Friedrich Schlegel, en allemand Karl Wilhelm Friedrich von Schlegel, né le à Hanovre et mort le à Dresde, est un philosophe, critique et écrivain allemand.

Issu d'une famille protestante, Friedrich Schlegel va s'entourer au fil des années d'un cercle d'amis parmi lesquels Novalis, Ludwig Tieck ou encore Friedrich Schleiermacher avec lequel il fondera un groupe appelé « Cercle d'Iéna », foyer du courant romantique en Allemagne.

Après des études commerciales qui le rebutent, Schlegel se lance dans le droit mais il passe le plus clair de son temps à étudier les textes d'auteurs tels que Platon, Shakespeare ou Dante. Peu à peu mûrit en lui un véritable goût pour la littérature. Il forge sa théorie de la poésie romantique qui va révolutionner les idées de son temps. Le Cercle d'Iéna, qui existera peu de temps, va marquer l'histoire littéraire.

Après la fin du mouvement, Schlegel entreprend une série de voyages en France et en Allemagne puis se fixe à Vienne où il entre au service du chancelier Metternich.

Pendant sa période viennoise, Schlegel développe ses théories politiques, philosophiques et religieuses. Il participe à la vie politique allemande et donne des cours qui lui assurent un certain succès.

Les dernières années de sa vie sont marquées par un mysticisme religieux prononcé qui ternit son image auprès de ses amis et auprès de son frère Auguste avec qui il rompt tout contact. Toutefois, sa disparition en 1829 à l'âge de est regrettée par un grand nombre de personnes. Après sa mort et pendant une longue période, l'œuvre de Schlegel sera dénigrée avant d'être réhabilitée par des chercheurs tels que Josef Körner.

Enfance et famille Frédéric Schlegel. naît le à Hanovre. Il est le fils du pasteur luthérien Johann Adolf Schlegel et de Johanna Christiane Erdmuthe Hübsch, fille d'un professeur de mathématiques.

L'héritage culturel de la famille est important : son oncle Johann Elias Schlegel est poète, tout comme son autre oncle Johann Heinrich Schlegel. Oskar Walzel dira d'ailleurs de Johann Elias Schlegel qu'il était le ..

La famille avait été anoblie en 1651 par l'empereur Ferdinand III et l'on avait ajouté Von Gottleben au patronyme..

Schlegel est le plus jeune des sept enfants de la famille. L'aîné de la famille, Karl August Moritz né en 1756 choisira la même carrière que son père, tout comme Johann Karl Fürchtegott né en 1758. Karl August né en 1761 partira en Inde où il fera des mesures géographiques. August Wihelm, né le à Hanovre, jouera un grand rôle dans la vie de son frère et de leurs deux sœurs Henriette et Charlotte. C'est avec la seconde que Friedrich Schlegel aura le plus de contact..

La relation entre le père et le fils n'est pas chaleureuse contrairement à celle que Frédéric entretient avec sa mère qui le surnomme .. Johann Adolf Schlegel voudrait que son fils Friedrich s'engage dans le commerce Penny cyclopaedia of the Society for the Diffusion of Useful Knowledge, 1841, .. Schlegel commence donc des études de commerce à Leipzig où il fait un stage à partir de 1788 chez le banquier SchlemmJean Chrétien Ferdinand Hoefer, Nouvelle Biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Paris, 1864, .. Mais les études de commerce ne lui plaisent pas, il les interrompt et s'inscrit à l'université de Iéna pour y étudier le droit. C'est à cette époque que Caroline Rehberg, le premier amour de Schlegel, dessine de lui un de ses premiers portraits. La relation entre Schlegel et son frère August Wilhelm devient de plus en plus forte – August Wilhelm se chargeant de son éducation.

Jeunesse vignette|Friedrich Schlegel vers 1790 par Caroline Rehberg.|alt=Peinture représentant August Wilhelm Schlegel.

Schlegel doit rattraper son retard s'il veut intégrer une université et fait preuve de grandes capacités notamment en culture grecque classique.. Il dévore les œuvres de Platon en langue originale.

En 1790, il part à Göttingen avec son frère pour étudier le droit. Son frère lui fait découvrir les œuvres de Herder, de Winckelmann ou de Kant.

L'année suivante, tandis que son frère part comme précepteur à Amsterdam, Schlegel part poursuivre ses études de droit à Leipzig. C'est là qu'il se lie d'amitié avec Novalis à partir de . Les études de droit lui plaisent de moins en moins. Il s'adonne le plus clair de son temps à la lecture d'auteurs comme Herder, Dante, Shakespeare, Voltaire ou Wieland.. Lors d'un voyage à Dresde, le jeune Schlegel – il a vingt ans – rencontre Schiller. En , Schlegel commence à travailler à une théorie de la poésie. En août, il rencontre Caroline Böhmer, fille de l'orientaliste Johann David Michaelis et future femme de son frère August Wilhelm. Il deviendra le confident de Caroline et écrira d'elle : . C'est à travers elle qu'il aura connaissance de l'œuvre et des idées du révolutionnaire Georg Forster à propos duquel il écrira Über Georg Forster en 1797. Pour lui, Forster est le modèle de l'écrivain classique, éducateur du peuple et représentant de la Deutschheit (littéralement le « caractère allemand ») : .. De plus, Forster incarne pour Schlegel des valeurs morales.

Schlegel entre dans une période de doute. Sa rencontre avec Schiller lui a laissé un goût amer. Il se sent incompris et écrit une lettre à son frère le : .. Il met alors ses études en sommeil et avec Novalis, il part en quête d'aventures amoureuses. Ils séduisent les filles du banquier Haugk., aventures qui restent sans lendemain. En , il décide de partir chez sa sœur Charlotte à Dresde et publie sa première œuvre (Des écoles de la poésie grecque).

La même année, il publie deux autres écrits ayant pour thème l'antiquité grecque : (De la valeur esthétique de la comédie grecque) et (Des caractères féminins chez les poètes grecs). Il a pour projet de faire des recherches sur la poésie grecque. Ce que Winckelmann avait fait pour l'art grec, Schlegel veut le faire pour la poésie.. Pour lui, la culture grecque est le reflet d'une .. La poésie grecque est le résultat du beau, la poésie moderne est le résultat de l'intéressant. Schlegel ne se contente pas de travailler sur la poésie grecque, il confronte la poésie des Anciens et des Modernes en une étude critique. Dante et Shakespeare sont pour lui ceux qui ont mené la poésie moderne à des sommets..

Le Cercle d'Iéna

Amitiés littéraires vignette|Novalis.|alt=Tableau représentant Novalis. Le , August Wilhelm épouse Caroline Böhmer et part s'installer à Iéna avec elle pour collaborer aux revues de Schiller après que ce dernier l'y a invité en . Schlegel le suit le . L'amitié avec Novalis perdureErnst Behler, Le premier romantisme allemand, Perspectives germaniques, Paris, 1996, ., Schlegel lui rend visite à Weißenfels où il travaille comme directeur de la mine de sel.

Schlegel noue une autre amitié avec Johann Gottlieb Fichte. Schlegel s'intéresse beaucoup aux théories de l'idéalisme allemand et en particulier à celles de Fichte dans un premier temps puis de Schelling. Pour Fichte, la philosophie est la doctrine de la science et est la base de tout savoir. Il énonce également que le moi (la force créatrice) forge le non-moi (l'environnement) grâce à l'imagination créatrice. Schlegel va essayer de dépasser cette théorie en la rendant plus flexible car Fichte voit tout à travers le spectre de la philosophie.. Pour Schlegel, la philosophie n'est pas à dissocier des autres domaines. Tout comme l'énonce Schleiermacher : savoir et foi, science et art, philosophie et religion ne forment qu'un. C'est ce que Schlegel appellera lUniversalpoesie. Vers 1797, Schlegel se tournera vers Schelling pour qui la nature et le moi, donc l'art, ne forment qu'un.

Cette époque marque chez Schlegel l'expression d'un intérêt grandissant pour la littérature, la philosophie et la politique. C'est en 1796 qu'il publie son célèbre essai Versuch über den Begriff des Republikanismus (Essai sur le concept de républicanisme) dans la revue de Johann Friedrich Reichardt Deutschland à laquelle il contribue également par des recensions des Heures et de L'Almanach des Muses de Schiller. L'essai sur le républicanisme est l'une des bases de ce que l'on appellera le romantisme politique, mouvement qui perdurera après la fin du Cercle d'Iéna. En reprenant point par point ce que Kant avait énoncé dans Vers la paix perpétuelle, Schlegel développe le concept d'une république universelle composée de républiques réunies de manière fédérale, concept reposant sur la volonté générale. Dans le même temps, la recension que fait Schlegel du poème de Schiller Würde der Frauen mène à la rupture entre l'auteur et les frères Schlegel. Schiller attaque alors directement Schlegel en se moquant de ses travaux sur la poésie grecque..

C'est dans une autre revue de Reichardt, Lyceum der schönen Künste, que Schlegel publie d'autres études philosophiques comme Der neue Orpheus ou Über Condorcet. Schlegel publie également une étude critique sur le philosophe Lessing Über Lessing ainsi qu'une autre sur le roman Woldemar de Friedrich Heinrich Jacobi et sur Georg Forster. La critique sur Lessing est importante car Schlegel voit non seulement en lui Friedrich Schlegel, "Athenäums"-Fragmente und andere Schriften, . mais il retrouve également en Lessing les fondements de sa propre pensée concernant la critique ou le motif du fragment. De plus, Schlegel le considère presque comme un . Dans : Friedrich Schlegel, "Athenäums"-Fragmente und andere Schriften, .. Les études critiques que fait Schlegel se basent sur l'individualité alors que ses prédécesseurs se basaient une théorie esthétique.. Enfin, Schlegel publie une série de 127 fragments critiques où il fait part de ses réflexions littéraires et philosophiques. C'est à cette époque que Schlegel rencontre Goethe, rencontre qui aura un retentissement personnel chez Schlegel qui voit en lui le renouveau de la poésie. En 1798, il publiera Über Goethes Meister sur le roman Wilhelm Meister.

Le , Schlegel part pour Berlin où il se lie d'amitié avec Friedrich Schleiermacher chez qui il emménage dès le .. Schleiermacher, prédicateur à l'Hôpital de la Charité, va exercer une influence sur la théorie de la morale chez Schlegel. Désormais la pensée créatrice de Schlegel s'articule autour de quatre grands thèmes : la poésie, la philosophie, la morale et la religion.. En , Schlegel rencontre le poète Ludwig TieckJean-Claude Polet, Patrimoine littéraire européen Anthologie en langue française, Bruxelles, 2000, . dont August Wilhelm avait fait des recensions d'œuvres parues anonymement. Cette rencontre a son importance car c'est Schleiermacher qui introduit Schlegel dans le salon d'Henriette Herz où il fait la connaissance de Dorothea Veit à l'été 1797. Née Brendel Mendelssohn, Dorothea n'est autre que la fille du philosophe Moses Mendelssohn. Schlegel et elle tombent follement amoureux et cette dernière, qui avait épousé le banquier Simon Veit, divorcera en 1799 après avoir coupé les ponts avec sa famille l'année précédente.

Fondation du romantisme August Wilhelm Schlegel.|vignette|alt=Tableau représentant August Wilhelm Schlegel.