Louis Daniel Champy, né le à Vitteaux, mort en 1831, est un industriel français, maître de forges à Framont et Rothau dans les Vosges de 1786 à 1827, membre du Conseil des Fabriques et Manufactures sous l'Empire, et député des Vosges sous la Restauration.

Débuts alt=Forges de Framont|thumb|Forges de Framont. vignette|maison du maître de forges à Framont. Il naît en 1763 à Vitteaux, dans la Côte-d'Or, fils de Jean Champy et Jeanne Chouard, et arrive en Alsace en 1782 pour aider son oncle Bernard Chouard, régisseur des droits réunis pour la généralité et fermier des forges de Framont pour le compte du prince de Salm, dont les domaines forment alors une principauté indépendante au cœur des Vosges à proximité du Dononvoir principauté de Salm-Salm. Framont est sur le territoire de la commune de GrandfontaineGrandfontaine et Rothau ont été rattachés au département des Vosges à la Révolution, puis annexés par l'Allemagne (la frontière passait à peu de distance à l'ouest), puis rattachés au département du Bas-Rhin et comprend plusieurs mines de fer de haute qualitéDans son excellente description des minéraux de Framont, Denis Leypold parle de réputation européenne. Parmi leurs avantages, il cite la présence de tungstène (La métallurgie du fer dans le massif vosgien, p. 381 à 398). ainsi que des forges exploitées depuis des siècles. L'ensemble (mines, forges et bâtiments d'habitation) a été très bien décrit par Gérard et Marie-Thérèse FischerMines et forges à Framont-Grandfontaine, éditions Kruch, 1993.. Bernard Chouard en a repris le bail en 1778, associé à ses frères. D'abord commis aux forges, Louis Champy en assume la direction au décès de Bernard Chouard en 1786. Lors du renouvellement du bail de Framont avec le prince de Salm en octobre de la même année, il en devient l'un des fermiers, aux côtés de ses oncles Claude et Marc-Antoine Chouard. À la fin de 1788, Louis épouse sa cousine germaine, Eléonore Chouard, fille de Bernard. Le prince de Salm leur offre en cadeau de mariage un service à dessert en vermeil. Le ménage s'installe à Framont dans la confortable demeure du maître de forges (au fond sur la litho), remaniée par ses soins.

Dans les années qui suivent, Champy va considérablement développer Framont, donnant du travail à 1100 personnes, dont 400 dans l'usine, le reste dans les mines et les bois. Sa production est en 1789 de de fonte et 9000 quintaux de fer, plus du double de forges importantes comme Audincourt ou BelfortPhilippe Champy, La vente par la nation des forges de Framont, .. Seul, le Creusot a une capacité supérieure mais n'aura plus sous la Révolution qu'un seul haut fourneau en activité sur quatre. Comme l'écrit l'ingénieur Cavillier, les forges de Framont étaient sous la Révolution les plus importantes de France par la production.

Champy se mêle peu de politique, sauf pour adhérer à la Société des Amis de la Constitution à Strasbourg, aux côtés de Frédéric de Dietrich et de son oncle Michel ThomassinMichel Thomassin avait épousé la sœur de madame Bernard Chouard. Adjoint au maire de Strasbourg, Frédéric de Dietrich, qu'il défendit vigoureusement quand les jacobins l'attaquèrent, il fut sous l'Empire président du Conseil général (voir sa notice NDBA).. Cependant, un décret d'interdiction des exportations de blé à destination de Salm pris en le force à sortir de sa réserve. Les habitants de la principauté menacés de famine lui demandent d'aller avec deux collègues plaider leur cause auprès de la Convention. Il passe plusieurs semaines à Paris mais n'obtient rien des autorités. Force est de demander la réunion de Salm à la France, accordée par décret le . Il lui reste à boire le calice jusqu'à la lie : accueillir trois envoyés de la Convention venus s'assurer du zèle révolutionnaire de ces nouveaux citoyens. Ce sont Goupilleau, Michel et le féroce Couthon qui sont désignés. On sait par le témoignage de Goupilleau que Louis Champy se met en quatre pour les accueillir chez lui, leur faire visiter les forges et les accompagner jusqu'à Strasbourg. Moyennant quoi, il est qualifié d'excellent citoyen et Goupilleau ne tarit pas d'éloges sur luiPhilippe Champy, La vente par la nation des forges de Framont, , note 21. Les notes de Goupilleau sont conservées à la B.M. de Nantes . Pour parfaire son image, il sacrifie sur l'autel de la patrie quelque menue vaisselle d'argent. Il a pour l'instant gardé dans sa poche sa carte maîtresse : le caractère stratégique des forges en période de guerre !

Revenons aux affaires : Louis Champy avait un bail avec le prince de Salm qui se terminait en 1796. Or, d'un commun accord avec le prince, il décide en de négocier par anticipation le bail 1796-1805, dont il sera le seul preneur. L'épisode est très étonnant et on pourrait se perdre en conjectures sur leurs motivations respectives, si l'on ne savait qu'au début de 1792, le prince de Salm avait entamé une procédure d'échange de sa principauté avec le gouvernement français. Il semble donc que ce bail, signé le , était surtout destiné à rendre service à son fermier. Naturellement, le rattachement de Salm à la France en 1793 implique la nationalisation des mines et forges. Mais Champy réussit à faire entériner le nouveau bail par le directoire du département au prix de quelques modifications mineures. Les commentaires de l'administration provisoire de SenonesPhilippe Champy, La vente par la nation des forges de Framont, méritent d'être cités : L'affection connue du ci-devant prince pour le citoyen Champy est motivée par une conduite loyale envers lui et obligeante envers les peuples... Cette affection ne paraît cependant pas avoir fait oublier au prince qu'il devait concilier ses inclinations particulières avec l'intérêt des domaines qu'il administrait. Les précautions qu'il a prises en demandant des renseignements à ses officiers chargés en son nom de cette administration, viennent à l'appui des motifs allégués par Louis Champy pour justifier la légitimité de son nouveau bail. Ce dernier explique dans un mémoire de qu'il avait besoin d'un délai de quatre ans pour préparer les investissements, les contrats d'approvisionnement et de vente, un argument qui laisse sceptique quand on sait que les précédents baux avaient été négociés un an environ avant leur entrée en vigueur, mais l'administration l'accepte. Voilà donc Champy fermier des forges nationales.

Extension des affaires alt=Château de Rothau|thumb|Château de Rothau. alt=lac de la Maix à Vexaincourt|thumb|Lac de la Maix à Vexaincourt. vignette|Clos de la Maréchale (photo lefrancbuveur.com). L'étape suivante, on la devine aisément. Bien national, Framont est mis en vente en 1796. La loi du a grandement facilité les choses : les ventes sont maintenant autorisées sans enchères, sur soumission, le prix étant fixé par des experts représentant les deux parties ; quant au paiement, il se fait en mandats territoriaux dont la valeur diminue chaque jour. À l'époque, Framont produit mille six cents tonnes de fonte, mille tonnes de fer en barres et huit cents tonnes de tôles, avec deux hauts fourneaux et cinq feux de forge. Au cours de l'été, Louis Champy dépose une soumission pour 174.000 livres et c'est son cousin Étienne, directeur des forges, qui mène la négociation pour son compte. Finalement, les experts fixent le prix de vente à 187.700 livres, accepté par l'acheteurPhilippe Champy, La vente par la nation des forges de Framont, à 106. L'acte est signé le . À partir des tables de dépréciation du mandat établies l'année suivante, on a pu calculer le prix réel payé pour Framont : moins du tiers de l'expertise, qui était déjà très modérée. À la décharge de Champy : il n'a fait que saisir une occasion offerte par la législation en vigueur et il a eu le souci avéré de compenser l'insuffisance de ce prix. Il s'est d'abord tourné vers le prince Constantin de Salm qui vivait depuis 1791 dans son château d'AnholtCe beau château-hôtel-musée abrite ce qui reste des splendides collections de peintures des princes, amputées de tout ce qu'ils n'avaient pas pu emporter à leur départ en 1791. Hélas, une partie du restant, dont un Rembrandt, fut détruite dans l'incendie de la préfecture des Vosges en 1808. Ce qui n'a pas brûlé est conservé au musée d'Épinal. Voir l'Essor de Schirmeck, décembre 1987, le Figaro magazine du 28 mai 1988, le catalogue de l'exposition de 1993 à Epinal, ainsi que l'ouvrage de Paul Chevreux, La galerie de peintures des princes de Salm. en Westphalie, mais ce dernier avait été indemnisé comme les autres princes possessionnés par les négociations de Ratisbonne. Du coup, d'un commun accord avec le prince, Louis Champy a décidé de financer les bonnes œuvres localesPhilippe Champy, La vente par la nation des forges de Framont, . Le témoignage du préfet Boula de Colombiers est capital., dont celles du célèbre pasteur Jean-Frédéric Oberlin qui n'attendait que cela ! Ce dernier l'a ainsi largement mis à contribution pour le financement de ses fameuses salles d'asile, en fait, des écoles maternelles.

En dehors de Framont, Champy n'a fait qu'un seul achat de bien national : le territoire des Hautes Chaumes et du lac de la Maix, vaste (637 hectares) mais peu productif, à proximité de l'ancien château de Salm où une dalle gravée garde le souvenir du passage de ses oncles Chouard en compagnie du prince souverain en 1779. Mais il n'a pas arrêté là ses acquisitions. Resté proche des Dietrich, il leur a racheté en 1799 pour 140.000 francs les forges de Rothau voisines, qui produisent aussi des fers de qualité (800 tonnes par an) et comptent environ 300 ouvriers, un haut fourneau et trois feux de forge. Rothau et Framont seront sous l'Empire les fournisseurs privilégiés des industries d'armement locales : manufactures de Klingenthal et de Mutzig, ou arsenal de Strasbourg. En 1805, il a repris le bail du domaine de Turquestein, anciennement à la famille de Beauvau, situé au nord de Framont et sur un autre versant du DononAlfred Benad, La seigneurie de Turquestein, l'Essor de Schirmeck, septembre 1992, p. 19. Et en 1810, il a acheté la petite forge de Grendelbruch, un peu plus bas dans la vallée de la Bruche.