Le Kommando Agfa était un Kommando annexe du camp de concentration de Dachau comportant selon les époques de 500 à 800 femmes détenues en même tempsPierre Moulin, American Samurais WWII Camps: From USA Concentration Camps to the Nazi Death Camps in Europe, AuthorHouse, 2012, page 42Stanislas Zamecnick, C'était ça, Dachau : 1933-1945, Le Cherche Midi, mai 2013, . Elles constituaient la main-d'œuvre forcée de l'entreprise Agfa Kamerawerke alors rattachée au groupe IG Farben de Munich-Giesing, une banlieue munichoise située à de Dachau. L'usine augmenta sa contribution à l'effort de guerre allemand en fournissant la Wehrmacht à partir de 1941. Depuis cette époque, un nombre toujours accru de travailleurs forcés y fut dirigéSilke Fengler, Agfa AG, à: Historisches Lexikon Bayerns, version 19.12.2011.
Les détenues assemblaient des détonateurs d'obus de défense anti-aérienne et différents éléments de fabrication des V1 puis des V2. En , une partie des détenues refusèrent tout simplement de travailler en raison du manque de nourriture. Ce fait de résistance est assez unique dans l'histoire des camps de concentration nazis. La production de cette usine fut arrêtée le et les détenues furent évacuées. Le camp sera libéré le par l'armée américaine.
Les camps extérieurs Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, la SS déploya en Allemagne des camps de détenus destinés à soutenir leur industrie de l'armement. Le terme de camp extérieur ou commando extérieur (Außenlager ou Außenkommando) fut utilisé pour qualifier ces camps de détention placés sous la tutelle d'un camp de concentration et administré par des membres de la SS et par certains détenus à qui certaines fonctions étaient confiées comme chef de block (Blockälteste) ou chef de camp (Lagerälteste)Stanislav Zámečník: Das war Dachau. Luxembourg, 2002, , et ..
Ces Kommandos extérieurs ou formaient un réseau de camps satellites à travers toute l'Allemagne nazie. Certains d'entre eux regagnaient le camp de concentration de Dachau le soir venu pour y passer la nuitKZ-Außenlager in Bayern, Tagung, novembre 2006, Tagung: KZ-Außenlager im Ruhrgebiet, december 2009..
La plupart des détenus de Dachau furent affectés au travail obligatoire. Le camp de Dachau, l'un des plus grands et des plus ramifiés de l'Allemagne nazie, comptait 169 Kommandos extérieurs et faisait profiter de cette main-d'œuvre forcée 197 entreprises, pour la plupart dans le secteur de l'armement. Outre Agfa, des entreprises allemandes comme BMW et Messerschmitt bénéficièrent de ces travailleurs déportés.
Situation du camp
Les détenus étaient logés dans un grand complexe en U comportant quatre étages situé dans la Weissenseestrasse à Munich-Giesing. Sur son plus long côté, le bâtiment comportait plus de quarante fenêtres et sur les côtés, plus de vingt. L'une des ailes avait été détruite durant un bombardement. Dans chaque chambre vivaient de 6 à 7 femmes. L'édifice ne disposait plus de vitres depuis le bombardement qu'il avait essuyé. Au centre du bâtiment se trouvait un réfectoire en bois. Le complexe était entouré de barbelés et flanqué de quatre miradors. Le camp était à vingt minutes de marche de l'usine Agfa située Tegernseer LandstrasseLandeshauptstadt München (2015): KulturGeschichtsPfad Obergiesing-Fasangarten pag. 61Website Jan van Ommen: De vrouwen van het AGFA-Kommando in München.
Les prisonnières 220px|vignette|gauche|Des prisonnières détenues à la prison de Stadelheim travaillant dans l'usine Agfa Kamerawerke en mai 1943. Bien que des détenues furent contraintes de travailler pour Agfa dès 1941, elles revinrent tout d'abord chaque soir à Dachau. Ce n'est qu'en qu'un Kommando fut installé à Munich-Giesing. Le commandant du camp prit ses fonctions, le et le lendemain, 500 détenues polonaises quittèrent le camp de Ravensbrück pour être affectées au camp Agfa.
On sait très peu de choses au sujet de ces premières détenues polonaises. Certaines d'entre elles avaient été déportées en représailles du Soulèvement du ghetto de Varsovie survenu en 1943. L'historien allemand mentionne une Polonaise âgée de quarante ans qui y meurt, le Eiber, L. (1996). KZ-Außenlager in München, dans Dachauer Hefte 12. Konzentrationslager: Lebenswelt und Umfeld, Dachau. Mi-octobre, la moitié du contingent fut renvoyée à Ravensbrück et fut remplacé par deux cents détenues pour la plupart originaires des Pays-Bas. En , deux d'entre elles déguisées en Joseph et Marie pour avoir pris part aux festivités de Noël parvinrent à prendre la fuiteGerritsen-Heinsius, H.J., Het Agfa‐Kommando – Een poging tot reconstructie, en possession de l'Institut néerlandais d'études militaires. Réclamation contre l'image des prisonnières néerlandaises dans volume 10b de Het Koninkrijk der Nederlanden in de Tweede Wereldoorlog (Le Royaume des Pays-Bas pendant la Seconde Guerre mondiale) de Loe de Jong, basé sur Prisoners of fear de Ella LingensKerstmis 1944 in Dachau / Christmas 1944 in Dachau, partie des mémoires de Kiki Gerritsen-Heinsius sur le site de Jack van Ommen. Selon un rapport non confirmé, vingt Polonaises trouvèrent la mort lors du bombardement allié du Leuvenberg, L. Dagboek, NIOD 250g ‐ 669, 1945.
La plupart des femmes néerlandaises étaient des détenues politiques arrêtées pour leur action dans la résistance sur dénonciations effectuées par des compatriotes. Une partie importante du groupe était constituée de femmes issues du camp de Vught où elles avaient travaillé jusqu'alors pour l' pour y fabriquer des masques à gaz. En , les troupes alliées étant aux portes de Vught, le camp fut dissout. Environ 650 femmes furent déportées vers Ravensbrück. Durant ce transport, des femmes issues de la prison de Scheveningen () et du camp de Haaren furent également déportées. Un mois plus tard, 193 femmes issues des Pays-Bas et onze autres également issues de l'Europe de l'OuestDont trois Françaises: Marie Bartette, Marie Bacher et Marcelle Thuytschaever; trois Belges: Simone Guilissen, Renée Henroteaux et Marie Viceroy; une Danoise; une Britannique; une Tchèque; une Allemande et une femme dont la nationalité ne put être établie. furent affectées au Kommando Agfa tout comme cinquante femmes issues des pays de l'Est dont 21 partisanes yougoslaves. Peu avant la fermeture du camp, neuf prostituées du camp de Dachau arrivèrent au camp. Parmi les femmes néerlandaises, cinq ou six était également des prostituées. Au camp, elles rendaient parfois service en détournant l'attention des gardiensUnited States Holocaust Memorial Museum: Oral history interview with Joukje Grandia-Smits, part 3Reinders, G. (2010). Het Zakdoekje, Nijgh & Van Ditmar (2010), pages 237-240Consulter la liste des femmes détenues.
Prisonnières notoires
Marie Bartette Simone Guillissen-Hoa
Kiky Heinsius
Ella Lingens
Annie Post, épouse de
La vie dans le camp
Les premières informations concernant le Kommando Agfa ont été publiées dans l’ouvrage Prisoners of fear d'Ella Lingens. Elle était prisonnière politique et médecin à Auschwitz et séjourna quelque temps au sein du Kommando Agfa. Sa présentation de ce kommando extérieur suscita de vives protestations de la part des survivantes néerlandaises car Ella Lingens les décrivait comme naïves et présentait les faits, selon elles, de manière erronée. À sa suite, plusieurs femmes racontèrent leur propre histoire. Le récit le plus complet est celui de . La Française Marie Bartette a également mis son expérience par écrit. Toutes les femmes présentent le séjour à Munich comme une énorme amélioration par rapport à l’ « enfer » de Ravensbrück.
Les prisonnières travaillaient à la chaîne de six heures trente à dix-sept heures dans trois halls industriels. Étant donné que de jeunes Allemandes travaillaient également à cet endroit, les gardiens n’étaient pas libres de faire ce qu’ils voulaient. Ainsi, les femmes n’étaient pas maltraitées. Elles ont cependant fortement souffert de faim et de froid, des mauvaises conditions d’hygiène et d’habillement, ce qui entraîna de nombreuses maladies. Durant les nombreux bombardements elles s’abritaient dans la cave de l’usine ou du camp, alors que les Allemands se dirigeaient vers de vrais abris. En décembre et janvier le travail fut interrompu durant deux semaines à la suite de dégâts important subis par l’usine qui nécessita des travaux de réparation.
En les femmes françaises, belges et polonaises reçoivent pour la première fois des colis alimentaires de la Croix rouge internationale. Les femmes néerlandaises étaient complètement coupées de tout contact avec leur famille depuis l’évacuation du camp de Vught, elles ne recevaient ni courrier ni colis alimentaire. Le commandant du camp veilla cependant en avril qu'elles reçoivent une partie des colis en provenance de la Croix-Rouge belge. Entre elles existait une forte solidarité, principalement entre camarades de chambrées. Après le travail elles chantaient et priaient beaucoup ensemble. Elles réalisaient également des travaux de broderie, des «petits ronds» (voir illustrations). Pour cette activité, elles utilisaient entre-autres des fils tirés des vêtements et couvertures et les papiers intercalaires emballant les diverses pièces détachées des détonateurs qu'elles assemblaient.
Le chef des gardiens était le commandant Kurt Konrad Stirnweis, lieutenant de la Waffen-SS et vétéran de la Première Guerre mondialeBayerisches Hauptstaatsarchiv; München; Abteilung IV Kriegsarchiv. Kriegstammrollen, 1914-1918, deel 15401. Kriegsstammrolle: Bd. 2. in Bavaria, Germany, WWI Personnel Rosters, 1914-1918. Provo, UT, USA: Ancestry.com Operations, Inc., 2010. Dans les divers témoignages des anciennes prisonnières, il apparaît comme un homme correct. Après la guerre, plusieurs femmes ont lutté afin qu’il soit relaxé et au moins quatre d'entre elles lui ont envoyé des lettres de remerciement.
Son adjoint était le letton Alexander Djerin et il y avait dix Aufseherinnen et une Oberaufseherin.
Sabotages Les détonateurs assemblés par les femmes déterminaient l’instant de l’explosion des obus anti-aériens. Ces pièces étaient sensibles aux actes de sabotage. Régulièrement, des caisses de pièces rejetées revenaient à l’usine. Au moins une prisonnière subit un simulacre d'exécution en guise de punition. Vers la fin de leur détention, les femmes parvenaient à régler les détonateurs de telle manière que l’explosion se produisait au sol et non en l’air. Le camp fut évacué peu après, ce qui fit qu’elles ne purent plus être reconnues responsables de cet acte. Elles profitaient également de leur séjour dans les caves durant les bombardements pour uriner dans l’huile et ainsi encrasser les machines.
Grève
Durant leur séjour au camp les femmes ont eu à subir treize bombardements. En , l’acheminement de l’alimentation en provenance de Dachau était devenu trop difficile à la suite des bombardements des routes. C’est pourquoi la nourriture fut à partir de ce moment-là fournie par Agfa et la qualité s’est fortement détériorée. La soupe aqueuse fut davantage allongée et il y eut de plus en plus de cas de fièvre typhoïde, de scarlatine et de tuberculose. Étant donné qu’il fut question d’augmenter la production, les femmes néerlandaises ont spontanément entamé une grève à laquelle se sont ralliées les femmes slovènes Süddeutsche Zeitung, 24 april 2015: Ehrung für eine Aufrechte.