La guerre Dzoungar-Qing (, ou , 1687 – 1758) est un ensemble de conflits entre d'une part les Mongols du khanat dzoungar et d'autre part les Mandchous de la dynastie Qing, qui dirigent la Chine, aidés par leurs divers vassaux mongols. Les combats se déroulèrent sur une large partie de l'Asie centrale, incluant l'actuelle Mongolie centrale et orientale, ainsi que les régions autonomes du Tibet et du Xinjiang et la province du Qinghai de la Chine actuelle.

Les victoires des Qing débouchent sur une nouvelle inclusion de fait de la Mongolie extérieure, et du Tibet dans l'Empire chinois, ce qui durera jusqu'à la chute de la dynastie en 1912. En parallèle, les chefs tribaux du Haut-Altaï font sécession du Khanat dzoungar en 1756 pour rejoindre l'Empire russe afin de ne pas être envahis par les Qing.

Situation avant le conflit

Après l'effondrement de la dynastie Yuan en 1368 (remplacée par la dynastie Ming), les Khans mongols qui dirigeaient alors la Chine se retirent en Mongolie. À partir de cette date, leur dynastie est connue sous le nom de dynastie Yuan du Nord. Au fil du temps, l'État mongol se désintègre en une série de Khanats, dirigés par divers descendants de Gengis Khan. En 1632, la dynastie Qing vainc Ligden Khan, le khan de la tribu des Tchakhars et dernier Khagan des Yuan du Nord, qui meurt en 1635. Cette victoire permet à la dynastie mandchoue d'annexer la Mongolie-Intérieure, mais la Mongolie-Extérieure, contrôlée par les Oïrats alors gouvernés par le clan Tchoros, continue d'échapper à leur contrôle. En 1640, les Oïrats Dzoungars gouvernés par Erdeni Batur et Zaya Pandita organisent une conférence pan-Oïrats-Mongols, à laquelle participent toutes les tribus Oirats et Mongoles, en dehors de celles qui obéissent aux Qing. Cette conférence se solde par un échec. Dans les années 1650, le Khanat dzoungar, un État oïrat centré sur la Dzoungarie et la Mongolie extérieure, devient le khanat le plus puissant de la région. Il est souvent en conflit avec les Mongols Khalkhas de la Mongolie intérieure, c'est-à-dire les tribus des anciens dirigeants de feue la dynastie Yuan du Nord. En 1670, Galdan Boshugtu Khan accède au trône du Khanat après la mort de son frère Sengge. Il lance une série de campagnes victorieuses qui lui permettent d'étendre son territoire jusqu'à l'est du Kazakhstan actuel et au nord du Kirghizistan actuel, jusqu'à la Sibérie du sud. Grâce à une habile diplomatie, Galdan maintient des relations pacifiques avec la dynastie Qing, tout en établissant des relations avec l'Empire russe. Cependant, la situation change lorsque le frère de Galdan, Dorjijab, est tué en 1687 dans une escarmouche avec des troupes fidèles au khan des Khalkhas. Galdan utilise ce décès comme prétexte pour lancer une invasion à grande échelle de la Mongolie extérieure, et détruit plusieurs tribus Khalkhas lors de la bataille d'Olgoi Nor (lac Olgoi, ) en 1688, ce qui provoque la fuite de vingt mille réfugiés, qui partent vers le sud en territoire QingPeter C. Perdue, China Marches West:The Qing Conquest of Central Asia, pg. 149.

Les dirigeants Khalkhas vaincus, s'enfuient donc à Hohhot et demandent l'aide des QingNew Qing Imperial History:The Making of an Inner Asian Emire at Qing Chengde, Ruth W. Dunnell, Mark Elliot, James A. Millward, pg. 99. Entre-temps, les Qing ont signé un traité de paix avec les Kazakhs vivant sur leur frontière nord, ces derniers étant auparavant des soutiens de Galdan. En 1689, l'Empire russe et la Chine signent le traité de Nertchinsk, qui fixe la frontière entre les deux pays au nord de la Mandchourie et met fin à tout risque d'alliance entre Galdan et les RussesThe Tea Road:China and Russia Meet Across the Steppe, pg. 106, Martha Avery. Dès lors, les Qing ont les mains libres pour attaquer leurs rivaux mongols, afin d'éviter la création d'un État mongol unifié dirigé par les Dzoungars hostiles. Les Qing peuvent maintenant tourner leur puissante machine de guerre contre les OiratsThe Sichuan Frontier and Tibet:Imperial Strategy in the Early Qing, 44,45, Yincong Dai.

Entre 1678 et 1680, les Dzoungars ont conquis et subjugué les Ouïghours lors de leur conquête de l'Altishahr. Ils se sont lancés dans la conquête de cette région, après avoir été invités par les Ak-Taghlik, une puissante famille locale, à envahir le khanat de Yarkand, dernier avatar de l'ancien khanat de Djaghataï. Après leur victoire, les Dzoungars imposent de lourdes taxes aux Ouïghours, provoquant un ressentiment au sein de la population. Cela conduit à des soulèvements qui vont faciliter la tâche des Qing, les rebelles ouïghours de Tourfan et Kumul finissant par aider la dynastie chinoise dans sa guerre contre les Dzoungars.

Durant le conflit, les Dzoungars utilisent des Zamburak, des unités de canons portatifs montées sur des chameaux, pour combattre les troupes Qing, notamment lors de la bataille d'Oulan BoutoungMillward 2007, .. En fait, tout au long du conflit, les Qing et les Dzoungars utilisent des armes à feu, comme des fusils et des canons, les uns contre les autresMillward 2007, ..

Première guerre Dzoungar-Qing

La première guerre Dzoungar-Qing est un conflit militaire qui se déroule pendant les années 1687 à 1697, entre le Khanat dzoungar d'une part et une alliance de la dynastie Qing et des Khalkhas du Nord, rémanence de la dynastie Yuan du Nord, d'autre part.

Les Khalkhas de Mongolie du Nord se soumettent aux Mandchous en 1691, ceux-ci y appliquent alors le régime des ligues et bannières. En 1688, ils sont attaqués par les troupes du Khanat dzougar et subissent une lourde défaite. Leurs dirigeants et vingt mille réfugiés fuient vers le sud pour rejoindre les territoires contrôlés par la dynastie Qing, qui craint le pouvoir croissant de l'État dzoungar. Motivés par la possibilité de prendre le contrôle de la Mongolie et par la menace que représenterait pour eux un État mongol fort et unifié par les Oïrats, les Qing lancent une expédition militaire dans le nord pour soumettre les Dzoungars en 1690.

Peu de temps après le début de la campagne, les éclaireurs Qing attaquent ce qui semble être un groupe de Dzoungars au nord de la Grande Muraille. Cependant, il s'agit en réalité de la principale armée Dzoungars, qui détruit facilement le détachement des QingPeter C. Perdue, China Marches West:The Qing Conquest of Central Asia, 153. Pendant ce temps une grande armée Qing dirigée par le prince Fuquan avance vers le nord et pénètre en Mongolie-intérieure, espérant piéger et écraser l'armée Dzoungars, qui est très mobile et donc très difficile à localiser. Mais Fuquan est ralenti dans sa marche par le mauvais temps et le terrain difficile. Il faut douze jours aux troupes Qing pour traverser le désert de Gobi, et les chevaux sont épuisés après un tel voyage. À court de provisions, les Qing affrontent finalement les Dzoungars à Oulan Boutoung en . Bien que les troupes chinoises soient 5 fois plus nombreuses que celles des Oïrats, ces derniers repoussent deux assauts des Qing, qui bénéficient pourtant d'un appui de leur artillerie, en formant un mur de chameaux, et s'échappent dans les collines. Le commandant Qing revendique la victoire, mais son incapacité à détruire complètement les forces Dzoungars entraîne son renvoi et sa retraite anticipéeThe Cambridge History of China, Willard J. Peterson, pg.154. De son côté, Galdan prend le contrôle de la Mongolie depuis le fleuve Selenga au nord jusqu'à Khalkhyn Gol au sudHistorical Dictionary of Mongolia, Alan Sanders, pg. 288, Scarecrow Press.

Il s'ensuit une pause dans le conflit. Les khans Khalkhas se déclarent vassaux Qing à Dolon NorIl s'agit du site de Shangdu, le palais d'été des empereurs Yuan, rasé sous la dynastie Ming en 1691, une étape politiquement décisive qui met officiellement fin aux derniers vestiges de la dynastie Yuan du Nord. Dès lors, les Qing peuvent endosser le costume de khans des Gengiskhanides et intégrer les troupes Khalkhas dans l'armée QingJ. Millward, Eurasian Crossroads:A history of Xinjiang, pg. 91. L'empereur Kangxi est maintenant déterminé à exterminer Galdan. Les négociations entre les deux parties ayant été stériles, les Dzoungars se préparent à l'affrontement à venir en se lançant à la recherche d'alliés : ils font des ouvertures aux Russes et à divers princes mongols, mais en vainPeter C. Perdue, China Marches West:The Qing Conquest of Central Asia, 177-180. De son côté, Kangxi prépare la logistique complexe nécessaire pour soutenir une expédition, qui est prévue pour 1696. Cela comprend l'achat de , chacune transportant six cargaisons de grain.

Trois armées finissent par avancer vers le nord en 1696 :

La première, commandée par Fiyanggu, est forte de et doit être renforcée par . Son objectif est de piéger Galdan La seconde, commandée par Kangxi en personne, compte et canons à dos de chameau. La troisième, qui compte , s'arrête plus à l'est et, finalement, ne joue aucun rôle dans la campagne.

L'armée des Dzoungars, fortement surpassée en nombre et affaiblie par la maladie, n'est pas en mesure d'offrir une résistance sérieuse. L'armée de Galdan attaque les troupes de l'armée de l'ouest lors de la bataille de Jao Modo en , mais elle est vaincue de justesse, quoique de manière décisive. L'armée Dzoungars, dépourvue d'artillerie, a beaucoup souffert des tirs de mousquets et de canons chinoisWars in the Age of Louis Xiv, 1650-1715, C.J.Nolan, p.g. 224. La bataille se termine par une victoire pour l'armée Qing, qui s'empare de et , et capture, tue ou disperse tous les soldats de l'armée dzoungare, sauf . L'armée dzoungare est donc totalement détruite à l'issue des combats. Galdan lui-même réussit à échapper à un encerclement ennemi, en partie grâce à une contre-attaque menée par sa femme, la reine Anu. Cette dernière est tuée au cours des combats et Galdan s'enfuit vers l'ouest dans les monts de l'Altaï. Plus tard, il essaye de se rendre aux Qing, mais meurt de maladie en 1697, avec seulement quelques fidèles à ses côtésPeter C. Perdue, China Marches West:The Qing Conquest of Central Asia, 148- 189.

Après la guerre, une garnison Qing est installée dans la région d'Oulan-Bator et la Mongolie extérieure tombe sous la domination Qing. D'autre part, Tsewang Rabtan, un chef Oirats qui est un ennemi de longue date de Galdan, a fourni des renseignements aux Qing à plusieurs reprises pendant la guerre. Après la victoire des Mandchous et la mort de son rival, c'est lui qui devient le nouveau Khan des Dzoungars. Mais même si les Qing ont réussi à écarter la menace que représentaient les Dzoungars durant les années 1690, ils ne les éradiqueront pas complètement avant de les avoir à nouveau vaincus lors de guerres ultérieures, plusieurs décennies plus tard.

Expédition des Qing au Tibet (1720)

En 1642, Güshi Khan, le fondateur du Khanat qoshot, renverse le prince de l'Ü-Tsang et fait du dalaï-lama, Lobsang Gyatso, la plus haute autorité spirituelle et politique au TibetRené Grousset, The Empire of the Steppes, New Brunswick 1970, . C'est le début du régime connu sous le nom de Ganden Phodrang. Tsewang Rabtan envahit le Tibet en 1717, dépose Kelzang Gyatso, le prétendant au poste de dalaï-lama soutenu par Lkhazan Khan, le dernier souverain du Khanat qoshot, et tue ce dernier, ainsi que toute sa famille. En 1718, il détruit également lors de la bataille de la rivière Salween une petite troupe Qing que l'empereur Kangxi avait envoyée pour dégager les routes commerciales traditionnellesMullin 2001, . En réponse, Kangxi envoie une expédition militaire au Tibet, avec des forces tibétaines commandée par Polhané Sönam Topgyé de l'Ü-Tsang et Kangchennas (également écrit Gangchenney), le gouverneur du Tibet occidentalMullin 2001, Smith 1997, . Cette armée expulse les Dzoungars du Tibet en 1720, événement qui marque le début du contrôle du Tibet par la dynastie Qing, qui dure jusqu'à la chute de ladite dynastie en 1912.

Troisième guerre Dzoungar-Qing