(en ), parfois francisé en Ou , de son nom complet : Abû al-Mutarraf al-Nâsir li-Dîn Allah ʿAbd ar-Rahman ben Muhammad. En arabe : , ., surnommé An-NâsirEn arabe : , : « défenseur de la religion de Dieu ». (Cordoue, Les chroniques arabes andalouses ne mentionnent qu’une naissance en 277 de l’Hégire (890–891 apr. J.-C.) : Maribel Fierro, *The Routledge Handbook of Muslim Iberia*, Routledge, 2021 ; Eduardo Manzano Moreno, *Al-Andalus. The Islamic World and the Christian West*, Madrid, 2018.22 ramadan 277 H. – Madinat al-Zahra, )22 Ramadan 377 H., est émir puis calife omeyyade de Cordoue.
Il est le fils de Muhammad et de Muzna, une concubine d'origine basque. La mort précoce de son père fait qu'il succède à son grand-père Abd Allah comme émir omeyyade de Cordoue en 912, à 21 ans.. Il reconstitue un État unifié dès 917 et, ne se considérant pas le représentant de l'orthodoxie musulmane, décide alors de s'affranchir définitivement de l'autorité politique et religieuse de Bagdad en s'attribuant les titres de calife (929), Amir al-Mu'minin (« commandeur des croyants ») et al-Nasir li-din Allah (« le partisan de la religion de Dieu »). Son fils lui succède.
Biographie Jeunesse Né à Cordoue en 891, Abd al-Rahman est le petit-fils du septième émir omeyyade indépendant d'al-Andalus, Abd Allah ben Muhammad (844-912), frère de Al-Mundhir (844-888). Il a pour parents Muhammad, fils d'Abd Allah, et Muzna (ou Muzayna), une concubine basqueCertaines sources évoquent une origine franque. et de confession chrétienne. Sa grand-mère paternelle, également basque et chrétienne, est l'infante royale , fille du roi de Navarre Fortún Garcés et l'une des épouses d'Abd Allah. Par son ascendance proche, le jeune prince est donc aux trois quarts basque. Il a les yeux bleus, la peau claire et des cheveux roux (Ashqar en arabe), qu'il prend l'habitude de teindre en noir, pour se donner un air plus arabe. Ayant perdu son père très jeune, Abd al-Rahman est élevé par son aïeul jusqu'à son accession au trône.
Accession au trône L’intronisation du nouvel émir, alors âgé de 21 ans, est bien acceptée et aucune contestation ne se fait entendre. Bien que poursuivant l'œuvre de pacification de son prédécesseur, il change radicalement de politique et souhaite se montrer plus ferme vis-à-vis des gouverneurs rebelles. Contrairement à Abd Allah, qui se satisfaisait d'un tribut annuel face aux gouverneurs de province dissidents, Abd al-Rahman prévient qu'en cas de rébellion, il n'hésitera pas à reconquérir les terres perdues et à punir durement les meneurs. En contrepartie, il annonce qu'il pardonnerait à toute personne qui se soumettrait à son autorité. Bien qu'en apparence terrifiante, cette proposition est plutôt bien accueillie ; les années de guerre durant le règne d'Abd Allah ont épuisé les Andalous, les antagonismes nationaux se sont éteints avec la mort de leurs instigateurs, et les nouvelles générations n'aspirent qu'à retrouver la paix.
Règne en tant qu'émir En 913, la ville de Jaén, qui est sortie de l'autorité du sultan depuis plus de vingt ans, est reprise, les autres forteresses se rendent sans difficulté. Rapidement, les provinces d'Elvira et de Jaén sont pacifiées et les regards se tournent dès lors vers les régions du centre de la péninsule, moins imprégnées par la religion musulmane et plus farouches. Le comportement d', qui se montre équitable aussi bien envers les musulmans qu'envers les chrétiens qui déposaient les armes, l'aide dans sa reconquête et prouve sa volonté de pacifier le pays tout entier. Cependant, comme il l'a promis, il est intraitable avec ceux qui lui résistent. La forteresse de Tolox en fera l'expérience, puisqu'une partie de sa population est exécutée en réponse aux longs mois de siège qu'Abd al-Rahman a dû mener. Séville et la famille d'Ibrahim banu Hadjadj, qui avait proclamé l'indépendance, se rendent le . Abd al-Rahman reprend Carmona en 914. Mais en 915, une terrible famine frappe Cordoue, ce qui l'oblige à interrompre ses campagnes. Ce contretemps n'empêche pas toutefois la pacification de la région que ses prédécesseurs craignaient et dont sont issus les plus farouches opposants au sultan, comme Ibn Marwan. Ces victoires impressionnent les ennemis du sultan, qui déposent les armes les uns après les autres sans combattre. La pacification du pays et la destruction des poches de résistance vont durer près de dix ans. Le dernier défi d'Abd al-Rahman est la ville de Tolède, qui résiste farouchement à l'autorité du sultan depuis plus de vingt-quatre ans et qui n'est toujours pas décidée à déposer les armes. Furieux, Abd al-Rahman rassemble une grande armée au mois de , mais les chefs de la cité, comprenant qu'ils ne pourraient s'y opposer, fuient et laissent la cité sans dirigeants. Abd al-Rahman, comprenant que le siège risque de durer longtemps, bâtit une cité près de Tolède pour son armée. Affamés et délaissés par le roi de León, les habitants capitulent finalement. Abd al-Rahman est parvenu en quelques années à soumettre l'ensemble du pays et éliminer toutes les poches de résistance qui avaient si longtemps menacé l'émirat.
droite|vignette|L'Espagne à l'avènement d'.
La victoire d'Abd al-Rahman n'est pas sans conséquence, puisque celui-ci, dans sa volonté d'unir le pays, met au même plan les différentes ethnies de la société, ce qui déplaît à la noblesse arabe qui voit ses pouvoirs réduits, mais qui satisfait les Wisigoths qui voient là le fruit de leur longue résistance.
Sur le plan extérieur, l'émirat est tout aussi menacé : au nord par le royaume de Léon et au sud par un royaume d'obédience chiite, le califat fatimide. En 914, le roi de León prend les armes contre Abd al-Rahman et saccage le territoire de Mérida, puis prend la forteresse d'Alanje, après en avoir massacré la population et pillé les richesses. Abd al-Rahman, comprenant qu'il avait là une occasion de montrer sa valeur, décide de riposter, bien que le district de Mérida n'ait pas encore été pacifié. En 916 le sultan envoie son commandant Ibn Abi-Abda piller la région. En 917, une nouvelle tentative se solde par un échec, et Ibn Abi-Abda y trouve la mort. Abd al-Rahman souhaite laver l'affront, mais il est menacé au sud par les Fatimides et souhaite donc, dans un premier temps, ne pas s'exposer tant que le pays n'est pas pacifié et que le royaume de León n'est pas défait. Il n'hésite pas en sous-main à soutenir les princes arabes d'Afrique du Nord, qui ont le même ennemi que lui. Les plans d'Abd al-Rahman s'accélèrent en 918, lorsque Ordono et son allié, Sancho de Navarre ravagent les environs de Nájera et de Tudèle. Pour les arrêter, Abd al-Rahman confie le commandement de son armée au hâdjib Badr et encourage son peuple à le soutenir afin de laver l'humiliation des défaites de l'année précédente. Le , l'armée musulmane part de Cordoue, et les 13 et , les deux armées s'affrontent près d'un lieu nommé Mutonia où Abd al-Rahman remporte une victoire éclatante et venge la mort d'Abi-Abda un an plus tôt.
Ordono défait, Abd al-Rahman prend en la route d'Osma, qu'il capture sans effusion de sang grâce à une ruse. Après avoir pillé la ville, Abd al-Rahman se lance vers San Esteban de Gormaz, qu'il conquiert sans difficultés encore une fois, puis vers Clunia, qui a été désertée par la population et les armées chrétiennes. Face à cette série de succès, Abd al-Rahman entreprend d'attaquer Sancho de Navarre sur ses propres terres, ce dernier préférant s'enfuir dans les montagnes après un court combat. Cette retraite forcée aurait pu être avantageuse pour les armées chrétiennes qui, cachées dans les forêts, pouvaient attaquer l'armée d'Abd al-Rahman. Mais, ayant fait l'erreur de redescendre et d'attaquer l'armée musulmane en face à face, Sancho et ses hommes subissent une terrible défaite. Plusieurs de ses chefs sont capturés et la forteresse de , où près d'un millier de ses soldats se sont cachés, est capturée et détruite. Cette victoire considérable permet à Abd al-Rahman de rapporter de grandes richesses, notamment en vivres, mais aussi de récompenser généreusement les soldats des frontières nord de l'émirat qui autrefois étaient continuellement en lutte contre le sultan. Après trois mois d'absence, Abd al-Rahman rentre à Cordoue victorieux.
Mais cette paix est de courte durée. Ordono lance une nouvelle razzia en territoire musulman dès 921 et il prend Nájera vers 923, tandis que son allié (et oncle par alliance du calife) Sancho de Navarre capture Viguera et y massacre parmi les plus illustres familles arabes d'al-Andalous. vignette|La reprise en main de l'Émirat de Cordoue de 900 à 929.
Furieux, Abd al-Rahman n'attend pas la saison habituelle pour les combats et lance une campagne dès le mois d' et atteint le territoire navarrais dès le . Le souvenir de sa précédente campagne inspirait une telle peur dans ces contrées, que plusieurs forteresses sont abandonnées sans combats. Il passe par Cárcar, Peralta, Falces et Carcastillo puis se dirige vers la capitale de Navarre, Pampelune. Sancho tente bien de l'arrêter, mais est repoussé à chaque fois, si bien qu'Abd al-Rahman arrive rapidement à Pampelune, qui est vidée de ses habitants. La ville est pillée et ses maisons détruites. Sancho en sort humilié et son pouvoir réduit. Du côté de Léon, le risque s'éloignait aussi. mort, ses fils se disputaient le pouvoir au prix d'une longue et meurtrière guerre fratricide qui verra en 929 la mort de Sancho, puis après une paix relative, la reprise des combats deux ans plus tard. Abd al-Rahman se garde bien de s'en mêler, laissant ses ennemis s'entretuer. Profitant de l'accalmie, il écrase les foyers d'insurrection à l'intérieur de son pays et souhaite hisser l'émirat au premier rang européen en bâtissant un nouvel État sur les fondations de l’émirat.
Le martyre de Saint Pélage de Cordoue
Abd al-Rahman est accusé de se réfugier dans les délices de son harem dans ses dernières années. En effet, il est connu pour avoir ouvertement entretenu un harem masculin et féminin (comme d'autres dirigeants avant lui tel que Al-Mutamid)Encyclopedia of Medieval Iberia, ed. Michael Gerli (New York: Routledge, 2003), 398–399.. Cela a probablement influencé l'histoire polémique de son attraction sexuelle pour un garçon de 13 ans (qui sera plus tard consacré comme martyr chrétien et canonisé sous le nom de Pélage de Cordoue) qui a refusé ses avances. Cette histoire est peut-être une construction à partir de l'histoire originale où il ordonne au garçon de se convertir à l'islam. Quoi qu'il en soit, en colère, il fait torturer et démembrer le jeune homme, contribuant ainsi à la perception chrétienne de la brutalité musulmaneWalter Andrews and Mehmet Kalpaklı, The Age of Beloveds, Duke University Press, 2005; p.2.Mark D. Jordan, The Invention of Sodomy in Christian Theology, Chicago, 1997; pp.10–28..
Fondation du califat de Cordoue Depuis la chute des Omeyyades à Damas, les émirs d'al-Andalous ont laissé aux Abbassides de Baghdâd le titre de calife, se contentant jusque-là de celui de sultan, d'émir ou de fils des califes. Mais à présent Abd al-Rahman souhaite faire changer la situation. Les Abbassides, bien que souverains d'un gigantesque empire, ne dirigent pas plus loin que la région autour de Bagdad, les gouverneurs de province s'étant rendus quasiment indépendants vis-à-vis de leur calife. Plus aucune raison n'empêche les Omeyyades de reprendre la qualification qui était la leur deux siècles auparavant. Avec le titre de calife, Abd al-Rahman est conscient du respect qu'il allait acquérir auprès des peuplades africaines. C'est chose faite dès le , lorsqu'il ordonne qu'on lui attribue le titre de calife, de commandeur des croyants et de défenseur de la foi an-nâcir lidîni'llâh.