Marseille est une ville dont la population actuelle s'est construite sur des vagues migratoires importantes successives, les plus significatives étant celles des Provençaux de l'arrière-pays et des Italiens dans la seconde partie du , des Arméniens et des Corses au début du , puis des Maghrébins (incluant Arabes, Pieds-noirs et Juifs) et des Comoriens dans la seconde moitié du .

Marseille, , est une cité de migrations diverses, temporaires ou permanentes, ainsi qu'un lieu d'accueil et de passage pour de nombreux migrants et réfugiés. Son histoire est intimement liée à celle de son port, qui fait d'elle un lieu de transit, d'arrivée et de départ, ainsi qu'une étape pour beaucoup de voyageurs quittant l'Europe ou y faisant escale.

Les vagues migratoires successives ont construit l'identité de la ville et défini sa population actuelle comme un . Troisième ville arménienne, première ville corse et première ville comorienne du monde, troisième ville juive d'Europe, avec d'importantes communautés maghrébines, pieds-noirs et italiennes, Marseille est l'une des villes les plus cosmopolites du pourtour méditerranéen.

Histoire des migrations Les prémices Antiquité

Marseille a elle-même été fondée par des migrants, des colons grecs venus de Phocée en Ionie (actuelle Turquie) qui débarquent sur les rives du Lacydon autour de 600 av. J.-C. pour y fonder la cité de Massalia. Le mythe fondateur s'inscrit dans l'image de terre d'accueil, d'exil et de métissage que représente Marseille. Le mariage de l'étranger Protis avec la princesse autochtone Gyptis symboliserait l’alliance des deux peuples, où l'étranger se fond parmi les indigènes. Prôtis « d'hôte devient gendre » nous dit d'ailleurs Trogue Pompée dans son récit de la fondation.

Le mythe rentre également dans l'imaginaire collectif, où la ville apparait depuis longtemps comme une « terre promise » pour les migrants, un lieu où, selon Jean-Claude Izzo,

Au cours de l'Antiquité, Marseille a été une ville de départ pour plusieurs d'explorateurs massaliotes célèbres. Euthymènes quitte Massalia au et longe les cotes africaines jusqu'à, sans doute, l'actuel Sénégal ; tandis que son compatriote Pythéas rapporte des témoignages précieux sur le mode de vie des populations de la Grande-Bretagne et des peuples germaniques de la mer du Nord.

Haut Moyen Âge Du jusqu'au Moyen Âge, Marseille est un lieu saint important de l'Europe chrétienne. Elle possède alors un certain rayonnement spirituel dans le monde chrétien. Reconnue comme une ville de moines, on vient s'y installer pour sa pieuté.

Moyen Âge Au , le monde des travailleurs marseillais est ouvert aux immigrants : sur 730 ouvriers et apprentis, la moitié sont étrangers à la cité, un tiers de Provençaux et le reste se répartit entre Français, Italiens, quelques Ibériques musulmans, quelques Anglais et Flamands, et même quelques Grecs.

Les Juifs de Marseille Les Juifs sont à Marseille avant la peste noire puis à fin du , soit 10 % environ des habitants.

Ville de savants juifs aux , la communauté israélite est intégrée dans la vie socio-économique marseillaise du Moyen Âge tardif. Elle entretient des relations avec les Chrétiens et ils ne sont pas considérés des citoyens de seconde zone, malgré des interdictions qui ne sont que partiellement appliquées. Il semble que les Juifs de Marseille sont à l'époque attachés à leur religion de manière positive, et non en réaction à l'hostilité des autres habitants comme on l'observe dans d'autres lieux à la même époque .

Après l’édit d’expulsion générale des juifs de France de Philippe le Bel en 1306, le comté de Provence indépendant est perçu par les Tsarfatim (les « Juifs du royaume de France ») comme « une autre Judée », selon l'expression d'Armand Lunel. Pourtant, l'accueil des réfugiés semble avoir été limité à Marseille. Les sources latines ne donnent aucune trace d'immigration juive massive dans la ville au lendemain des persécutions de 1306. Bien que rare, l'immigration des quelques groupes de Juifs confirme l'aire de rayonnement de Marseille pour la diaspora.

En 1482, par le jeu des successions, le comté de Provence tombe entre les mains du royaume de France et ils sont expulsés de Provence par un édit de Louis XII le 31 juillet 1501. Ils ne reviendront officiellement qu'à la fin du avec l'émancipation des Juifs de France.

Une ville de voyageurs et de marchands ()

Au à Marseille, différents réseaux commerciaux du bassin méditerranéen se croisent dans la ville et le grand commerce engendre une immigration continue, à tel point que le conseil municipal s'oppose en 1489 à l'expulsion des Génois et des Milanais qui laisserait la ville presque dépeuplée. Bien que cet argument soit exagéré, il est vrai que l'on observe un afflux de « marchands nobles » italiens qui dominent le grand commerce marseillais. Dans les années 1540 et 1550, la guerre de Corse provoque l'arrivée massive de capitaines, mariniers et marchands corses ; et la ville reçoit un flux constant de la Provence intérieure et du terroir.

Marseille accueille également de nombreux visiteurs et voyageurs étrangers, dont certains à la présence importante mais éphémère : François , Charles IX, Catherine de Médicis ou le pape Clément VII. Dans le regard des grands, Marseille se réduit aux divertissements qu'on leur offre dans le port. On compte également nombre d'érudits, de pèlerins, d'étudiants et de savants, souvent plus impressionnés au cours de leur visite par le site naturel exceptionnel de la ville que par son architecture.

Grand port de commerce au , Marseille a attiré de nombreux négociants européens. Beaucoup de Suisses, d'Italiens, d'Allemands, d'Anglais, de Hollandais et de Grecs sont déjà présents dans l'activité économique à cette période.

La présence suisse à Marseille est attestée dès la fin du . Et si le recensement de 1685 n'indique que 32 Suisses dans la ville, ils y sont connus pour leur rôle important dans la formation de la communauté protestante. Au , ils représentent plus d'un tiers des négociants établis à MarseilleCharles Carrière, Négociants marseillais au . Contribution à l’étude des économies maritimes, Marseille, Institut historique de Provence, 1973, vol. 1, p. 273. et, entre 1751 et 1780, la moitié des étrangers inhumés. Le va cependant marquer leur déclin progressif et en 1931 on ne dénombre plus que Suisses à Marseille.

À la fin du , Michel Vovelle estime que les Italiens sont déjà 5 à , pour une population totale de . Ils représentent alors 70 % des étrangers résidents dans la ville. Cependant, il faut attendre la seconde moitié du siècle suivant pour voir leur nombre s'accroitre significativement.

L'immigration économique précédant le concerne surtout les Provençaux de l'arrière-pays jusqu'à la Haute Provence et le Bas-Dauphiné quittant les campagnes pour la ville.

« L'invasion italienne » ()

Dès la Restauration émerge une véritable communauté grecque à Marseille. De nombreuses familles négociantes, surtout originaires de Constantinople, Chio et Smyrne viennent grossir les rangs d'une population déjà présente au siècle précédent. En effet, profitant des blocus anglais durant la Révolution française et des guerres napoléoniennes, les Grecs battant sous pavillon neutre ravitaillent la ville en blé et accaparent une partie des intérêts commerciaux marseillais dans le Levant et les Échelles. À cela s'ajoute la suppression du droit de 20 % sur les marchandises importées du Levant sous drapeau non français en 1815 et les représailles violentes des Turcs contre le peuple hellénique durant la guerre d'indépendance grecque débutée en 1821. On parle alors d'une véritable grecque à Marseille aux et .

À partir du milieu du , parallèlement au déclin des industries traditionnelles, une industrie nouvelle se concentre autour de la ville. L'explosion des activités portuaires et la construction de la voie ferrée du PLM nécessitent une main d'œuvre importante que la Haute-Provence, foyer d'immigration et réservoir humain traditionnels de la ville, ne peut plus fournir. La croissance de Marseille est donc alimentée, à partir de ce moment, par une immigration extérieure et étrangère.

À partir de 1850 et jusqu'à l'entre-deux-guerres, l'immigration italienne va croître de manière spectaculaire. La ville voit alors arriver de nombreux transalpins qui viennent occuper les emplois industriels. Parfois mal accueillis par les ouvriers locaux, ils sont la cible de violences et de manifestations hostiles qui augmentent à partir des années 1880, avec par exemple les Vêpres marseillaises de 1881. À cette époque, la France assiste à une hausse de la xénophobie et, à partir de 1890, ce phénomène semble s'aggraver à Marseille. Dans Marseille, Porte du Sud (1927), Albert Londres écrit avec : La Haute Provence, foyer traditionnel de l'immigration provençale. Ici, une chevrière dans les années 1930.|thumb Les historiens Émile Temime et Renée Lopez parlent entre les années 1850 et 1914 tant leur immigration est importanteTémime (Emile), Lopez (Renée), Histoire des migrations à Marseille, Migrance, Tome 2, Edisud, 1990, . En 1934, ils sont dans la ville, où ils représentent environ les deux tiers de la population étrangère. À partir de cette période, la politique anti-exode du gouvernement fasciste nouvellement au pouvoir freine considérablement ce mouvement. Il y aurait dans les années 2000 environ d'origine italienne à Marseille, soit environ 35 % de la population, ce qui ferait des Italiens la première communauté d'origine étrangère de la villeNPR - Diverse Marseille Spared in French Riots, 2005.

La migration provençale prend elle aussi de l'ampleur. Les « gavots » viennent principalement depuis les Alpes provençales et de la Provence littorale, et dans une moindre mesure de la vallée du Rhône. Des migrations corses et languedociennes, plus faibles, sont également à noter. Aux Juifs provençaux et du bassin méditerranéen ayant déjà émigré à Marseille au cours du s'ajoutent des réfugiés juifs lorrains et alsaciens qui fuient la débâcle militaire de 1870. Les étrangers forment alors les deux-tiers de la population juive marseillaise et contribuent largement à sa croissance. Lorsque les « provinces perdues » d'Alsace-Lorraine sont annexées à l'Empire Allemand, Marseille passe au deuxième rang des communautés israélites françaises, derrière celle de Paris.

La première moitié du : diversification des flux migratoires

A la fin du XIXe siècle les premiers mouvements ouvriers revendicatifs se développent chez les ouvriers français et étrangers à Marseille, notamment chez les dockers Italiens en 1883 et 1900. En 1907 les ouvriers italiens sous-payés et souvent en grève, poussent les employeurs à recruter des travailleurs kabyles. En 1910, pour contrer les grèves dans les raffineries de sucre, des non-grévistes et travailleurs kabyles sont embauchés, provoquant la colère des ouvriers français et italiens. En 1912, Marseille comptait plus de 2 000 ouvriers kabyles, représentant parfois la moitié du personnel dans certaines entreprises . Ce recrutement n’apparaît pas comme une surprise, le patronat étant conseillé par certains anthropologues français depuis le XIXe. siècle. Ainsi l'anthropologue Emile Masqueray, cité en 1984 dans L’immigration algérienne en France par Gilette et Sayad, déclare : « En cas d’excès des forces vives, des milliers d’ouvriers kabyles et Chaouia iraient offrir leurs bras en France à la place des Italiens et des Espagnols. »

Au début de la première guerre mondiale, on estime la population Kabyle en France à 13 000 personnes, majoritairement à Marseille. C’est pourquoi pendant la Première Guerre mondiale, la ville de Marseille et la Chambre de commerce envisagent la construction d’un « village kabyle » pour loger cette population, projet transmis à la direction des raffineries de Saint-Louis avant d’être abandonné .