thumb|Sculpture en ronde-bosse : David de Michel-Ange.

La sculpture est une activité artistique qui consiste à concevoir et réaliser des formes en volume, en relief, soit en ronde-bosse (statuaire), en haut-relief, en bas-relief, par modelage, par taille directe, par soudure ou assemblage. Le terme de sculpture désigne également l'objet résultant de cette activité.

Le mot sculpture vient étymologiquement du latin « sculpere » qui signifie « tailler » ou « enlever des morceaux à une pierre ». Cette définition, qui distingue « sculpture » et « modelage », illustre l'importance donnée à la taille de la pierre dans la civilisation romaine. Au , on parle d'« ymagier » et la plupart du temps, le travail du sculpteur est un travail d'équipe avec un maître et des tailleurs de pierre, comme il est traité dans l'art roman et l'architecture romane. Plusieurs équipes travaillent simultanément sur les grands chantiers des cathédrales.

Histoire

thumb|left| Bas-relief en creux et incisions. Cléopâtre et son fils Césarion. Temple de Denderah. Les plus anciennes sculptures réalisées par l'homme et ayant traversé le temps sont de petites figurines rudimentaires taillées, en pierre ou en os, qui servaient probablement à des pratiques magiques, d'ex-voto, d'échanges, de rituels qui permettaient de réaliser des transactions avec des forces surnaturelles ou sociales. La Vénus de Lespugue, sur ivoire de mammouth, en est un bel exemple. Certaines sculptures de taille plus imposante ont survécu aux millénaires qui nous séparent de leur créateur comme les bisons d'argile crue retrouvés dans la grotte du Tuc d'Audoubert en Ariège, les bas reliefs de l’abri sous roches du Roc-aux-Sorciers dans la Vienne ou les monolithes sculptés de Göbekli Tepe en Turquie. Il est probable que des objets modelés, en terre, ont aussi existé, mais en l'absence de techniques de pérennisation (cuisson), cela reste une hypothèse. D'autres sculptures, comme celles du Roc-aux-Sorciers, représentent des animaux sauvages, sans doute des représentations de l’alimentation des peuples de chasseurs-cueilleurs du Magdalénien.

Bien que cet usage, chamanique sans doute, ait décliné, la représentation humaine reste un thème fréquent des sculpteurs. Selon les époques et les civilisations, les artistes ont exécuté ces figurines de manière réaliste, ou bien, au contraire, ont pris une plus grande liberté pour interpréter leur sujet.

En Occident, la sculpture a tardivement été dissociée de la peinture. À Paris, ces deux catégories d'artistes, que l'on distingue nettement aujourd'hui, appartenaient au Moyen Âge à la même communauté de métier des peintres et tailleurs d'images. En effet, avant l'invention des représentations en perspective moderne, le relief d'une image de grand format était rendue par un traitement en bas-relief du plan du tableau, comme sur les sculptures des églises romanes et des cathédrales gothiques (par exemple sur la cathédrale Notre-Dame de Paris dont les couleurs disparues viennent d'être retrouvées).

En France, c'est avec la création des académies de peinture et de sculpture, en 1648, et d'architecture, en 1671, que les deux métiers deviennent officiellement distincts, même si, à la Renaissance, beaucoup d'artistes restent aussi bien peintres que sculpteurs.

Au , on distingue encore le « sculpteur » qui taille des matériaux solides : la pierre, le bois ou l'ivoire, pour créer une forme unique originale, et le « statuaire » qui réalise des modèles en terre (argile), en plâtre ou en cire destinés à être reproduits (technique indirecte de la « taille avec mise aux points ») ou moulés (technique de la « fonte à cire perdue » pour être coulés en métal, en bronze) le plus souvent.

Techniques Taille, modelage, assemblage, stéréolithographie

Pour créer une œuvre, plusieurs manières peuvent être envisagées, voire combinées entre elles.

Le modelage : l'idée de modelage fait tout de suite penser à la pâte à modeler que l'on travaille si facilement avec les doigts. C'est la technique la plus primitive et la plus directe de mise en forme d'un solide plastique, en l'occurrence la terre ou argile (grès, porcelaine ou faïence). Le modelage en terre n'a cessé d'être pratiqué au fil des siècles. Dans un bon nombre de cas, il a permis au sculpteur de préciser sa pensée. Il a rarement eu un caractère définitif à cause de sa fragilité, mais à partir de la Renaissance, il se voit attribuer un caractère privilégié puisque le sculpteur exécute tous ses modèles en terre et donne à reproduire ses œuvres à des mouleurs, fondeurs ou praticiens (agrandisseurs). Beaucoup d'artistes modernes, en quête de nouveauté, emploient pour leurs créations des matériaux inattendus : des tôles, des pièces métalliques et même des matières plastiques.La méthode consiste à ajouter ou retirer de la matière autour d'un ou plusieurs centres qui deviendront « l'âme » de la sculpture. Cette technique du modelage s'applique aux matériaux dits « plastiques », c'est-à-dire susceptibles de se déformer de façon réversible sous l'effet de forces minimes (l'argile, la cire, le plâtre et des pâtes à modeler diverses). À tout moment, de la matière peut être retirée ou ajoutée, les « repentirs » sont permis (jusqu'à un certain point, cependant). La souplesse du matériau permet d'enregistrer les impressions les plus fugitives avec une liberté totale. La limitation principale du matériau réside dans sa résistance souvent assez faible. Le séchage lent de la sculpture est l'étape suivante pour l'argile et le plâtre, le refroidissement pour la cire et la cuisson pour l'argile sèche. La taille, dont le principe est de soustraire, à l'aide d'un outil percuté par un galet (préhistoire) ou une massette, des éclats dans une matière dure pour dégager de sa gangue une forme : il existe deux techniques fondamentales de taille pour sculpter la pierre ou le bois : la taille directe, sans croquis préalable ni modèle et qui tient compte de la forme originelle du bloc pour faire émerger une forme imaginée par le sculpteur, et la taille avec mises aux points, qui recopie fidèlement un modèle à partir de mesures exactes. L'assemblage (voire l'appareillage) consiste, dans une sculpture, à en assembler les éléments. Cela peut se faire par tenon et mortaise, ou cheville, boulon, rivet, soudage) dans le même matériau ou dans des matériaux différents (la statue chryséléphantine de Zeus à Olympie était en bois, ivoire, or). Mais il peut s'agir d'objets divers (naturels ou fabriqués, qu'ils soient neufs, vieux, objets du quotidien). Ces objets peuvent être assemblés avec des parties obtenue par la taille ou d'autres moyens, comme c'est le cas dans certaines sculptures d'Afrique centrale. Toutes ces parties mises ensemble parviennent à former une sculpture unique, dont la somme dépassera la valeur esthétique des éléments séparés. La stéréolithographie, ou prototypage rapide, permet de créer un volume d'après des données informatiques créées ex nihilo ou scannées d'après un modèle réel en trois dimensionsDes artistes comme Bertrand Lavier ou Xavier Veilhan ont utilisé cette technique.. La sculpture numérique ou virtuelle permet de sculpter un volume virtuel, sans passer par une phase « plan ». Quelques logiciels libres permettent ainsi de modeler un objet virtuel par des fonctions simples permettant d'étirer, creuser, aplatir, lisser, colorer une forme tridimensionnelle, un peu comme on le ferait avec de la pâte à modeler (SculptrisSculptris, logiciel gratuit de création d'objets 3D par exemple), sur ordinateur. Une imprimante 3D permet éventuellement de la transformer en objet réel.

Matériaux

thumb|left|Porte de l'Enfer, Rodin, entre 1880 et 1917, haut-relief en plâtre. H. 6.35 x L. 4. x P. 0.94 m. thumb|Petit masque en coquille préhistorique coréen de Tongsam-dong. thumb|Muziri, population bembe, plateaux de la vallée du Niari. République du Congo. Matériaux : tissus, rotin, fibres végétales, laiton, poils et pigments. H. 80 cm env. Muséum d'histoire naturelle de La Rochelle. thumb|left|Fragile collier Songhaï composé de paille, cire d'abeille et fil de coton.

Les matériaux utilisés en sculpture nécessitent un savoir-faire plus ou moins simple à acquérir. La terre, que l'on peut aisément modeler, le bois tendre que l'on peut tailler sans trop d'effort sont certainement les plus employés. Mais n'oublions pas les matériaux qu'emploient les enfants, le sable des châteaux de sable, les poupées de chiffon ou les petits objets en pâte à sel, en pâte à modeler ou en pâte Fimo, aujourd'hui. Certaines de ces sculptures seront éphémères, en sable, mais aussi celles réalisées avec des fruits comme la courge d'Halloween. D'autres restent fragiles, comme la terre sèche, même additionnée de fibres, ou certains coquillages simplement usés.

Le tressage de matières végétales fibreuses permet des réalisations où le degré de technicité peut devenir beaucoup plus élevé. Simplement avec de la paille, qui brille comme de l'or, des jeunes filles Songhaï ont fait leurs superbes colliers, si fragiles, de minuscules sculptures-bijoux. Les matériaux tendres, qui peuvent être usés, peuvent être d'origine animale comme l'os et l'ivoire, ou végétale comme le bois, avec des essences plus ou moins dures, ou, au contraire, flexibles et aisément assemblées entre elles ou à d'autres matières, fibres, plumes, fleurs et feuilles.

La couleur naturelle des matériaux est souvent couverte partiellement ou totalement par d'autres couleurs, éventuellement sur un enduit qui transforme l'aspect de surface d'un matériau. Le bois pouvant être imprégné de matières minérales colorées qui le protègent des insectes, après un long séjour dans la terre.

Le plâtre a été utilisé dès l'Antiquité pour le moulage. Les Romains de la République conservaient ainsi une galerie d'ancêtres par l'empreinte de leurs visages. Ce qui a donné lieu, sous l'Empire, à leur transposition dans des matériaux luxueux, marbres divers, qui ont soulevé l'indignation des contemporains. Rodin a fait un usage particulièrement créatif du plâtre. La Porte de l'Enfer en est un excellent exemple. Le plâtre reste une matière relativement fragile.thumb|left|« Danseuse » néolithique de Haute-Égypte. Nagada. Terre cuite peinte.

Sous des climats très secs, comme dans les oasis du Xinjiang, ou dans des lieux maintenus à l'abri de l'humidité, comme à l'époque de Nara au Japon, dans les bâtiments bouddhistes, ou dans des ateliers d'artistes occidentaux la terre crue, ou terre sèche, a longtemps été retenue pour certaines sculptures. Mais elle reste très fragile.