Le turc (endonyme : ou ) est une langue parlée principalement en Turquie et à Chypre. Elle appartient à la famille des langues turciques. Bien que les langues d'autres pays parlant des langues turciques, principalement des républiques de l'ancienne URSS, puissent être proches du turc sur certains aspects (surtout l'azéri et le turkmène), il existe tout de même d'importantes différences linguistiques, notamment phonologiques, grammaticales ou lexicales entre ces langues.
Au-delà de la Turquie elle-même, le turc est utilisé dans l'ancien territoire de l'Empire ottoman par des populations d'origine ottomane, turcique ou des populations musulmanes qui ont adopté cette langue. Ces turcophones sont nombreux en Bulgarie, en Grèce (concentrés en Thrace occidentale), dans les Balkans (Kosovo), dans la partie nord de l'île de Chypre (République turque de Chypre du Nord), dans le nord de l'Irak (surtout à Kirkouk), en Macédoine et en Roumanie (essentiellement en Dobroudja). C'est pourquoi le turc de Turquie est aussi nommé « turc osmanlı » (Osmanlı Türkçesi).
Le turc est, typologiquement, une langue agglutinante. Elle utilise principalement des suffixes et des infixes, mais peu de préfixes. C'est une langue SOV (sujet-objet-verbe). Elle comporte un système d'harmonie vocalique.
Classification
Le turc fait partie du sous-groupe turc, ou sous-groupe de l'Ouest, des langues oghouzes, qui comprennent le gagaouze et l'azéri. Les langues oghouzes forment le sous-groupe du sud-ouest des langues turques, une famille de langues composée de vivantes parlées en Europe de l'Est, Asie centrale et Sibérie. Certains linguistes pensent que les langues turciques font partie de la grande famille des langues altaïques. Environ 40 % des locuteurs natifs de langues turques sont des locuteurs natifs turcsKatzner. Les caractéristiques du turc, tels que l'harmonie vocalique, l'agglutination et l'absence de genre grammatical, sont universelles au sein des langues turques et des langues altaïques. Il existe un degré d'intercompréhension élevé entre le turc et les autres langues oghouzes, comme l'azéri, le turkmène, le kachkaï, le gagaouze et le turc gagaouze des Balkans.
Histoire thumb|left|100px|Inscription en vieux-turc avec l'alphabet de l'Orkhon (). Kyzyl, Russie.
Les plus anciennes inscriptions turciques connues sont les deux monumentales inscriptions de l'Orkhon, trouvées en Mongolie moderne. Érigées entre 732 et 735, en l'honneur du prince Kul Tigin et de son frère l'empereur Bilge Kaghan, elles constituent une autre importante découverte récente. Après la découverte et la mise au jour de ces monuments et d'autres dalles de pierre associées par des archéologues russes autour de la vallée de l'Orkhon entre 1889 et 1893, il a été établi que la langue sur ces inscriptions était le vieux-turc, utilisant l'alphabet de l'Orkhon. Elles ont également été appelées « runes turques » ou « runiforme » en raison de la ressemblance avec l'alphabet runique germaniqueIshjatms..
Avec l'expansion turcique au cours du Haut Moyen Âge (), les peuples parlant des langues turciques répartis en Asie centrale s'étendent dans une vaste région, de la Sibérie à l'Europe et à la Méditerranée. Au , les Seldjoukides, des Oghouzes, en particulier, introduisent en Anatolie le turc oghouze, ancêtre direct du turc moderneFindley. Également pendant le , un linguiste des langues turques, Mahmoud de Kachgar, du khanat qarakhanide, a publié le Recueil des langues turques (en turc ottoman : ) ; c'est le premier dictionnaire complet des langues turques avec également une carte de la répartition géographique des peuples turcophonesSoucek.
Turc ottoman
À la suite de l'adoption de l'Islam en 950 par les dynasties qarakhanides et seldjoukides, qui sont toutes deux considérées comme les ancêtres ethniques et culturels des Ottomans, la langue administrative de ces États a acquis un grand nombre de mots empruntés à l'arabe et au persan. La littérature turque pendant la période ottomane, en particulier la poésie ottomane Divan, a été fortement influencée par le persan, et notamment par l'emprunt de la métrique poétique et d'une grande quantité de mots importés. D’où les nombreux mots communs aux deux langues (persan et turc ). La langue littéraire et officielle au cours de la période de l'Empire ottoman (1299-1922) est appelée turc osmanlı, ou turc ottoman. C'était un langage considérablement différent ; un mélange de turc, de persan et d'arabe, largement inintelligible pour les classes moins instruites et pour les membres de la société rurale qui parlaient un « turc de tous les jours », connu sous le nom de (en français : « turc rugueux »), beaucoup plus pur et qui fut la base du turc moderne. À part une poignée d'universitaires, personne ne parle plus turc ottoman. Enfin l'influence du grec médiéval n'est pas négligeable : 15 % du vocabulaire turc sont empruntés à cette langue. Le turc est largement implanté dans d'anciennes zones propres au grec, comme Smyrne et Trébizonde. Les mariages mixtes après la conquête seldjoukide et ottomane ont accentué les apports et les emprunts au grec. Le turc a laissé aussi un certain héritage de mots au grec moderne.
Réforme de la langue et turc moderne
L'idée d'un changement d'alphabet pour les langues turciques apparut à la fin du chez le penseur persan Mirza Malkom Khan et l'écrivain azeri Mirza Fatali Akhundov.
Répartition géographique
thumb|Panneau sur la rive européenne d'Istanbul à la sortie du pont du Bosphore (photo prise pendant le marathon d'Eurasie en 2006).
Le turc est la langue maternelle des Turcs de Turquie et de la diaspora turque dans trente autres pays. En particulier, les minorités parlant turc existent dans les pays ayant appartenu (en partie ou entièrement) à l'Empire ottoman, comme la Bulgarie, Chypre, la Grèce (essentiellement en Thrace occidentale), la Macédoine du Nord, la Roumanie, et la Serbie. Plus de deux millions de personnes parlent turc en Allemagne, et il y a également une importante communauté de turcophones en France, aux Pays-Bas, en Autriche, en Belgique, en Suisse, et au Royaume-Uni . En raison de l'assimilation culturelle des immigrants turcs dans les pays hôtes, les immigrés ethniques turcs ne parlent pas tous la langue couramment depuis la naissance.
Statut officiel
Depuis la constitution turque de 1982., le turc est la langue officielle de la Turquie. C'est également la langue officielle de la république turque de Chypre du Nord., pays reconnu uniquement par la Turquie. C'est une des deux langues officielles de la république de Chypre, avec le grec..
Le turc est une des langues officielles de plusieurs organisations : le Conseil turcique, l'Organisation internationale pour la culture turque et l' (Organisation eurasienne des forces de l'ordre à statut militaire).
Le turc a un statut reconnu de langue minoritaire dans plusieurs pays : en Bulgarie, où il comprend . Il est parlé dans les régions de Burgas, Khaskovo, Kurdzhali, Smolyan, Starta Zagora et Yambol. Il fut reconnu en tant que langue minoritaire en 1991 selon la loi nationale d'éducation. L'apprentissage du turc comme première langue est possible. En Grèce, il est langue provinciale en deux provinces, et il compte environ à partir de 2014. Au Kazakhstan, il y a environ turcs, répartis dans tout le territoire. En Roumanie, le turc est une langue minoritaire reconnue qui compte à partir de 2014. Il est parlé dans les départements de Constanta et Tulcea.
Variétés
Le turc comprend les variétés anatoliennes, chypriotes, karamanli et syriennes turkmènes.
Phonétique
Consonnes + Phonèmes consonnes du turc standardType Labiale Dentale/Alvéolaire Post-alvéolaire Palatale Vélaire GlottaleNasale Occlusives Fricative Spirante () Rhotique
Dans les mots d'origine turque, les sons , , et sont en distribution complémentaire avec , , et . Les premiers sont adjacents aux voyelles antérieures, et les derniers sont adjacents aux voyelles postérieures. Cependant la distribution de ces phonèmes est souvent aléatoire dans les emprunts étrangers et les noms propres, et , , et se présentent souvent avec des voyelles postérieuresLewis (2001):3-4,6..
Le phonème , généralement appelé (« g faible »), dans l'orthographe turque, représente une consonne spirante vélaire-antérieure faible, ou une consonne spirante palatale entre voyelles antérieures. Il n'apparaît que devant une voyelle. En fin de mot ou précédant une autre consonne, il s'efface et allonge la voyelle précédente à la place.
Dans de nombreux noms qui se terminent par un post-vocalique, celui-ci devient quand une voyelle y est suffixée à cause d'une alternance consonantique. Une alternance similaire s'applique à certains mots d'emprunt qui se terminent par et ; ceux-ci deviennent respectivement et lors de l'ajout d'une voyelleL'alternance / ne s'applique généralement pas aux noms monosyllabiques. Lewis (2001):10.. Ces , , proviennent du dévoisement final de , et , et lorsqu'une voyelle est ajoutée, ces consonnes ne sont plus en position finale et ne subissent donc plus ce dévoisement.
Voyelles thumb|Voyelles du turc. Les voyelles de la langue turque sont, par ordre alphabétique, , , , , , , , La voyelle représentée par est aussi souvent transcrite par en linguistique.. Le système vocalique du turc peut être considéré comme ayant trois dimensions, les voyelles s'opposant les unes aux autres selon trois oppositions binaires : leur point d'articulation : antérieur /postérieur ; leur degré d'ouverture : fermé / moyen ou ouvert ; leur arrondissement : arrondie / non arrondie.
+ Voyelles turques Antérieures Postérieures Non arrondies Arrondies Non arrondies Arrondies Fermées Moyennes Ouvertes
Il n'y a pas de diphthongues en turc. Lorsque deux voyelles se rencontrent, ce qui se produit dans certains emprunts lexicaux à l'arabe, chaque voyelle conserve son individualité. Cependant, une légère diphtongue peut se produire lorsque deux voyelles entourent un . Par exemple, le mot (« froid ») peut être prononcé par certains locuteurs.
Harmonie vocalique La langue turque distingue deux types d'harmonie, l'une obéissant à la profondeur des voyelles et l'autre à la profondeur des voyelles et à leur degré d'ouverture. Certains traits grammaticaux sont régis par la première, d'autres par la seconde.
Le principe d'harmonie veut qu'un mot se décline avec une voyelle du même type que la dernière voyelle du mot. Toutefois, les mots turcs venus du vieux turc n'ont des voyelles que d'un seul type ; c'est donc tout le mot qui obéit à l'harmonie.
Harmonie simple Le premier type d'harmonie est connu comme l'harmonie simple ou l'harmonie en E. Elle obéit à un seul critère : la distinction de point d'articulation des voyelles (antérieures ou postérieures) débouchant sur deux déclinaisons possibles.
Elle détermine surtout le pluriel, -lar (/ɫar/, avec une voyelle postérieure) ou -ler (/ler/, avec une voyelle antérieure).
+Harmonie simpleAntérieuresPostérieuresFerméesi yɯ uMoyennese œoOuvertesaMarque du pluriel-ler-ɫar
Exemples : Çocuk /t͡ʃo'd͡ʒuk/ « enfant » obéit à l'harmonie postérieure, et prendra donc son pluriel en çocuklar /t͡ʃod͡ʒu'kɫar/. Türk /tyrc/ obéit à l'harmonie antérieure, et prendra son pluriel en Türkler /'tyrcler/.
Harmonie complexe Le second type d'harmonie, appelé harmonie complexe ou harmonie en İ, obéit à deux critères : le point d'articulation des voyelles (antérieures ou postérieures, comme pour l'harmonie simple) et leur arrondissement (arrondies ou non arrondies), ce qui débouche sur quatre déclinaisons possibles.
+Harmonie complexeAntérieuresPostérieuresNon arrondiesArrondiesNon arrondiesArrondiesFerméesiyɯ uMoyenneseœoOuvertesaDéclinaison-i-y-ɯ-u On peut illustrer l'usage de l'harmonie complexe avec la particule interrogative mi / mı / mü / mu ; quoiqu'elle soit détachée du mot qui la précède, elle obéit à l'harmonie de ce dernier. Les courtes traductions du tableau suivant en donnent des exemples.