La récolte du goémon est une pratique rythmant l’économie de la Bretagne et constituant une branche professionnelle à part entière.

Les goémons sont ramassés traditionnellement à la main sur les côtes lors d’une pêche à pied. Mais aujourd’hui, la principale méthode de ramassage des algues est la récolte mécanisée par des navires goémoniers embarqués en pleine mer.

La récolte du goémon en Bretagne est une pratique inscrite à l’Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France.

Lieux

Si le goémon est ramassé sur toutes les côtes bretonnes, la majeure partie de sa production se fait dans le Pays de Léon (Finistère Nord), entre la baie de Morlaix et la rade de Brest. Depuis le , la Bretagne est la première région productrice d’algues en France.

Le goémon est aussi ramassé dans d'autres régions comme la Normandie, la Vendée ou le Portugal, dans des bateaux appelés moliceiros.

Historique

L’usage des algues en Bretagne remonte sûrement à une période très ancienne (Néolithique), mais il n’est attesté qu’au Moyen Âge.. Par la suite, cette ressource maritime vient compléter l’économie agricole. Le goémon sert d’engrais, d’aliment pour les vaches, ou de combustible. Autrefois sur ces côtes nord du Finistère, durant l'été, on pouvait voir sur les dunes et les grèves l’activité des paysans goémoniers. Le travail se faisait en famille. Le marin allait récolter les laminaires sur les hauts fonds proches de la côte. À l'arrivée des bateaux sur la grève, les algues étaient transférées sur des charrettes et transportées sur les dunes pour le séchage. Ensuite, elles étaient mises en tas en attendant le brûlage qui se faisait dans des fours en pierre sur la dune.

Mais dès le , on associe au goémon une production industrielle. La combustion des algues permet de produire de la soude pour la fabrication de verre, du savon et plus tard de l’iode. La production s’intensifie, et la main d’œuvre spécialisée dans le goémon s’accentue. La récolte devient une activité professionnelle à part entière. Les méthodes restent cependant assez archaïques jusque dans les années 1960.

Dans les années 1970, le matériel et les techniques se modernisent, les bateaux sont désormais motorisés. Ils sont plus performants et offrent plus de rendement. Mais cela demande moins de main d’œuvre et le métier commence à décliner. Si en 1945, on comptait 3000 goémoniers, il n’en restait que 35 en 2013« Récolte du goémon en Bretagne », fiche d’inventaire du patrimoine culturel immatériel français, 2013, p. 11..

Sous l'Ancien Régime vignette|Règlement de la collecte du goémon dans le Morbihan (an VI, 1798). Les règles variaient selon les endroits. Par exemple, l'usement de Léon est ainsi décrit (l'orthographe de l'époque a été respectée) :

Depuis le , cette récolte était réglementée par l'ordonnance de la Marine de Colbert de 1681 : elle distinguait le goémon épave (constitué par les algues arrachées par la mer et rejetées sur le rivage) récoltable toute l'année, et le goémon de coupe (goémon vif), adhérant aux rochers, pouvant être récolté à la fin de l'hiver que par les habitants des paroisses sur le territoire desquelles se trouvent lesdits rochersLe « goémon de fond », principalement les laminaires, était peu exploité faute de moyens techniques nécessaires... Mais cette règle était contournée, comme l'explique Antoine Favé : « Un étranger [à la paroisse], louant un lopin de terre à six livres l'an, devenant par là même riverain [de la mer] à Landunvez, y venant, pour la coupe, avec force chevaux et domestiques, et commettant l'injustice envers les habitants »Antoine Favé, Les faucheurs de la mer en Léon (récolte du goémon aux ), "Bulletin de la Société archéologique du Finistère", 1906, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2076777/f168.image.

Une déclaration du Roi datée du limite l'autorisation de coupe du goémon aux trois premiers mois de l'année et renouvelle l'interdit de la vente du goémon aux forains [étrangers à la paroisse], ce qui suscita maintes protestations de la part des habitants des communes littorales.

Le curé Branellec, recteur de la paroisse de Landunvez (évêché de Léon), dans une lettre du adressée à l'évêque de Léon Jean-François de la Marche écrit (l'orthographe de l'époque a été respectée) :

Galerie photos

Au thumb|Remontée du goémon à l'aide d'un davier (schéma explicatif). Valentine Vattier d'Ambroyse en 1869 décrit ainsi cette activité aux environs de la Pointe Saint-Mathieu, dans un site de falaises escarpées :

Une autre description, datant de 1852, concerne Clohars-Carnoët :

thumb|Georges Clairin : Les brûleuses de varech à la Pointe du Raz (1882).

Les habitants de l'Île de Batz et ceux de l'île Callot récoltaient aussi le goémon comme l'illustre ce témoignage du milieu du :

Ils s'en servaient aussi pour la nourriture des animaux : « À l'Île de Batz, à Plouescat et au Passage en Plougastel, il résulte que les chevaux, les vaches et même les porcs se montrent friands d'une espèce de goémon appelé en breton Bezin trouc'h ("goémon de coupe")Le goémon qu'on ramasse sur le rivage était appelé en breton Bezin toun. (…) [Une autre espèce], Bezin telesk, (…) sert aux Iliens pour la fabrication d'une tisane qu'ils regardent comme souveraine contre les affections de poitrine »Mauriès, Recherches historiques et littéraires sur l'usage de certaines algues, "Bulletin de la Société académique de Brest", 1874, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2075488/f61.image.r=Molene.langFR.

thumb|Alfred Guillou : La ramasseuse de goémon (1899, musée des Jacobins, Morlaix).

Cette coupe de goémon, dénommée le berce, était parfois une véritable fête, comme l'illustre ce témoignage en rivière de Lézardrieux :

Il ne fallait pas non plus se laisser surprendre par la marée ou par la tempête sur un îlot comme cela arriva le à environ 200 personnes sur l'îlot de Molène en Trébeurden, qui furent secourus par le recteur de la paroisseMauriès, Recherches historiques et littéraires sur l'usage de certaines algues, "Bulletin de la Société académique de Brest", 1874, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2075488/f51.image.r=Molene.langFR.

vignette|droite|Ramassage du goémon séché.Pour les besoins de l’industrie, la récolte se professionnalise à partir du . On extrait alors des goémons brûlés l’iode utilisée en pharmacie. Les goémoniers étaient chargés de récolter le goémon en mer et de l’apporter à l’usine. C’est cette dernière qui s’occupait de tout le processus de transformation.

tonnes de laminaires étaient récoltés en Bretagne au début du Pierre Arzel, Les goémoniers, éditions Le Chasse-Marée, 2003..

Les années 1960 voient la demande pharmaceutique et alimentaire augmenter. Mais cela est comblé par la modernisation des équipages qui deviennent plus productifs. La pêche à pied disparaît peu à peu.

Aujourd’hui, la récolte n’est pratiquée que dans le cadre professionnel pour répondre aux besoins de l’industrie. Elle s’effectue encore quelquefois à pied. Si la récolte s’est modernisée, la pratique reste ancrée dans le mode de vie breton et marque l’identité du territoire. Elle continue cependant d’évoluer avec les nouveaux usages qui sont faits des algues (alimentation notamment).

Économie, représentation dans la culture, usages

Notes et références

Voir aussi Bibliographie ARZEL, Pierre, Les Goémoniers, Douarnenez: Éditions Le Chasse Marée, 1987 ARZEL, Pierre, Le bateau goémonier. Naissance d’une flottille moderne, dans Le Chasse-Marée, n°30, 1987, pp.2-15 ARZEL, Pierre, Les goémoniers du Léon. Du séchage des algues aux pains de soude, dans Ar Men, n°7, 1987, pp.36-57 ARZEL, Pierre, Étude sur le droit coutumier relatif à la récolte du goémon dans le Léon, CNEXO-COB, 1983, [en ligne] BARBIER-LE DEROFF, Marie-Armelle, « Manger des algues...entre répulsion et attraction », dans Regards étonnés...De l'expression de l'altérité...à la construction de l'identité, mélanges offerts au Professeur Gaël Milin, Brest : Ed. Les amis de Gaël Milin, 2003, pp.455-468 CHAPPÉ, François ; LE BOUËDEC, Gérard, (dir.), Représentations et images du littoral, Actes de la journée d’études de Lorient du , Rennes: Presses Universitaires de Rennes, 1998 (coll. Histoire) CHASSÉ, Claude, « D'hier à demain les algues et nous », in La santé et la mer en Bretagne, Rennes: Institut culturel de Bretagne, 1997 LE GOFFIC, Charles, « Les faucheurs de la mer », in La Revue des deux mondes, Nov 1906 MOIGN, Annick, « Installée dans ses méthodes artisanales, la profession goémonière a peut-être trouvé un moyen de survivre », in Norois, n°47, 1965, pp. 364-368 PAILLARD, Bernard, « À propos du brûlage de goémon : la soude ; du natron à la soude de varech », Plozarch, Carnets, Plozévet en quête d’enquêtes, [en ligne] PHILIPPE, Manuelle, Récolte des algues de rives, Guide de bonnes pratiques, 2011 [en ligne] PRIGENT, Guy, « Les mille et un visages du littoral », in Vmf(revue des vieilles maisons française), , n°250, p.38 De La VILLEFROMOIT, Marc, « Les algues : un des vecteurs de développement de la Bretagne » RAGUENES, Joël, Le pain de la mer, JC, Lattès

Articles connexes Goémon Goémonier Four à goémon Algue Algue alimentaire

Liens externes Fiche "récolte du goémon" sur Patrimoine Culturel Immatériel en France Histoire de la chimie des algues en Bretagne. De la soude à l'iode jusqu'aux alginates.

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