Cette page relate l'histoire de Damas, capitale de l'actuelle Syrie.

Damas est située sur un plateau à de la mer Méditerranée. L'agglomération antique, protégée par une chaîne montagneuse à l'ouest, s'est développée autour d'une source d'eau importante, le Barada, qui alimente une oasis dans la partie orientale, la Ghouta, avant de se perdre dans la plaine désertique. La localisation de la ville est importante par la convergence de plusieurs grandes routes reliant les principales régions du Proche-Orient.

Préhistoire L'histoire ancienne de Damas nous est attestée par les fouilles entreprises à , à la périphérie de la ville, qui ont démontré que la vieille ville était habitée dès à whc.unesco.org, ce qui permet de la considérer parmi les plus anciennes villes continuellement habitées dans le monde. Toutefois, Damas ne semble pas avoir eu de l'importance jusqu'à l’avènement des Araméens, nomades sémitiques arrivés de Mésopotamie.

Proto-histoire Égyptiens et Hittites Damas faisait partie de la province d'Amourrou dans l'empire des Hyksos, entre 1720 et 1570 MacMillan, La mention la plus ancienne dans les archives égyptiennes remonte à -1350 sur les tablettes d'Amarna, où la ville (appelée Dimašqa) était dirigée par le roi . La région de Damas, comme le reste de la Syrie, était l'enjeu des affrontements entre les Hittites au nord et les Égyptiens au sud, qui se terminent par un traité de paix dans lequel Hattusili III concède à Ramsès II le contrôle de la région de Damas en L'arrivée des peuples de la mer, autour de -1200 marquait la fin de l'âge du bronze dans cette région et apporta de nouveaux développements dans les techniques de la guerre. Ces événements ont contribué à faire émerger Damas comme un nouveau centre d'intérêt dans une période de transition entre l'âge du bronze et l'âge du fer.

Damas est mentionnée dans la Bible, dans le livre de la Genèse (14;15), relatant l'histoire de la guerre des Rois à l'époque du patriarche Abraham..

Araméens v. 1100 à 732 Au début du millénaire, plusieurs petits royaumes araméens apparaissent, ces peuples abandonnant progressivement leur mode de vie nomade et s'organisant en fédération d'états tribaux. Un de ces royaumes était Aram-Damas, centré sur Damas. Les Araméens ont adopté le nom de Dammaśq pour leur nouvelle capitale. Remarquant le potentiel agricole de cette région peu habitée, ils ont développé un système de distribution d'eau en construisant des canaux et des tunnels, ce qui a optimisé le rendement de la rivière Barada. Le même réseau a été amélioré par les Romains et plus tard par les Omeyyades, et constitue encore de nos jours la base du système de distribution d'eau de la vieille ville. Damas faisait initialement partie d'une fédération de tribus, connue sous le nom d'Aram-, et basée dans la vallée de la Beqaa.

La ville ne domine le Sud de la Syrie qu'à l'avènement d'Ezron, un prince, ayant été écarté du trône d'Aram-, se serait replié sur Damas, qu'il a conquis en -965. Ezron, parvenant à prendre le contrôle de la ville, fonde le royaume d'Aram-Damas. Avec son expansion vers le sud, ce nouvel État empêche l'expansion du royaume d'Israël au nord, et les deux royaumes se retrouvent vite en conflit, luttant pour dominer les voies commerciales vers l'Est.

Sous le règne du petit-fils d'Ezron, Ben Hadad (880 - 841 av. J.-C.), et son successeur Hazaël, Damas annexe Bachân (actuelle région de Hauran), et reprend les hostilités contre Israël. Ce conflit perdura jusqu'au début du , quand Ben Hadad II fut capturé par Israël après l’échec du siège de Samarie. Il fut alors contraint d'accorder à Israël des droits commerciaux à Damas.

Un rapprochement ou une alliance entre les royaumes d'Aram-Damas et d’Israël a dû se réaliser pour faire face à un ennemi commun, l'empire néo-assyrien qui cherchait à s'étendre vers l'ouest jusqu'à la Méditerranée. En -853, le roi Hadadezer a mené une coalition levantine, y incluant les forces d'Aram-Hamath à des troupes de soldats envoyés par le roi Achab d’Israël. Lors de la bataille de Qarqar contre l'armée assyrienne. Aram-Damas en est sorti victorieux, repoussant pour un temps l'emprise des Assyriens sur la Syrie. Entretemps, Hadadezer fut assassiné par Hazaël qui lui succéda, ce qui entraîna la fin de l'alliance levantine. Hazaël tenta d'envahir Israël, mais a été interrompu par une nouvelle invasion assyrienne. Hazaël replia son armée à l'intérieur de l'enceinte fortifiée de Damas, pendant que les Assyriens prenaient possession des autres territoires du royaume araméen. Incapables de pénétrer dans la ville, ils ont affermi leur domination sur les vallées de Hauran et de la Bekaa.

Vers le milieu du , Damas était pratiquement contrôlée par les Assyriens et rentra dans une période de décadence. Cependant, la ville est restée un centre économique important du Proche-Orient, elle a aussi maintenu l'influence de la culture araméenne. Le dernier roi araméen de Damas a été exécuté en -732, faisant entrer la ville sous domination de l'empire assyrien pour longtemps. Cependant, la population s'était révoltée en -727, mais la rébellion a été réprimée par les forces assyriennes.

Après avoir lancé des campagnes militaires à travers l'ancien territoire araméen, l'Assyrie parvint à maintenir l'ordre à Damas. Cette stabilité fut mise à profit pour développer le commerce des épices et de l'encens en provenance d'Arabie. L'empire d'Assyrie commença à décliner en 609-605 av. J.-C., et la Syrie était convoitée par le pharaon d'Égypte Nékao II. En -572, toute la Syrie tomba dans l'escarcelle des néo-Babyloniens de Nabuchodonosor, mais le statut de Damas en ce temps-là est peu connu.

Les Achéménides 538 à 333 Deux siècles de domination perse et l’éclipse partielle de Damas jusqu'à la conquête d'Alexandre de Macédoine.

Antiquité : période gréco-romaine

Damas hellénistique 333 à 63 Damas est conquise par Alexandre le Grand. Après la disparition d'Alexandre en -323, Damas devient l'objet d'une lutte entre les empires séleucide et lagide. Le contrôle de la ville passe fréquemment d'un empire à l'autre. Seleucus Nicator fait d'Antioche sa capitale, ce qui se traduit par la perte de l'importance de Damas au profit des nouvelles villes grecques comme Laodicée sur la côte nord. Au début du , Demetrius Philopator réorganise la ville suivant un plan en damier typique des villes hellénistiques.

Après la défaite de l'expédition qu'Antiochos Dionysos lance contre , roi d'Arabie Pétrée (Pétra), en -84 et la mort de ce roi séleucide dans l'affrontement qui a eu lieu au sud de la mer Morte, La Syrie était alors en proie à une véritable anarchie. Les Séleucides y avaient, par leurs éternelles luttes de familles, perdu toute autorité. C'est dans ce contexte que « les habitants de Damas, pour trouver un protecteur au milieu de cette anarchie, se donnèrent au chef des Nabatéens, Arétas (Al-Harith)René Grousset, Histoire de l'Arménie, Payot, 1984 , .». Profitant de cette anarchie et suivant son exemple, d'autres chefs arabes s'emparent alors de plusieurs régions de Syrie. Arétas règne sur Damas jusqu'en , donnant au royaume nabatéen son extension historique maximale au NordChristian Augé et Jean-Marie Dentzer, Pétra, la cité des caravanes, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Archéologie » (), 1999..

Damas romaine En 64 av. J.-C., le général Pompée annexe la partie occidentale de la Syrie à l'Empire romain. Les Romains occupent Damas et l’intègrent plus tard à la ligue des dix villes connue sous le nom de DécapoleWarwick Ball 2002, Rome in the East : The Transformation of an Empire, ., elles-mêmes étant incorporées à la province de Syrie et bénéficiant d'un régime d'autonomieMichael Berenbaum, Encyclopaedia Judaica, t. 5, sous la dir. de Fred Skolnik, Granite Hill Publishers, 2007, .

La ville de Damas est entièrement réaménagée par les Romains après la conquête de la région par Pompée. Encore aujourd'hui, la vieille ville de Damas conserve la forme rectangulaire des villes romaines, structurée autour de deux axes principaux : le Decumanus Maximus (d'Est en Ouest, connu aujourd'hui comme la Via recta ou Voie droite), et le Cardo (du Nord au Sud), le Decumanus étant deux fois plus long. Les Romains ont construit une porte monumentale qui survit encore à l'extrémité orientale du Decumanus Maximus. La porte comportait initialement trois arches, la voie centrale pour les véhicules et les arches latérales pour les piétonsromeartlover, Damascus: the ancient town.

Selon Flavius Josèphe, Zénodore le roi d'Iturée ne se contente pas des territoires qu'il contrôle, mais il est complice des brigands qui se livrent à des actes de razzias et de pillagesChristian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, . dans la région de Trachonitide, au sud-est de Damas allant même jusqu'à faire des incursions dans la ville. Ses habitants s'en plaignent auprès du légat de Syrie pour qu'il leur vienne en aide. Bien qu'il proteste vigoureusement de son innocence, l'empereur Auguste décide (vers ) de donner la Trachonitide à Hérode le GrandJerry Knoblet 2005, Herod the Great University Press of America. (roi de Judée de 41 à ) avec la tâche de rétablir l'ordre dans la région.

Les historiens considèrent en général que Damas a été confié au roi nabatéen Arétas IV Philopatris à partir d'une date inconnue située au plus tôt en 34. Toutefois, les seules preuves de ce fait sont une mention dans une lettre de l'apôtre Paul de Tarse adressée aux Corinthiens qui figure dans le Nouveau Testament, le fait que les monnaies romaines se raréfient jusqu'à disparaître à partir de 34, qu'on n'y trouve pas de monnaie de Caligula et de Claude et que les monnaies romaines ne réapparaissent qu'au cours du règne de Néron. Dans ces conditions, Rainer Riesner ou Martin Hengel estiment que cette administration nabatéenne sur la ville est très peu probableRainer Riesner 1998, Paul's Early Period: Chronology, Mission Strategy, Theology Wm. B. Eerdmans Publishing Martin Hengel 1997, Paul Between Damascus and Antioch : The Unknown Years Westminster John Knox Press . Certains historiens, émettent l'hypothèse que Damas aurait pu être confié à Arétas en échange de son retrait de la tétrarchie de Philippe M. Lindner, Petra und das Königreich der Nabatäer, Munich, Delp, 1974, . qu'il a envahi à l'automne 36Il y a une quasi-unanimité pour suivre les indications chronologiques fournies pas Flavius Josèphe et situer cette bataille en 36 ; Simon Claude Mimouni, Le Judaïsme ancien du avant notre ère au de notre ère : Des prêtres aux rabbins, éd. PUF/Nouvelle Clio, 2012, ; Christian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, ; E. Mary Smallwood, The Jews under Roman Rule, ; Lester L. Grabbe, Judaïsm from Cyrus to Hadrian, t. , Minneapolis, Fortress Press, 1992, ; Nikkos Kokkinos, in Chronos, Kairos, Christos: Nativity and Chronological Studies Presented to Jack Finegan, sous la dir. de Jerry Vardaman et Edwin M. Yamauchi, éd. Eisenbrauns, 1989, . Toutefois, pour résoudre la contradiction entre Flavius Josèphe qui fournit des indications qui place la mort de Jean le Baptiste vers 35 et la tradition chrétienne qui la situe en 29, Christiane Saulnier reprend la proposition d'Étienne Nodet qui suppose que Josèphe s'est trompé et place donc cette bataille avant 29. Cette proposition ne rencontre toutefois pas une grande réception., taillant en pièce l'armée d'Hérode Antipas dans le secteur de Gamala.

Damas est devenue une métropole au et en 222 son statut passe à celui de colonia sous l'empereur Septime Sévère. Avec la Pax Romana, Damas et la province romaine de Syrie connaissent une grande prospérité. L'importance de Damas comme ville commerciale augmente avec la convergence des routes caravanières de l'Arabie, de Pétra, de Palmyre, et la route de la soie en provenance de Chine passent toutes par la ville.