Laurent Ségalat, né le à Paris, est un généticien, essayiste, libraire et juriste français reconnu coupable du meurtre de sa belle-mère.
Il a été au centre d'une affaire judiciaire connue en Suisse sous le nom de l'« affaire Ségalat », par laquelle il a été condamné pour meurtre, culpabilité confirmée par le Tribunal fédéral, à 14 ans d'emprisonnement par la Cour d'appel pénale du canton de Vaud.
Biographie Laurent Ségalat est le fils de Jean Roger Ségalat. Activité scientifique Après un doctorat en biologie soutenu à l'université Paris-VII obtenu en 1992Étude structurale et fonctionnelle du gène pourquoi-pas? de Drosophila, thèse de biologie, université Paris-7 (1992).., Laurent Ségalat termine ses études de 1993 à 1995 à l'université Harvard aux États-Unis.
Recruté au CNRS en 1995 avec le grade de chargé de recherches, il est l'un des premiers généticiens à réintroduire en France le modèle animal Caenorhabditis elegans. Avec le soutien du CNRS, Laurent Ségalat crée une équipe de recherche à l'institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire du CNRS de Sophia Antipolis, où il effectue des travaux pionniers en démontrant le potentiel de Caenorhabditis elegans pour l’étude des maladies humainesSégalat, L : « Drug discovery: here comes the worm ». ACS Chem Biol. (2006) vol. 1 Review..
Son équipe se concentre notamment sur l’étude des myopathies., et en particulier de la myopathie de Duchenne. Il reçoit à ce titre de nombreux financements de l'association française contre les myopathies (AFM) à partir de 1996.
Essais sur la science
Avec ses collègues Marie-Anne Félix et Michel Labouesse, il est l’auteur du premier ouvrage en français consacré au modèle animal Caenorhabditis elegans : Caenorhabditis elegans : un organisme modèle en biologie (Éditions Hermann).
En 2008, en pleine controverse sur le clonage, il publie un essai dans lequel il tente de dédramatiser la question du clonage animal et humain La Fabrique de l’Homme.
En 2009, Laurent Ségalat publie un essai remarqué sur la recherche scientifique La Science à bout de souffle ? (Éditions du Seuil), dans lequel il critique avec virulence le système de financement de la recherche publique, basé sur le recours systématique à l'appel à projets, et le mode d’évaluation des chercheurs. Cet essai lui vaut de nombreux articles de presse et plusieurs passages à la radio et la télévision.
Libraire et romancier Lassé par la mutation de la recherche publique qu’il dénonce dans La Science à bout de souffle ?, Laurent Ségalat engage dès 2008 une reconversion professionnelle vers le monde des livres, monde qu’il décrit comme « ses premières amours professionnelles ».
Il réduit son activité de chercheur au CNRS pour seconder son père Roger-Jean Ségalat, libraire renommé en livres anciens à Lausanne en Suisse. Il apprend ainsi le métier de libraire en livres anciens, avec le projet de reprendre à terme la libraire familiale.
Parallèlement, il rédige un roman La Vie de Morgan., premier volet de la trilogie Les Temps modernes, roman qui ne paraîtra finalement qu’en 2013 aux éditions Michalon. Ce roman décrit un monde futuriste et déshumanisé, dans lequel les libertés individuelles ont disparu sous l’emprise de réglementations tatillonnes investissant chaque parcelle de la vie des individus.
Le deuxième volet de la trilogie, intitulé La Vie de Joseph.. paraît en 2015. Inspiré du Procès de Kafka, ce roman est une réflexion sur le monde numérique et ses dérives.
Juriste En , il obtient un master M2 de droit de la propriété intellectuelle à l'université Lyon-III. La même année, il se présente au concours d’entrée à l’École des Avocats de Lyon (EDARA), qu’il obtient avec la plus haute note de sa promotion. Il intègre l’EDARA en . Cependant, en raison de sa condamnation pour meurtre et du mandat d'arrêt international émis à son encontre, il ne peut mener sa formation à termeLoubna Chlaikhy, Condamné pour meurtre en Suisse, Laurent Ségalat voulait devenir avocat en France, Le Figaro, 18 avril 2016.. Épicier
Actuellement et depuis 2016, Laurent Ségalat est le gérant des magasins Rue des producteurs à Lyon. Il dirige quatre magasins dont le concept principal est le circuit court..
Affaire Ségalat Décès suspect de Catherine Ségalat Le , à 21h15., Laurent Ségalat contacta les services d'urgence par téléphone depuis la villa de son père, alors hospitalisé, et de sa belle-mère, Catherine Ségalat, dans la commune du Vaux-sur-Morges, en Suisse. Il prétend avoir retrouvé cette dernière dans la buanderie, au rez-de-chaussée, en bas de l'escalier menant à l'étage.
Lors de l'arrivée des secours, le cadavre de Catherine Ségalat avait été déplacé dans une pièce attenante à la buanderie. Selon les constatations du médecin présent sur place, Laurent Ségalat présentait des éraflures fraîches, de couleur rouge vif, sur les articulations des doigts des deux mains et des griffures sur les pommettes de son visage. En outre, des traces ADN de la victime furent retrouvées par la suite sous les ongles de Laurent Ségalat..
Quant à la police, après avoir constaté que le cadavre avait été déplacé, elle se rendit compte que les lieux du drame avaient été « soigneusement nettoyés », le sol étant encore humide, et que Laurent Ségalat avait changé de vêtements, cela avant l'arrivée des secours.
Le cadavre de Catherine Ségalat présentait des plaies au visage, sur le cuir chevelu et le pavillon auriculaire gauche, une fracture de la calotte crânienne, ainsi que des ecchymoses, dermabrasions et plaies au niveau du visage et des membres supérieurs, notamment aux mains, dont un ongle avait été arraché du côté de la lunule au deuxième doigt gauche. Les pieds de la victime étaient ensanglantés, ce qui indiquait qu'elle avait marché dans son propre sang avant son décès.
Au vu de ces éléments, la thèse du meurtre fut privilégiée par la police.
Déclarations de Laurent Ségalat Lors de son audition le , Laurent Ségalat a indiqué être arrivé entre 19 h 30 et 20 h 30 au domicile de la victime. Cette dernière gisait sur le sol, mais était consciente et il lui semblait qu'elle respirait encore. Il indiqua n'avoir pas appelé immédiatement les secours mais avoir tenté une réanimation cardiaque, faute pour lui de connaître le numéro des services d'urgence suisse. Il avait également piqué la victime avec l'aide d'un poinçon, afin de voir si celle-ci réagissait, ce qui ne fut pas le cas. Après une heure de réanimation, il indiqua avoir pris conscience que sa belle-mère était décédée. Il consulta un annuaire téléphonique au premier étage de la maison et appela les services de secours.
Laurent Ségalat confirma aux policiers avoir lavé le sang présent sur le sol uniquement, avant l'arrivée de secours, et avoir changé sa chemise une seule fois. Il indiqua avoir nettoyé les traces de sang au sol car il trouvait « inconvenant » de faire marcher les services de secours dans une flaque de sang, cela pour atteindre la victime. Il justifia également son comportement en indiquant qu'il avait horreur du sang. Quant aux traces d'ADN de la victime retrouvées sous ses ongles, elles s'expliqueraient selon lui par sa tentative de réanimation.
S'agissant des blessures présente sur ses mains, Laurent Ségalat indiqua qu'elle provenait du dégivrage du pare-brise de sa voiture. Les blessures sur son visage provenaient, selon Laurent Ségalat, des bagues de la victime, lors de sa tentative de réanimation.. Il indiqua également qu'il était possible qu'il se soit lui-même griffé en procédant à la réanimation. Par la suite, lors d'une audition distincte, il déclara qu'il avait souvent le visage égratigné, notamment par le rasage, les jeux avec ses enfants ou sa vie conjugale, indiquant qu'il « arrive souvent que [sa] compagne [le] griffe ».
Enquête de la Police Lors de l'enquête menée par la police sur les lieux du crime, une chemise bleue, de marque Filmark, partiellement ensanglantée, fut retrouvée dans un sac plastique, déposé devant la machine à laver. Une seconde chemise, de marque Celio, fortement ensanglantée et dont deux boutons manquaient au niveau du col, ainsi qu'un t-shirt avec des traces de sang, au niveau du col, furent retrouvés dans le lave-linge, cachés sous d'autres habits qui, eux, ne présentaient aucune trace de sang. La présence de deux chemises ensanglantées laissait penser pour la police que Laurent Ségalat s'était vraisemblablement changé à deux reprises avant d'effectuer son appel d'urgence.
Après la pulvérisation d'un révélateur chimique (luminol), les policiers constatèrent que des traces de sang étaient présentes sur une surface d'environ , lavée par Laurent Ségalat, notamment sur le sol de la buanderie, les deux faces de la porte de l'escalier, des parois et ce, jusqu'à de hauteur, le lavabo, des portes d'armoire, la machine à laver et la chaudière. Un nettoyage, même effectué de manière dynamique, ne pouvait expliquer de telles projections de sang, notamment au niveau du col de la chemise de Laurent Ségalat. L'hypothèse selon laquelle ce dernier avait lui-même asséné des coups à la victime pouvait être considérée par les experts scientifiques de la police comme « très probable ».
Quant au père de Laurent Ségalat, il indiqua que ce dernier était venu lui rendre visite le jour du drame, dans l'après-midi. Questionné, il indiqua que, au moment de sa visite, Laurent Ségalat ne présentait aucune marque ou griffure sur le visage. Enfin, la compagne de Laurent Ségalat indiqua n'avoir jamais griffé ce dernier et que, le jour du drame, il ne présentait également aucune marque au visage.
Expertises médico-légales
L'expertise effectuée par l'Institut médico-légal de Lausanne, indique, dans son rapport du , que l'importance des lésions constatées sur la victime indiquait l'intervention d'un tiers. Quant aux lésions présentes au visage et au cou de Laurent Ségalat, elles étaient « difficilement compatibles » avec les déclarations de ce dernier lors de son audition.
Laurent Ségalat mandata un expert privé, médecin légiste et anatomopathologiste à Paris, qui, sur la base du contenu gastrique de la victime tel que ressortant du dossier de l'autopsie, estima, dans un rapport du , que le décès pourrait être intervenu entre 20 h et 22 h, en prenant un compte un arrêt de la vidange gastrique à 17 h 00. Les lésions crâniennes de la victime pouvait s'expliquer par une chute dans l'escalier et les traces de sang retrouvées sur les chemises par une réanimation « frénétique » telle que décrite par Laurent Ségalat.
Après avoir pris connaissance de cette expertise, l'Institut médico-légal de Lausanne répondit que l'analyse de la vidange gastrique, pour déterminer l'heure du décès, était considérée par la communauté médico-légale comme extrêmement aléatoire en raison de sa trop grande imprécision. Enfin, une chute dans l'escalier ne pouvait expliquer l'ensemble des lésions constatées sur la victime. De même, les lésions cutanées constatées sur Laurent Ségalat, notamment son visage, ne pouvaient s'expliquer par une victime, selon ses dires, inconsciente ou lors d'une réanimation cardiaque.