L'assimilation des Témoins de Jéhovah à une secte fait l'objet de débats impliquant diverses disciplines (histoire, sociologie, droit…), en fonction de la définition utilisée de ce terme et du pays dans lequel ils se trouvent.
Définition étymologique Du point de vue étymologique, ils peuvent correspondre à l'origine latine du mot (sectare) en tant que groupe schismatique se séparant sur le plan doctrinal d'un mouvement bien établi, à savoir le second adventisme, lui-même issu du protestantisme.
Sens sociologique
Typologie de Weber et Troeltsch
Au , les sociologues Max Weber et Ernst Troeltsch définissent l'idéal-type de la secte comme un groupement religieux intransigeant et en rupture avec la société. Le type secte n'a de sens que par opposition au type Église, alternative sociale de la religion qui prend sa place au milieu des institutions profanes. Françoise Champion (chargée de recherches au CNRS) résume ainsi cette typologie : . Avec le temps la secte se « routinise », commence à faire des concessions ou des compromis, et se rapproche finalement du type Église.
Selon Nathalie Luca (ethnologue, chercheuse au CNRS) :
Le sociologue Régis Dericquebourg souligne dans son étude sur la période de 1973 à 1979 que les Témoins de Jéhovah considèrent le monde comme intrinsèquement mauvais et impossible à améliorer, ce qui les classe dans la catégorie des « sectes révolutionnaires » de la typologie de Bryan WilsonRégis Dericquebourg, « Les Témoins de Jéhovah : vers une sortie de la logique sectaire ? », in Sectes et démocratie, sous la direction de Françoise Champion et de Martine Cohen, Éditions Seuil, Paris, 1999, .« Le jéhovisme, contre-emprise à la modernité ». Cependant, il privilégie depuis lors le terme de « groupe religieux minoritaire » pour parler des groupes qualifiés généralement de « sectaires »Sid Abdellaoui, Laurent Auzoult, Bernard Personnaz, « When the degree of tolerance tells us about the identity strategy of the faithful: The case of practising Catholics and Jehovah’s Witnesses », .
Bernard Blandre, agrégé d’histoire qui étudie le mouvement, constate en 1987 :
Typologie de Stark et Bainbridge En 1987, les sociologues Rodney Stark et William Sims Bainbridge estiment que le modèle de Weber et Troeltsch définit le type « Église » d'une manière trop vague pour être utilisable sociologiquement. C'est pourquoi ils redéfinissent la secte comme une « organisation religieuse déviante des croyances et des pratiques traditionnelles », et l’Église par opposition comme une « organisation religieuse conventionnelle ». Leur classification ne garde qu'un seul critère : la tension qui existe avec le milieu socioculturel. L’Église est donc considérée comme intégrée dans son environnement, tandis que la secte reste séparée du reste de la société. De nombreux groupes sont évalués par ce critère, et les Témoins de Jéhovah ressortent de cette évaluation comme un groupe en tension extrême avec la société.
Éventuelle évolution vers la dénomination Les sociologues relèvent des évolutions qui montreraient que les Témoins de Jéhovah perdraient de leur radicalité et correspondraient de plus en plus à la « dénomination », étape de passage de la secte vers l'Église. Ayant été amené à examiner à nouveau la question des Témoins de Jéhovah, Régis DericquebourgRégis Dericquebourg, « Les Témoins de Jéhovah et le rapport », in Pour en finir avec les sectes - Le débat sur le rapport de la commission parlementaire, sous la direction de Massimo Introvigne et de J. Gordon Melton, CESNUR, Éditions Dervy, Paris, 1996, . a noté des changements de comportements depuis son étude menée dans les années 1970 : Action humanitaire : Les Témoins de Jéhovah ont plusieurs fois apporté leur aide aux populations victimes d'inondations. Certains participent à des actions sociales, par exemple au sein des Restaurants du cœur. Le siège national des Témoins de Jéhovah a apporté une aide humanitaire aux populations d'Afrique (notamment lors du génocide au Rwanda). Service national : à la suite de négociations avec le ministère de la Défense en , les Témoins de Jéhovah ont accepté d'accomplir un service civil en remplacement du service militaire. Refus des transfusions sanguines : Des structures d'information hospitalières ont été mises en place à partir de 1982, pour favoriser le dialogue et la collaboration avec les médecins et leurs équipes médicales. Discussions avec l'État : Les Témoins de Jéhovah ont entrepris diverses démarches pour être reconnus comme association cultuelle. droite|vignette|redresse=2|Assemblée régionale des Témoins de Jéhovah à Châlons en Champagne 2016 Les Témoins de Jéhovah ont modifié un certain nombre de points dans leur comportement pour ne plus prêter flanc aux critiques, c'est ce que le sociologue Régis Déricquebourg a appelé la 'normalisation' des Témoins de Jéhovah : 1989, France : Arrêt de la prédication des jeunes Témoins de Jéhovah dans les enceintes des établissements scolaires pour respecter la laïcité. : les parents de jeunes élevés chez les Témoins de Jéhovah peuvent désormais avoir des relations normales envers ceux de leurs enfants qui ne sont pas devenus Témoins de Jéhovah. Affiliation de la Société Watchtower avec le bureau DPI de l'ONU, néanmoins la même année le mouvement continue à proclamer le caractère satanique de cette organisation internationale. 1995 : Création du CETJAD. Les Témoins acceptent enfin de collaborer avec les historiens sur leur passé dans les camps de concentration. 1996, International : Acceptation du service civil en remplacement du service militaire. 1997, 1999 : L'association française AMS, chargée de faire la promotion de la médecine non-transfusionnelle auprès du corps médical, et composée exclusivement de Témoins de Jéhovah tente de recevoir le statut de consultant auprès du conseil de l'EuropeAssemblée parlementaire, doc. 8354, 26 mars 1999, sur le site du Conseil de l'Europe. 1999 : Ils peuvent se rendre au bureau de vote, même quand la loi ne les y oblige pas. 2000 : Rappel est fait aux fidèles Témoins de Jéhovah du territoire français que l'inscription sur les listes électorales est une obligation légaleMinistère du Royaume, mai 2000, ., ce qui entraine un afflux massif de demandes dans les préfectures, par exemple en France d'outre-mer. 2000: Officialisation dans La Tour de garde du de l'autorisation d'utiliser des produits à base d'hémoglobine tiré du sang (humain ou bovin), autorisation initiée localement en 1998 par l'acceptation ponctuelle d'un produit comme l'hémopureWatchtower blood policy changes, sur le site Associated Jehovah's Witnesses for reform on blood (AJWRB).
Quant à Nathalie LucaSectes, Églises et nouveaux mouvements religieux, in Actes du séminaire « L'enseignement du fait religieux », 5, 6 et 7 novembre 2002., outre cet arrangement avec le ministère de la Défense en 1995 et l'acceptation aujourd'hui de la « journée citoyenne », elle estime que les Témoins de Jéhovah accordent désormais une plus grande place aux études supérieures pour leurs enfants.
D'un autre côté, l'historien Bernard Blandre, spécialiste de ce mouvement ayant analysé la récente résolution adoptée aux assemblées d'été de 2006, se demande s'ils « franchiront un jour ce pas »Association d'Étude et d'Information sur les Mouvements Religieux, Mouvements religieux, , juillet 2006, : On sait qu’avec le temps une secte s’assagit pour devenir une dénomination. Si l’on tient compte de l’époque de leurs précurseurs, les Témoins de Jéhovah ont au moins deux siècles d’existence ; ils ne sont toujours pas passés d’un stade à l’autre - s’ils franchissent un jour ce pas. Cette résolution marque peut-être un durcissement contre une amorce d’évolution : connu comme n’étant pas témoin de Jéhovah, je suis en relation avec plusieurs par Internet. On sait par ailleurs que dans certaines circonstances des congrégations françaises de témoins de Jéhovah ont fait des dons à des centres communaux d’action sociale, ce qui est condamné par le cinquième point de la résolution.
Sens moderne
En dehors de ces définitions non péjoratives, la classification des Témoins de Jéhovah en tant que secte au sens moderne de groupe spirituel dangereux reste très polémique. Par exemple, Jean Delumeau, titulaire de la chaire d'histoire des mentalités religieuses dans l'Occident moderne au Collège de France, s'est déclaré « plus réservé quand on emploie le mot « secte » pour […] les Témoins de Jéhovah [entre autres]Jean Delumeau : « Un mot à manier avec prudence » Interview par Véziane de Vezins, Le Figaro, mercredi 25 novembre 1998, . ». Quant à Françoise Champion, chargée de recherches au CNRS, interrogée à propos des Témoins de Jéhovah, elle a répondu : .
De même, Nathalie Luca, ethnologue et chercheuse au CNRS, et Frédéric Lenoir, philosophe et sociologue, font une distinction entre les Témoins de Jéhovah et les « nouvelles sectes », dans leur ouvrage Sectes, mensonges et idéaux : .
Alain Vivien, l'ancien président de l'ex-MILS, estime que les Témoins de Jéhovah n’appartiennent pas à la catégorie des « sectes absolues », mais à une « association religieuse qui a des aspects de dérive sectaireMax Rosereau Ph., "Le président de la MILS souhaite miser davantage sur la prévention", La Voix du Nord ».
En , Catherine Katz, secrétaire générale de la Miviludes, a déclaré à propos de l'organisation des Témoins de Jéhovah : .
Les dérives qui leur sont reprochées sont essentiellement l'isolement social des fidèles et le refus dogmatique des transfusions sanguines.
Intégration sociale
Éducation de l'enfant En France, le rapport parlementaire de 1995 classe le mouvement des Témoins de Jéhovah dans les sectes qui pratiquent « l'embrigadement des enfants sous une forme plus ou moins insidieuse ». L'UNADFI ainsi que la Miviludes dénoncent certaines interdictions comme nuisant à l'intégration sociale de ces enfants, ainsi que la conception diabolisante de la société actuelle et l'enseignement apocalyptique des Témoins de Jéhovah, qui sont parfois destructeurs pour les jeunes qui décident de ne pas devenir Témoin de Jéhovah ou qui quittent un jour le mouvement. Ils soulignent aussi les conséquences liées à l’excommunication du mouvement à laquelle peut aboutir un baptême parfois précoce des enfants, un emploi du temps chargé et le risque mortel que représente le refus de la transfusion sanguine pour les enfants, dans certains paysQuand l’intérêt de Jéhovah prime sur celui de l’enfant, sur le site de l'UNADFI et La vie quotidienne, sur le site de l'UNADFI, Rapport 2005 de la Miviludes, ou .
Le rapport parlementaire de 2006 relatif à l'influence des mineurs en milieu sectaireRapport , commission d'enquête relative à l'influence des mouvements à caractère sectaire et aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et mentale des mineurs, Georges Fenech, Philippe Vuilque, 12 décembre 2006 évoque les Témoins de Jéhovah en ce qui concerne le conditionnement et la culpabilisation des enfants ( et 36), l'emploi du temps chargé de ces enfants (), le prosélytisme indirect à l'école ( et 27), les troubles psychologiques qu'engendreraient « la séparation d'avec le monde » ( et 30), l'incapacité du développement de l'autonomie (page 32), les risques de non-dénonciation d'abus sexuels sur mineurs ( et 40), les difficultés psychologiques de la sortie du mouvement (), le problème des transfusions sanguines ( à 68 et 129 et 130).
Activités sociales