La grammaire de l'hawaïen se rapproche de celle des autres langues polynésiennes comme celle du tahitien, du marquisien ou du maori. Les points communs au-delà des différences mineures sur le plan phonétique et lexical portent sur la syntaxe en VSO, la pratique des marqueurs aspectuels pour indiquer les temps et les modes des verbes, la réduplication des mots pour les renforcer et la variabilité de la nature des mots qui fait qu'un mot peut être aussi bien un verbe, un substantif ou un adjectif.

Articles défini et indéfini Comme il n’y a pas de genres en hawaïen, l’article est identique quels que soient le mot et sa fonction dans la phrase. La seule chose à vérifier est d’ordre phonétique: L’article défini est « ka ».. Il prend la forme « ke » devant la consonne /K/ et les voyelles /E/, /A/ et /O/. Comme le ‘okina est considéré comme une consonne, l’article est « ka » et non « ke » malgré la présence perturbante d’une voyelle en début de motLes grammaires anciennes comme celles d'Andrews ou de Judd n'ayant pas encore adapté la pratique du 'okino sont donc obligées d'expliquer que les articles ka et « ke » peuvent s'utiliser devant des voyelles, qu'il faut donc apprendre le mot avec son article. L'introduction du 'okino paraît donc plutôt efficace pour les étrangers.. ka honu = la tortue ; ka hoe = la pagaie ; ka lāpaki = le lapin ; ka ‘ao’ao = le côté ke kumu = le professeur ; ke one = le sable ; ke elepani = l’éléphant ; ke ao= le nuage Exceptions : ke pa = l’assiette ; ke pihe = le bouton ; ke poo=la tête ; ke kino = le corps ; ke kai = la mer ; ke kulu = la goutte L’article défini au pluriel est « nā » nā honu = les tortues; nā lāpaki = les lapins ; nā kumu = les professeurs. L’article indéfini est « he ». he honu = une tortue; he lāpaki = un lapin ; he ao = un nuage

Flexion du nom On ne peut pas parler de déclinaison à proprement parler en hawaïen, mais les anciennes grammaires anglophones utilisent toutefois la terminologieLa grammaire d’Andrews de 1922 parle par exemple de « Declension of nouns ». habituellement associée à la déclinaison latine ou allemande par exemple. Nom commun Le nom commun ne se décline pas en soi., mais on lui ajoute un marqueur devant pour indiquer s’il est : sujet (Aui kumu - nominatif). : Ø apostrophe (Aui hea – vocatif) : ē COD (Aui alo - accusatif) : i COI (Aui paewa - datif) : no / na Complément du nom postposé (Aui pili - génitif) : a (classe A) - o (classe O) Complément du nom antéposé (Aui iki - génitif) : ka (classe A) - ko (classe O) Complément circonstanciel (Aui alo, hui, hele, moe) : la préposition suivi du groupe nominal. Les formes divergent quelque peu pour les pronoms personnels traités dans un chapitre séparé et pour les noms propres. À moins d’être en début de phrase, le nom commun en position de sujet ne prend pas le marqueur « ‘o » : I hele ke kupuna kāne i ka hale : le grand-père n’est pas allé chez lui. Il n’y a pas de « ‘o » devant le sujet « ke kupuna kāne ». Le schéma ici est dans l’ordre : le verbe et son marqueur du prétérit, le sujet et un complément circonstanciel de lieu. Ua ‘aiana au i kēia pālule : j’ai emprunté cette chemise. E ho’opau mua ‘oe i ke kula ! : termine d’abord l’école!

Noms propres La différence avec les propres réside essentiellement dans le fait qu’il prend systématiquement le « ‘o » au nominatif alors qu’on peut l’éluder avec un nom commun si le sujet est à sa place normale. Les différences portent sur les formes suivantes : sujet (nominatif) : ‘o ; COD (accusatif) : iā.

’O James kona inoa : il s’appelle James, son nom est James. ’E Ike ana au iā James ma ka hale pule : je vais voir James à l’église. Pehea ‘oe, ē James ? : comment vas-tu James ? Nui ka hale a Ipo : la maison d’Ipo est grande.

Les deux positions du génitif Pour exprimer l’appartenance ou la possession, on peut utiliser deux tournures. : La première rappelle celle du français avec la préposition « de » : ’O kēia ka hale o ke ali’i : C’est la maison du chef de village. Hoihoi nā makemake o nā kānaka : Les désires du peuple sont intéressants. La seconde rappelle celle de l’anglais ou le génitif saxon allemand par antéposition : Nui ko ke ali’i hale : la maison du chef de village est grande. On pense ici à l’anglais dans : « The chief’s house is big ». I maika’i ka ke kumu hana : le travail du professeur était bon.

Kino’ō ou kino’ā ?

La possession en « o » (en hawaïen kino’ō et en anglais o-class) ou « a » (kino’ā et a-class) est un aspect grammatical intrinsèque aux langues polynésiennes qu’on retrouve en tahitien . ou en samoan comme en hawaïen. D’après le descriptif des compétences grammaticales. du programme officiel de langues et culture polynésiennes de 2012 pour le niveau A1 du Cadre européen commun de référence pour les langues, la possession en « o » relève quand la possession en « a » . Les grammairiens et les professeurs d’hawaïen anglophones reprennent souvent l’idée de contrôle .

Le kino’ō renvoie à ce qui n’est pas par le sujet comme : son propre nom ; ses organes et les parties du corps; son lieu d’habitation ; les personnes de sa propre génération et a fortiori les ascendants ; les émotions et réflexes ; les moyens de transport y compris le cheval par exemple ; l’endroit où l’on s’assoit comme une chaise, un fauteuil ; l’endroit où l’on peut entrer ; ce que l’on porte comme des vêtements, des sacs à mainLe dernier point peut surprendre car dans l’esprit européen on a l’impression d’avoir le contrôle de ce que l’on met sur soi ou pas. C’est vrai aujourd’hui, c’est peut-être moins vrai il y a 1500 ans..

Le kino’ā est par définition ce que le sujet comme : ce qui touche aux descendants de ma ligne personnelle ; le petit ami, le compagnon, le mari et la même chose pour les femmes ; les couleurs ; ce que je fais, réalise, fabrique.

Ce fait de langue influe sur les pronoms personnels et les possessifs traités dans un chapitre séparé dans cette page. ka'u keiki kane: mon fils (Classe A). ko'u makua kane : mon père (Classe O).

Dérivation et composition Causatif et substantivation L’hawaïen fonctionne beaucoup par composition mais le phénomène linguistique le plus flagrant quand on feuillette un dictionnaire de cette langue c’est la grande quantité de pages consacrée aux mots commençant par « ho’o ». Le causatif est rendu par le préfixe « ho’o » que l’on accroche graphiquement au mot qu’il modifie. nui : grand → ho’onui : agrandir, faire plus grand ; nani : beau → ho’onani : embellir ; hui : club → ho’ohui : fonder un club ; komo : entrer → ho’okomo : insérer, faire entrer, pénétrer ; ma’ama’a : être habitué → ho’oma’ama’a : pratiquer, se familiariser ; mākaukau : prêt → ho’omākaukau : faire en sorte que ce soit prêt, préparer wehiwehi : ornement, parure → ho’owehiwehi : décorer, orner, parer (cheveux par exemple) .

Le suffixe « na » substantive un verbe ou un adjectif verbal. ‘oki : séparer → ’okina : séparation. ; ’oha : → ‘ohana : famille, clan ; hā’awi : donner, offrir, permettre → hā’awina : don, cadeau, offre, leçon, cours ; ’ai : manger → ‘aina : repas.

Réduplication La réduplication totale ou partielle des mots donne un cachet très caractéristique des langues austronésiennes, en particulier le polynésien. En hawaïen, elle est très active dans la formation du lexique. Elle apporte généralement un sens renforcé ou emphatique au mot répété. ’au : nager, voyager par mer → ‘au’au : se baigner, prendre un bain ; ha’i : parler → ha’iha’i : parler sans cesse, bavarder ; ma’i : malade → ma’ima’i : maladif, souvent malade ; poke : cube → pokepoke : couper en cubes ; ’olu : flexible, doux, pliant, élastique, plaisant → ‘olu’olu : sympathique, aimable, satisfait, gracieux.

Mots composés Le déterminant suit le déterminé ; il ne faut pas confondre avec le complément du nom antéposé qui exprime la possession. Le mot composé forme un nouveau lexème qui ne porte pas sur la propriété ou l’appartenance. La composition se fait sans préposition (comparable au français « de ») et sans moyen de liaison euphonique ou grammatical (comparable à l’allemand dans « Frauenmantel », manteau pour femmes à partir de « Frau » et « Mantel »). kupuna kāne : grand-père (=grand-parent + homme) ; hale kū’ai : magasin (=maison + acheter) ; ’eke’eke kālā : portemonnaie (=petit sac + argent) ; lumi ho’opau pilikia : toilettes, WC, salle de bain (=pièce + résoudre, finir + affaire à régler, souci) papa ‘oki’oki : planche à découper (=objet plat et plane + couper, trancher) ; papa he’enalu : planche de surf (=objet plat et plane + glisser sur les vagues).

Adjectifs et pronoms démonstratifs Les formes en kē- Comme dans les langues européennes, on différencie entre celui-ci et celui-là, proche du locuteur ou plus éloigné. À cela s’ajoute la notion spatiale intermédiaire, en quelque sorte à mi-chemin entre le locuteur et l’interlocuteur. Kēia : ceci, celui-ci, ce, cet, cette (ici proche de moi) . ; Kēnā : cela, ça, ce, cet, cette (à mi-chemin entre toi et moi) ; Kēlā : cela, ça là-bas, ce, cette (plus proche de mon interlocuteur que de moi) ; Pour exprimer le pluriel, on peut l’utiliser seul, mais il est d’usage de compléter le démonstratif par la particule « mau » qu’on retrouve dans d’autres situations pour marquer le pluriel. Kēia – kēlā – kēnā kāne : cet homme-ci, cet homme là-bas, cet homme-là Kēia mau puke = ces livres-ci

On retrouve le démonstratif dans les expressions de temps: i kēia lā = aujourd’hui ; i kēia manawa = maintenant, en ce moment ; i kēia pule = cette semaine ; i kēia mahīna = ce mois-ci ; i kēia makahiki =cette année ; i kēia kauwela = cet été . Mais : i ka lā ‘apōpō = demain ; i nehinei = hier

Puis, ils sont utilisés pour exprimer les expressions comme : kēia/kēlā mea : tout, chaque chose kēlā me kēia : chaque, chacun

Les formes composées à valeur démonstrative On peut utiliser les formes « ua (nom) nei » et « ua (nom) lā » . Ua puka nei : cette porte-ci (kēia puka). Ua hale lā : cette maison-là (kēlā hale).

Le terme « nēia » signifie également « ceci » pour parler du moment présent, donc plutôt pour les indications de temps. I nēia lā : aujourd’hui, ce jour (i kēia lā)

Adjectifs et pronoms possessifs Le possessif joue un rôle central en langue hawaïenne car il peut être employé dans des tournures où, en français, il n’apparaîtrait pas, par exemple, pour traduire le verbe « avoir » traité dans un autre chapitre. Le possessif est de par sa forme en réalité plus un génitif du pronom personnel qu’une forme à part entière, notamment pour les formes plurielles. Comme pour les déictiques personnels, il est fondamental de distinguer le duel du pluriel d’une part, l’inclusif de l’exclusif d’autre part. + Possessifs mon, de moi ton, de toi son, d’elle, de lui de nous deux inclusif de nous deux exclusif notre, de nous (> 2) votre (duel) votre (duel) leur (duel) leur (>2) Classe A ka’u kāu kāna kā kāua kā māua kā kākou kā ‘ōlua kā ‘oukou kā lāua kā lākou Classe O ko’u kou kōnako kāua ko māua ko kākou ko ‘ōlua ko ‘oukou ko lāua ko lākou affectif ku’u kō x x x x x x x x

’O ‘oe ku’u hoaaloha. : tu es mon (tendre) ami ’O ‘oe kōna hoaaloha : Tu es son ami. ’O Paul ko’u inoa. : mon nom est Paul. He aha kou makemake ? : que veux-tu ? Quel est ton souhait ? He aha kāu hana. ? quel est ton travail ? Que fais-tu ?

Déictiques personnels

Formes basiques, duelles et plurielles Comme c’est le cas dans la plupart des langues polynésiennes, l’hawaïen distingue le duel du pluriel., l’inclusif de l’exclusif. C’est une attitude à adopter quand on parle : le locuteur tient à préciser s’il est partie prenante dans l’action ou pas. Grâce au déictiques (personnels, possessifs…), le locuteur et l’interlocuteur savent clairement qui est impliqué ou non, s’il y a plus de deux personnes ou non.