, ses , ainsi que son système de ventilation et de filtration de l'air. Le baraquement léger (en bois), qui a comme fonction d'accueillir l'équipage en temps de paix, était construit sur la dalle du bloc d'entrée (sur le toit). Le casernement pour l'hivernage (avec deux étages en maçonnerie) est encore en construction en 1940 : la toiture n'a jamais été montée. L'ensemble des blocs est ceinturé par un réseau de fils de fer barbelés, toute la zone est battue par les fusils mitrailleurs installés dans les différents créneaux et cloches, se soutenant mutuellement. L'accès à chaque façade est bloqué par un fossé diamant, qui sert aussi à recevoir les débris de béton lors des bombardements. Étant donné que les positions de mise en batterie pour de l'artillerie lourde sont rares en montagne, le niveau de protection est moins important que dans le Nord-Est (les ouvrages construits en Alsace, en Lorraine et dans le Nord). Dans le Sud-Est (les Alpes), les dalles des blocs font d'épaisseur (théoriquement à l'épreuve de deux coups d'obus de ), les murs exposés , les autres murs, les radiers et les planchers un mètre. L'intérieur des dalles et murs exposés est en plus recouvert de de tôle pour protéger le personnel de la formation de (projection de béton à l'intérieur, aussi dangereux qu'un obus). Pour les blocs-tourelles, les dalles passent à une épaisseur de de béton. vignette|L'entrée de l'ouvrage (bloc 1), en 1969. Le bloc 1 se situe sur le versant occidental : c'est l'entrée de l'ouvrage, devant laquelle se termine la route d'accès. Il s'agit d'une entrée mixte, regroupant l'entrée du matériel, qui se fait par un pont-levis ajouré (où peut entrer un petit camion) et l'entrée du personnel, par une porte blindée. La façade est défendue par un fossé diamant, deux créneaux pour fusil-mitrailleur assurant un tir croisé, une cloche GFM (guetteur et fusil-mitrailleur) et une cloche LG (lance-grenades). Une fois passé le pont-levis, le début de la galerie sert de garage, fermé d'un côté par le pont-levis et de l'autre par une porte blindée roulante. Ce garage sert au déchargement du camion ou des mulets (en cas de fort enneigement) sur des wagonnets, le tout défendu par trois autres créneaux pour fusil mitrailleur. Les fusils mitrailleurs (FM) de l'ouvrage étaient chacun protégé par une trémie blindée et étanche (pour la protection contre les gaz de combat). Ils tirent la cartouche de à balle lourde (modèle 1933 D de au lieu de pour la modèle 1929 C).. Les armes étaient des MAC modèle 1924/1929 D, dont la portée maximale est de , avec une portée pratique de l'ordre de .. L'alimentation du FM se fait par chargeurs droits de , avec un stock de par cloche GFM, par FM de casemate et pour un FM de porte ou de défense intérieure. La cadence de tir maximale est de par minute, mais elle est normalement de 200 à par minute..

Le bloc 2, ajourné et finalement non construit, devait être juste au sud du bloc d'entrée, sous forme d'une casemate d'artillerie pour deux canons-mortiers de tirant vers le sud, couvert par une cloche GFM. vignette|Le bloc 3 et ses deux canons-obusiers de 75, en 1969. Le bloc 3 est au nord du bloc d'entrée. C'est une casemate d'artillerie flanquant vers le nord, avec deux créneaux pour canons-obusiers de modèle 1929 (portée maximale théorique de à la cadence de 12 coups par minute), un créneau pour arme mixte JM/AC 25 (pour assurer la défense de la route d'accès, mais l'arme mixte ne fut jamais livrée), une cloche GFM et un créneau FM/observatoire (indicatif ). Une issue de secours se trouve dans le fossé diamant. Les mitrailleuses tirent la même cartouche de que les FM. C'étaient des MAC modèle 1931 F, montées en jumelage (JM) pour pouvoir tirer alternativement, permettant le refroidissement des tubes. La portée maximale avec cette balle (Vo = 694 m/s) est théoriquement de (sous un angle de 45°, mais la trémie limite le pointage en élévation à 15° en casemate), la hausse est graduée jusqu'à et la portée utile est plutôt de . Les chargeurs circulaires pour cette mitrailleuse sont de chacun, avec un stock de pour chaque jumelage.. La cadence de tir théorique est de par minute., mais elle est limitée à 450 (tir de barrage, avec trois chargeurs en une minute), 150 (tir de neutralisation et d'interdiction, un chargeur par minute) ou par minute (tir de harcèlement, le tiers d'un chargeur).. Le refroidissement des tubes est accéléré par un pulvérisateur à eau ou par immersion dans un bac. gauche|vignette|Vue du bloc 4 en 1983. Le bloc 4 se trouve juste au-dessus et à l'est du bloc d'entrée. C'est une casemate d'artillerie pour quatre mortiers de (cadence de 12 à 15 coups par minute à une portée maximale de ), deux tirant vers le nord et deux autres vers le sud-est, surmontés d'une cloche GFM. Une issue de secours se trouve à l'arrière. Le puits reliant les deux étages du bloc à la galerie fait de haut, d'où l'installation du magasin à munitions à dessous et non pas tout en bas. vignette|La tourelle de 75 du bloc 5. Le bloc 5 est sur la crête, encore plus à l'est que le bloc 4. Il consiste en une tourelle pour canons de modèle 1933 (de quatre mètres de diamètre, éclipsable ; théoriquement chaque canon peut tirer 12 à 13 coups par minute à maximum de distance) ainsi qu'une cloche GFM. Le puits reliant les deux étages du bloc à la galerie fait de haut : trop profond pour garantir un approvisionnement régulier en munitions : le magasin se trouve donc à mi-hauteur, à sous le bloc. Un blockhaus de défense intérieur avec un créneau pour se trouve dans la galerie au pied du bloc, pour défendre le casernement en cas de prise des blocs occidentaux. gauche|vignette|Le bloc 6 et sa tourelle de 135. Le bloc 6 est juste au-dessus du bloc 5, au nord-est de celui-ci. Son armement est composé d'une tourelle pour lance-bombes de (la seule de tout le Sud-Est, elle aussi éclipsable : chaque tube peut délivrer six coups par minute à une portée maximale de ) et d'une cloche LG. vignette|Le bloc 7. Le bloc 7 est sur le versant oriental du sommet. C'est une casemate d'infanterie tirant vers le nord, avec un créneau pour jumelage de mitrailleuses, une cloche JM, une cloche GFM et une cloche observatoire VDP (« vue directe et périscopique », indicatif ). gauche|vignette|Le bloc 8 et ses deux cloches en 1983 (la cloche GFM a été reconstruite en béton). Le bloc 8 est juste à côté du bloc 7, un peu plus au nord. C'est une casemate d'infanterie tirant vers le sud-est, avec un créneau pour jumelage de mitrailleuses, une cloche GFM et une cloche observatoire VDP (indicatif )...

Histoire

Construction et équipage