Le tourisme sexuel est un type de tourisme pratiqué par des individus qui voyagent dans le but d'avoir des relations sexuelles à caractère commercial avec les habitants du lieu de destination. Cependant, d’autres types de relations sexuelles existant dans les lieux touristiques et qualifiées de « normales » (tourisme de rencontre, tourisme libertin par exemple) sont considérées par des auteurs comme relevant du tourisme sexuel.
Le tourisme sexuel impliquant des enfants (ou tourisme pédophile) est considéré dans tous les pays du monde comme un crime.
La diffusion des infections transmises sexuellement et du VIH/sida constitue un des effets les plus graves du tourisme sexuel.
Définition et approches disciplinaires Le tourisme sexuel est une catégorie du tourisme dans laquelle on regroupe les touristes profitant de leur séjour pour avoir des rapports sexuels financièrement négociés (en argent ou en « cadeaux »), cette pratique peut d'ailleurs être le but même de leur voyage.
La définition de tourisme sexuel est apparue vers la fin des années 1970... Elle émerge avec une prise de conscience multiple d'acteurs dans le monde, notamment . Les féministes japonaises utilisent notamment pour la première fois l'expression sex tourism pour qualifier les voyages des hommes japonais en Corée afin de consommer des prostituées, cette pratique est appelée « Kisaeng tours ».
L'une des premières prises de conscience au niveau international du lien entre le tourisme et la sexualité est déclenchée par des contre-manifestations menées principalement par des féministes thaïlandaises et japonaises qui dénoncent cette pratique lors de la conférence de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT) à Manille, en 1980. Les pays du Nord ainsi que les liens entre ces deux activités, comme l'observe le sociologue Sébastien Roux.. Les diverses condamnations de ces pratiques amènent les acteurs à définir cette catégorie touristique. Les membres de l'OMT, lors de la cinquante-deuxième session de l'institution au Caire en , rédigent la Déclaration sur la prévention du tourisme sexuel organisé, dans laquelle le tourisme sexuel est défini comme ..
Dans leur analyse des disciplines abordant le tourisme sexuel , les géographes Emmanuel Jaurand et Stéphane Leroy relèvent les différentes approches et critiques faites à l'encontre de cette catégorie de tourisme depuis les années 1970, notamment dans les pays anglo-saxons, la France s'intéressant à cet objet plus récemment notamment avec les travaux de l'anthropologue Franck Michel.. Ils rappellent ainsi la , citant notamment l'ouvrage des new-zélandais Chris Ryan et C. Michael Hall (2001), voire la possible perspective néocolonialiste occidentale de la féministe Anne McClintock ou encore pour la féministe Cynthia Enloe. Cette forme du tourisme permet également de critiquer l'activité touristique dans son ensemble, citant par exemple, les travaux de l'australien Malcolm Crick, et notamment son rôle dans la diffusion des .
Le tourisme sexuel revêt diverses formes. Il désigne non seulement la prostitution consommée par les touristes, mais également d'. Il comprend le tourisme sexuel impliquant des enfants, dit aussi tourisme pédophile, les pratiques des touristes masculins et féminins, les pratiques homosexuelles. Emmanuel Jaurand et Stéphane Leroy citent quelques autres exemples appartenant à cette catégorie de tourisme : le « tourisme de romance »., le « tourisme d’idylle » ou « tourisme de l’amour » pour qualifier les liaisons entre les femmes en provenance des pays développés et les (jeunes) hommes des pays du Sud ou encore le « tourisme libertin », auxquels peuvent être ajoutés certaines formes du « tourisme gay ».
Les formes du tourisme sexuel Le tourisme sexuel, bien que relevant principalement d'une consommation de la prostitution, revêt plusieurs formes dont le tourisme sexuel masculin, le tourisme sexuel féminin, le tourisme sexuel homosexuel, ainsi que les autres formes de tourisme liées à la sexualité, dont le tourisme libertin, le tourisme sexuel impliquant des enfants.
Ce tourisme sexuel utilise une prostitution locale préexistante, et parfois contribue à l'aggravation du phénomène de la prostitution. Dans certains pays, face à une législation contraignante, la prostitution peut prendre des formes diverses. Sébastien Roux observe, dans sa thèse de doctorat consacrée à la Thaïlande, que la prostitution dite traditionnelle est en concurrence avec des établissements de divertissement Go-go bar aux salons de massage, est soumis à une autre législation moins contraignante et favorisant tout autant les rencontres tarifées. L'anthropologue Christine Salomon distingue ces nouvelles relations qui ..
Les lieux où touristes et prostitué(e)s modernes se rejoignent sont principalement les plages, les alentours des hôtels.. ou encore les boîtes de nuit. Les prostitués masculins sont parfois appelés gigolos ou désormais beach-boys ou playboy, ou escorts, professionnels ou amateurs, parfois simplement dragueurs ou bezness en Tunisie, jinetero (jinetera pour les filles) à Cuba., buggaron ou sanky-panky en République dominicaine.., antiquaires et businessmen au Sénégal. ou encore bumsters dans la région touristique de Sénégambie ou ici..
Le tourisme sexuel impliquant des enfants (TSIE)
Le tourisme sexuel impliquant des enfants (TSIE), , ou encore tourisme pédophile, est une forme de tourisme dans lequel des individus abusent sexuellement des enfants en échange d'une rémunération. Les conséquences de cette exploitation sexuelle sont très graves pour les mineurs qui la subissent : des maladies sexuellement transmissibles, auxquels les enfants sont particulièrement vulnérables ; la grossesse ; la stigmatisation sociale ; des troubles de stress post-traumatique après un viol qui entraînent la dépression, la toxicomanie et parfois le suicide. Certains mineurs dans un mécanisme de défense contre ces troubles reproduisent à l'âge adulte le style sadique de leur proxénète et se livrent eux-mêmes au proxénétisme. Le Protocole facultatif concernant la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants reconnaît l'existence de cette forme de tourisme et engage ses signataires à lutter contre le « tourisme pédophile » ().. Les travaux préparatoires à ce Protocole prévoyaient la définition suivante ..
Tourisme sexuel féminin Très minoritaire, et longtemps occulté, le tourisme sexuel féminin se place dans la droite ligne de son homologue masculin. Franck Michel observe ainsi que ce .. Cette forme de tourisme s'est d'ailleurs observée dans la région des Caraïbes, notamment en Haïti ou en République dominicaine, avant de se déplacer vers l'Afrique.
Les films Vers le sud (2006) de Laurent Cantet ou Paradise : Amour (2012) de Ulrich Seidl ont mis à l'écran la pratique de ce tourisme sexuel féminin. Le premier met en scène une femme d'une cinquantaine d'années s'offrir la compagnie d'un jeune garçon haïtien., le second se passe au Kenya. Cette pratique, bien que peu décrite, est également une thématique abordée par l'écrivain et académicien Dany Laferrière, notamment dans ses romans La Chair du maître en 1997 et Vers le sud en 2006.
Le tourisme sexuel féminin privilégie, tout comme le tourisme masculin, les destinations du Sud, notamment le pourtour méditerranéen (Israël, Grèce, Maghreb), l'Asie (Indonésie), l'Afrique subsaharienne (Cap-Vert, Gambie, Kenya, Madagascar, Sénégal, Tanzanie), ou encore dans les îles Caraïbes (Bahamas, Cuba, Haïti, Porto Rico, République dominicaine) pour prendre leur « vacances sexuelles ».Documentaire « Cowboys in Paradise: Sex Tourism in Bali », diffusé sur le site de la Société Radio-Canada - cbc.ca..
Tourisme sexuel gay
Le tourisme sexuel gay (tourisme dans le but d'avoir des relations sexuelles) est à différencier du tourisme gay pratiqué par la communauté LGBT vers des destinations et des structures d'hébergement « gay-friendly » leur offrant des activités de loisirs et des conditions de liberté et de sécurité.
Tourisme libertin Les libertins et échangistes qui pratiquent la sexualité de groupe, libre et non tarifée, peuvent fréquenter des établissements touristiques qui leur sont réservés, des agences de voyages sont spécialisées dans ces prestations touristiques. La revue Espaces consacre un numéro en 2009 au tourisme libertin. Les auteurs définissent celui-ci comme « Tourisme libertin », Espaces tourisme & loisirs, coll. Revue ESPACES, n°267, février 2009, 50 pages (Lire en ligne)..
L'aspect libre et consenti et non tarifé permettrait ainsi de différencier cette pratique du tourisme sexuel. Toutefois, les géographes Emmanuel Jaurand et Stéphane Leroy relèvent dans un article que le sexe reste ici mais aussi que cette forme de sexualité n'est pas toujours dénuée de contrainte dans la pratique, citant notamment l'ouvrage La Planète échangiste (2005) de Daniel Welzer-Lang.
Histoire du tourisme sexuel de masse
Les guerres de Corée, du Vietnam et d'Irak ont entraîné l'établissement de zones de « repos et récréation » pour les soldats américains qui y passaient leurs congés ; la prostitution a joué un rôle central dans ces lieux de «relaxation» et favorisé la traite d'êtres humains. Le recours massif à la prostitution militaire a permis le développement d'infrastructures qui ont servi ensuite au tourisme sexuel. En effet, la disponibilité de certains « services » finit par attirer des clients locaux, dont le nombre connaît une progression importante.
Selon certains stéréotypes, il y aurait « une culture de prostitution » en Corée du Sud, en Thaïlande et aux Philippines. En réalité, explique le sociologue Richard Poulin, la prostitution a connu un essor spectaculaire du fait de son organisation systématique par des armées d'occupation, notamment par l'armée américaine durant la Guerre du Viêt Nam (1955-1975). En Thaïlande, l'augmentation du nombre de prostituées a suivi une courbe exponentielle entre 1957, où les prostituées étaient , en 1964, où elles étaient , à la suite de l'établissement de sept bases militaires des forces armées américaines dans le pays.
La Banque mondiale a incité la Thaïlande, pendant la guerre du Vietnam, à favoriser l'expansion du tourisme pour assurer une plus grande croissance économique. Ainsi, la dite « culture de prostitution » est le produit de stratégies économiques encouragées par des organisations internationales comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. En Corée du Sud, en Thaïlande et aux Philippines, ces politiques qui mettent l'accent sur le divertissement ont provoqué un fort développement des industries du sexe.
Origines des touristes et principales destinations La provenance des touristes sexuels Le tourisme sexuel concernait à l'origine principalement une clientèle issue des pays occidentaux ou des pays émergents, caractérisée par un niveau de vie élevé, qui s'orientait vers des pays du Sud, dits en développement, où la part de la population pauvre est élevée, même si la demande sexuelle locale était parfois encore plus importante.. L'anthropologue Christine Salomon observe par exemple pour le tourisme sexuel féminin en Afrique qu'. En 2006, l'anthropologue Franck Michel parle à ce sujet de « recolonisation du Sud par le Nord » ; plus généralement, le tourisme sexuel comme phénomène de masse est une des manifestations de l'inégalité économique, qui autorise, selon ce chercheur, l'exploitation et l'humiliation des femmes pauvres (quatrième de couverture).
En 2016, une étude globale indique qu'il n'y a plus de profil type, les touristes étant de diverses régions, en affaires, migrants, militaires, membres associatifs, etc. Angela Hawke et Alison Raphael, « Offenders on the move, Global study on sexual exploitation of children in travel and tourism - 2016 », ECPAT International, mai 2016, 154 pages..
Les lieux des pratiques du tourisme sexuel