thumb|right|Port Saint-Louis selon Dom Pernety. L’occupation française des îles Malouines, établit à Port Saint-Louis le premier établissement permanent sur l'archipel des îles Malouines. Le royaume d'Espagne, qui considérait les Malouines comme faisant partie de ses possessions en Amérique, proteste contre la présence française et, au terme d'une courte négociation, il obtient le transfert de Port Saint-Louis, renforçant ses droits souverains. Le gouvernement britannique ne protestera à aucun moment, ni contre la présence française ni contre le transfert de la colonie à l'Espagne.

Intérêt français pour les îles Malouines thumb|right|Étienne François de Choiseul, ministre et homme de confiance de Louis est alors l'architecte de la politique étrangère de la France. La guerre de Sept Ans (1756-1763) signifie pour la France la perte d'une grande partie de ses possessions coloniales en Amérique du Nord au profit de la Grande-Bretagne, à la suite de la signature du traité de Paris en 1763.

À la suite de la signature de ce traité, Étienne François de Choiseul, chargé par Louis de la politique étrangère de la France, entreprend la reconstruction de l'empire colonial français, en créant de nouvelles colonies, dans des lieux encore inoccupés par les États européens. Les colonies d'outre-mer ne suscitent alors pas beaucoup d'enthousiasme à la Cour de Louis , pour autant Choiseul comptait entièrement sur sa relation personnelle privilégiée avec le roi pour mener à bien ses plans. La reconstruction de l'empire colonial français exigeait d'éviter toute confrontation avec l'Espagne et la Grande-Bretagne, jusqu'au moment où la France aurait récupéré ses capacités militaires.

Dans ce contexte, la proposition de Louis Antoine de Bougainville d'effectuer une expédition aux îles Malouines suscite l'intérêt du gouvernement français. Les îles étaient connues des navigateurs et commerçants de Saint-Malo, qui les avaient baptisées Malouines en hommage à leur ville. Bougainville propose de financer l'expédition sur ses propres deniers.

Bougainville décrira dans ses Mémoires l'importance de cet établissement et soulignera les intérêts britanniques dans la région :

Expédition thumb|right|Reproduction de l'inscription de la médaille installée sur l'obélisque de Port Saint-Louis en 1764. Le , l'expédition de Bougainville, qui avait obtenu le consentement de Louis quitte Saint-Malo avec pour objectif d'établir une colonie dans les îles Malouines. L'expédition est composée de deux navires, emportant des provisions et des familles acadiennes qui avaient été chassées de Nouvelle-France.

L'expédition fait escale à Montevideo, où Bougainville est reçu par le gouverneur de la place, José Joaquín de Viana. Bien que l'Espagne et la France étaient des alliés, et étaient unies par le Pacte de famille, les Français n'étaient pas autorisés à former des colonies en Amérique du Sud. Le gouverneur espagnol tente de trouver la raison et le but de l'expédition, mais les Français le lui dissimulent, indiquant qu'ils se dirigeaient dans les Indes. Cependant, Viana alerte ses supérieurs à Madrid sur le passage de Bougainville par Montevideo.

Louis Antoine de Bougainville atteint les îles Malouines le .

Port Saint-Louis thumb|right|Louis Antoine de Bougainville, le premier colonisateur des Malouines. L'établissement de Bougainville est le premier établissement permanent dans l'archipel. Le fort militaire de Port Saint-Louis est érigé le et la cérémonie formelle de prise de possession a lieu le de la même année. L'acte de possession est ratifié par Louis le , faisant valoir que les îles avaient été découvertes par des marins de Saint-Malo, et qu'ils avaient donné leur nom aux Malouines.

Dom Pernety, le religieux et naturaliste de l'expédition, est émerveillé par la flore et la faune de l'archipel. Il se montre également très enthousiaste sur les possibilités offertes par ces îles. Dans ses notes, il assure que : « (…) langue d'otarie est préférable à la langue de bœuf et les ragoûts de pingouins sont aussi bons que ceux de lièvre. »

Port Saint-Louis est fondé avec 29 colons. Le , Bougainville entreprend de rentrer en France pour y chercher davantage de provisions et de nouveaux colons. Il réalise un second voyage, début 1765, transportant . Ainsi, la population de l'archipel s'élevait à . Bougainville reste aux Malouines entre janvier et (l'été austral). Pendant cette période, il explore la côte patagonne à la recherche de boisLes îles Malouines ne disposent pas d'espèces d'arbres indigènes..

Incursion britannique Le , un an après l'arrivée de Bougainville, alors que l'archipel était déjà occupé par la France et, par conséquent, n'étant pas disponible pour l'occupation par un autre État (n'étant pas une terra nullius)L'occupation n'est valable que sur une terra nullius. Hope cite, entre autres, la sentence arbitrale sur l'île Clipperton :« Occupation is an act of appropriation by a State through which it intentionally acquires sovereignty over such territory as is at the time not under the sovereignty of another State… »« L'occupation est un acte d'appropriation par un État, à travers lequel il acquiert volontairement la souveraineté sur un territoire qui à l'époque n'est pas sous la souveraineté d'un autre État… » le commodore britannique John ByronJohn Byron est le grand-père du célèbre poète Lord Byron. arrive sur la petite île Trinidad, île du nord-ouest de l'archipel, baptisée par les Britanniques Saunders Island, et réalise une cérémonie de prise de possession dans un endroit qu'ils nomment Port Egmont. Byron souligne l'importance du site pour la construction d'une base militaire :

Le gouvernement britannique affirme que, au moment d'envoyer l'expédition de John Byron, il n'avait pas connaissance de la présence française dans les îles.

Protestations et négociations diplomatiques Jerónimo Grimaldi, secrétaire d'État de l'Espagne, soupçonne l'existence d'une colonie française aux îles Malouines par les rapports qu'il reçoit de José Joaquín de Viana depuis Montevideo. Les soupçons se confirment lorsque la nouvelle est publiée dans la Gazette de Hollande le . Grimaldi proteste auprès de Choiseul et exige la reddition de la colonie. L'Espagne considérait que les terres adjacentes à un continent ne pouvaient être occupées sans le consentement du « propriétaire » de ce continent et que les îles Malouines avaient été reconnues – et devaient être reconnues – comme adjacentes à ses côtes. Mais il offre également de racheter la colonie, ce qui pourrait indiquer que les Espagnols n'étaient pas sûrs de la validité de leur réclamation.

Louis finit par céder aux protestations espagnoles et ordonne que l'établissement de Port Saint-Louis cédéRebaptisé Puerto Soledad par l'Espagne, un nom qui sera maintenu par l'Argentine, considérant que les titres espagnoles étaient supérieurs. La France était prête à abandonner sa revendication sur les îles Malouines, mais souhaitait que l'Espagne les occupe afin d'éviter l'installation sur place de la Grande-Bretagne, leur ennemi commun. Jerónimo Grimaldi commente :

À son retour des Malouines, Bougainville est informé de la décision de transférer la colonie à l'Espagne. Il reçoit l'ordre de se rendre à Madrid pour établir les bases d'une résolution. Sans enthousiasme, il part pour Madrid en .

La France ne revendiquera jamais plus de droits souverains sur les îles Malouines après le transfert de Port Saint-Louis.

Transfert à l'Espagne En , Bougainville reçoit en compensation des dépenses engagées pour établir Port Saint-Louis. lui sont payées à Madrid et le reste à Montevideo.

Dans le document de transfert, Bougainville accepte que son établissement était illégitime et qu'il avait été construit sur des îles appartenant à l'Espagne :

Le , Felipe Ruiz Puente reçoit la responsabilité de l'établissement, qui administrativement était devenue une dépendance de la Capitainerie générale de Buenos Aires.

Notes et références

Notes

Références

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes Histoire des îles Malouines Souveraineté des îles Malouines

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