Labbaye de la Sainte-Trinité de Tiron est un ancien établissement monastique qui se dresse sur le territoire de la commune française de Thiron-Gardais dans le département d'Eure-et-Loir en région Centre-Val de Loire. De l'abbaye, haut lieu de spiritualité, essaimèrent vingt-deux abbayes et plus d'une centaine de prieurés en France, en Écosse, en Angleterre et en Irlande. Ce rayonnement fut tel qu'on parla de l'ordre de Tiron..
Localisation L'abbaye est située sur la commune de Thiron-Gardais, dans la région du Perche, dans le département d'Eure-et-Loir.
Historique Fondation du monastère vignette|gauche|redresse|165px|Statue de saint Bernard de Tiron (), église abbatiale de Thiron-Gardais. Le fondateur du monastère de Tiron, saint Bernard de Ponthieu, né près d’Abbeville dans l'actuel département de la Somme vers 1050, fut d’abord moine bénédictin dans le Poitou, prieur de abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, puis abbé de Saint-Cyprien de Poitiers en 1100. À la suite de longs démêlés avec les moines de l'ordre de Cluny, il résigna sa charge et, avec la permission du pape, vécut en ermite dans les solitudes de la Mayenne et de la Bretagne.
Il vint ensuite dans le Perche, dont le comte était . Ce prince lui offrit d’abord Arcisses, dans l'ancienne commune de Brunelles, mais la donation fut révoquée par sa mère, qui défendait les moines clunisiens de l’abbaye Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou.
Alors lui donna un lieu inculte en pleine forêt, à peu de distance du bourg actuel de Thiron. C’est là que saint Bernard édifia un monastère primitif où il célébra pour la première fois la messe le jour de Pâques 1109, avec l’évêque Yves de Chartres. Une chapelle dédiée à sainte Anne, proche de l’étang du même nom, marque aujourd’hui cet emplacement.
Des difficultés s’étant élevées avec les moines de Nogent, saint Bernard abandonna son monastère de Sainte-Anne et, avec l’autorisation de l’évêque saint Yves, vint se fixer sur la paroisse de Gardais, dépendant du chapitre de Chartres, là où s’élève actuellement Thiron (1114).
De nombreux disciples et artisans vont rejoindre Bernard pour la construction de son abbaye dans le Perche. À peine l'abbaye fut-elle construite qu'elle fut mise sous protection royale, ce qui lui octroyait de nombreux privilèges des rois puis de son fils, qui fit un pèlerinage à l'abbaye de Thiron en 1130, de et de .
L'ordre de Tiron
De cette communauté naissante, les moines de Tiron vont très vite se répartir sur l'ensemble du royaume de France, en Angleterre et en Écosse pour construire abbayes et prieurés, ou pour diriger les nombreuses donations foncières faites à l'ordre de Tironp. 55 à 66..
De cette époque médiévale, il ne reste à Thiron que l’église abbatiale. La sobriété du décor architectural montre bien l’esprit de Saint-Bernard, plus austère que celui de la règle de saint Benoît dont il s’inspirait.
Les disciples de saint Bernard de Tiron se différenciaient des autres bénédictins par leur robe gris fumée, à longs poils. Ils s’adonnaient à la prière et à toutes sortes de travaux manuels. C’est à eux que l’on doit le défrichement et la mise en culture de cette partie du Perche, la création de l’étang de Thiron, de celui de Sainte-Anne, de celui des Aulnaies, asséché en 1842 et dont la route de Thiron à Combres emprunte la levée.
L’abbaye de Tiron fonda-t-elle une école ? En étudiant de près les grands portails du dans les limites des diocèses de Sens, Paris et Chartres, signale dans les statues des caractères identiques et très bien déterminés ; d'où il conclut qu'il s'est développé dans cette province, de 1130 à 1160, une véritable école, digne d'être appelée l'école du , et que ces portails ont été créés par des sculpteurs sortis vraisemblablement d'un même groupement, peut-être même par un seul artiste.
Des villes mentionnées dans cette étude, trois faisaient partie de l'ancien diocèse de Sens Provins, Étampes et Saint-Loup-de-Naud. La métropole de Sens n'a pu entrer dans cette classification, car les statues de son portail ont été brisées. Le créateur de cette école serait saint Bernard, abbé de Tiron, au diocèse de Chartres. Il avait fondé ce monastère grâce à la protection du grand Yves, évêque de cette ville et il y avait attiré . Ce fut , comte de Champagne, de Blois et de Chartres, qui appela dans cette dernière ville les moines de Tiron pour travailler à la cathédrale.
Abbaye royale À la mort de saint Bernard, le , la nouvelle abbaye était devenue royale par suite de la sauvegarde que lui avait accordée le roi de France , ce qui l’obligeait à recevoir comme frères laïcs des anciens soldats invalides.
Elle possédait déjà les prieurés de Saint Dogmaels fondé en 1113 au pays de Galles, Saint-Jean-Saint-Paul de Bouche-d’Aigre fondé en 1114 dans la commune de Romilly-sur-Aigre et Notre-Dame d’Yron fondé en 1115 à Cloyes-sur-le-Loir.
En 1170, sur un terrain concédé en 1150 par Alain, fils de Jourdain, sénéchal de Dol, au retour d'une croisade, quatre moines de l'abbaye y fondent ce qui va devenir l'abbaye Notre-Dame du Tronchet, avec la bénédiction de Hugues, archevêque de Dol (1156-1162) et des Bulles du pape , confirmant cette possessionDom Morice, Mémoires pour servir de preuves à l'histoire de la Bretagne, Paris 1742, Pr, I, c. 665; Dom Lobineau, livre V, , XCV, pr. 309..
Le , octroya sa sauvegarde royale à l'abbaye de la Saint-Trinité de TironLettres patentes de Louis XI, Tours, le 18 décembre 1461, . De plus, le , par ses lettres patentes, il confirma les privilèges de l'abbaye octroyés par ses prédécesseursLettres patentes de , Montilz-lèz-Tours, le 27 décembre 1469, ..
Liste des abbés alt=Dalle funéraire de de Chartres.|vignette|Dalle funéraire de de Chartres, . alt=Dalle funéraire des abbés Guillaume et Lionel Grimault.|vignette|Dalle funéraire des abbés Guillaume et Lionel Grimault, .
Abbés titulaires Les successeurs de saint Bernard furentp. 72. :
À cette époque, l’abbaye de Tiron comptait treize abbayes suffragantes, dont cinq en Angleterre, et quarante-neuf prieurés en France.
Abbés commendataires À partir de ce moment, l’abbaye de Tiron fut donnée par le roi de France en bénéfice à des personnages étrangers à la congrégation de Saint-Bernard, souvent même laïcs. Les abbés commendataires percevaient à leur profit les deux tiers des revenus et laissaient la direction religieuse à un prieurp. 73 à 79..
Les abbés commendataires furent d’abord le cardinal Jean du Bellay (1551-1561) et Hippolyte d’Este, cardinal de Ferrare (1561-1563).
Le , allemands, à la solde des Huguenots, fondent sur l’abbaye, massacrent trois religieux, profanent l’église, brisent les vitraux et les statues et, pendant trois jours, pillent tout, enlevant les objets d’art, mobilier, linge, bestiaux et provisions.
Charles de Ronsard, frère du poète (1563-1575)2 MC/ET/XXXIII/48, bail à ferme du 27 septembre 1563. et René de Laubier (1575-1578), essayèrent de restaurer l’abbaye, mais le cardinal René de Birague (1578-1582), et surtout le poète Philippe Desportes (1582-1606), n’eurent d’autre préoccupation que d’empocher les revenus.
Le , un corps de , à la solde d’Henri, roi de Navarre, pilla l’abbaye en se rendant de Beaumont à Chartres, en sorte que le monastère était dans l’état le plus lamentable à la nomination d’Henri de Bourbon-Verneuil. alt=Stalles du chœur|vignette|redresse|Stalles du chœur, .
Celui-ci, fils naturel d’ et d’Henriette d’Entragues, dame de Vaupillon et marquise de Verneuil, voulut remettre de l’ordre et appliquer l’ordonnance de fondant un collège à Tiron (1560). Après la retraite du duc de Bourbon, qui démissionna à pour se marier, Jean-Casimir Vasa, roi de Pologne (1670-1672), et Philippe de Lorraine d’Harcourt (1672-1702) ne s’occupèrent guère de l’abbaye ni du collège.
L’abbé Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre (1703-1743) fit installer des boiseries et des stalles pour l’avant-chœur où se tenaient les élèves (chœur actuel), grâce à un don d'Élisabeth-Charlotte de Bavière, duchesse d’Orléans née princesse Palatine, dont il était l’aumônier. Elles furent sculptées par Baptiste Mauté, menuisier des bâtiments du Roi, et posées en 1740 par Damour et Pradnel, de Paris, et Dufresne, d’Argentan. Baptiste Mauté réalisa également à cette date la chaire à prêcher., ainsi que le banc d’œuvre..
L'incendie de 1786 et la Révolution Les deux derniers abbés commendataires furent les abbés Jean-Baptiste-Antoine de Malherbe de Juvigny (1743-1771) et Mathieu-Jacques de Vermond (1771-1789). Puis le bénéfice de l’abbaye, qui représentait encore un revenu annuel de plus de , fut rattaché à la cure de Saint-Louis de Versailles. De l’abbaye de Tiron ne dépendait plus alors qu’une dizaine de prieurés.
Dans la nuit du au , un incendie se déclara dans le magasin à charbon et détruisit l’aile ouest de l’abbaye, consumant plus de , ainsi que des peintures et des sculptures remarquables. Les réparations furent entreprises en 1788, mais l’adjudicataire mourut l’année suivante avant de les avoir achevées.
L’abbaye fut fermée en . Le plomb, le fer et tous les objets de valeur qu’elle contenait furent ensuite pillés. Le collège subsiste jusqu’en 1793, et à sa disparition les indigents s’installèrent dans les bâtiments.
Le culte cessa dans l’église en . Cependant dom Leguay parvint encore à dire la messe dans la chapelle de la Vierge le . Le de la même année, l’abbatiale servit de temple de la Raison, et la femme Debray, née Tasset, reçut les hommages des assistants, installée sur une montagne de mousse recouvrant le maître-autel.
Mise sous séquestre comme bien national, l’abbaye, ses dépendances et le jardin du collège furent adjugés à Étienne Taulé, ancien élève, puis professeur de musique au collège. Le général Desclozeaux, de Paris, acquit le collège et ses dépendances, où l’administration départementale s’était refusée à créer une école centrale de département, malgré la demande du conseil municipal écartée en 1796.
Taulé démolit ce qui restait de l’abbaye pour en vendre les matériaux, qui servirent à la construction de beaucoup de maisons du bourg. La destruction était achevée en 1810.
Desclozeaux pensait continuer à exploiter le collège avec l’aide des anciens professeurs, tant moines que laïcs, qui vivaient au moment de la fermeture et dont la plupart étaient restés dans le pays. Mais il fut trouvé mort, la gorge tranchée d’un coup de rasoir, le , dans la maison Chevallier, où il était descendu. Le collège fut alors acheté (1803) par le notaire Bisson, ancien procureur fiscal des moines, pour le compte de son beau-frère Gallot. Mais Desclozeaux avait déjà aliéné le bûcher, la boulangerie et le cellier, ainsi que le logement des tailleurs et des domestiques chargés de la basse-cour.
En 1802, l’aile ouest du collège s’effondra et le portail d’honneur fut démoli. Le plomb qui recouvrait les voûtes et les contreforts ayant disparu pendant la Révolution, les basses-voûtes du nord de l’église, puis celles du sud, s’effondrèrent en 1804 et 1805, entraînant la chute des contreforts. Les piliers inutiles furent alors vendus, enfin le chœur lui-même s’effondra le .
Époque contemporaine alt=Le maître-autel, le tableau Adoration des mages et les stalles du chœur.|gauche|vignette|Le maître-autel, le tableau Adoration des mages et les stalles du chœur. alt=Statue de saint Adjuteur chevalier de Terre-Sainte souffre dans les fers pour Jésus-Christ.|vignette|redresse|Saint Adjuteur. alt=Autel et statues de Jésus-Christ et saint Évroult.|gauche|vignette|redresse|Autel et statues de Jésus-Christ et saint Évroult (mur sud).
On boucha alors l’ouverture béante et on y plaça le maître-autel actuel. En même temps que les portes qui conduisaient à la cirerie et au clocher qui étaient disposées de chaque côté, les deux autels placés à l’entrée de l’avant-chœur étaient adossés au mur et des restes de boiseries servaient à faire le banc-d’œuvre.