Christoph Blocher, né le à Schaffhouse (originaire de Meilen, Zurich et Schattenhalb), est un homme d'affaires et homme politique suisse, membre de l'Union démocratique du centre (UDC).

Conseiller national de 1979 à 2003 et conseiller fédéral de 2004 à 2007, il est l'un des acteurs marquants de la transformation de l'UDC en parti national-conservateur et de l'élargissement de sa base électorale.

Biographie Christoph Wolfram Blocher naît le à Schaffhouse. Fils d'un pasteur prénommé Wolfram et d'Ida, née Baur, il est le septième d'une famille de onze enfants de condition modeste.Jean-Michel Normand, « Qui est vraiment Christoph Blocher ? », M, le magazine du Monde, semaine du 22 février 2014, page 22.. Il grandit dans la localité de Laufen am Rheinfall, dans le canton de Zurich.

Contre la volonté de son pèreChristoph Blocher, dessine-moi la Suisse... sur blocher.ch : , il effectue un apprentissage d'agriculteur et obtient son diplôme à l'école d'agriculture de Wülflingen. Il obtient ensuite sa maturité (de type scientifique) en 1963 et, influencé par son grand-oncle Eugen Blocher, étudie le droit à l'Université de Zurich, avec un passage à Montpellier et à Paris. Il obtient un DEA en droit puis étudie à la faculté de droit de l'Université de Zurich, en même temps que le socialiste Moritz Leuenberger. Il obtient son doctorat en 1971.

Il est marié à l'ex-institutrice du primaire Silvia Kaiser. Ils ont trois filles et un fils. Christoph Blocher vit à Herrliberg (canton de Zurich) sur la "Rive dorée" (en allemand ), quartiers résidentiels très prisés du bord du lac de Zurich. Il loue aussi à vie le château fortifié de Rhäzüns, propriété du groupe Ems-Chemie, dans les Grisons.

Carrière professionnelle En 1983, le patron de l'entreprise Ems-Chemie meurt. En tant que nouveau gérant, Blocher conseille à la famille de Werner Oswald de vendre l'entreprise. Il conduit lui-même les négociations — une seule société se montre intéressée par le rachat de l'entreprise et elle entend supprimer plus de 800 emplois sur — et présente rapidement un mystérieux acheteur. La famille vend finalement l'entreprise (pour une vingtaine de millions de francs suisses) à l'inconnu fortuné, qui se trouve être en réalité Christoph Blocher lui-même.

En , il multiplie le bénéfice de l'entreprise par 80 et crée plus de , qui s'ajoutent aux existantsLe Principe Blocher, Manuel de direction . Il déclare qu'il fallait prendre exemple sur les entrepreneurs d'Asie et particulièrement japonais, où la direction de l'entreprise vient du bas de la hiérarchie. En tant qu'homme d'affaires, sa stratégie consiste à démanteler des groupes, tels que le producteur d'aluminium Alusuisse, ou en prendre le contrôle par surprise, ce qui lui permet d'empocher des milliards d'euros.

Il vend en 2003 les actions de l'entreprise à ses quatre enfants. Sa fille aînée, Magdalena Martullo-Blocher, en reprend la direction. Le magazine Bilanz estime la fortune de la famille Blocher à un montant situé entre dix et onze milliards de francs suisses, ce qui la situe parmi les dix familles les plus riches de Suisse.

Carrière politique Christophe Blocher devient député au Parlement en 1979.

Christoph Blocher est connu pour ses prises de positions pour l'indépendance de la Suisse et contre le rapprochement avec l'Union européenne. Il est associé à la victoire des anti-européens lors du référendum populaire de 1992.

Il commence sa carrière politique en adhérant au Redressement national (RN), mouvement créé dans l'immédiat après-guerre qui regroupe à la fois certaines figures notoires de l'extrême droite et des figures plus modérés à l'image de Samuel Schmid. Il en devient l'un des membres du comité. En 1984, ce comité part en campagne contre le nouveau droit matrimonial, qui introduit l'égalité dans le couple entre le mari et son épouse, passant outre au vote majoritaire des membres du RN en faveur de la loi.. Il s'engage également contre la dépénalisation de l'avortement et l’assurance maternité, affirmant qu'il s'agit d'une forme de nazisme.

Fondateur de l'Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) en 1986, il refuse tout rapprochement avec l'Union européenne (UE) et s'oppose à l'envoi de militaires suisses à l'étranger. Son ascension politique commence véritablement avec sa victoire lors du refus populaire de l'adhésion de la Suisse à l'Espace économique européen, le . Il s'oppose cependant sans succès à l'entrée de la Suisse à l'Organisation des Nations unies en 2002. Il préside l'ASIN jusqu'en 2003.

Mandat au Conseil national Christoph Blocher siège au Conseil national de 1979 à son élection au Conseil fédéral en 2003. Son parti, l'Union démocratique du centre (UDC), devient le premier du pays en 1999, dépassant légèrement le Parti socialiste suisse (PSS). Il consolide cette place lors des élections du en obtenant 55 mandats au Conseil national (chambre basse du parlement) et 8 au Conseil des États (chambre haute).

Il dénonce les conclusions de la Commission Bergier sur l'attitude des autorités suisses pendant la Seconde guerre mondiale et mène campagne contre « le chantage des Juifs pour de l'argent » au sujet de l’affaire des fonds ayant appartenu à des Juifs disparus dans l'holocauste.

Proposant un programme socialement conservateur et mêlant des éléments de l'économie libérale au protectionnisme, il est considéré comme populiste par la majorité des médias« Le parlement inflige un revers historique à la droite populiste », edicom.ch, 12 décembre 2007.. Il se prononce en faveur d'une privatisation de l'assurance-vieillesse et survivants (AVS) avant de se rétracter en raison des réticences de son électorat. Il prône une politique appelant à la protection des intérêts et des traditions suisses et au durcissement de la politique d'immigration et d'asile, afin dit-il de « protéger l'indépendance, la prospérité et la réputation du pays ainsi que la sécurité de la population ».

Élection au Conseil fédéral en 2003 Il est élu au Conseil fédéral le à la place de Ruth Metzler-Arnold, candidate officielle du Parti démocrate-chrétien (PDC) et y siège à partir du . Il est le 107e conseiller fédéral de l'histoire et prend la direction du Département fédéral de justice et police. À ce poste, il décide notamment la fusion de l'Office fédéral de l'immigration, émigration et intégration (IMES) avec celui des réfugiés (ODR), ce qui donne naissance à l'Office fédéral des migrations (ODM, aujourd'hui Secrétariat d'État aux migrations).

Affaire Roschacher

Entre et , l'affaire Roschacher (du nom du procureur général de la Confédération de l'époque, Valentin Roschacher) crée des remous, en particulier quelques semaines avant les élections fédérales de 2007.

Roschacher est accusé d'avoir mal géré le dossier à l'encontre d'Oskar Holenweger, banquier privé accusé de blanchiment d'argent résultant du trafic de drogues (à hauteur de ).. En 2006, Roschacher démissionne de son poste de procureur général. En 2006, une sous-commission de la Commission de gestion du Conseil national (CdG-N) ouvre une enquête concernant le traitement de l'affaire Holenweger. Début , deux vice-procureurs généraux de la Confédération informent la CdG-N de l'existence d'un plan (nommé ) pour écarter Roschacher de son poste avec l'aide des médias et de politiciens, plan que certains journalistes n'hésitent pas à qualifier de complot..

En , la CdG-N publie un rapport. critiquant Blocher, chef du DFJP, auquel est rattaché le Ministère public de la Confédération, et accuse le tribun zurichois d'avoir outrepassé ses compétences.. Il réfute ses accusations dans une tribune publiée le dans les journaux NZZ. et Le Temps..

Le Conseil national organise un débat urgent. sur les conclusions du rapport lors de la session d'automne 2007, la dernière avant les élections fédérales.. Il ne permet pas toutefois d'éclaircir la situation sur le plan H..

Après ne pas avoir été réélu, Blocher exige de la Confédération une compensation financière pour le tort moral subi en conséquence des accusations portées à son endroit. Il finit par trouver un accord à l'amiable avec la Confédération en . Holenweger est lui acquitté par le Tribunal pénal fédéral en .

Non-réélection au Conseil fédéral vignette|Manifestation du à Lausanne appelant à la non-réélection de Christoph Blocher au Conseil fédéral. Se heurtant, tout au long de son mandat au Conseil fédéral, aux usages de la concordance et du gouvernement consensuel propres à la tradition de la Confédération, Christoph Blocher n'est pas réélu au Conseil fédéral le , par 115 voix contre 125 pour la conseillère d'État grisonne Eveline Widmer-Schlumpf (UDC), soutenue par une coalition PSS, Verts et PDCSwissinfo , 11h44.Le récit de l'élection du Conseil fédéral, scrutin après scrutin, Le Temps, ., renforcée par des voix radicales. Il est ainsi l'un des quatre conseillers fédéraux à n'avoir pas été réélu.

La pièce de théâtre EWS - le seul thriller politique de Suisse du metteur en scène Piet Baumgartner et jouée en 2022 au théâtre Neumarkt de Zurich revient sur cette éviction politique..

Activités politiques après le Conseil fédéral vignette|Blocher au Eidgenössischen Trachtenfest en 2010 à Schwyz. Le 17 novembre 2008, à la suite de la démission du conseiller fédéral Samuel Schmid, l'UDC zurichoise le désigne comme candidat à sa succession., mais il est largement devancé par le Zurichois Ueli Maurer. En 2009, un débat entre Christoph Blocher, Nicolas Hayek et Christian Levrat suscite de l'effervescence à la suite de déclarations sur les banques UBS et Credit Suisse..

Le , à , il se lance dans la course pour les élections fédérales 2011. Candidat dans le canton de Zurich, il brigue à la fois un siège au Conseil national et au Conseil des États. Cette candidature s'inscrit dans la volonté de l'UDC de renforcer ses effectifs dans la Chambre haute, considérée comme trop à gauche et trop favorable à l'UEhttp://www.24heures.ch/depeches/suisse/federales-2011-christoph-blocher-lance-course-etats http://www.tsr.ch/info/dossiers/2011/elections-federales/journal-de-campagne/3133886-blocher-et-baader-deux-doubles-candidats-pour-berne.html. Cette tentative se solde par un échec. Christoph Blocher est néanmoins réélu au Conseil national. Il démissionne du Conseil national au au profit de Thomas Matter..

Il détient le record du nombre d'absence, avec plus du tiers des scrutins des parlementaires...

En , il annonce son intention de quitter la vice-présidence de l'UDC.. Sa fille, Magdalena Martullo-Blocher, lui succède à ce poste.

Le 19 janvier 2024, Blocher a annoncé qu'il se retirait de la politique..

Soutien de l'apartheid en Afrique du Sud Dans les années 1980, Christoph Blocher anime le Groupe de travail d'Afrique du Sud (en allemand Arbeitsgruppe Südliches Afrika) qui soutient le régime de la République d'Afrique du Sud, qui applique alors un système d'apartheid racial« Programme de recherche du Fonds national suisse : Comment la Suisse a soutenu l'apartheid », octobre 2005.. Il justifie également les lois sud-africaines punissant de sept ans de prison les relations sexuelles entre personnes de « races différentes ».

En 2013, à la mort de Nelson Mandela, Blocher réagit et estime que le chef de file de la lutte anti-apartheid est loué de manière exagérée : .

Activités dans le secteur médiatique En 2014, Blocher achète des actions du journal Basler Zeitung, puis rachète le journal gratuit Zehnder. Selon certains de ses détracteurs, son influence dans les médias lui a permis de contribuer à déplacer le débat public toujours plus vers la droite. Ses opposants lui reprochent d'utiliser ses titres de presse pour servir ses ambitions politiques au détriment de l'information du public.