L’exarchat de Ravenne ( en italien), ou exarchat d'Italie (), est une circonscription administrative de l'Empire byzantin créée en 569 en Italie, partiellement reconquise par les armées de l'empereur Justinien dans les années 550.
Ravenne est la capitale de l'Empire romain d'Occident à partir de 402, puis du royaume d'Odoacre (476-493) et du royaume ostrogoth (493-553). Reconquise par le général Narsès pour Justinien en 553, elle devient le centre de l'exarchat créé par Justin en 569, peu après le début de l'invasion des Lombards en Italie.
Au sein de l'Empire romain d'Orient, les territoires d'Italie ont le latin pour langue officielle et liturgique, étant de tradition latine et, religieusement, de rite latin.
Histoire Ravenne du début du à la reconquête byzantine (553) Lors de la division de l'Empire romain effectuée dès 293 par Dioclétien (système de la tétrarchieDioclétien, empereur en 284, institue en 293 un système à quatre empereurs, deux Augustes et deux Césars. Les résidences impériales sont alors Milan et Trêves en Occident, Nicomédie en Orient. Constantinople est fondée en 324 et devient la capitale de l'Empire d'Orient.) entre un Empire d'Occident et un Empire d'Orient, Ravenne devient en 402 la capitale effective (résidence de l'empereur, de la cour et des principaux organes de gouvernementRome reste le siège du Sénat, ainsi que le plus important évêché de la chrétienté.) de l'Empire romain d'Occident, lorsque l'empereur Honorius décide de quitter Milan. Ravenne est choisie parce qu'elle est moins exposée aux menaces des barbares et plus facile à défendre en tant que ville portuaire, bénéficiant de la domination romaine sur mer, de surcroît entourée de terres marécageuses.
En , le roi des Hérules Odoacre dépose Romulus Augustule, qui occupe depuis l'année précédente le trône de Ravenne. Mais, au lieu de créer un nouvel empereur, il renvoie les insignes impériaux à Zénon, empereur d'Orient, qui nomme Odoacre patrice, reconnaissant et autorisant ainsi ses pouvoirs en Italie. Ravenne devient donc la capitale du royaume d'Odoacre, puis celle du royaume ostrogoth après la victoire de Théodoric le Grand, envoyé par Zénon en Italie, sur Odoacre (493).
Mais au , Justinien (empereur de 527 à 565) décide de procéder à la reconquête de l'Occident. Après avoir soumis les Vandales en Afrique, en Sardaigne et en Corse, et reconquis la Sicile et une partie de l'Hispanie, il se lance dans la longue guerre des Goths (535-553), qui prend fin avec l'expédition de Narsès en 552-554 au terme de laquelle le royaume ostrogoth disparaît. L'Italie redevient romaine. Justinien n'est cependant pas en mesure de poursuivre la guerre contre les Francs en Gaule, ni contre les Wisigoths en Hispanie.
L'Italie sous le contrôle de Justinien et de Narsès (553-565) Le , Justinien promulgue à Constantinople une pragmatica sanctio intitulée Pro petitione Vigilii (« À la demande de Vigile », alors évêque de Rome). L'Italie, quoique pas encore totalement pacifiée, repasse officiellement sous domination romaine : notamment, le droit romain est rétabli sous la forme du code de Justinien.
Resté en Italie avec des pouvoirs extraordinaires (ceux d'un gouverneur proconsulaire), Narsès réorganise l'appareil militaire, administratif et fiscal. Quatre commandements militaires sont établis : Cividale (Forum Iulii), Trente, l'île de Cumes et à proximité des Alpes cottiennes. L'Italie redevient une préfecture du prétoire et le système des provinces est rétabli.
La mort de Justinien entraîne la disgrâce de Narsès, qui se retire dans la région de Naples.
L'invasion des Lombards (à partir de 568) Dès 568, l'Italie est envahie par les Lombards du roi Alboïn, qui traversent les Alpes juliennes et conquièrent d'abord le Frioul, obligeant l'armée byzantine, en petit nombre par rapport aux envahisseurs, à se retirer d'abord à Grado, puis, en passant par la Via Postumia, à Trévise, Vicence et Vérone. En , les Lombards arrivent à Milan.
L'empereur, déjà engagé sur d'autres fronts, n'a pas la force de réagir à cette invasion. Au cours des années 570, les Lombards établissent leur capitale à Pavie et se déploient dans le centre et le sud de l'Italie où ils établissent les duchés de Spolète et de Bénévent. Les deux tiers de la péninsule tombent ainsi entre leurs mains.
Une contre-offensive romaine a lieu en 576, menée par le général Baduaire, beau-fils de Justin , mais elle échoue lamentablement. Baduaire est vaincu et tué au combat. Les crises persistantes dans les Balkans et en Asie mineure empêchent ensuite Constantinople de mener de nouvelles tentatives en vue d'une reconquête.
Débuts de l'exarchat d'Italie (569-584) En 569, l'empereur Justin remplace la préfecture du prétoire par un exarchat d'Italie autour de Ravenne.
Le magistrat suprême, l'exarque, nommé par l'empereur, est presque toujours un oriental, parfois un eunuque de la cour ; il détient le pouvoir civil et militaire, tout en exerçant son autorité par l'intermédiaire de tribuns et de magistri militum. Les autorités civiles ne disparaissent pas, mais elles sont en position de subordination par rapport à l'exarchat.
En même temps, l'Afrique, la Sardaigne et la Corse sont réunies dans le cadre de l'exarchat de Carthage.
l'Annonaria la Calabre la Campanie l'Émilie l'Urbicaire
La réforme de l'empereur Maurice (584) Les frontières de l'exarchat d'Italie ne seront jamais définitives en raison de l'état de guerre incessante entre les Lombards et les Byzantins. L'exarchat de Ravenne naît véritablement avec la réforme de Maurice : le premier exarque connu, grâce à une lettre fragmentaire du pape Pélage , est Decius. Il existe plus d'informations sur ses successeurs. Pour enrayer l'invasion lombarde, l'empereur Maurice prend de nouvelles mesures dans l'exarchat d'Italie et en 584 il réforme l'organisation en partageant le territoire en sept districts, étroitement surveillés et gouvernés par l'exarque de Ravenne : l'Exarchat proprement dit autour de la capitale Ravenne; la Pentapole maritime (554-752) (Rimini, Pesaro, Ancône, Senigallia, Fano) doublée dans les décennies suivantes d'une Pentapole annonaire (ou de montagne : Gubbio, Cagli, Urbino, Fossombrone, Jesi, Osimo) c'est-à-dire pourvoyeuse du blé de Rome sous forme d'une taxe, comme l'était toute l'Italie au nord du Rubicon durant l'Empire ; l'Urbicaire réduite au patrimoine de saint Pierre de Rome ; la Ligurie ; la Vénétie ; l'Istrie ; Naples, y compris Bruzio, la Lucanie et l'Apulie.
Les trois premières forment le long de la via Flaminia un axe séparant les possessions lombardes en une Lombardie mineure, au sud, confiée aux ducs de Spolète et de Bénévent, et une Lombardie majeure, dans la plaine padane et la Toscane. Les quatre dernières forment un réseau de comptoirs maritimes alimentant la péninsule. La population locale doit soutenir les soldats professionnels et participer à la défense du territoire. C'est ainsi que se forme une défense efficace des territoires restés en possession de l'Exarchat, principalement ceux situés sur la côte, en raison notamment du soutien de la flotte byzantine.
Au cours de ces années, sur le plan religieux, une profonde crise se consume en raison du « schisme des trois chapitres ». Le désaccord est causé par la condamnation, au cours du cinquième Concile œcuménique en 551, par l'empereur Justinien et par les monophysites, des écrits de trois théologiens tenus pour hérétiques pour être proches des nestoriens. Rome adopte la requête impériale, mais les archevêques de Milan et d'Aquilée refusent d'obéir et sont déclarés « schismatiques ». Milan revient, peu de temps après, sur ses positions alors qu'Aquilée reste ferme sur ses intentions et s'érige en patriarcat. Les Lombards en profitent pour soutenir politiquement le nouveau patriarche. En 587, la question s'amplifie lorsque le patriarche d'Aquilée est arrêté à Grado (siège du patriarcat d'Aquilée depuis 568) avec plusieurs évêques d'Istrie, sur ordre de l'exarque Smaragdus. Le patriarche est emprisonné à Ravenne pendant environ un an et il est contraint de renier le schisme. Une fois libéré et de retour à Grado, il reprend sa parole et fomente la contestation des évêques qui dépendent de lui. Smaragdus est rappelé à Constantinople et il est remplacé par Julien qui assume la charge peu de temps.
Après Julien, la charge est assumée par Romanus, qui reprend les opérations militaires contre les Lombards. En 590, une alliance est passée avec les Francs de Childebert en vue d'anéantir les Lombards. Le roi franc envoie en Italie une armée, dont une partie se dirige vers Vérone, pendant que les Byzantins, commandés par l'exarque, attaquent les Lombards. Après quelques succès, alors que les Lombards sont sur le point de céder, brusquement les Francs s'en retournent chez eux. Les Byzantins ne sont donc plus en mesure de gagner la guerre et de restaurer l'unité de la péninsule, si bien que l'Exarchat ne récupère que quelques territoires. En raison de cette campagne, les conditions socio-économiques dans la péninsule se sont aussi détériorées.
Plus ou moins en même temps, le pape Grégoire demande à plusieurs reprises l'aide militaire à Romanus contre les Lombards de Spolète, qui attaquent et pillent le territoire romain. L'exarque, parce qu'il a une stratégie différente, refuse régulièrement d'apporter de l'aide à Rome. Grégoire, devant l'inaction du pouvoir impérial, tente de négocier une paix avec les Lombards afin de soulager les souffrances de la population romain, et ainsi débute l'activité politique et temporelle de l'Église de Rome. Quand les Lombards prennent Pérouse, interrompant les voies de communication entre le Latium et Ravenne, l'exarque arrive par la mer afin de reconquérir la ville et plusieurs places fortes du « couloir byzantin ».
Après Romanus, Callimaque devient exarque, qui coopère davantage que son prédécesseur. Avec lui, grâce à la médiation du pape Grégoire, un traité de paix de deux ans, bien qu'« armé », est conclu en 598 avec le roi lombard Agilulf. Peu de temps après, cependant, l'exarque, profitant de l'avantage de la rébellion des ducs lombards du Frioul et de Trente, capture la fille du roi ainsi que d'autres membres de la famille. Les Lombards réagissent rapidement en conquérant Mantoue, Crémone, Padoue et Monselice. La population de cette dernière ville, qui est rasée, se réfugie dans la lagune vénitienne.
L'Italie byzantine au : Héraclius, Constant II, Constantin IV En 603, Smaragdus revient au pouvoir à l'exarchat de Ravenne et soutient le pape dans la lutte contre le schisme. En 606, à la suite de son intervention, un nouveau patriarche, favorable à Rome, est élu à Grado : cet évènement provoque une nouvelle fracture et l'élection à Aquilée d'un autre patriarche, soutenu par les Lombards et les proches des thèses du schisme. Bien que le schisme prenne fin vers la fin du , la séparation entre les deux patriarcats durera plus de mille ans.
Pendant ce temps, à Constantinople, Héraclius dépose Phocas et devient empereur romain. Il commence une série de réformes qui changent grandement la nature de l'état romain d'Orient, si bien que, en 629, le titre impérial passe de Imperator Caesar Augustus - Aυτοκράτωρ Kαîσαρ Aΰγουστος à Basiléus - Bασιλεύς (roi). À Ravenne, sous le règne de Héraclius, les exarques se succèdent : Lemigius (611-615) est renversé par Éleuthère (615-619), qui réprime l'insurrection de Jean de Compsa, mais qui sera remplacé par Isaac. Étant donné la difficile situation en Orient, où Héraclius est en guerre contre les Perses, Éleuthère essaie d'en profiter pour devenir empereur d'Occident. Il demande à l'archevêque de Ravenne de le couronner mais celui-ci lui suggère de le faire à Rome, lieu plus symbolique pour un tel événement. C'est sur le chemin qu’Éleuthère est assassiné par un soldat loyaliste.