Le Vasa, ou WasaLe nom d'origine du navire était Wasen ou Wassen (« La Gerbe »), en référence à la gerbe qui occupe la partie centrale du blason de la dynastie Vasa, qui était aussi, à cette époque, celui de la Suède. Puis on préféra le nommer du nom même de la famille Vasa., est un navire de guerre construit pour le roi Gustave II Adolphe de Suède, de la maison Vasa, entre 1626 et 1628. Il est particulièrement renommé à l'heure actuelle en tant qu'attraction touristique de la ville de Stockholm.

Le Vasa est un trois-mâts de type hybride entre le galion et la caraque. Sa voilure comprenait trois étages de voiles carrées sur le mât de misaine et sur le grand mât, deux voiles carrées sur le beaupré, une voile latine et une voile carrée sur le mât d'artimon. Ce navire étant destiné à servir les aspirations expansionnistes de Gustave Adolphe, aucune dépense n'avait été épargnée pour son équipement et sa décoration. C'était un des plus gros navires de son temps, et avec soixante-quatre canons, un des plus lourdement armés, et l'un des plus richement décorés, car paré de centaines de sculptures, toutes peintes de couleurs vives.

Cependant, il fait naufrage dès le premier mille marin de sa sortie inaugurale dans l'archipel de Stockholm, le : juste après avoir tiré une salve d'honneur, à la stupéfaction générale, il chavire et sombre par de fond. Tombé dans l'oubli après la récupération des canons, le Vasa est localisé à la fin des dans la vase d'un chenal du port de Stockholm. La coque, bien préservée, est renflouée le et entreposée dans un bâtiment nommé (« chantier naval du Vasa ») jusqu'en 1987, puis dans un nouveau bâtiment, le musée Vasa.

Ce musée est une des attractions les plus populaires de Suède ., le deuxième musée du pays par la fréquentation avec plus de de visiteurs en 2008 ., et plus de de visiteurs depuis son renflouement.

Les raisons du naufrage sont à chercher dans une combinaison de facteurs mettant en cause la structure même du bâtiment : largeur de la coque trop faible au niveau de la flottaison par rapport à sa hauteur, allant même en se rétrécissant vers l'arrière, centre de gravité trop haut du fait de superstructures et d’armements trop lourds et effet de recul insuffisamment amorti associés à un lest insuffisant. Malgré son manque de stabilité dans le port, il fut autorisé à hisser les voiles, avant de chavirer et sombrer quelques minutes plus tard, dès qu'il rencontra un vent plus fort qu'une simple brise. Le roi Gustave Adolphe, à l'étranger lors de l'inauguration, était impatient de voir son vaisseau rejoindre la flotte de la Baltique — en pleine guerre de Trente Ans. Ses subordonnés avaient manqué du courage nécessaire pour aborder avec lui en toute franchise la question de la structure du navire ou envisager le report du voyage inaugural. Aucune sanction ne fut prise contre quiconque, après l'enquête menée par le Conseil privé du roi pour déterminer les responsabilités.

Lors du renflouage de 1961, les spécialistes de l'archéologie sous-marine mirent au jour des milliers d'objets et artéfacts, ainsi que les restes d'au moins vingt-cinq personnes. On trouva des vêtements, des armes, des canons, des outils, des pièces de monnaie, des couverts, de la nourriture, des boissons et six des dix voiles qui devaient équiper le navire. Les objets et le navire lui-même ont apporté aux historiens une somme exceptionnelle de connaissances sur les techniques de la guerre et de la construction navale, ainsi que sur la vie quotidienne en Suède dans la première moitié du .

Contexte historique La Suède, puissance impériale au Au début du , la Suède passe du statut de petit royaume pauvre et en périphérie de l'Europe du Nord, sans grande influence, à celui de grande puissance de la Baltique, devenant même au cours de la guerre de Trente Ans (1618-1648) un acteur majeur de la politique européenne : c'est le début d'une période appelée en Suède (« l'ère de la grande puissance »), qui s'achève en 1709 avec la défaite de Charles XII à Poltava, face à la Russie de Pierre le Grand.

Cette évolution a été possible grâce à l'action d'une succession de monarques remarquables et à la mise en place d'un gouvernement centralisé, permettant la création et l’entretien de puissantes forces armées, capables de contrôler des territoires situés tout autour de la mer Baltique.

Les historiens suédois ont décrit un État moderne mettant toutes ses ressources dans l'exercice de la guerre, un petit royaume nordique métamorphosé en un État-puissance militaire () ; voir aussi l'article de ..

Les engagements de la Suède sous le règne de Gustave II Adolphe (1611-1632) Gustave II Adolphe de Suède (1594-1632) est considéré comme le plus grand des rois-soldats de l'histoire suédoise. Au moment de la construction du Vasa, il est au pouvoir depuis dix ans.

Au milieu des années 1620, la Suède est engagée dans une guerre contre la Pologne (1625–1629) et surtout dans la guerre de Trente Ans, qui se déroule dans le Saint-Empire opposant les princes catholiques dirigés par l'empereur aux princes protestants, soutenus par la Suède et par la France. Cette guerre commencée en 1618 semble alors tourner au désavantage des protestants.

Les plans contre la Pologne et la sécurité du royaume exigent une forte présence navale suédoise dans la mer Baltique..

Les problèmes de la marine suédoise dans les années 1620 La marine suédoise connut de graves revers au cours des années 1620.

En 1625, une escadre qui croisait au large de la baie de Riga fut prise dans une tempête : dix de ses navires allèrent s'échouer avant de sombrer.

En 1627, dans la bataille d'Oliwa, une escadre suédoise fut attaquée par une force polonaise supérieure, et se trouva désemparée : deux vaisseaux furent perdus, le (« Tigre »), qui était le vaisseau amiral suédois, capturé par les Polonais, et le Solen (« Soleil »), sabordé par son propre équipage alors qu'il était en passe d'être pris.

En 1628, trois autres gros navires furent perdus en moins d'un mois. Le vaisseau de l'amiral Klas Fleming fut détruit dans une tempête dans le golfe de Gdansk et le (« Clés du Royaume ») s'échoua à Viksten dans le sud de l'archipel de Stockholm quelques semaines seulement après le naufrage du Vasa lors de son premier voyage — un désastre pour la couronne suédoise.

L'engagement de Gustave Adolphe sur plusieurs fronts de la guerre navale aggrava encore les difficultés de la marine. Outre la lutte contre la marine polonaise, les Suédois furent menacés par des forces catholiques qui avaient envahi le Jutland. Le roi suédois avait peu de sympathie pour le roi danois Christian IV, de sorte que le Danemark et la Suède devinrent ennemis jurés pour plus d'un siècle. Stratégiquement, la Suède redoutait vivement une conquête de Copenhague et de l'île de Seeland (Danemark) par les catholiques, ce qui leur aurait assuré le contrôle des passages entre la mer Baltique et la mer du Nord — perspective désastreuse pour les intérêts suédois..

Le plan de construction navale de Gustave Adolphe Jusqu'au début du , la marine suédoise était composée principalement de petits navires à un seul pont, avec des armes relativement légères : de tels navires revenaient moins cher que les grands vaisseaux, tout en étant bien adaptés à des missions d'escorte ou de patrouille. Toutefois, une flotte de grands navires constitue un moyen efficace pour imposer son autorité, aussi bien sur ses ennemis que sur ses alliés. Pour l'ambitieux Gustave Adolphe, une marine de guerre comprenant un groupe de puissants navires était essentielle.

Le Vasa était le premier d'une série de cinq vaisseaux destinés à être parmi les plus lourds et les plus magnifiques de leur temps..

Les quatre autres navires, l, le , le et le Göta Ark, furent mis à l'eau avec succès et formèrent l'épine dorsale de la marine suédoise jusqu'aux années 1660. De tous ces (« navires royaux »), le Vasa devait être le plus magnifique. Le second, l (« la Pomme », terme suédois pour le globus cruciger), fut construit en même temps que le Vasa. La seule différence de conception entre le Vasa et son navire-jumeau est que l était plus large d'pour plus d'informations sur lÄpplet, voir Jan Glete, « Gustav II Adolfs Äpplet » dans Marinarkeologisk tidskrift n° 4, 2002..

Histoire du Vasa La construction du Vasa se déroula au chantier naval de Stockholm en même temps que celle d'autres navires importants.

Les constructeurs La construction du Vasa, au chantier naval de Stockholm, est confiée à Antonius Monier en tant que maître d'œuvre avec Henrik Hybertsson, d'origine hollandaise, en tant que constructeur. Hybertsson ne vit pas l'achèvement du Vasa, car il tomba malade à la fin de 1625, un an après le début de la construction, et il mourut au printemps de 1627. La direction de la construction navale fut donc confiée à l'assistant de Hybertsson, un immigré hollandais du nom de Henrik Jacobsson..

Le , Henrik et son frère, Arendt Hybertsson de Groote, reprirent le chantier et signent un contrat pour la construction de quatre navires, les deux plus grands pourvus d'une quille d'environ () et deux plus petits, avec des quilles de ()..

Les exigences de Gustave Adolphe Dans le même temps, la marine suédoise perdit dix navires du fait d'une seule tempête, et le roi inquiet envoya une lettre à l'amiral Klas Fleming, lui demandant de veiller à ce que Henrik hâte la construction des deux plus petits navires. Dans cette lettre, le roi donnait des directives pour les dimensions des navires, qui devaient avoir une quille de (). Henrik Hybertsson se trouva ainsi devant de nouvelles difficultés, car les dimensions ordonnées par le roi se situaient juste entre celles des deux plus grands et des deux plus petits navires prévus dans le contrat initial, et le bois était déjà coupé. Dans une nouvelle lettre, le , le roi confirma les nouvelles dimensions à donner aux navires..

La construction du Vasa (1625-1628) La coque du Vasa était suffisamment avancée pour être lancée en 1627, sans doute au cours du printemps. Les travaux furent probablement poursuivis par l'achèvement du pont supérieur, du château arrière, des gaillards et du gréement. La Suède n'avait pas encore développé d'industrie de tissage de voiles, et elle dut passer commande à l'étranger : en France, mais aussi en Allemagne et aux Pays-Bas. La plupart des voiles étaient faites de chanvre et le reste, de lin. Le gréement était entièrement constitué de chanvre importé de Lettonie par le biais de Riga. Le roi visita le chantier en , accomplissant ce qui fut probablement sa seule visite à bord du navire..

vignette|gauche|Modèle montrant une section transversale de la quille et des deux ponts munis de canons.

Au cours de l'été 1628, le capitaine chargé de superviser la construction du vaisseau, Söfring Hansson, organisa une démonstration pour prouver la stabilité du navire au vice-amiral responsable des acquisitions de matériel, Klas Fleming, récemment arrivé à Stockholm de retour de Prusse. On plaça donc sur le pont supérieur trente hommes, qui commencèrent à aller et venir d'un bord à l'autre pour faire rouler le navire, mais l'amiral dut mettre fin à l'épreuve après seulement trois changements de côté, tant il était à craindre que l'instabilité du navire ne le fît chavirer. Selon le témoignage du capitaine du navire, Göran Mattson, Fleming déclara qu'il souhaitait la présence du roi. Gustave Adolphe, en effet, n'avait eu de cesse, dans ses lettres, d'insister sur le fait que le navire devait être mis à la mer sitôt que possible..