vignette|redresse|Armoiries de la famille Tocco. La maison Tocco (pluriel en italien : Tocci, en grec : Τόκκοι) est une importante famille princière souveraine du Bénévent d'origine longobardienne. Elle s'illustre au cours de la fin du et au dans l'ouest de la Grèce où elle règna sur les Îles ioniennes, comprenant entre autres les îles de Céphalonie, Corfou, Cythère, Ithaque, Leucade, Paxos et Zante et sur le despotat d’Épire. La maison Tocco était alors l'une des familles les plus influentes et puissantes de toute la région correspondant à l'actuelle Grèce. Elle se lia notamment par le biais d'alliances matrimoniales avec de grandes familles nobles, parmi les plus importantes d'Europe, comme les Sanseverino, Caracciolo, Carafa, Pignatelli Ruffo, des Baux ou encore les dynasties d'empereurs Paléologue et ottomane. Par le mariage entre Théodora Tocco et Constantin Paléologue, dernier empereur byzantin et donc dernier empereur romain de l'histoire, les Tocco se sont affirmés comme les héritiers des empereurs de l'Empire romain d'Orient.

La famille donna, outre des despotes d'Epire et des comtes palatins de Céphalonie et de Zante, des grands d'Espagne, des princes d'Acaya, des princes de Montemiletto, des ducs de Leucade, des ducs d'Apice ou encore des ducs de Popoli.

Les premiers membres connus de la famille sont mentionnés au à Bénévent, bien que les généalogies des Tocco affirment une origine bien plus ancienne, avec des liens, forgés, avec les anciens rois goths Théodoric le Grand et Totila, ainsi qu'avec l'ancien roi épirote Pyrrhus. Des membres de la famille occupèrent diverses fonctions importantes sous les dynasties Hohenstaufen et angevine au royaume de Sicile. En récompense de sa loyauté envers les princes angevins de Grèce, tels que les empereurs latins titulaires et Robert de Tarente, Leonardo I Tocco se vit octroyer, vers 1357, le comté palatin de Céphalonie et Zante, îles situées au large de la côte ouest de l'actuelle Grèce.

Le fils et successeur de Léonard , , devint despote d'Épire en 1411, un titre octroyé par l'empereur romain d'Orient, car il était le successeur désigné du précédent despote, Ésaü de' Buondelmonti. Par une série de campagnes militaires, Carlo réunifia l'Épire, politiquement morcelée à la suite des invasions de l'Empire serbe et des tribus albanaises au siècle précédent, et aux luttes menées par les princes albanais locaux. La plupart des conquêtes de Carlo furent perdues sous le règne de son successeur, Carlo II Tocco, en raison des invasions ottomanes. Les Tocco perdirent le despotat et leurs autres possessions en Grèce en 1479, sous le règne du successeur de Carlo II, Léonard III Tocco. Ce dernier fut l'un des derniers souverains latins indépendants en Grèce, et le dernier à posséder des terres sur le continent grec.

Léonard III s'exila au royaume de Naples. Il tenta également, sans succès, d'obtenir des soutiens pour une expédition militaire afin de reconquérir ses terres en Grèce. Au cours des siècles suivants, les Tocco réintégrèrent la noblesse italienne, acquérant divers titres par le biais de mariages et d'achats. Les descendants de Léonard III continuèrent de revendiquer le titre de despote d'Épire et de comte palatin de Céphalonie et Zante jusqu'à la première moitié du . Aucun Tocco ne s'est installé en France. Toutefois, un descendant de la famille Tocco, le prince de Castiglione Marittimo, Antonio d'Aquino, beau-fils du maréchal de France Jean Caracciolo, s'est installé en France au . Aucun de ses descendants français n'a revendiqué Epire ou le comté de Céphalonie et Zante.

En Italie, les revendications des Tocco s'arrêtèrent lorsqu'Antonio Tocco demanda le titre de prince d'Achaïe en 1642, en échange de ses titres patrimoniaux de despote d'Épire et de comte palatin de Céphalonie et Zante. La famille s'éteignit avec la mort de son dernier membre, Carlo III di Tocco Cantelmo Stuart, en 1884, et leurs héritiers Capece Galeota s'éteignirent également au cours de la première moitié du . Les Tocco restent considérés comme les héritiers des dynasties Paléologue, empereurs romains d'Occident ou encore et Branković, despostes de Serbie.

Origine

Le premier membre historique connu de la famille Tocco est Ugolino Tocco, qui fut Grand Sénéchal d'Henri VI, empereur du Saint-Empire romain germanique (r. 1191-1197). Ugolino est généralement considéré comme le fondateur de la famille. Le siège ancestral de la famille, le Castellum di Tocco, aujourd'hui en ruines, était situé sur les pentes du Monte Taburno, dans le massif du Taburno Camposauro, en Italie du Sud. La famille a accru sa puissance et son influence tout au long des , et l'on trouve des traces de son contrôle sur des terres dans toute la vallée entourant Bénévent, depuis son siège du Castellum di Tocco. Les Tocco de cette époque étaient inhumés dans des emplacements privilégiés au sein de l'église Saint-Lupo près de Bénévent, ce qui témoigne d'une ascension sociale. Parmi les Tocco notables recensés durant la période de domination des Hohenstaufen sur l'Italie du Sud figurent Guillelmo di Tocco, qui exerça la fonction d'iudex (juge) au sein de l'administration locale des Hohenstaufen, et Landulfo di Tocco, à qui l'on attribue les villes de Limata et de Cerreto en en récompense de sa loyauté envers les souverains HohenstaufenMiller (1908) .

Pendant la période angevine Le règne de la dynastie des Hohenstaufen sur l'Italie du Sud prit fin avec leur défaite face aux Guelfes et l'accession au trône de Charles d'Anjou en Sicile en 1266. Intégrés à l'administration des Hohenstaufen, les Tocco subirent quelques revers durant les premières années de la domination angevine. Ainsi, dans les années 1280, le Castellum di Tocco est mentionné comme étant soumis à l'autorité de Robert de Lavena, un chevalier français de l'entourage de Charles . Tous les Tocco ne semblent pas avoir été affectés par ces difficultés, et la famille compta également des membres éminents durant cette période. Johannes de Tocco, docteur en médecine, fut le médecin personnel de Charles et de son héritier Charles II d'Anjou (1285-1309). Un prieur dominicain du nom de Guillelmus de Tocco est mentionné comme un proche confident de Charles II (dont il était le confesseur) et exerça la fonction d'inquisiteur général de Sicile.

Auparavant réservée aux élites angevines et françaises, la cour de Naples s'ouvrit à la noblesse locale vers 1300 sous Charles II, permettant ainsi aux nobles napolitains d'occuper diverses fonctions au sein même de la cour et de servir le roi et ses proches par le service militaire. Parmi les autres nobles, certains Tocco sont mentionnés comme ayant intégré la cour de Charles II à cette époque. En servant comme milites (soldats adoubés), les nobles étaient autorisés à résider dans le prestigieux quartier napolitain de la Porta Capuana. Les nobles qui y vivaient au début du revendiquaient un rang nobiliaire particulier et une descendance directe des anciens habitants romains de la ville. Pour les Tocco, vivre dans ce quartier leur permettait de renforcer leur prestige.

Parmi les Tocco résidant dans le quartier de la Porta Capuana figurait Guglielmo Tocco, que les historiens modernes considèrent comme le fondateur de la branche de la famille qui régna plus tard sur une partie du sud de la Grèce. Guglielmo était étroitement lié à la famille royale napolitaine, et notamment à Philippe d'Anjou, fils cadet de Charles II. Philippe d'Anjou fut prince de Tarente de 1294 à 1331 et détenait également plusieurs titres en Grèce : prince d'Achaïe de 1307 à 1313 et empereur latin titulaire de Constantinople de 1313 à 1331. Guglielmo fut l'un des chevaliers et conseillers de Philippe et reçut à plusieurs reprises des terres en Italie en récompense de sa loyauté.

Les Angevins régnaient alors sur plusieurs possessions en Grèce, héritages de la quatrième croisade, dont l'une des plus importantes était l'île de Corfou. En 1327, Guglielmo Tocco y exerça les fonctions d'inquisiteur. De 1330 à 1331, il fut gouverneur ou capitaine général de Corfou, chargé de superviser les dépenses, les revenus de la production et les douanes de l'île.

Les Tocco en Grèce

Les souverains des îles Ioniennes Guglielmo eut plusieurs enfants, mais son fils le plus illustre fut Leonard Tocco. Bien qu'il fût l'un des cadets de Guglielmo, Leonard surpassa tous ses frères à la fin de sa vie. Vers 1357, Leonard reçut le titre de comte palatin de Céphalonie et de Zante, deux îles au large de la côte ouest de la Grèce, soit de Robert de Tarente (fils et héritier de Philippe d'Anjou), soit de la reine Jeanne Ire de Naples. Léonard contracta un mariage de qualité avec Maddalena de' Buondelmonti, la nièce de Niccolò Acciaioli, grand sénéchal du royaume de Naples.

En 1362, Leonard s'empara de l'île voisine de Leucade et de la forteresse de Vonitsa, située sur le continent. Il s'attribua également les titres de seigneur de Vonitsa et de duc de Leucade. La prise de Leucade et de Vonitsa ne fut pas une conquête pure et simple ; les habitants, mécontents de leur famille régnante, les Vénitiens Zorzi, avaient fait appel à Leonard . Bien que les chroniqueurs contemporains aient rapporté que Léonard avait promis de respecter la religion orthodoxe locale, il est également rapporté qu'il chassa l'archevêque orthodoxe de Vonitsa. À la mort de Leonard dans les années 1370, son domaine revint à son jeune fils, , et sa mère, Maddalena, assura la régence durant le début de son règne. À la fin des années 1380, était, selon l'historien William Miller, le souverain latin le plus puissant encore en activité en Méditerranée orientale. Vers 1390, Carlo atteignit sa majorité et la régence de sa mère prit fin. Il épousa Francesca Acciaioli, fille de Nerio I Acciaioli, duc d'Athènes (r. 1285/1394–1394). Le conseiller le plus fidèle et le chef militaire de était son frère cadet, Leonardo II Tocco, qui, en récompense de ses services, reçut l'île de Zante en 1399. L'île ne fut pas cédée comme une possession féodale ordinaire, puisqu'il fut précisé que, quel que soit le fait que Léonard II ait des enfants, l'île serait restituée à à sa mort.

En 1394, entra en conflit avec , fils de l'empereur Jean V Paléologue et despote de Morée (r. 1383-1407). mourut en et désigna Francesca, épouse de , comme héritière de tous ses biens et comme tutrice de la ville de Corinthe. Le testament ignorait presque totalement la sœur aînée de Francesca, Bartolomea Acciaioli, épouse de . En conséquence, Théodore attaqua Corinthe presque aussitôt après la mort de Nério , revendiquant le droit d'aînesse plutôt que de respecter le testament. Francesca exerçait un pouvoir important dans la ville, car elle y était présente au moment du décès de et participa activement à sa défense, commandant elle-même les troupes locales. Bien que populaire auprès des soldats, le rôle de Francesca fut marginalisé une fois que Carlo arriva en ville fin 1394 ou début 1395 et elle partit peu après pour Céphalonie. Le conflit fut résolu lorsque Carlo accepta de vendre la ville, ainsi que les autres possessions de Francesca, à Théodore pour et un loyer annuel de .