Marie-Anne Detourbay, dite Mademoiselle Jeanne de Tourbey et par son mariage comtesse de Loynes, née le à Reims et morte le à Paris, est une demi-mondaine et salonnière française, qui tint un salon littéraire et politique influent sous le Second Empire et la Troisième République, maîtresse en titre du critique littéraire Jules Lemaître.

Biographie

Premières années Marie-Anne Detourbay, fille naturelle de Marie Anne Detourbay, épinceteuse, est née rue Neuve à Reims dans une famille pauvre et nombreuse.. Un historien local affirme qu’ « à l’aurore de sa lumineuse adolescence », elle fut embauchée par une maison de champagne pour rincer les bouteilles au fond d’un cellier.

Carrière Sa seizième année accomplie, elle monte à Paris, enlevée par un acteur de passage, et s’installe sous le nom de « Mademoiselle Jeanne de Tourbey »..

Elle a pour premier protecteur Marc Fournier, directeur du théâtre de la Porte-Saint-Martin, qu’elle ruine et qui doit la céder au prince Napoléon, cousin de Napoléon III, qui l’installe magnifiquement dans un appartement de la rue de l'Arcade, à deux pas de l’avenue des Champs-Élysées.. Elle y reçoit une assemblée exclusivement masculine où l’on voit le « Tout-Paris des Lettres » : Ernest Renan, Sainte-Beuve, Théophile Gautier, Lucien-Anatole Prévost-Paradol, Émile de Girardin..

Salon mondain

Par sa meilleure amie, la comédienne Joséphine Clémence d'Ennery, surnommée « Gisette », elle fait la connaissance de Gustave Flaubert et Khalil-Bey, qui tombent amoureux d’elle.. De Tunis, où il s’est rendu pour l’écriture de Salammbô, le romancier lui envoie des lettres passionnées, écrivant :

Vers 1862, elle rencontre Ernest Baroche, fils de Pierre Jules Baroche, ministre de la Justice de Napoléon III, maître des requêtes au Conseil d’État, directeur du commerce extérieur au ministère de l’Agriculture et industriel du sucre, qui en tombe extrêmement amoureux, et se serait fiancé avec elle. Commandant du des mobiles de la Seine, il est tué au combat au Bourget le – le lendemain de la mort de son père, enfui à Jersey – lui laissant l’énorme somme de francs-orÉquivalente à 2,4 millions d’euros. ., ce qui lui permet d’épouser, en 1872, l’authentique comte Victor Edgar de Loynes, officier carabinier démissionnaire, fils du député Alphonse-Denis de LoynesGénéalogie de la famille de Loynes, seigneurs du Morier, de La Motte, de Maison-Villiers, d’Orès, de Genouilly, des Berceaux,... etc, Herluison, Orléans, 1895.. Ce mariage la fait accéder à la haute société, mais les époux ne tardent pas à se séparer, le comte partant pour l’Amérique. Il meurt, le , au 10, rue de Berlin, à Paris, noté célibataire.

Bien que le mariage n’ait été que religieux, car la famille de son époux s’est opposée à leur union civile, elle porte et conserve l’usage des nom et titre de « comtesse de Loynes ». Ses réceptions gagnent en prestige. Désormais, elle reçoit, sur la suggestion d’Émile de Girardin, tous les jours entre 5 et 7 heures. Sa surface mondaine s’accroît encore lorsqu’elle s’installe sur l’avenue des Champs-Élysées même, au . Aux célébrités du Second Empire succèdent alors celles de la Troisième République naissante, nouveau régime que la comtesse de Loynes n’aime guère : Georges Clemenceau, Georges de Porto-Riche, Alexandre Dumas fils, qui la surnomme « la Dame aux violettes » car elle en porte toujours à son corsage, Ernest Daudet, Henry Houssaye, Pierre Decourcelle, et bientôt beaucoup de jeunes écrivains et musiciens emmenés par Maurice Barrès , Paul Bourget, Marcel Proust, Georges Bizet et Henri Kowalski.

Politique Entre 1880 et 1885, elle rencontre chez Arsène Houssaye le critique Jules Lemaître, de quinze ans son cadet, qui va devenir l’homme de sa vie... Sous son impulsion et celle du poète François Coppée, il fonde en 1899, la Ligue de la patrie française, dont il devient le premier président... Encourageant le nationalisme, ils mettent leurs espoirs politiques dans le général Boulanger et deviennent passionnément anti-dreyfusards, entraînant la rupture avec certains de leurs amis, comme Georges Clémenceau (qui aurait été son intime), Georges de Porto-Riche ou Anatole France. Elle reçoit alors dans son salon Édouard Drumont, Jules Guérin ou Henri Rochefort.

À la fin de sa vie, en , aide Charles Maurras et Léon Daudet à fonder L’Action française, en offrant francs-or. En 1917, Léon Daudet publie une série de portraits des hommes fréquentant le salon de Madame de Loynes dans Salons et journaux.

Mort En 1908, se sentant grippée, la comtesse de Loynes part, avec sa dame de compagnie Pauline, se promener à la forêt. Rentrée chez elle, elle meurt dans son sommeil.

Elle est inhumée au cimetière de Montmartre, où elle rejoint ses parents (, , 20, chemin Guersant). On a un temps pensé que sa tombe, longtemps abandonnée, avait été détruite pour défaut d’entretien et la concession reprise, mais elle est jusqu’à ce jour restée en place, seulement dissimulée par une végétation luxuriante..

Résidences Reims 58, rue Neuve, à sa naissance en 1837 16, rue du Cadran-Saint-Pierre (en 1852) ; 8, rue de la Grosse-Écritoire (en 1854, pension bourgeoise). Paris Place Royale ; rue de Vendôme (en 1857) ; 28, rue de l'Arcade ( arrondissement) (en 1865) ; 53, avenue d'Iéna (en 1886) ; 152, avenue des Champs-Élysées ( arrondissement) (dès 1896).

Notes et références

Bibliographie Eugène Dupont, « La Dame aux Violettes », Reims-Magazine et 37, 1927 ; réédité dans La rue neuve (Gambetta) 1830-1914, Reims, Matot-Braine, 1934. , voir aussi L’Intermédiaire des chercheurs et curieux de 1934 page 369 . . . .

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