vignette|Vidéo musicale d'un narcocorrido chanté par El Komander. Un narcocorrido (, ballade de la drogue) est une composition musicale populaire qui raconte des histoires sur le trafic de drogue et ses protagonistes. Ils constituent l'un des types de compositions musicales et poétiques qui composent le répertoire de certains groupes de musique norteña et des bandas de Sinaloa.
Le genre est devenu un vecteur commercial très rentable pour les industries qui visent à satisfaire la demande des consommateurs de musique, un support de discours pour un certain nombre de politiques principalement mexicains, et d'analyses sociologiques pour un certain nombre d'observateurs.
Terminologie Il n'existe pas de définition fonctionnelle ou détaillée du type de composition que le terme « narcocorrido » recouvre. Le néologisme « narcotraficant » a commencé à être utilisé, à la fin des années 1950, dans la presse de Mexico, pour désigner les acteurs du commerce illicite de drogues narcotiques. À partir des années 1970, un autre néologisme « narcotraffic », qui recouvre tous les aspects des commerces illicites revient de plus en plus fréquemment dans le langage officiel, et acquiert un droit de séjour dans les discours des médias et dans le langage courant. Le préfixe « narco » a ensuite été utilisé comme un moyen qui permet de multiplier les étiquettes stigmatisantes dont l'intérêt relève plus de la pratique d'une forme de pyrotechnie rhétorique que de la recherche de définitions conceptuelles précises. Par bien des aspects le terme « narcocorrido » est un mot qui est devenu un élément de langage que l'on applique à des sujets différents dans le cadre de discours politiques, moraux ou commerciaux.
De manière générale, les narcocorridos se rattachent au genre Corrido dont le périmètre est lui-même difficile à cerner. Défini dans ses grandes lignes, le corrido : Appartient à la tradition des balades porteuses d'information, Possède un contenu narratif organisé autour de faits et d'actions, Utilise un certain nombre de métaphores afin de représenter les caractéristiques des personnages et des faits, Possède une forme classique de référence, encore qu'elle n'est que très peu utilisée aujourd'hui, culturellement transmise au travers des corridos de la période révolutionnaire mexicaine, Est composé par une ou plusieurs personnes qui sont reconnues comme des auteurs de corridos.
Le terme « narcocorrido » est l'une des composantes du vocabulaire associé au concept fourre-tout de « narcoculture » dans lequel il figure aux côtés d'une pluie de termes qui ne sont souvent pas définis avec plus d'exactitude comme « narco-polítique », « narco-économíe », « narco-société », « telenarconovela », « narco-série » et une infinité d'autres.
Historique Les premiers corridos, qui se concentraient sur les trafiquants de drogue – les « narcos », de « narcotique » – remonte à Juan Ramírez-Pimienta dans les années 1930. Les tout premiers corridos remontent à la révolution mexicaine de 1910, et racontaient des histoires sur les combattants révolutionnaires. Les critiques musicales ont aussi comparé les paroles du narcocorrido au gangsta rap et au mafioso rap. Le chanteur populaire Chalino Sanchez était notamment renommé pour ses narcocorridos.
Originaire du Nord du Mexique (depuis étendu au Guatemala et en Colombie sous le nom de "Corridos Prohibidos"), le genre narco-corrido, notoirement réputé pour faire l'apologie de la drogue, des cartels et plus généralement de la violence au Mexique, s'évertue également par le message qu'il diffuse à dénoncer la corruption dans le pays et de ses élites. De nombreuses ballades critiquent ainsi ouvertement le gouvernement en plus de se prononcer sur des thèmes aussi divers que l'ingérence américaine ou l'émigration, ce qui explique sa popularité notamment auprès des classes les plus populaires du pays ainsi que des mexicains expatriés.
Représentant un genre musical que l'on pourrait qualifier de romantique, comme en témoigne le genre sœur du narco-corrido, les "corridos romanticos", chantées par les protagonistes mêmes du style de ballades cité ci-dessus (certaines ballades romantiques se retrouvant aussi dans des albums dédiés au narco-corridos), qui ne sont rien de plus que des histoires d'amour contées, on assimile régulièrement dans une erreur répandue les paroles du narco-corrido à celles du gangsta-rap, bien que ces dernières soient pourtant bien moins poétiques, bien moins romantiques, bien plus régressif et dénigrantes envers l'image des femmes et en même temps, aussi, bien moins violentes par le manque de faits avérés rapportés dans les paroles du rap américain ou français par exemple. Il existe en effet une véritable dichotomie dans la musique norteña, dont découlent les narcocorridos, qui se focalisaient jadis sur les romances des seigneurs de la drogue et leur style de vie fantasmé (dans les années 70, oú le véritable style narcocorrido, tel qu'on le connaît aujourd'hui, est apparu) et qui a laissé place de nos jours à un genre plus violent, plus viscéral, dont le Movimiento Alterado (un rassemblement des artistes les plus célèbres du label de musique Twiins Culiacan) en est l'étendard. Toutefois, comme mentionné plus haut, ballades romantiques et ballades sur la drogue se côtoient sans distinction au sein des labels ou dans les albums des différents artistes ; même si on peut généralement noter une très nette variation rythmique entre ces deux styles musicaux : les ballades romantiques étant en effet plus généralement chantées sur un rythme bien plus lent et une mélodie souvent plus marquée et mélancolique que ses homologues déclamant la vie et les activités des barons de la drogue.
Un corrido (ballade) est une histoire contée, avec un début et une fin. Dans le cas des narcocorridos, les faits rapportés se sont généralement effectivement produits (sauf si le corrido en question se rapporte aux exploits d'un personnage de fiction) et traitent de faits divers en rapport avec la violence des cartels (fusillades, accidents, arrestations ou évasions...) en glorifiant toutefois ces derniers, en opposition au gouvernement et à la classe dirigeante. La plus grande controverse de ce genre musical est due au fait qu'un bon nombre de groupes et d'artistes interprétant des narcocorridos entretiennent des relations étroites avec divers membres et chefs de cartels, ces derniers leur rapportant parfois directement leurs plus hauts faits d'armes ou exploits dans le crime organisé, alimentant ainsi leur propre légende par le biais des corridos et n'hésitant pas à sponsoriser ou financer ces derniers, acquis à leur cause. C'est ainsi, par la promiscuité entre chanteurs et membres de cartels, que les narcocorridos parviennent à être aussi précis sur le déroulement de certains événements et à dépeindre avec exactitude l'organigramme de ces groupes criminels, tout en diffusant certaines informations qui ne sont pas publiées dans la presse..
De manière générale, le genre narcocorrido s'articule autour des exploits d'une poignée de narcos, en majorité issus du cartel de Sinaloa, racontant de divers points de vue l'existence ou les hobbies d'une cinquantaine de personnages récurrents environ. Après la mort des antrax et de bon nombre de membres du cartel de Sinaloa figurant parmi les têtes de proue du genre musical narcocorrido à partir de 2011 et la "recaptura" de El Chapo en , la nouvelle génération à l'œuvre dans la música norteña et de jeunes artistes (souvent originaires des États-Unis) comme Abraham Vazquez ou Natanael Cano se sont progressivement mis à dépeindre les pérégrinations de délinquants de leur connaissance ou de figures de leur quartier, ainsi que de membres plus anonymes et moins haut placés du crime organisé, pour pallier cette hécatombe et se substituer aux narcocorridos traditionnels.
Traditionnellement originaire de Sinaloa, le genre narco-corrido est généralement interprété par des artistes provenant eux aussi de l'état, ou en majorité du moins, et de la ville de Culiacan, se focalisant principalement sur les faits d'armes du cartel local. Certains groupes et artistes, originaires souvent d'autres états du pays, chantent les louanges des cartels rivaux, comme El Leon y su gente, un groupe Michoacano (de Michoacán), se concentrant uniquement sur les pérégrinations du Cartel de Jalisco Nouvelle Génération ; ou Miguel Comando, sur ceux du Cartel de Tijuana, par exemple. Le caractère endémique des narcocorridos au Sinaloa est également dû au fait que certaines administrations d'autres États mexicains, où ce genre musical est traditionnellement moins ancré dans le folklore, ont ces dernières années décidé de prendre des mesures pour endiguer ce phénomène ; comme au Jalisco, oú des artistes aussi populaires que El Komander ou Gerardo Ortiz n'ont pas eu le droit de se produire et se sont vu infliger des amendes pour des chansons au texte trop explicite..
Les principaux trafiquants du cartel de Sinaloa, dont la vie est racontée dans les narco-corridos :
Ismael "El Mayo" Zambada Garcia Joaquin "El Chapo" Guzman Juan Jose Esparragoza "El Azul" Ignacio "Nacho" Coronel Rafael Caro Quintero
Ismael Zambada Imperial "El Mayito Gordo" Vicente Zambada Niebla "El Niño, El Vicentillo" Rodrigo Aréchiga Gamboa "El Chino Antrax" Manuel Torres Felix "El Ondeado, El M1" Gonzalo Inzunza Inzunza "El Macho Prieto"
Éléments récurrents du narcocorrido
Plusieurs éléments récurrents sont régulièrement cités dans les narcocorridos et constituent un lexique commun pour les acteurs de ce genre musical méconnu hors des frontières du Mexique et des États-Unis.
Le pistolet 5.7 : Le pistolet de la firme belge FN Herstal 5.7 (ou FiveSeven) est mentionné dans bon nombre de narcocorridos (parfois sous l'appellation de mata policia ; ou tueur de flic en français) car elle est notoirement connue pour être l'une des armes favorites des cartels de la drogue en plus d'être le symbole du groupe armé affilié au cartel de Sinaloa, Los Antrax. Ce groupe a été fondé par Rodrigo Aréchiga Gamboa alias "El Chino Antrax" dont l'arme favorite était un pistolet 5.7 plaqué or portant l'inscription "Scarface" qu'il exhibait régulièrement sur les réseaux sociaux ; c'est pour cette raison que l'on nomme parfois son organisation sous l'abréviation "5.7" et que le pistolet homonyme est fréquemment cité dans les corridos en son hommage.
L'année 2008 : C'est cette année-là, après l'échec retentissant du gouvernement à saper l'influence des cartels au Mexique et les opérations menées dans ce but par le gouvernement de Vicente Fox dès 2006, que les frères Beltran Leyvan firent sécession avec leur associé Joaquin El Chapo Guzman et la branche "traditionnelle" du cartel de Sinaloa. De cette défection découlera une violente série d'affrontements connue comme "la guerre de 2008". La même année, afin de lutter contre le tout nouveau Cartel Beltran-Leyva, fut intronisé Rodrigo Aréchiga Gamboa comme chef des sicarios (tueurs) du cartel de Sinaloa grâce à l'amitié qu'il entretenait avec les fils d'El Mayo Zambada, Vicente et Ismael Zambada Jr. Il fonda à cette époque le bras armé de l'organisation, de nos jours toujours actif, avec son associé Jesus Peña Gonzalez alias "El 20".
Whisky Buchanan's: La marque de Whisky Buchanan's (prononcé en espagnol Boukanas) est copieusement mentionnée dans les narcocorridos et dans la musique norteña plus généralement, car il est l'un des alcools les plus réputés et consommés au Mexique. Un groupe est même nommé en l'honneur de la firme écossaise, la banda « Bukanas de Culiacan ».