Penser en valeur consiste à ne penser une chose que sous l'angle de son évaluation autrement dit . Parler de valeur c'est « chercher ce qui vaut » et ainsi poser le problème de l'action et de son fondement légitime. Évaluer et agir sont liés. Nietzsche affirme dans la Généalogie de la morale .

L'« axiologie » autre nom de la philosophie de la valeur, essaie de définir et de justifier des valeurs ; elle s’organise autour des concepts de « bon » et de « mauvais ». Il existerait une hiérarchie universelle de tous les êtres, si bien que certains comportements, ou certaines choses valent mieux que d’autres, sont supérieurs ou inférieurs, et sont donc pris dans une hiérarchie des valeurs qui manifesterait ainsi une sorte d'ordre objectif.

Dépassant le cadre initial de réponse à une certaine question éthique, il y a une axiologie qui prétend se situer au centre de la perspective sur la vérité de l'être. La « valeur » devient alors la réalité primordiale à partir de laquelle il faut comprendre et ordonner la totalité du monde. Pour Jean Langlois, l'axiologie .

La question inévitable lorsque l’on parle de valeurs c'est leur justification : « sur quoi sont-elles fondées ? ». D'où l'interrogation qui suit : . Très tôt, une fois passé le cadre de la foi religieuse qui décidait de l'extérieur de ce qui avait valeur pour l'homme remarque Raymond Polin.

Histoire du concept de valeur L'approche grecque Depuis son origine grecque selon Jean Beaufret il semblerait que la tâche fondamentale de toute philosophie soit la fixation d'une échelle de valeurs. Déjà Aristote, à l'intérieur de la catégorie du « Bon », distinguait le « plaisant », l'« utile » et le « beau » qui en sont . D'ailleurs l'idée soi-disant contemporaine que la vie (et sa conservation) suggère par elle-même des valeurs, est déjà présente chez Aristote (par la notion téléologique) et dans beaucoup de sagesses antiques ou orientales. De ce point de vue, écrit Jean Beaufret, on pourrait dire que la philosophie grecque est . Mais ce n'est pas l'opinion de Nietzsche qui remarque que les grecs selon ses termesNietzsche Aurore, collection folio point essais, page 134, §170 et pouvaient être donc tout à fait étrangers à ce que nous nommons valeur.

Au-dessus de ce qui « vaut » il y a le bien et c'est à la , qui n'a pas tout à fait la signification de valeur que s'attache le philosophe grec. C'est l'être par où est ce qui est qui constitue par hypothèse le « Bon », qu'Aristote divisera en trois le « plaisant », l'« utile » et le « beau ».

D'ailleurs note Jean Beaufret le terme de valeur ne commence à devenir un terme technique de la philosophie qu'à partir de Descartes. Autrement dit l'apparition de la notion philosophique de valeur va historiquement de pair avec le cogito. Dès lors, . La philosophie de la valeur, se développe en parallèle avec l'émergence d'une préoccupation dominante pour les fins humaines et sociales au service desquelles se mettent la science positive et la civilisation industrielle, soit du problème de la destinée, de la volonté et de l’action.

Les grands courants de la philosophie contemporaine La philosophie moderne se caractérise par l'apparition envahissante du sujet. C'est par rapport à lui, depuis Kant et sa « révolution copernicienne » que toute chose se manifeste. C'est sur un tel fond que les distinctions de « valeur » vont dorénavant se nouerau point que Martin Heidegger pourra affirmer que la figure destinale des mutations successives du concept de vérité, depuis l'origine grecque jusqu'à nos jours est la « Valeur » .. À la question, qu'est-ce qu'une valeur ? X est bon si, et seulement si, X est désirable. Par là un lien avec une attitude subjective est inscrit dans le concept de valeur. Historiquement on distingue :

Un courant subjectiviste Une première conception « subjectiviste » de la valeur. Le désir est maître. Une chose n'a de valeur que tout autant que le désir de l'homme se porte vers ellevoir Spinoza cité par .. Dans cette conception le désir est premier ici et simplement par le fait qu’il s’arrête sur tel objet, celui-ci en est valorisé. Étudiant la position de Thomas d'Aquin Jean Langlois constate que : .

Un courant objectiviste Relevant paradoxalement d'une attitude que l'on pourrait qualifier de fidéiste et en réaction contre le relativisme du premier courant se placent les théories « absolutistes » de la valeur. Les plus importantes sont celles de Max Scheler et de Louis Lavelle. Elles arguent de la solidité de principes qu'elles basent sur la croyance en la « réalité » de valeur fondées par l’intuition. Max Scheler est un initiateur reconnu de cette position qui affirme que nous avons un sens des valeurs comme nous avons un sens des couleurs (Scheler 1913). Pour Scheler, l’essence de la valeur est d’être une qualité tout à fait irréductible à d’autres, indépendante des objets qui lui servent de support .. De plus la valeur n'est pas le résultat d'un examen intellectuel mais . Il distingue quatre classes hiérarchiques : les valeurs de l’agréable et du désagréable, les valeurs vitales, les valeurs spirituelles, et au sommet, les valeurs du Sacré .Il faut distinguer selon Scheller, la valeur de son support. La valeur n'est pas l'objet que l'on désigne (un tableau de Rembrandt n'est pas une valeur mais une chose-de-valeur).

Un courant sceptique et nihiliste Une troisième attitude dite sceptique doute de toutes les valeurs, et même de leur existence, concède néanmoins que nous émettons sans cesse des jugements de valeurs et que même quelques-unes ont une certaine permanence dans le temps et dans l’espace. On ne peut nier l'attachement des sujets en société à certaines valeurs que les décisionnaires prennent en compte en plaçant le curseur de l’éthique sur le choix de ces valeurs. Les « causalistes » (partisans du causalisme) récusent l'idée de fondement et privilégient les processus biologiques, psychologiques, sociologiques, affectifs. enfin les « utilitaristes » prétendent mettre en avant comme fondement des valeurs le simple calcul matériel de l'intérêt.

Enfin le nihilisme, avec Nietzsche qui en représente une branche particulièreen fait Nietzsche parle plutôt de dévaluation de toutes les valeurs suprêmes et de la volonté de puissance comme dépassement du Nihilisme ., dans une perspective de renversement de la métaphysique traditionnelle, défend un point de vue philosophique d'après lequel, le monde, et notamment l'existence humaine, est dénué de toute signification, de tout but, de toute vérité compréhensible, autrement dit de toutes valeurs.

La question du fondement des valeurs Kant et l'impératif catégorique Kant entreprend de concilier l'originalité des valeurs avec leur connaissance humainement rationnelle. En introduisant la notion d'impératif catégorique, Kant fait du « Devoir », un absolu. Il ordonne d'agir de telle ou telle façon, conformément à la conscience morale et indépendamment des circonstances.

Il sera reproché à cette position de ne pas tenir compte des résultats de l'action. D'autres critiques y verront une morale inapplicable, car si dans les morales antiques, on voit très bien ce qui motive l'agir (la recherche du bien), on ne voit pas du tout l'attractivité de la motivation kantienne, qui ne saurait reposer sur un tel bien.

Nietzsche la vie comme valeur suprême Il n’y aurait de valeur selon Nietzsche que dans la vie, par la vie et pour la vie, pour autant qu’elle s’éprouve elle-même avec authenticité. La force, l’abondance, la beauté, la bonté, l’égoïsme, l’authenticité, et tout ce qui est positif (avec comme corrélat l’horreur du négatif), sont autant de valeurs de la vie surabondante.

Principe de responsabilité chez Jonas Hans Jonas selon Adélaïde de Lastic prenant appui sur ces valeurs vitales, élargit cette idée dans le Principe Responsabilité lorsqu'il fait reposer son principe de responsabilité sur le fait, que puisqu’il y a de l’être, il y a aussitôt une responsabilité à l’égard de « ce qui est ». Ainsi il veut apporter une réponse aux problèmes que pose la civilisation technicisée, à savoir les problèmes environnementaux, les questions du génie génétique D'après lui, le pouvoir énorme qui est conféré à l'homme par la technoscience constitue un problème auquel doit répondre, en l'homme, une nouvelle forme de responsabilité. Celle-ci n'est pas à comprendre comme une attitude, mais plutôt comme une faculté proprement humaine que tout homme est tenu d'exercer. Désir mimétique chez René Girard Au départ il y a le constat d'une certaine indétermination de l'objet de notre désir, le philosophe René Girard dans ses travaux observe que souvent les hommes s'en remettent aux autres pour fixer le désirable. Tout désir serait l'imitation du désir d'un autre. Loin d’être autonome (c'est l'illusion romantique), notre désir serait toujours suscité par le désir qu'un autre – le modèle – a d'un objet quelconque. Le sujet désirant attribue un prestige particulier au modèle : l'autonomie métaphysique ; il croit que le modèle désire par lui-même. Le rapport n’est pas direct entre le sujet et l’objet : il y a toujours un triangle.

Crise contemporaine des valeurs Il est courant d’entendre des discours inquiets sur « la perte des valeurs », la « crise des valeurs », tout particulièrement en ce qui concerne les valeurs morales avec pour conséquence le sentiment d'une « perte de repères ». Il existe aujourd'hui un débat sur la crise des valeurs morales des sociétés contemporaines. Mais ce débat, qui ne concerne que les valeurs morales, n'est pas particulier à notre époque : il exista sous différentes formes à d'autres époques, notamment dans la Grèce et la Rome antique. Plus généralement, on peut considérer que le langage des valeurs est aujourd'hui omniprésent et caractéristique des sociétés occidentales modernesVoir infra à propos de Nietzsche. Cf. aussi Jean-Luc Blaquart, Y a-t-il des valeurs chrétiennes ?, éd. L'Harmattan, Paris 2016..

Pour Vittorio Hösle, philosophe germano-américain, cité par Charlotte Luyckx il y a . En insistant sur l'impossibilité de fonder rationnellement un système de normes et de valeurs la philosophie contemporaine se prive des moyens de combattre la crise qui affecte nos sociétés.

De fait, comme le remarque Martin Heidegger, . Simple « objet » de représentation, la chose se voit en quelque sorte privée de son être, d'où la nécessité de combler cette privation par l'attribution à l'objet d'une valeur arbitraire qui de proche en proche va constituer un « système des valeurs » et le but de l'activité humaine (valeurs dites culturelles).

La primauté du désirable La question de l'objectivité Il s'agit de fournir un fondement sûr et rationnel, qui soit à la fois permanent et indépendant à la « valeur » de telle manière qu'elle soit reçue avec la même force que la vérité pour le sujet connaissant, à la nuance près que cette nouvelle vérité doit servir à l'action souligne Raymond Polin. Principes de l'objectivité des valeurs En affirmant l'objectivité des valeurs je me lie à un donné non axiologique qui peut être rattaché à une réalité extérieure (Dieu, L'Un chez Plotin, la Nation, l'intuition de l'homme connaissant) ou donnée directement comme valeur première en soi (le Bien chez Platon) et formant la source et le principe de toute réalité .. Objectivées, les valeurs doivent être connaissables selon les mêmes méthodes que la réalité. Les sources possibles de l'objectivité des valeurs sont nombreuses : l'absolu divin, la réalité extérieure, l'homme dans son essence, le groupe social etc.). Toutes ces sources possibles de l'objectivité, doivent satisfaire aux conditions d'extériorité, de permanence, de transcendance et d'indépendance.

Limite de l'objectivité