Les guerres napoléoniennes sont en partie le prolongement des guerres engendrées par la Révolution française de 1789, et durent tout au long du Premier Empire de Napoléon . Il n’existe pas de consensus sur leur point de départ. Certains considèrent qu’elles commencent lors du coup d'état du 18 Brumaire an VIII () par le général Bonaparte. D’autres prolongent les guerres de la Révolution française jusqu’en 1802, et estiment que la déclaration de guerre du Royaume-Uni à la France en 1803, après la courte période de paix qui suit le traité d'Amiens (1802), est le point de départ des guerres napoléoniennes.
De 1792 à 1815, sept coalitions se forment contre la France, durant ce qu'on appelle les guerres de Coalitions. Pendant les guerres de la Révolution française, la France bat la Première Coalition, puis, sous le Consulat de Napoléon Bonaparte, elle défait la Deuxième Coalition. Devenu empereur, Napoléon bat l'Autriche et la Russie lors de la Troisième Coalition (batailles d'Ulm et d'Austerlitz), la Prusse et la Russie lors de la Quatrième Coalition (Iéna, Eylau, Friedland), puis l'Autriche seule lors de la Cinquième Coalition (Eckmühl, Wagram). Mais tandis que la Grande Armée triomphe en Europe centrale, elle s'enlise dans une longue guerre d'occupation en Espagne, et l'Angleterre domine les mers à partir de la bataille de Trafalgar. Après l'échec d'une tentative d'invasion de la Russie par la France, la Sixième Coalition est victorieuse à Leipzig et renverse Napoléon en 1814. L'année suivante, l'Empereur revenu au pouvoir est définitivement vaincu par la Septième Coalition à Waterloo.
Ces guerres révolutionnent les armées européennes et notamment l’emploi de l’artillerie, ainsi que toute l’organisation militaire, à une échelle jamais vue auparavant, due principalement à l’introduction moderne de la conscription de masse. La France, sur l’élan des conquêtes révolutionnaires, voit sa puissance croître rapidement et étend sa domination au continent entier. La chute est plus rapide encore, de la désastreuse retraite de Russie à la bataille de Waterloo, jusqu’à ce que la dynastie des Bourbons soit provisoirement restaurée en France. L’ensemble de tous ces conflits fit un total de morts compris entre de personnes.
Dénomination On les appelle aussi les guerres de la Révolution et de l'Empire, si l'on considère qu'il s'agit essentiellement de la suite des guerres de défense de la Révolution française, attaquée par les monarchies européennes coalisées. En revanche, certaines prirent un caractère de guerre d'occupation et de conquête indéniable, telle que la campagne d'Espagne, qui est désormais appelée en raison de son caractère de guerre de libération la guerre d'indépendance espagnole.
Les Européens nomment parfois la période de guerres continuelles comprise entre le (déclaration de guerre de la France à l'Autriche) et le la grande guerre française (avant la Première Guerre mondiale, on l’appelait simplement la Grande guerre).
Enfin, on considère parfois qu’elles forment la dernière partie de la seconde guerre de Cent Ans franco-britannique.
Guerres de la Révolution française (1792–1802)
Après une première tentative d’écraser la Révolution française par une coalition (1792-1797) (qui regroupe l’Autriche, la Prusse, l’Espagne, la Grande-Bretagne et plusieurs petits pays), coalition vaincue par la mobilisation générale française (levée en masse, réforme militaire de Lazare Carnot et guerre totale), la France victorieuse avait annexé la Rhénanie et les Pays-Bas autrichiens. La conquête des Provinces-Unies (qui déclarent la guerre à la France en 1793) et leur transformation en République batave (, reconnue par le traité de la Haye quatre mois plus tard), avait précédé l’abandon de la Prusse, puis de l’Espagne, la même année. Enfin, la victorieuse campagne de Bonaparte en Italie (1796-97) détache tout d’abord le Piémont de la coalition, puis les États pontificaux, et enfin oblige l’Autriche à signer le traité de Campo-Formio.
La Grande-Bretagne, dernière puissance encore en guerre contre la France, finance une Deuxième Coalition avec l’Autriche, la Prusse, la Russie, le Portugal, le royaume de Naples, le pape et l’Empire ottoman. Le gouvernement corrompu et instable de la France (voir Directoire) ne peut ni faire face aux coups d’État, ni à la menace extérieure, privé de ministre comme Carnot ou de général comme Bonaparte, parti en Égypte. Les armées françaises sont battues, notamment par le général russe Souvorov.
Napoléon Bonaparte quitte l’Égypte, où il laisse la conduite de l’armée à Kléber, et prend le pouvoir par le coup d'État du 18 brumaire (). La menace la plus pressante est alors la double offensive autrichienne en Allemagne et en Italie. Le premier Consul organise une armée dite « de réserve », avec laquelle il traverse les Alpes et remporte le la bataille de Marengo, complétée le par la victoire de Moreau sur les Autrichiens à Hohenlinden. La paix est alors signée au traité de Lunéville et seule reste en guerre contre la France la Grande-Bretagne, dont la flotte est reine des mers, après une victoire contre une escadre espagnole, les Espagnols étant à ce moment alliés des Français, au cap Saint-Vincent, puis la destruction de la flotte française à Aboukir (). Elle menace les Antilles françaises, et ses fonds suffisent à unir les puissances continentales contre la France. De même, l’armée autrichienne, malgré les nombreuses défaites, continue d’être une menace.
La Paix d’Amiens Le traité d'Amiens (1802) établit la paix entre la France et le Royaume-Uni (la Grande-Bretagne est unie en 1801 à l'Irlande pour devenir le Royaume-Uni), et met fin à la Deuxième Coalition. Cette paix n’est pas considérée comme durable, aucune des deux parties n’étant satisfaite. Le , les hostilités reprennent, mais l’objet du conflit passe du rétablissement de la monarchie en France à la lutte contre Bonaparte, proclamé Empereur le et couronné le .
Guerre maritime
Celle-ci continue sans interruption : le Danemark et la Norvège, initialement neutres, s’enrichissent dans le commerce grâce à la guerre, et mettent sur pied une flotte. Après une démonstration de force (bombardement de Copenhague en 1801), la flotte britannique capture la plus grande partie de la flotte danoise lors de la seconde bataille de Copenhague en (1807). Le Danemark sort alors de sa neutralité, et se livre à une guerre de course, où de petites canonnières n’hésitent pas à attaquer des navires britanniques bien plus grands. La guerre des canonnières prend fin avec la victoire britannique à , où est coulé le dernier navire de guerre danois, une frégate.
Lors de la reprise des hostilités, en 1805, le Royaume-Uni s’assure la maîtrise des mers par son écrasante victoire sur la flotte franco-espagnole à Trafalgar ().
Les combats navals continuent cependant. Un affrontement naval aux Caraïbes a un effet direct et immédiat sur le cours de la guerre, puisqu’il pousse Napoléon à se tourner vers le continent. L’influence d’affrontements très éloignés les uns des autres est une caractéristique de ces guerres : des batailles livrées à des milliers de kilomètres influencent le résultat les unes des autres, au point où l’on peut qualifier les guerres napoléoniennes de guerre mondiale. Seule la guerre de Sept Ans a eu ce caractère de guerre mondiale auparavant.
Guerre de la Troisième Coalition (1805)
Le , le Royaume-Uni et la Russie concluent un traité visant à expulser la France de Hollande et de Suisse. Après l’annexion de Genève et la proclamation de Napoléon comme roi d’Italie, l’Autriche rejoint la coalition. Le , le royaume de Naples et la Suède rejoignent la Troisième Coalition formée contre la France.
Napoléon prépare au camp de Boulogne l’invasion des îles Britanniques, invasion qui demande la maîtrise de la Manche. Il élabore un plan compliqué pour éloigner la flotte britannique vers ses possessions des Indes occidentales. L’Autriche envahit la Bavière avec une armée de commandée par Mack. Napoléon repousse le débarquement à plus tard, et se tourne contre ses ennemis du continent. Fin , la Grande Armée se rue en « sept torrents » sur l’Autriche. Au siège puis à la bataille d'Ulm (du au ), Napoléon vainc Mack par une brillante manœuvre d’encerclement, le forçant à s’enfermer dans la ville puis à se rendre, sans que l’armée française ne subisse de pertes importantes. Avec l’armée autrichienne au nord des Alpes vaincue et, au sud des Alpes, l’armée sous le commandement de l’archiduc Charles qui affronte Masséna sans résultats concluants, Napoléon occupe Vienne. Mais l’amiral Villeneuve est défait à la bataille du cap Finisterre et s’enferme à Cadix, avec la flotte franco-espagnole. Cette flotte est à nouveau vaincue à Trafalgar le , bataille décisive qui met fin aux projets d’invasion du Royaume-Uni. Napoléon se retourne alors contre l'Autriche.
Malgré des lignes de ravitaillement très allongées, Napoléon bat encore une armée austro-russe supérieure en nombre commandée par Mikhaïl Koutouzov et les empereurs François Ier et Alexandre de Russie à la bataille d'Austerlitz, le , dans ce qui est considéré comme sa plus grande victoire. Ses adversaires perdent plus de , contre moins de pour l’armée française. L’Autriche signe le traité de Presbourg : elle abandonne la coalition, qui est dissoute, et cède Venise au royaume d'Italie (dont Napoléon porte la couronne) et le Tyrol à la Bavière.
Le retrait de l’Autriche provoque une pause dans la guerre. L’armée napoléonienne compte un nombre de victoires impressionnant, mais l’armée russe est à peine entamée.
Guerre de la Quatrième Coalition (1806-1807) La quatrième coalition se forme quelques mois seulement après la disparition de la précédente. En , l’Empereur des Français crée la confédération du Rhin, qui rassemble les petits États rhénans et d’Allemagne. Les plus petits sont intégrés aux Électorats, aux duchés ou aux royaumes plus grands, ce qui facilite le gouvernement de l’Allemagne non-prussienne. Les plus grands États sont la Bavière et la Saxe, érigées en royaumes par Napoléon.
La Prusse n'accepte pas que la suprématie française s’étende jusqu’à ses portes et le , le roi , poussé par le Royaume-Uni, décrète la mobilisation afin de faire la guerre seul à la France. La logique aurait voulu qu’il entre en guerre aux côtés de l’Autriche et de la Russie l’année précédente, ce qui aurait pu contenir Napoléon et empêcher le désastre d’Austerlitz. Lors de l’entrée en guerre de Frédéric-Guillaume, l’armée russe se trouvait encore loin de la Prusse.
En , Napoléon concentre son armée sur le Rhin, puis avance vers la Prusse avec environ (effectif de départ, augmentant au cours de la campagne). L’avance rapide de l’armée française est telle qu’elle permet d’annihiler l’armée prussienne, comptant . En effet, Napoléon et le maréchal Davout la mettent en déroute lors des batailles d’Iéna et d’Auerstadt toutes deux se déroulant le . On compte dans les rangs prussiens ; prussiens sont faits prisonniers ; et sont pris et amassés à Berlin.
Le , Napoléon fait son entrée à Berlin à la tête de la Grande Armée. Il visite le tombeau de Frédéric le Grand, et devant ses maréchaux qu’il fait se découvrir, prononce ces mots : Au total, Napoléon a mis seulement 19 jours du commencement de son attaque sur la Prusse à son entrée à Berlin. En comparaison, la Prusse a lutté pendant trois ans durant la guerre de la Première Coalition. Après ces revers, la Prusse signe un armistice à Charlottenbourg.