Le Statut du Tibet de Chine dans l'histoire est un ouvrage qui présente le point de vue de la république populaire de Chine concernant le statut juridique du Tibet et qui critique ouvertement les interprétations du juriste Michael van Walt van Praag et les analyses de l'homme politique et historien W. D. Shakabpa José Elías Esteve Moltó, Tibet, sur le site Oxford Bibliographies : . Attribué à Wang Jiawei et Nyima Gyaincain, pseudonymes d'un groupe d'auteurs chinois répondant aux noms de Wang Gui, Tang Jiawei, Wu Wei, Xirab Nyima et Yang Gyaincain, le livre a été publié d'abord en chinois et en anglais en 1997 édition an anglais de 1997, avant de connaître des éditions en français, allemand, espagnol et russe.
Publié à Pékin par la maison d'édition China Intercontinental Press, un organe du Département de la propagande du Comité central du Parti communiste chinois ,l'ouvrage présente la position officielle de la république populaire de Chine sur le statut juridique du Tibet dans l'histoire, à savoir que, sous une forme ou une autre, le Tibet a toujours été une dépendance de la Chine, grosso modo depuis le siècle, sous la dynastie Yuan Thomas Laird, The Story of Tibet: Conversations with the Dalai Lama, Grove/Atlantic, Inc, 2007, 496 p., p. 106 : .José Raimundo Noras, « O Tibete entre impérios: formação e sobrevivência de uma identidade cultural. Ensaio bibliográfico », Ler História [Online], 69, 2016, posto online no dia 07 Março 2017 : (Traduction : Le point de vue de la Chine dans les débats sur la « question tibétaine » a été exposé par certains auteurs, presque tous chinois. La doctrine officielle de la république populaire de Chine repose sur l'argument selon lequel le Tibet a toujours été, sous une forme ou une autre, une dépendance de la Chine, en gros depuis le siècle. C'est cette perspective historique (qui n'est pas sans quelque fondement ainsi qu'on l'a vu plus haut pour ce qui est de la période postérieure au siècle) qui est défendue par Jiawei Wang et Nyima Gyaincain dans The Historical Status of China's Tibet. Ce livre constitue une sorte d'historiographie chinoise officielle du statut politique du Tibet). Elliot Sperling, Tibet and China: The Interpretation of History Since 1950, China Perspectives, 2009/3 : .
L'ouvrage est aussi une critique approfondie des interprétations et conclusions de publiées dans The Status of Tibet: History, Rights and Prospects in International Law par Michael van Walt van Praag, le conseiller juridique de Tenzin Gyatso, le dalaï-lama Michael C. van Walt van Praag, The Status of Tibet: History, Rights and Prospects in International Law, Wisdom, Londres, 1987. Derek F. Malher, Preface to Tsepon Wangchuk Deden Shakabpa's One Hundred Thousand Moons. An Advanced Political History of Tibet, Translated and Annotated by Derek F Mahler. 2 Volumes, Brill’s Tibetan Studies, Vol. 23. Brill, Leiden, Boston 2010 : ..
En outre, il remet en question l'analyse de certains événements historiques importants publiée par l'homme politique et historien tibétain W. D. Shakabpa Wangchuk Deden Shakabpa, Tibet: A Political History, Yale University Press, New Haven and London, 1967..
Contexte
Si, entre 1911 et 1951, le Tibet a échappé à la tutelle de la république de Chine et a fonctionné comme une entité indépendante de facto, il n'a toutefois pas reçu la reconnaissance internationale de jure que lui aurait valu l'octroi d'un statut juridique indépendant, distinct de celui de la Chine Melvyn C. Goldstein (avec Cynthia M. Beall), Nomads of Western Tibet — The Survival of a Way of Life, University of California Press, 1990 , 191 p., (Historical background) : .. Le Tibet actuel est reconnu internationalement comme faisant partie de la Chine Barry Sautman, "Cultural genocide" and Tibet, in Texas International Law Journal, avril 2003, reproduit sur le site allbusiness.com : Jennifer M. Brinkerhoff, Digital Diasporas: Identity and Transnational Engagement, Cambridge University Press, 2009, 275 p., p. 23 (Introduction) : . Il n'est pas répertorié dans la liste des pays et territoires à décoloniser publiée en 2008 par l'ONU, et la Chine n'est pas citée au nombre des puissances administrantesMartine Bulard, Chine-Tibet, des identités communes, article reproduit sur le avec comme indications Le Monde Diplomatique, 30 avril 2008, ainsi que sur le blogue Planète Asie du Monde Diplomatique à la date du 30 avril 2008 : « Rappelons que les Nations unies n’ont jamais inclus le Tibet dans les pays à décoloniser (avant comme après 1971 – date du remplacement de Taïwan par la Chine populaire) et qu’aucun pays n’a reconnu le « gouvernement » tibétain en exil et donc la possibilité d’une indépendance »... Aucun pays n'a reconnu le gouvernement tibétain en exil comme gouvernement légitime du TibetDalaï-lama, Sofia Stril-Rever, Appel au monde, Éditions du Seuil, 2011, 360 p., p. 1942 (livre numérique) : .
Auteurs Les co-auteurs, Wang Jiawei () et Nyima Gyaincain ( ; ), sont, selon l'historienne Anne-Sophie Bentz, des historiens chinoisAnne-Sophie Bentz, Les réfugiés tibétains en Inde : nationalisme et exil, Graduate Institute Publications, 2015, 266 p., p. 34 : .. Il s'agit plus précisément de pseudonymes, formés en combinant les noms des cinq rédacteurs donnés dans le post-scriptum de l'ouvrage : Wang Gui, Tang Jiawei, Wu Wei, Xirab (Sherab) Nyima et Yang Gyaincain Gray Tuttle, Using Zhu Yuanzhang's Communications with Tibetans to Justify PRC Rule in Tibet, in Long Live the Emperor!, Uses of the Ming Founder across Six Centuries of East Asian History, Sarah Schneewind ed., Society for Ming Studies, Minneapolis, 2007, Ming Studies Research, No. 4, 508 p., Publisher: Center for Early Modern History (January 1, 2008), , p. 414 : . Wang Gui s'est chargé des chapitres 8 et 9, Wu Wei des chapitres 1 à 4, Yang Gyaincain des chapitres 5 et 7, Xirab Nyima des chapitres 6 et 12, Tang Jiawei des chapitres 10 et 11 ainsi que des conclusions Postscript : . Selon le tibétologue Gray Tuttle, ces rédacteurs sont une équipe mixte de chercheurs chinois et tibétains sous la houlette d'un rédacteur chinois. L'un d'eux, Sherab Nyima, est un historien tibétain qui enseigne à l'Université centrale des nationalités à Pékin.
Trois de ces auteurs sont les mêmes que ceux de Comments on the Historical Status of Tibet, une monographie universitaire de 746 pages publiée en chinois, sous un titre en anglais, par The Nationalities Press en 1995 : Gray Tuttle, , p. 415: Cette monographie est citée sous la dénomination « Wang, G., Xiraonima, Tang, J. 1995. Comments on the Historical Status of Tibet » par les chercheurs chinois Xu Mingxu et Yuan Feng, dans « The Tibet Question: A New Cold War », in Barry Sautman, June Teufel Dreyer eds., Contemporary Tibet: Politics, Development and Society in a Disputed Region, Routledge, 2017, 386 p., 2017 (1st edition 2005).. Cet ouvrage, qui a eu un grand retentissement en Chine, a reçu le prix « Livre d'excellence » en 1996 Postscript : Warren W. Smith Jr Book Review of Historical Status of China's Tibet by Wang Jiawei et Nyima Gyaincain, A Compilation of a series of programs on Radio Free Asia Tibetan Service by Warren W. Smith, sur le site Radio Free Asia : .
Cette monographie était elle-même tirée d'un opuscule antérieur en chinois, censé être une réponse au livre de Shakabpa, Tibet: A Political History. Traduit en anglais, son titre serait Shakabpa's "Tibet: A Political History" and the True Face of Tibetan HistoryGray Tuttle, , p. 415, note 6 : . Cet opuscule, rédigé par une équipe de chercheurs liés au Tibet, avait été publié en 1994 par la Maison d'édition des nationalités à PékinGray Tuttle, , p. 415 : .
Éditions L'ouvrage a été publié en 1997 en chinois. et en tibétain José Elías Esteve Moltó, Tibet, sur le site Oxford Bibliographies : ., ainsi qu'en anglais.. Il a été traduit et publié en 2001 en français puis en 2003 en allemand, en espagnol et en russe. Une deuxième édition en français est parue en 2008..
Publication d'extraits En 2009, le Washington Institute of Chinese Studies a publié dans sa revue, avec la permission de l'Ambassade de Chine aux États-Unis, l'introduction et huit chapitres du livre en anglais (chaque partie étant précédée d'un résumé), sous les deux pseudonymes, dans les livraisons allant du volume 4, No 1, 2009 au volume 7, No 1, 2012. Le rédacteur en chef de la revue explique cette décision en indiquant qu'il lui a paru opportun d'inaugurer le sommaire par l'histoire du Tibet et de son lien avec la Chine et qu'il est bon que le lecteur ait quelques connaissances du sujet de façon à ne pas tirer des conclusions hâtives dans un sens ou dans l'autre. Il précise toutefois que le lecteur doit être conscient que « cette version de l’histoire est le point de vue chinois publié par le gouvernement chinois », ajoutant que la revue ne dispose pas d'une réfutation ou d'une version tibétaines de cette histoire conflictuelle Editor's statement : Voir Vol. 4, No 1, 2009; Vol. 4, No 2, 2009 ; Vol. 4, No 3, 2009 ; Vol 5, No 1, 2010 ; Vol. 5, No 2, 2010 ; Vol. 5, No 3, 2010 ; Vol. 6, No 1, 2011 ; Vol. 6, No 2, 2011 ; Vol. 7, No 1, 2012..
Accueil critique Anne-Sophie Bentz note que Wang Jiawei et Nyima Gyaincain ne font pas mystère de leurs objectifs, déclarant dès l'introduction : « Qui n’apprécie pas les eaux limpides et un ciel clair et bleu ? Ce livre a été compilé afin de permettre aux lecteurs d’être informés clairement du statut souverain de la Chine sur le Tibet au cours de l’histoire, et ce, en faisant se déposer les eaux boueuses et en dissipant le brouillard »Anne-Sophie Bentz, Les réfugiés tibétains en Inde : nationalisme et exil, ..
Pour John Powers, certaines déclarations de l'ouvrage rappellent les écrits des auteurs chinois qui semblent s'être fixé pour but de persuader les lecteurs occidentaux que les revendications tibétaines d'indépendance sont sans fondement et qu'un examen impartial des « faits historiques » révèlera que le Tibet fait partie intégrante de la Chine depuis des temps immémoriaux John Powers, History As Propaganda: Tibetan Exiles versus the People's Republic of China, Oxford University Press, 2004, 224 p., p. 9..
Pour Warren Smith, il s'agit d'une publication de propagande du gouvernement chinois qui tente d'étayer l'affirmation de la Chine selon laquelle le Tibet est une partie inaliénable de la Chine.
Pour Gray Tuttle, la paternité chinoise et tibétaine de l'ouvrage est une rareté dans le monde des publications chinoises sur le Tibet et indique probablement une tentative de légitimer un effort évident de propagande. Constatant que Wang et Nyima affirment que leur texte a pour but de réfuter la théorie de l'« indépendance tibétaine » mise en avant dans Tibet: A Political History de W. D. shakabpa et The Status of Tibet de Michael C. van Walt van Praag, Gray Tuttle est d'avis que ces deux ouvrages en langue anglaise sont essentiellement de la propagande à l'instar de celle produite par la RPC : Gray Tuttle, , p. 416 : .
L’anthropologue Heidi Fjeld cite un extrait du livre Le Statut du Tibet de Chine dans l'histoire : . Cette publication chinoise poursuit en soutenant que la libération pacifique du Tibet par la Chine a apporté la justice et les droits de l'homme au peuple et lui a donné le pouvoir jusque-là réservé aux « propriétaires réactionnaires de serfs ». Heidi Fjeld ajoute que c'est dans le contexte de cette propagande officielle qui s'en prend à l'ancien système social tibétain et au rôle des familles nobles, qu'elle aborde dans son livre le rôle du milieu familial (kyesa) et les relations entre les milieux familiaux à Lhassa de nos jours Heidi Fjeld, Commoners and Nobles: Hereditary Divisions in Tibet, Nordic Institute of Asian Studies, 2005, , pp. 13-14: .