Titan, aussi appelé , est le plus grand satellite naturel de Saturne. D'un diamètre 6 % plus grand que celui de Mercure, Titan est par la taille au deuxième rang des satellites du Système solaire, après Ganymède, le plus gros satellite de Jupiter. Il s’agit du seul satellite connu à posséder une atmosphère dense. Découvert par l’astronome néerlandais Christian Huygens en 1655, Titan est la première lune observée autour de Saturne..

Titan est principalement composé de roche et d’eau gelée. Son épaisse atmosphère a longtemps empêché l’observation de sa surface, jusqu’à l’arrivée de la mission Cassini-Huygens en 2004. Cette dernière a permis la découverte de lacs d’hydrocarbures liquides dans les régions polaires du satellite. Du point de vue géologique, la surface de Titan est jeune ; quelques montagnes ainsi que des cryovolcans éventuels y sont répertoriés, mais cette surface demeure relativement plate et lisse, présentant peu de cratères d’impact.

L’atmosphère de Titan est composée à 98,4 % de diazote et à 1,6 % de méthane et d’éthane. Le climat crée sur la surface des caractéristiques similaires à celles rencontrées sur Terre, telles que des dunes et des côtes. Comme la Terre, Titan présente des saisons. Par ses liquides (à la fois à la surface et sous la surface), son épaisse atmosphère de diazote et de molécules organiques ainsi que ses couches de brumes, Titan est perçu comme un analogue de la Terre primitive, mais à une température beaucoup plus basse. Certains vulgarisateurs décrivent ainsi Titan comme une Terre primitive restée au congélateur, le froid et le manque de rayonnements ultraviolets l'ayant empêché d'évoluer de la même manière. Le satellite est cité comme pouvant peut-être héberger de la vie extraterrestre microbienne ou, au moins, comme un milieu naturel prébiotique riche en chimie organique complexe. Certains chercheurs suggèrent ainsi qu’un océan souterrain pourrait probablement servir d’environnement favorable à la vie...

Caractéristiques physiques Dimensions vignette|gauche|Titan, comparé à la Terre.

Titan orbite à une distance de de Saturne (soit saturniens). Il a un diamètre de ; en comparaison, la planète Mercure a un diamètre moyen volumétrique de , la Lune de , Mars de et la Terre de .

Avant l’arrivée de la sonde en 1980, la communauté scientifique pensait Titan légèrement plus grand que Ganymède (qui fait de diamètre), ce qui aurait fait de lui la plus grande lune du Système solaire. Cette surestimation était induite par l’atmosphère dense et opaque de Titan, qui s’étend à plus de au-dessus de sa surface et augmente ainsi son diamètre apparent..

Titan est donc le deuxième plus grand satellite du Système solaire et le plus grand satellite de Saturne.

Structure interne vignette|Structure interne de Titan.

Le diamètre et la masse de Titan (et donc sa masse volumique) sont similaires à ceux des lunes galiléennes Ganymède et Callisto.. Sur la base d’une masse volumique de , Titan serait composé à moitié de glace d’eau et à moitié de roches (silicates et fer). Ces composés plus lourds sont très peu présents en surface, où la glace est le composant principal de la croûte (par un phénomène de différenciation). Cette glace est majoritairement de la glace d’eau, mais elle est probablement mélangée avec de la glace d’ammoniac () ainsi qu’à des glaces d’hydrocarbures, principalement du méthane () et de l’éthane ().

Titan est très probablement différencié en plusieurs couches, son noyau rocheux de de diamètre étant alors entouré par plusieurs couches de différentes formes cristallines de glace..

L’intérieur du satellite est peut-être toujours chaud, et il est possible qu’une couche liquide d’eau et d’ammoniac existe entre la croûte de et les couches de glaces plus internes. L'existence d’un tel océan est suggérée par la sonde Cassini, qui a détecté des ondes radio à très basse fréquence dans l’atmosphère de Titan ; la surface du satellite serait un mauvais réflecteur de ce type d’ondes, lesquelles sont plutôt réfléchies par la transition liquide-glace d’un océan interne.. Les données collectées par Cassini entre et montrent que des repères caractéristiques de la surface se sont déplacés jusqu’à pendant cette période. Ce déplacement suggère que la croûte est séparée de l’intérieur de la lune, ce qui constitue un indice supplémentaire quant à l’existence d’un océan interne.. En 2025, une étude de la dissipation de l'énergie des marées montre cependant qu'elle est trop grande pour être compatible avec la présence d'un océan sous-glaciaire, et qu'elle se produit plausiblement dans une couche de glace sous haute pression, proche de son point de fusion..

Atmosphère

vignette|gauche|Photographie en vraies couleurs de couches de nuages de l’atmosphère de Titan.

Généralités Titan est le seul satellite du système solaire possédant une atmosphère significativement développée ; les autres satellites n’ont au mieux que des traces de gaz. L'épaisseur de l’atmosphère de Titan serait comprise entre . et . (sur Terre, 99,999 % de la masse de l’atmosphère se situe en dessous de d’altitude). Elle est opaque sur de nombreuses longueurs d’onde et interdit l’obtention d’un spectre de réflectance complet de la surface depuis l’extérieur..

L’existence d’une atmosphère est découverte par Gerard Kuiper en 1944 par spectroscopie. Il estime que la pression partielle de méthane est de l’ordre de .. Plus tard, les observations des sondes montrent que la pression à la surface du satellite dépasse une fois et demie celle de la Terre (soit ). L’atmosphère comporte des couches opaques de brume qui bloquent la pénétration de la majorité de la lumière reçue du Soleil. Pour cette raison, la sonde Huygens a été incapable de détecter la position de celui-ci lors de sa descente et, bien qu’elle ait réussi à prendre des images de la surface, l’équipe de chercheurs responsables de la sonde décrit le processus comme ..

Cette brume et la composition atmosphérique de Titan en font un sujet d'étude important pour son analogie avec la Terre primitive. En effet, les scénarios scientifiques envisagent qu'une composition similaire constituait la Terre et qu'une brume a joué un rôle dans le bilan radiatif de la même manière que Titan, ce qui a fortement influencé l'apparition de la vie.

La température moyenne de l’atmosphère au niveau du sol est de () ; elle atteint un minimum de () au niveau de la tropopause (à l'altitude de ).

Composition L’atmosphère de Titan est composée à 98,4 % de diazote , le 1,6 % restant étant composé de méthane et de traces d’autres gaz comme des hydrocarbures (dont l’éthane, le diacétylène, le méthylacétylène, l’acétylène et le propane), du dihydrogène, du cyanoacétylène, du cyanure d'hydrogène, du dioxyde de carbone, du monoxyde de carbone, du cyanogène, de l’argon et de l’hélium. En 2013, les chercheurs du Dapnia, un institut du CEA situé à Saclay, découvrent du propène dans l'atmosphère de Titan en analysant les mesures de la sonde Cassini.. Ces composés chimiques proviennent de réactions de photo-dissociation du diazote et du méthane par la lumière ultraviolette du soleil. Les composés oxygénés sont quant à eux dus à l'apport d'ions oxygène provenant d'Encelade. Titan n’a aucun champ magnétique et orbite parfois en dehors de la magnétosphère de Saturne, l’exposant directement au vent solaire. L'échappement atmosphérique se produit pour l'hydrogène, mais il est encore débattu dans le cas du méthane.

L'atmosphère est également composée de brumes organiques qui la rendent opaque et lui donne sa couleur orangée. Ces aérosols, dénommés comme de la "poussière" dans les premières hypothèses, sont le résultat de l'agglutination de macromolécules, comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques. Ce mécanisme est appuyé par la découverte d'anions lourds dans l’ionosphère de Titan. Les aérosols ainsi formés sont de forme globalement sphériques, puis sédimentent vers les zones plus basses de l'atmosphères où ils s'agglutinent entre eux pour former des agrégats fractals.

La brume joue un rôle majeur dans l'environnement et le climat titanien. Elle absorbe en partie la lumière du soleil, provoquant un anti-effet de serre, influençant fortement la température globale et son climat, mais aussi les réactions chimiques dépendant du rayonnement ultraviolet. Ces réactions chimiques sont probablement également affectées par des processus hétérogènes liés à ces aérosols. Par ailleurs, les aérosols servent également de site de nucléation pour la condensation de plusieurs espèces chimiques, ce qui forme les nuages. Bien que centrale dans la compréhension globale de Titan, la brume est difficile à caractériser. La sonde Huygens a permit d'établir une mesure de référence: les grains sont composés de plusieurs milliers de monomères sphériques de 50 nm chacun. Mais cette mesure reste valable dans les couches basses de l'atmosphère (typiquement vers les 100 km) et ne décrit pas la brume au-dessus, notamment aux altitudes où elle se forme à plusieurs centaines de kilomètres. Pour caractériser la brume, les planétologues s'appuient sur la reproduction en laboratoire de ces processus chimiques qui créent de la matière organique sous forme de grains appelés tholins, qui sont de bons analogues aux aérosols de Titan bien que leur compositions et propriétés optiques diffèrent du fait des connaissances incomplètes sur la réalité de la brume.

La répartition de la brume est aussi un marqueur de la circulation atmosphérique. Elle est structurée en une couche principale orange qui monte jusqu'à environ 400 km, et une couche détachée qui apparait selon les saisons vers 500 km. La couche détachée est composées de petites particules sphériques issus de la sédimentation et de l'agrégation, ainsi que de particules fractales apportées par les vents depuis les couches plus basses.

Les traces d’écoulement observées par la mission Cassini-Huygens sont bien plus sombres que le matériau sur lequel elles serpentent. Il est probable qu’elles soient provoquées apportés par les pluies d’hydrocarbures liquides qui lessivent les parties apparaissant plus claires.

Vents La circulation atmosphérique suit la direction de la rotation de Titan, d’ouest en est.. Les observations de l’atmosphère effectuées par Cassini en 2004 suggèrent que l’atmosphère tourne plus rapidement que la surface..

Ionosphère L’ionosphère de Titan est plus complexe que celle de la Terre. La partie principale se situe à d’altitude, mais une couche additionnelle de particules chargées est présente à d’altitude. L’atmosphère de Titan est donc en quelque sorte séparée en deux chambres résonantes aux ondes radio distinctes. Titan émet des ondes à très basse fréquence dont l’origine n’est pas connue, car il ne semble pas y avoir d’activité orageuse intense.

Surface

Généralités

La surface de Titan est décrite comme « complexe, produite par des fluides et géologiquement jeune ». La sonde Cassini utilise un altimètre radar et un radar à synthèse d’ouverture pour cartographier certaines zones de Titan pendant ses survols. Les premières images révèlent une géologie diversifiée, comportant des régions lisses et d’autres irrégulières. D’autres semblent d’origine volcanique, probablement liées à un dégorgement d’eau mélangée à de l’ammoniac. Certaines zones sont susceptibles d’avoir été créées par des particules poussées par le vent... Globalement, la surface est relativement plate, les quelques zones ressemblant à des cratères d’impact semblent avoir été remplies, peut-être par des pluies d’hydrocarbures ou des volcans. L’altimétrie radar suggère que les variations d’altitude sont faibles, typiquement de l’ordre de . Néanmoins, certaines zones atteignent jusqu’à de dénivelé et Titan possède des montagnes, certaines hautes de plusieurs centaines de mètres, jusqu’à plus d’un kilomètre.. vignette|La surface de Titan photographiée par Huygens après son atterrissage.