Les missions catholiques de 1622 à la fin du ou les « missions pontificales » ()
Cet article est le troisième d’un ensemble concernant l’expansion et la diffusion du christianisme, qui comprend :
Expansion du christianisme du . Missions catholiques aux . « Les missions catholiques de 1622 à la fin du ou missions pontificales ( partie) ». Missions catholiques au . Histoire des missions protestantes Histoire des missions évangéliques
Repères chronologiques 1494 : Traité de Tordesillas 1540 : Approbation de la Compagnie de Jésus par le pape Paul III, fondée par Ignace de Loyola et quelques autres. 1545- 1563: Concile de Trente 1597 : 27 Martyrs à Nagasaki. 1622 : 52 Martyrs à Nagasaki et fermeture du Japon aux étrangers. 1622 : Grégoire XV crée la Congrégation de la Propaganda Fide pour la coordination du travail missionnaire (bulle Incrustabili. 1624 : Alexandre de Rhodes et les Jésuites débarquent en Cochinchine puis au Tonkin. 1659 : Instructions de la Propaganda Fide aux missionnaires. 1660 : Départ des premiers missionnaires des MEP (Missions étrangères de Paris), en tant que vicaires apostoliques, c'est-à-dire, évêques dépendant directement de Rome. 1742 : Benoît XIV rédige la bulle qui met fin à la querelle des rites. 1769 : Mission San Diego de Alcalá en Californie. Missions californiennes (Choc des cultures des missions californiennes) 1773 : Suppression des Jésuites par Clément XIV 1833 : Loi de sécularisation mexicaine de 1833 mettant fin au système de mission sur son territoire. 1845 : Encycliques Neminem Perfecto sur la formation du clergé local.
Les missions pontificales aux La fin du 'Padroado' À la fin du , le pape Alexandre VI avait institué une sorte du partage du monde entre Espagnols et Portugais selon lequel les souverains respectifs du Portugal et d’Espagne avaient la responsabilité des missions catholiques sur les parties du monde qui leur avaient été attribuées (Voir Les Missions Catholiques aux ). Ce système, connu sous l’appellation de « Padroado » ('patronat' ou 'patronage') se fissura de lui-même lorsque le Portugal s’avéra incapable de consentir l’effort missionnaire nécessaire au Brésil, en Afrique et en Asie. Le Roi Jean III avait été amené à demande, à partir de 1558, des renforts au pape Paul III et au fondateur des jésuites, Ignace de Loyola.
En 1622, après le concile de Trente, par la bulle Inscrutabili, le pape Grégoire XV institua un organisme central, la Congrégation de la Propaganda Fide, mais aucune action précise ne s’ensuivit. Un peu plus tard, un Jésuite français, Alexandre de Rhodes, de retour du Viêt Nam, plaida l’urgence pour le Saint-Siège d’envoyer des évêques qui pourraient consacrer des prêtres indigènes, seul moyen pour les Églises locales d’exister en dépit d’une présence incertaine des missionnaires qui étaient soumis à une persécution chronique. À partir de 1658, le pape envoya directement des évêques dans les pays de mission, sous le nom de vicaires apostoliques, grâce à la fondation des Missions étrangères de Paris.
La prédominance des missions jésuites Créés en 1540, les Jésuites devinrent une composante majeure de l’Église catholique aux . Ils sont un millier, en 1556, à la mort de leur fondateur, et soixante ans plus tard, on en compte treize mille sur toute la surface du globe. Ils sont investis dans les œuvres les plus diverses, et particulièrement les missions. François Xavier, ami et compagnon d’Ignace de Loyola, participa à l’évangélisation de l’Inde et du Japon avant sa mort, en 1552, aux portes de la Chine. (Voir Missions catholiques aux ).
S’il est pertinent d’établir, en première approche, une classification des missions patronat/pontificales selon qu’elles se situent sous le régime du patronat (Padroado portugais) (théoriquement avant 1622) ou qu’elles dépendent directement de la Congrégation de la Propaganda Fide, après 1622, il convient de souligner que les missions jésuites ressortent un peu des deux catégories :
D’un côté, les missionnaires jésuites qui sont investis dans la partie du monde dévolue au Portugal selon le traité de Tordesillas, à partir du milieu du sont évidemment soumis à la règle du patronat. D’un autre côté, dès la fondation de la Compagnie de Jésus, les Jésuites revendiquent clairement l’autorité directe du pape. Ceci est exprimée dans la « Formule » de la Compagnie soumise au pape Paul III :
C’était la première fois que la règle d’un institut prévoyait explicitement l’acceptation d’une besogne missionnaire.
Pour le fondateur Ignace, cette obéissance au Pape n’était en rien incompatible avec une loyauté vis-à-vis du Portugal. Après que le roi Jean III eut appelé les Jésuites dans les Indes, Ignace proclamait Jean III « seigneur et père de la société ».
Étant donné la domination maritime de la flotte portugaise les premières destinations des Jésuites se situaient dans le monde portugais : Indes, Afrique, Brésil, et les départs se faisaient toujours de Lisbonne. Un certain nombre de Jésuites français, italiens, belges et autres firent partie des groupes qui furent envoyés régulièrement en Asie à la fin du . Parallèlement, les Jésuites recrutèrent également en Espagne, et finalement, lorsque la Compagnie de Jésus fut supprimée (1773), c'est dans les colonies espagnoles que se trouve le plus gros des missionnaires jésuites:
Amérique portugaise (Brésil) 591 Amérique espagnole (Mexique, Colombie, Chili, Pérou, Équateur) 1533 Paraguay 584 Asie (203) dont 77 en Chine, 57 au Viêt Nam et 69 au Malabar.
Il n’y avait plus de missions au Japon depuis la fermeture totale du pays survenue en 1623. Ils avaient été jusqu’à 140 à la fin du . Le Paraguay est compté à part puisqu’elle avait obtenu une certaine autonomie sous la couronne espagnole : ce qu’on appela parfois la République des Guaranis'.
Caractéristiques des missions jésuites Il est difficile de discerner des points communs au travail missionnaire des Jésuites dans des pays si différents que la Chine impériale ou le Paraguay des indiens Guaranis. La principale caractéristique des Jésuites fut de faire preuve de la plus grande souplesse pour s’adapter au milieu.
Les Jésuites maniaient avec une grande maîtrise ce que l’on appelle aujourd’hui la « communication » avec leurs pays d’origine. En dépit des distances et de la longueur des voyages, le public européen était parfaitement informé de l’activité missionnaire des Jésuites grâce aux Relations, puis aux Lettres édifiantes et curieuses qui renseignaient non seulement sur le travail apostolique, mais aussi sur les mœurs et la géographie des contrées lointaines. Cette littérature missionnaire connut un grand succès et participa à la vulgarisation de la connaissance qu'eurent les européens des autres continents.
Les Jésuites, mis en confiance par la puissance de leur compagnie, sont indépendants de la puissance coloniale locale. Non seulement, ils se démarquent des autorités coloniales, exemples exécrables de la religion qu’ils prêchent, mais ils auraient même tendance à se substituer au pouvoir temporel. Le père Henriquez, missionnaire en Inde, n’écrit-il pas ? Au Paraguay, ce sera un véritable état théocratique qui se mettra en place. Les Jésuites accordent une grande importance à l’encadrement des néophytes, à la formation des catéchistes. Les indigènes ne sauraient cependant accéder à un statut de père jésuite. Une vie au séminaire ne suffirait pas pour atteindre le niveau requis.
Dans les pays d’Asie de vieille culture, les audaces en matière d’adaptation à la culture locale vont de pair avec une propension à tenter d’infiltrer les plus hautes sphères du pouvoir avec le secret espoir que tout un peuple pourrait suivre l’exemple de son souverain.
Les débuts de la congrégation de la propagande Créée en , la congrégation de la propagande, composée de 16 cardinaux, deux prélats et un secrétaire, François Ingoli qui en est le principal animateur. À sa mort, en 1649, 46 missions rassemblant 300 missionnaires dépendent directement de la congrégation. Résultat modeste mais néanmoins substantiel. En plus des cotisations des cardinaux (500 ducats d’or chacun et pour le pape), c’est surtout le richissime cardinal espagnol Vivés qui pourvoit aux premiers besoins de la congrégation, notamment en lui cédant le palais Ferratini pour en faire un collège où l’accent est mis sur l’enseignement des langues. Le financement des missions est bien entendu un problème de fond : En Europe, on a attribué au clergé des bénéfices ecclésiastiques, mais dans les terres lointaines, les missionnaires sont souvent obligés de faire du commerce pour survivre.
Face aux missions du patronat qui se présentaient souvent comme la forme coloniale des Églises espagnoles et portugaises, il s’agit maintenant pour la Propagande de jeter les bases pour constituer des Églises indigènes. Dans la logique de l’Église catholique, le développement de ces Églises indigènes implique qu’elles soient sous la conduite d’évêques indépendants des puissances européennes et que les fidèles soient encadrés par un clergé indigène. Or, même dans l’Amérique espagnole, où les missions semblent avoir obtenu des succès appréciables, le clergé indigène reste insignifiant.
C’est l’Afrique qui avait vu arriver les premières missions pontificales : au Congo, un roi africain, chrétien, Pierre II du Kongo s’était émancipé du roi du PortugalL'Histoire du Kongo à travers ses rois Le roi Pierre qui ne décolérait pas, refusa de signer par écrit l'acte de reddition de l'Angola portugaise, ne reconnaissant même plus cet État, et écrivit de vigoureuses lettres de protestation au Pape et au roi d'Espagne.... De 1645 à 1692, la congrégation de la Propagande lui envoie une centaine de capucins italiens.
Ce n’est cependant qu’en 1658 qu’il y a vraiment passage à l’acte, c’est-à-dire, envoi d’évêques hors d’Europe en rupture avec le système du patronat : le pape Urbain VII envoie sur le terrain cinq vicaires apostoliques, avec rang d’évêques (Idalkan, c’est-à-dire Goa, Malabar, Grand Mogol, Canada et Viêt Nam). Il avait fallu que le Saint-Siège aille chercher en France un contrepoids à l’influence espagnole, très grande au Vatican à cette époque, et surtout pour affronter un Portugal qui défendait ses prérogatives de façon très ombrageuse depuis 1620 où il avait retrouvé son indépendance après un siècle d’union avec l’Espagne.
La fondation des Missions étrangères de Paris
C’est assez naturellement en France, première nation catholique de l’époque, et laissée en dehors du système du patronat que le Saint-Siège trouve les bases nécessaires pour son action missionnaire. En 1646, à Paris, les milieux de la Compagnie du Saint-Sacrement tentaient de mettre sur pied une société missionnaire composée d’ecclésiastiques et de laïques. En 1653, ils rencontrent Alexandre de Rhodes qui leur présente ses idées.
Le Jésuite Alexandre de Rhodes avait été envoyé au Japon avec un collègue portugais, Pierre Marque, mais lorsqu’ils arrivèrent à Macao, il s’avéra que le Japon était désormais fermé aux missionnaires, et les deux pères furent détournés sur la Cochinchine. Quelques années plus tard, en 1627, Alexandre de Rhodes débarquait au Tonkin. Il se reproduisit chez les Vietnamiens un peu la même histoire qu’au Japon, c’est-à-dire une flambée de conversions spontanées. De la même façon qu’au Japon, les relations s’étaient tendues avec le pouvoir politique, Alexandre de Rhodes avait été expulsé. Il était donc tout à fait convaincu de la nécessité de donner aux nouvelles églises locales les moyens de leur autonomie.