Loblast autonome juif (en , , EAO ; en , ), souvent dénommé, et uniquement en français, le Birobidjan (d'après le nom de sa capitale), est le premier territoire juif officiel créé dans le monde. L'oblast est un sujet de la fédération de Russie situé en Sibérie (Extrême-Orient russe), à la frontière avec la Chine.
Cet oblast est fondé le à partir du kraï juif de Birobidjan et du kraï d'Extrême-Orient, avec le yiddish comme langue officielle. Il attire peu de Juifs à sa création et d'autant moins après la création de l'État d'Israël en 1948. Il conserve cependant le statut de terre d'accueil pour les Juifs de Russie. L'article 65 de la Constitution de la Russie prévoit qu'il s'agit du seul oblast autonome de la Russie. Il est ainsi l'un des deux territoires juifs officiels dans le monde, l'autre étant Israël.
Géographie
Situation Couvrant une superficie de , l'oblast autonome juif a une superficie intermédiaire entre celle de la Belgique et celle des Pays-Bas. Sa superficie est relativement petite, représentant du district fédéral d'Extrême-Orient, ce qui en fait le plus petit sujet des onze que compte le district. L'oblast se situe sur la rive gauche du fleuve Amour, partageant une part importante de la frontière russo-chinoise, avec la province chinoise du Heilongjiang. Le fleuve marque également partiellement la limite entre l'oblast avec le kraï de Khabarovsk qui le borde au nord et à l'est, tandis qu'au nord-ouest se situe l'oblast de l'Amour.
Le Birobidjan s'étale sur d'ouest en est et sur du nord au sud, en Mandchourie-Extérieure, région de la Mandchourie située en Extrême-Orient russe. La majeure partie de l'oblast est composée de plaines, de vastes marécages et de forêts marécageuses qui font partie de la plaine du Moyen-Amour. Au nord et au nord-est se situent les monts de la Boureïa et du Petit Khingan, qui culmine à d'altitude.
Climat Le climat de l'oblast est de type continental, relativement doux, comme celui de son voisin l'oblast de l'Amour, permettant ainsi la culture et l'élevage. L'hiver, les températures oscillent entre . Les précipitations annuelles sont de l'ordre de , les trois quarts tombant pendant la saison estivale.
Urbanisme
Voies de communication et transports vignette|Route fédérale R297. Fin 2022, selon Rosstat, la longueur totale des voies publiques dans l'oblast est de , dont de routes d'importance fédérale, de routes d'importance régionale et de routes d'importance locale. La longueur des routes à revêtement dur est de ( du total), tandis que la densité des voies publiques est de dans l'oblast.
Fin 2022, selon Rosstat, l'oblast compte de voies ferrées, et la densité du réseau ferré est de .vignette|Inondation de 2013 dans l'oblast autonome Juif, vue d'hélicoptère.
Répartition des terres La répartion des terres selon le rapport d'État du ministère des ressources naturelles et de l'environnement russe est la suivante : +Répartition des terres selon les catégories du code foncier russe en 2022:Répartition2022 (mille ha)2022 (%)Terres agricoles500,513,8Terres des localités45,51,3Terres d'industrie et autres fins spéciales22,00,6Terres de territoires et des objets protégés173,64,8Terres du fonds forestier2104,758,0Terres du fonds aquatique - -Terres de réserve780,821,5Total3627,1100
Population et société Démographie
+Indice de fécondité et taux de natalitéAnnée Fécondité Fécondité urbaineFécondité rurale Année Fécondité Fécondité urbaineFécondité rurale Année Fécondité Fécondité urbaineFécondité rurale1990 2,40 2,00 3,30 2000 1,24 1,12 1,53 2010 1,67 1,56 1,901991 2,15 1,76 3,00 2001 1,36 1,29 1,53 2011 1,79 1,67 2,161992 1,89 1,63 2,49 2002 1,38 1,31 1,58 2012 1,84 1,68 2,321993 1,67 1,39 2,27 2003 1,46 1,39 1,66 2013 1,86 1,68 2,341994 1,68 1,36 2,43 2004 1,45 1,39 1,60 2014 1,95 1,72 2,601995 1,51 1,27 2,14 2005 1,40 1,30 1,61 2015 2,02 1,95 2,281996 1,40 1,16 2,02 2006 1,47 1,38 1,64 2016 1,99 1,84 2,391997 1,32 1,15 1,73 2007 1,59 1,45 1,87 2017 1,81 1,76 2,001998 1,33 1,17 1,74 2008 1,72 1,59 1,98 2018 1,85 1,70 2,271999 1,23 1,09 1,56 2009 1,64 1,55 1,83 2019 1,73 1,69 1,88
Composition ethnique À son apogée à la fin des , la population juive de la région a culminé à environ , soit environ 25 % de la population totale. Lors du recensement de 2010, la population est de , soit environ 0,12 % de la population totale de la Russie, et il n'y a plus que (moins de 1 % de la population de l'Oblast), tandis que les Russes ethniques représentent 92,7 % de la population, suivis des Ukrainiens (2,8 %) ; le judaïsme n'y est pratiqué que par 0,2 % de la population..
Histoire Le problème de la répartition Après la révolution d'Octobre (1917), la Déclaration des droits des peuples de Russie proclame « l'égalité et la souveraineté des peuples de Russie ». Les Juifs sont reconnus comme une nationalité au sein de l'URSS, mais alors que la Constitution fédérale du garantit un territoire à chaque nationalité soviétique, aucune région ne leur est attribuée. En effet, il n'existe aucun territoire de l' où les Juifs représentent une majorité de la population, contrairement aux autres minorités nationales. Une forte minorité juive existe cependant dans l'ouest de l'Union, sur les anciens territoires de la Pologne, de l'Ukraine et de la Biélorussie.
Idéologie et assimilation Depuis la fin du , les tsars tentent d'organiser, sans succès, une réorientation des populations juives vers l'agriculture. L' durant les , poursuivra cette œuvre, tenter de détourner les Juifs d'URSS de leurs métiers traditionnels de petits commerçants, de prêteurs et de manufacturiers, jugés absolument contraires à l'idéologie communiste, ceci avec un succès relatifLe Birobidjan, 1928-1996 : l'histoire oubliée de l'État juif fondé par Staline.. Cependant, les paysans habitant les localités concernées n'apprécient guère de voir leurs terres investies par ces nouveaux venus, ce qui cause des tensions.
La création du Birobidjan vignette|redresse|La place centrale de Birobidjan.|alt= Dès 1928, la région du Birobidjan est réservée par décret à l'établissement des JuifsFondation du Birobidjan juif, sur le site Hérodote.. Ils sont encouragés à s'installer dans ce territoire, et le décret propose la création d'une « entité administrative territoriale nationale juive » si l'expérience est un succès. C'est chose faite à l'initiative de Joseph Staline, qui crée une « région autonome juive » en 1934, à Birobidjan à l'extrémité orientale de la Russie, à la frontière avec la Chine. Des primes incitatives sont données aux Juifs pour s'installer dans cette région peu peuplée située à plus de de Moscou. Au début, la région autonome accueille des milliers d'individus, qui doivent y organiser une certaine vie nationale juive. L'oblast a une langue officielle : le yiddish, l'hébreu étant alors une langue liturgique, donc beaucoup moins parlé par la population que le yiddish, et le pouvoir soviétique hostile aux religions en général et donc à la religion juive. La vie culturelle en yiddish se développe progressivement : un théâtre juif est créé en 1934, et un journal en yiddish, « L'étoile du Birobidjan » paraît régulièrement. Des écoles en yiddish se développent pour faire face à l'afflux de nombreux colons avec enfants..
Les raisons de la création de l'oblast sont multiples, et ont été exposées notamment par l'historien Nikolaï Bougaï dans ses nombreux articles et ouvrages sur les déplacements et la déportation des peuples d' : la volonté de permettre aux Juifs soviétiques de disposer d'un territoire pour pouvoir s'y exprimer en tant que nationalité soviétique. Ce projet était conçu comme une alternative au sionisme jugé « nationaliste-bourgeois ». Mais la population juive ne sera jamais majoritaire dans cette région autonome qui fut une « entité » politique communiste « pour le peuple juif », à l'opposé du projet officialisé en Palestine par le mandat de la Société des Nations de 1922, sur des bases « capitalistes » (voir histoire du sionisme). La politique des nationalités de l' « prouve » alors que le régime peut répondre aux aspirations juives sans soutenir un mouvement que le communisme soviétique réprouve ; la volonté de « renforcer » la zone autour du fleuve Amour, dans l'Extrême-Orient soviétique, historiquement possédée par la Chine. Et donc volonté de peupler cette région de la Sibérie supposée riche en ressources naturelles (bois, charbon, graphite) ; la volonté d'« éloigner en douceur » les intellectuels juifs du centre de la Russie, communistes ou ralliés, mais jugés peu fiables et « cosmopolites »<ref> , , , 1988, .</ref>.
Ce projet politique se poursuit après la création d'Israël en 1948 : on compte alors dans l'oblast. Dès la mort de Staline le , la population juive du territoire ne cesse de décroître, tant sous Khrouchtchev que sous Brejnev et en 1959, elle n'est plus que de 9 %, chutant même à 7 % en 1970.
Les limites et les failles du projet Le projet de la région autonome juive contient, dès son départ, de nombreux points faibles, dont les autorités soviétiques sont plus ou moins conscientes. Premièrement, la région étant très éloignée des lieux historiques de peuplement de la communauté juive russe. Il faut donc effectuer une transplantation « à froid » du peuple et de sa culture.
Deuxièmement, du fait de son éloignement, la région et sa capitale (Birobidjan) sont alors quasiment dépourvues d'infrastructures. L'afflux massif de colons prit de court les autorités locales, dépassées. L'insalubrité s'installe dans la capitale, qui n'aura pas d'égouts avant la Seconde Guerre mondiale. Le long de la rue principale en terre battue s'alignent des baraquements en bois mal étayés qui servent de maisons aux nombreux Juifs ayant choisi de vivre dans un environnement urbain. En effet, le projet de retour à la terre a lui aussi partiellement échoué : en 1939, seuls 25 % des Juifs de la région autonome juive habitent à la campagne, car un grand nombre de sols se sont révélés marécageux, parfois impropres à la culture Le Birobidjan, 1928-1996 : l'histoire oubliée de l'État juif fondé par Staline .. Les colons, issus pour la plupart des villes, rechignent en outre à apprendre un nouveau métier dans un environnement hostile, préférant se concentrer dans la capitale. De plus, la mystique du retour des juifs à la terre perdit de son importance quand les plans quinquennaux se tournèrent vers l'industrialisation de l'. Il n'est donc pas étonnant si, en 1939, la population juive ne correspond qu'à des de la région. Comme le reste de l', la région souffrit des Grandes Purges décidées par Staline, puis du nationalisme patriotique qui s'empara de la Russie durant la Seconde Guerre mondiale..
Le déclin du projet Ce sont paradoxalement la Shoah et les ravages causés par la Seconde Guerre mondiale qui redonnent vie au projet de la région autonome juive. En effet, entre 1945 et 1948, de nombreux Juifs soviétiques qui ont fui l'avancée allemande ou tout perdu durant la guerre immigrent dans cette terre soviétique promise. Près de dix mille d'entre eux s'installent dans cette région en trois ans, de 1945 à 1948. Les habitants et les responsables politiques reprennent espoir de voir la région autonome juive remplir son rôle. Mais la création de l'État d’Israël fait l'effet d'une bombe dans tout l'espace soviétique. Le projet Birobidjan perd son élan, cette fois définitivement. L’ commençant, le Birobidjan se vide lentement de ses Juifs.
Depuis 1991 Malgré des tentatives d'aide financière sous la présidence de Mikhaïl Gorbatchev, la majorité des Juifs qui restaient dans l'oblast émigre après la chute de l' en 1991. Les traces du judaïsme y sont aujourd'hui bien maigres : en 2002, il ne reste que , une synagogue, quelques inscriptions à même les façades et un journal régional en yiddish : () ou « L'Étoile du Birobidjan »Bienvenue chez nos cousins du Birobidjan, Gérard Xavier, sur le site genami..