Matthieu Galey, né et mort à Paris ( - Relevé des fichiers de l'Insee.), est un critique littéraire et théâtral et écrivain français. Il est surtout connu du grand public pour sa participation comme critique au Masque et la Plume et dans L'Express et en tant qu'écrivain pour son Journal.

Biographie

Milieu familial Matthieu Galey était le fils du cinéaste français Louis-Émile Galey et le frère de la journaliste Geneviève Galey. Son père était d'origine berrichonne, sa mère, Marcelle Bechmann, d'une famille juive. À son baptême, Matthieu eut pour parrain un ami de son père, l'homme de lettres et bientôt célèbre avocat Georges Izard qui en 1971 devint membre de l'Académie française. Lors de réveillons de Noël chez les Izard — Matthieu Galey décrit dans son Journal les « réveillons traditionnels » de 1953 à Morsang et de 1964 à Saint-Brice —, la Messe de minuit était célébrée par le beau-frère d'Izard, le père Jean Daniélou, futur cardinal et membre de l'Académie française. Un autre ami de son père était Henri Jeanson avec qui la famille alla en 1938 aux sports d'hiver près du mont d'Arbois.

Du côté paternel, il était le petit-fils d'Antoine Galey (1880-1976), pharmacien-chimiste, lettré, qui lisait Tacite et Jules César en latin et qui, lui-même enfant unique, se réjouissait lorsque ses enfants et ses quinze petits-enfants l'entouraient. De sa grand-mère, Marie Nadalet (1882-1982), devenue centenaire, il écrivit qu'elle eut une influence énorme sur lui. Il allait régulièrement leur rendre visite.

Du côté maternel, il était le petit-fils de l'architecte Lucien Bechmann (1880-1968) et de son épouse Germaine Kapferer (1880-1970), chez qui il séjourna souvent à Jouy-en-Josas. Sa grand-mère était apparentée aux industriels Deutsch de la Meurthe. L'architecte et historien de l'architecture Roland Bechmann (1919-2017), fils de Lucien, était son oncle. Geneviève Bechmann (1904-1997), sa tante, avait épousé l'industriel Albert Dreyfus-Sée, fusillé par les Allemands en 1944 de qui elle eut cinq enfants. Sous son propre nom et sous son nom de plume d'Amélie Dubouquet, elle se signala comme pédagogue, architecte, historienne et auteur de livres pour enfants. Ses écrits pédagogiques la placèrent dans le grand mouvement d'après guerre de l'Éducation Nouvelle.

En dehors de ses grands-parents, de sa mère et de sa sœur Geneviève, Matthieu Galey ne semble pas avoir entretenu beaucoup de relations avec sa famille d'oncles et tantes Galey et Bechmann et leurs enfants, du moins ne les mentionne-t-il que très peu dans son Journal. Pour les Galey, il mentionne brièvement son frère Laurent, et Bertrand (l'un de ses cousins), Jacques (oncle) et Louis (son père). Il réfère à quelques reprises à un lointain cousin Jean-Marie Galey (né à Angoulême en 1947), acteur de théâtre et de cinéma, de treize ans son cadet. Pour les Bechmann, il faisait quelques remarques à l'occasion de funérailles israélites ou de l'un ou l'autre mariage où il était accueilli en tant que « fils de Marcelle ». Il mentionnait en passant sa lointaine cousine Martine Wildenstein et ses toutes jeunes cousines Claudine et Danièle Bechmann (devenue plus tard le professeur de sociologie Dan Ferrand-Bechmann). Sans doute ses contacts familiaux furent-ils plus nombreux que son journal ne le laisse apparaître, celui-ci étant surtout axé sur ses relations littéraires.

Les relations de famille ou d'amitié, dans un milieu intellectuel et nanti, préparaient sans aucun doute Matthieu Galey à se lancer, à se faire des relations et à réussir dans le monde de la littérature.

Carrière d'homme de lettres Matthieu Galey fit ses études secondaires au lycée Buffon. Il les poursuivit à Rome au lycée Chateaubriand et, de retour en France, au lycée Henri-IV. C'est dans ce dernier qu'il noua une grande amitié avec Pierre Joxe (, disait-il), plus tard ministre socialiste et président de la Cour des comptes. En 1949, ils passèrent deux mois à l'Institut français d'Édimbourg, dans le cadre d'un échange entre le lycée Henri-IV et le Watson's College. Il fit ses études universitaires à la Sorbonne, faculté des lettres et à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po), où il eut Georges Pompidou parmi ses professeurs.

Encore étudiant, Matthieu Galey débuta dans les Cahiers des Saisons. En 1957, il fut engagé comme « nègre » par un ami de son père, Maurice Druon, pour la rédaction de son roman historique Alexandre le GrandMatthieu Galey, Journal intégral (1953-1986), Robert Laffont, 2016, (21 juin 1957)., paru l'année suivante. En 1959, il devint chroniqueur littéraire à l'hebdomadaire Arts. En 1962, il entra au comité de lecture de l'éditeur Bernard Grasset. Après la disparition d'Arts en 1967, il devint critique littéraire à L'Express et critique théâtral à Combat, aux Les Nouvelles littéraires. Il devint également collaborateur à l'émission radiophonique Le Masque et la Plume, collaborateur occasionnel du Monde et de Revue de Paris, membre du comité de lecture de la Comédie-Française, membre de plusieurs jurys décernant des prix littéraires et membre de la commission d’avances sur recettes au Centre national du cinéma.

Projet d'étude sur Radiguet N'ayant pas encore vingt ans, Matthieu Galey eut l'ambition de consacrer une étude à Raymond Radiguet. Il ne manqua pas de rendre des visites à diverses personnalités qui avaient connu le jeune écrivain : Jean Cocteau, Constantin Brâncuși, André Salmon, Joseph Kessel, Jean Hugo. De telles rencontres avec des grands noms de la littérature et de l'art, qui ne semblaient pas trop difficiles à approcher, devaient sans nul doute influencer le tout jeune homme de lettres en herbe.

L'étude ne fut jamais achevée, à tout le moins pas publiée.

Une étude qu'il entreprit avec pour sujet l'écrivain Barbey d'Aurevilly n'aboutira pas non plus.

Fréquentations littéraires Grand admirateur de Marcel Proust, il s'inscrivit dans la mouvance de la droite littéraire d'après guerre, quoique plus tard il s'efforçât de se défaire d'une étiquette de « droite ». Les grands anciens de cette tendance, du moins ceux avec lesquels Galey eut des rapports très suivis, étaient Paul Morand, Jacques Chardonne et même Marcel Jouhandeau. Les nouveaux étaient Michel Déon, Antoine Blondin, Roger Nimier, François Nourissier, Jacques Laurent, ensuite Maurice Druon, Jean d'Ormesson et tous ceux qui furent rassemblés sous le sobriquet (trouvé par le critique littéraire et écrivain Bernard Frank) de « hussards ». Galey devint membre de la coterie, fondée par Jacques Brenner, qui en 1955 avait fondé Les Cahiers des saisons, point de ralliement du groupe. Il y retrouvait Marcel Schneider et tous ceux qui se démarquaient fortement autant des auteurs de la NRF et de Gallimard que de ceux appartenant à ce que l'auteur Émile Henriot avait nommé le Nouveau roman.

Contrairement à ce qu'il avait lui-même espéré à ses débuts, il ne réussit pas à devenir un écrivain à part entière. Dans son journal, il méditait : . Et pourtant, ajoutait-il Ce manque fut remarqué par d'autres. Son collègue et concurrent Bernard Frank le décrivait comme . Il n'empêche que jour après jour il fignolait son Journal, ce trésor qui somnola sa vie durant et ne fut découvert qu'après sa mort.

Analyse de son œuvre

Analyse de son Journal Matthieu Galey est en effet l'auteur d'un journal (considéré par certains comme un chef-d'œuvre) dans lequel il décrit avec ironie les mœurs du milieu littéraire et trace de manière grinçante le portrait d'écrivains célèbres ou en passe de le devenir, mais aussi d'hommes politiques, de femmes du monde, d'éditeurs Les rencontres qu'il réalisa, tout jeune, avec les amis de Raymond Radiguet, prouvent qu'il avait l'art d'établir les contacts. Sans qu'il le dise explicitement, il semble bien que le milieu familial (son père, Georges Izard, la famille Joxe, des membres de la famille Bechmann et d'autres) l'aidèrent à établir les premiers contacts. Pour le reste, les amitiés homosexuelles, les contacts dans les cafés « branchés », comme le Café de Flore ou Les Deux Magots, bientôt les relations au sein de l'équipe chez l'éditeur Grasset, sans oublier que le monde littéraire et artistique germanopratin était un « petit monde » où les relations se nouaient assez facilement, firent que Galey fut en mesure de rencontrer et de décrire un nombre impressionnant de ses contemporains.

Apparaissent parmi d'autres : des écrivains français : Abellio, Marcel Achard, Louis Aragon, Marcel Arland, Alexandre Arnoux, Dominique Aury, Bernard Barokas, Roland Barthes, François-Régis Bastide, Gérard Bauër, Pauline Benda dite Madame Simone (également actrice), Yves Berger, Germaine Beaumont, Marthe Bibesco, Antoine Blondin, Pierre de Boisdeffre, Georges Borgeaud, Jean-Louis Bory, Daniel Boulanger, Jacques de Bourbon Busset, Jacques Brosse, Roger Caillois, Jacques Cellard, Jacques Chardonne, Edmonde Charles-Roux, Bernard Clavel, Catherine Clément, Jean Cocteau, Jean-Louis Curtis, Régis Debray, Lise Deharme, Pierre Démeron, André Dhôtel, Ghislain de Diesbach, Maurice Druon, Jean Dutourd, René-Nicolas Ehni, Alfred Fabre-Luce, Solange Fasquelle, Dominique Fernandez, Frédéric Ferney, Alain Finkielkraut, Jean Follain, André Fraigneau, Bernard Frank, Jean Genet, Julien Gracq, Michel de Grèce, Julien Green, Fernand Gregh, Paul Guth, Jean-Edern Hallier, Jean-René Huguenin, Eugène Ionesco, Simonne Jacquemard, Pascal Jardin, Marcel Jouhandeau, Éric Jourdan, Renaud de Jouvenel, Philippe Jullian, Robert Kanters, Armand Lanoux, Bernard-Henri Lévy, Françoise Mallet-Joris, André Pieyre de Mandiargues, Henri Massis, François Mauriac, Michel Mohrt, Henry de Montherlant, Paul Morand, Yves Navarre, François Nourissier, René de Obaldia, Jean d'Ormesson, Erik Orsenna, Bernard Pautrat, Roger Peyrefitte, René-Victor Pilhes, Bertrand Poirot-Delpech, Angelo Rinaldi, Christine de Rivoyre, Edmée de La Rochefoucauld, Jules Roy, Robert Sabatier, Françoise Sagan, Nathalie Sarraute, Philippe Sollers, André Spire, Michel Tournier, Nicole Vedrès, Alexandre Vialatte, Boris Vian, Jean Wahl, Marguerite Yourcenar des écrivains et artistes étrangers : Edward Albee, John Ashbery, Karen Blixen, William S. Burroughs, Leonora Carrington, Alexis Curvers, Peter Handke, Christopher Isherwood, Philippe Jaccottet, Alfred Kern, Arthur Kopit, Milan Kundera, Édouard Limonov, Arnold Wesker des mécènes et « égéries littéraires » ou « salonnières » : François et Solange de La Baume, Germaine Beaumont (1891-1983), Pierre Bergé, Denise Bourdet, comtesse Brandolini, Josette Day (les déjeuners du samedi), Florence Gould, Marie-Laure de Noailles, marquise de Mun des éditeurs et collaborateurs de maisons d'édition : Jacques Brenner, Jean Denoël, Bernard de Fallois, Gerhard Heller, René Julliard, Henry Muller, Henry Poulaille, Bernard Privat, Jean-Marc Roberts, Marcel Schneider, René d'Uckermann, Françoise Verny, Christian Bourgois des journalistes ou écrivains : Jean Cau, Michèle Cotta, Jean-François Devay, Jean-Louis Ezine, Kléber Haedens, Jannick Jossin, Jacqueline Piatier, Carmen Tessier, Philippe Tesson, Jean-François Revel le monde du théâtre et de la musique : Georges Auric, Patrice Chéreau, Jacques Charon, Marion Delbo, Zizi Jeanmaire, Bernard Lefort, Igor Markevitch, Serge Merlin, François Michel, Roger Planchon, Jean Le Poulain, Madeleine Renaud, Alice Sapritch, Henri Sauguet, Peter Stein, Laurent Terzieff, Jean-Pierre Vincent, Claude Volter le monde du cinéma : Pierre Brasseur, Gaby Morlay, Piéral, Simone Signoret, Roland Tual, Odile Versois, Marina Vlady, des personnalités politiques : Gaston Defferre, Edgar Faure, Valéry Giscard d'Estaing, Michel Guy, Pierre Joxe, Jack Lang, Pierre Mendès France, François Mitterrand, Georges Pompidou des personnalités diverses : François-Marie Banier, Coco Chanel, Salvador Dalí, Ernst Fuchs, Lucie Faure, Jacques Guérin, Suzy Mante-Proust (1903-1986, nièce de Marcel Proust), Nancy Mitford, Jacques de Ricaumont.