Numa Denis Fustel de CoulangesNote biographique sur Persée, né le à Paris et mort le à Massy, est un historien français.

Son ouvrage le plus connu est La Cité antique, paru en 1864. Il est aussi l'auteur de l'Histoire des institutions politiques de l'ancienne France qui a influencé plusieurs générations d'historiens jusqu'à Marc Bloch. Directeur de l'École normale supérieure et titulaire de la première chaire d'histoire médiévale à la Sorbonne, il engagea l'historiographie française dans une voie scientifique.

Précurseur de la sociologie par l'exemplarité de sa méthode, il connut une renommée certaine en Italie. Il insista dans son œuvre sur l'importance de la longue durée et relativisa l'importance du rôle de la race dans l'histoire de la France au profit de celui des institutions.

Bien avant et après la Première Guerre mondiale, les nationalistes, puis l'Action française devaient se réclamer de ses écritsVoir les rééditions des Questions contemporaines. L'Action française célèbre en 1905 avec éclat le de sa naissance. En 1926, elle crée un Cercle d'étude Fustel de Coulanges. Fustel est alors pour citer Charles Maurras : "L'historien bien français, différent des trois Reinach et des 400 Monod". Catherine Valenti L'Action Française et le cercle Fustel de Coulanges à l'école de l'Antiquité (première moitié du Anabases, 4/2006. Stephen Wilson, Fustel de Coulanges and The Action Française sur Jstor..

Quoique dépassée aujourd'hui compte tenu des recherches récentes, . L'œuvre de Fustel de Coulanges demeure aujourd'hui précieuse par sa qualité intrinsèque mais surtout par les efforts de l'auteur : essayer de reconstituer avec le plus d'exactitude possible les sentiments, les besoins et les institutions des hommes du temps passé. Son influence est importante, notamment pour ce qui est de l'interprétation du rôle fondamental des religions dans la structuration des sociétés. Le sociologue Émile Durkheim choisit de dédier sa thèse de doctorat à l'œuvre de Fustel de CoulangesFrançois Héran, L'institution démotivée. De Fustel de Coulanges à Durkheim et au-delà, Revue française de sociologie, 1987 sur www.persée.fr.. Marc Bloch lui est redevable pour ses travaux sur le Moyen Âge.

La devise de Fustel est « » c'est-à-dire « Je cherche ».

Biographie Jeunesse Numa Denis Fustel de Coulanges est issu d'une famille de la bourgeoisie de Bretagne installée à ParisGustave Chaix d'Est-Ange, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du , tome 19, pages 351 à 352 Fustel de Coulanges.. Il a pour père un lieutenant de vaisseau qui meurt peu après la naissance de son fils. Fustel est alors recueilli par son grand-père qui le fait admettre au lycée Charlemagne à Paris, grâce à l'amitié qu'il entretient avec M. MassinPaul Guiraud, Fustel de Coulanges, Paris, Hachette, 1896, p. 2. Fustel disait de M. Massin ..

Jeune lycéen, il lit les leçons de Guizot sur la Civilisation en France, qui ont ensuite une forte influence sur son métier d'historien. Il est admis à l'École normale supérieure en 1850. Dans l'ambiance d'une période idéologiquement troublée, il fréquente avec assiduité la bibliothèque de l'École.

Carrière

Nommé membre de l'École française d'Athènes, il dirige des fouilles archéologiques dans l'île de Chios, lors de son séjour en Grèce. Avant son départ, Fustel écrit à un ami : « Je ne cours pas à la recherche d'une marche oubliée de l'Acropole, je vais observer les hommes et ceux d'autrefois et ceux d'aujourd'hui ».

En 1856, Fustel de Coulanges est professeur de seconde au lycée d'Amiens ; l'année suivante, il est reçu agrégé des lettres. Le , il soutient ses deux thèses de doctorat ès lettres à la Faculté de Parishttps://eslettres.bis-sorbonne.fr/notice/Doctorant/5204, consulté le 4 décembre 2023.. La première, en français, s'intéresse à l'historien grec Polybe.. La deuxième, en latin, traite du culte de Vesta., à un moment où les questions touchant les origines indo-européennes sont très discutées.

En 1860, il est nommé professeur d'histoire à l'université de Strasbourg. Il y travaille avec son ami et ancien condisciple de l'École normale Joseph-Émile Belot.. Rapidement les cours de ce jeune universitaire sont très suivis. En 1862 et 1863, Fustel traite de « La famille et de l'État chez les Anciens » et ce cours devient un livre au printemps 1864Sur les conseils de François Guizot, Fustel postule pour un des prix Montyon de l'Académie française et l'obtient..

Fustel de Coulanges a longtemps eu une réputation de clérical et de bonapartiste. En 1876, Ernest Bersot, son prédécesseur à l'École normale supérieure, écrit au ministre de l'Instruction publique : Claude Nicolet 1889 Réflexions sur Fustel de Coulanges, Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1989..

En 1865, il signe un contrat avec Hachette, dès lors rééditions et réimpressions se succèdent régulièrement. Fustel de Coulanges désire quitter Strasbourg : .

Direction de l'École normale supérieure et première chaire d'histoire médiévale à la Sorbonne Début 1870, avec le soutien de Victor Duruy, il est nommé maître de conférences à l’École normale supérieure, dont il devient le directeur en 1880. il se rend régulièrement aux Tuileries pour donner des leçons d'histoire à l'Impératrice Eugénie.

Le , Napoléon III dépose les armes à Sedan. Lorsque la guerre arrive aux portes de Paris, Fustel de Coulanges endosse son uniforme de garde national, et monte la garde aux remparts. Après l'annexion de l'Alsace-Lorraine et la de Bismarck, Fustel polémique contre Theodor Mommsen dans une série d'articlesNombreuses rééditions ; en 1917, sous le titre de Questions contemporaines.

En 1875, il est élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques. De 1875 à 1878, il est suppléant de Geffroy, professeur d'histoire ancienne à la Faculté des lettres de Paris. et en 1878, il obtient, sur la proposition de Gambetta, la première chaire d'histoire médiévale à la SorbonneLe Moyen Âge au miroir du XIXe siècle,(1850-1900), Editions L'Harmattan, 2003 - 122 pages, p. 23]..

Il est inhumé au cimetière des Sablons, à Massy.

Œuvre et pensée historiques Enseignant capable d'attirer à lui seul de nombreux disciples par la qualité de son travail et l'ascétisme intellectuel auquel il se soumet, c'est aussi un innovateur qui engage l’historiographie sur des voies nouvelles. Pour lui, l'engagement politique, cher à Jules Michelet ou Augustin Thierry, devrait être écarté afin d'éviter toute idée préconçue et favoriser autant que possible la vérité historique. Pour lui le patriotisme est une vertu, l’histoire est une science, il ne faut pas les confondre.

Quelques questions touchant à l'Antiquité le préoccupent, en particulier celle de la propriété et de sa transmission. Mais Fustel de Coulanges se tourna en particulier vers l'histoire médiévaleAlain Guerreau Fustel de Coulange médiéviste, Revue Historique, Avril-Juin 1986.. Il chercha à établir que les institutions françaises procèdent d'une source différente du droit germaniqueLes armées prussiennes viennent en effet à peine de quitter le sol français, et les thèses de l'abbé Dubos selon lesquelles les Francs auraient été accueillis à bras ouverts par les Gaulois, ressurgissent..

Ses deux chefs-d'œuvre sont La Cité antique et L'Histoire des institutions politiques de l'ancienne France.

La Cité antique En 1864, il publie La Cité antique qui est très tôt un succès de librairie, distribué dès avant 1870 lors des remises annuelles des prix d'excellence scolaire dans les lycées de France. Fustel y met en lumière une question qui l'intéresse au plus haut point : les rapports entre la propriété et les institutions politico-religieuses. Selon lui, les anciens ne connaissaient ni la liberté de la vie privée, ni la liberté de l’éducation, ni la liberté religieuse. La personne humaine comptait pour bien peu de chose vis-à-vis de cette autorité sacrée et presque divine qu’on appelait la patrie ou l’État.

Plus spécifiquement, il s'intéresse à la question très débattue de l'origine et du développement de la religion antique, comparant les racines du culte grec à celle du culte hindou, qu'il percevait comme identiques. D'une certaine manière, il s'applique également à chasser toute confusion entre les pratiques sociales et les coutumes familiales du monde romain et du monde grec, qu'il justifie par une lecture et une analyse très fine du droit romain.

Dans la préface de La Cité antique, Fustel affirme que l'imitation maladroite de l'Antiquité par les révolutionnaires a conduit à la Terreur. La Cité antique en outre décrit en effet plusieurs de la période antique et se conclut par l'avènement du christianisme et de l'individu, ce qui fait que cette œuvre soit longtemps passée comme un hommage rendu au génie du christianisme.

L'Histoire des institutions politiques de l'ancienne France En 1889, année de sa mort, Fustel projetait de mettre sur pied un ouvrage qui couvrirait la période allant de la fin de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française. Il tomba malade, et à sa mort, il avait à peine esquissé la mise en œuvre des matériaux qu'il réunissait depuis plus de vingt ans. Son Histoire des institutions politiques de l'ancienne France fut achevée par un de ses disciples, Camille Jullian. Certains volumes, déjà entièrement rédigés, ne demandèrent que peu de reprises, comme ce fut le cas pour la Gaule romaine et les Origines du régime féodal. D'autres à peine commencés, comme Les Transformations de la royauté pendant l'époque carolingienne, publié en 1891, furent presque entièrement recomposés par Camille Jullian à partir de notes éparses.

D'autre part, Fustel tenta également de formaliser un certain nombre de ses intuitions méthodologiques.

Une histoire méthodique fondée sur le doute En 1888, dans la préface de La monarchie franque ( de l'Histoire des institutions politiques de l'ancienne France dont la publication a démarré dix ans plus tôt), Fustel de Coulanges expose les impératifs d'une méthode historique que l'historien doit selon lui respecter, les yeux : il faut Numa Fustel de Coulanges, Histoire des institutions politiques de l'ancienne France, préface au t. III, La monarchie franque, éd., 1888.. Dans L'Alleu et le domaine rural pendant la période mérovingienne (Tome IV), il insiste sur les erreurs de mot parce qu'Numa Fustel de Coulanges, Histoire des institutions politiques de l'ancienne France, t. IV, L'Alleu et le domaine rural pendant la période mérovingienne, Paris, Hachette, éd., 1914, p. 170., ce qu'il montre avec le mot « sors » tel qu'utilisé sous la monarchie franque : ce terme ne désignait pas un tirage au sort, comme le français le suggère, mais un patrimoine ou une propriété. Les « consortes » n'étaient pas des communautés agraires propres aux Germains, seulement des cohéritiers, des voisins ou des copropriétaires, trois significations héritées de la période romaine.

La même année, il laisse dans une lettre à un de ses amis un testament spirituel : .

Contestation de la notion de conquête franque Fustel est amené à dénoncer la fausseté de la thèse d'une prétendue conquête franque de la Gaule et d'autres idées connexes à cette thèse.

Fustel s’opposa à la notion de conquête franque : . Ce thème nourrit l’œuvre de Fustel pendant dix-huit ans. L’installation des Germains en Gaule fut une entre le monde romain et le monde barbare, une lente infiltration d’individus, de , autour de quelques chefs souvent improvisés ; il ne s'agit pas d’une invasion par des armées régulières, pas d'une conquête d’un État par un autre : et pour cause, les Germains ne connaissaient ni les uns les autres.